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COLLECTION
DE
DOCUMENTS INÉDITS
SUR L'HISTOIRE DE FRANCE,
PUBLIÉS
PAR ORDRE DU ROI
ET PAR LES SOINS
DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
PREMIÈRE SÉRIE.
HISTOIRE POLITIQUE.
de
CHRONIQUE
DU RELIGIEUX
DE SAINT-DENYS,
CONTENANT
LE RÈGNE DE CHARLES VI, DE 1380 A 1422,
PUBLIÉE EN LATIN POUR LA PREMIERE FOIS ET TRADUIEE L2
PAR M. L. BELLAGUET,
PRüicipix
D'UNE INTRODUCTION PAR M. DE BARANTE.
TOME QUATRIÈME.
t
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET.
nd
M DCCC XLII.
CHRONICA
KAROLI SEXTI.
E Re ER Rr UD
CHRONIQUE
DE CHARLES VI.
396166
CHRONICORUM
KAROLI SEXTI
LIBER VICESIMUS NONUS.
Pontificum xiv,
Imperatorum vin,
Anni Domini uccecviu. 4 Francorum xxix,
Anglorum 1x,
Sicilie vr.
CAPITULUM 1.
De quodam monstro.
Ami Domni —— QUADRAGESIMA exacta, in Cenomanensi dyocesi, cujusdam
METTI" agricole uxor monstrum peperit sexus feminei, cui simile in
scriptis non reperio. Nam solus truncus corporis cum bene
formato capite tibiis penitus carebat et brachiis; et id certe cir-
cumspecti et eruditissimi viri futurorum eventuum et horren-
dorum designativum dixerunt.
CAPITULUM II.
De publicacione bullarum a domino Benedicto transmissarum.
In Universitate Parisiensi veneranda, qui hucusque vota
domini pape Benedicti parvipenderant et promissa, cum non
responderent responsionibus nunciis regiis datis, isto anno re-
petitis vicibus instanter requisierant ut substractio jam conclusa
CHRONIQUE
DE CHARLES VI.
LIVRE VINGT-NEUVIÈME.
14° année du règne des souverains pontifes,
8e —— ——— —— de l'empereur,
An du Seigneur 1408 ‘. ( 3g* —————— du roi de France,
9° ——————— du roi d'Angleterre,
89 ————-—— du roi de Sicile.
CHAPITRE I".
Naissance d'un enfant monstrueux.
Apnis le carême , la femme d'un paysan du diocèse du Mans accoucha an du Seigneur
d'un monstre du sexe féminin, tel qu'on n'en avait jamais vu. Il n'avait — '*^*
que le tronc du corps, avec une tête bien formée; du reste il était sans
bras ni jambes. Les gens de savoir et d'expérience regardérent ce pro-
digc comme le présage de grands malheurs.
CHAPITRE II.
Publication des bulles envoyées par monseigneur Benoit.
. La vénérable Université de Paris, qui jusqu'alors n'avait fait au-
cun cas des paroles ni des promesses de monseigneur le pape Benoit,
parce qu'elles ne s'accordaient point avec les réponses faites par lui
aux ambassadeurs du roi, avait demandé, cette année, à plusieurs
' L'année 1408 commença le 15 avril.
4 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
publicaretur ubique. Quamvis rex, eorum pulsatus precibus im-
portunis, jam mense Januario exacto litteras regias super hoc
concessisset, obtinuit tamen ut ipsarum publicacio usque ad
Ascensionem Domini differretur, promittens quod, si ambo
contendentes super pace Ecclesie minime convenirent infra
tempus, deinceps, ut supplicabant, neutrilibet adhereret. Ut
autem ambos contendentes jam in vicino constitutos per regales
nuncios compererunt, in vanumque tempus terendo principale
ex industria relinquisse, et nil aliud agere nisi frustratoriis
legacionibus pro loco convencionis disceptare, in villa Pari-
siensi die decima quinta maii substractionem obediencie pro-
mulgarunt et promulgandam dignum duxerunt ubique.
Jam pridem casum previdens dominus Benedictus tantam ac
tam audaciam excecrabilem sibi visam sub anathematis pena re-
frenare statuerat, et in bullis plumbeis quas regi Francie atque
duci Biturie ejus patruo per duos papales equitatores misit
hujus mensis maii decima quarta die. Sed sciens illas non re-
cepturas gratanter, ad cautelam alias eis tradidit clausas amo-
rem et benignitatem pretendentes, quas presentarent primitus,
et secunde tardius perlegerentur. Quod cum die dicta, premissa
recommendacione benigna, peregissent, mox retrocedentes au-
fugerunt, sicque bullis cum summa displicencia lectis, prefati
nuncii, quesiti diucius, repperiri minime potuerunt.
In primis papa recitans amorem paternalem, quem hucus-
que habuerat erga regem atque regnum, et cum quantis labo-
ribus procuraverat Ecclesie unionem, egre se ferre intulit quod
a duobus annis citra, malignorum seductus consilio, sibi bene-
ficiorum regni collaciones subtraxerat, unde prosequcioni unio-
nis, statui vite, suis et camere consueverat providere; quod-
que ab eo assumpti ad ecclesiasticas dignitates de collatis sibi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 5
reprises, que l'on publiát par tout le royaume l'ordonnance de sou-
straction. Le roi, cédant à ses instances réitérées, lui avait octroyé
au mois de janvier des lettres royales à ce sujet. Toutefois , il avait
obtenu qu'on en différát la publication jusqu'à l'Ascension de Notre
Seigneur, en s'engageant à n'adhérer ni à l'un ni à l'autre des deux
prétendants , si dans l'intervalle ils ne s'accordaient pas pour rendre
la paix à l'Église. Mais quand on apprit par les ambassadeurs du roi
que les deux adversaires , aprés s'étre rapprochés pour une entrevue,
traînaient l'affaire en longueur, négligeaient à dessein Ja question
principale, et ne faisaient que perdre le temps en vaines négociations
au sujet du lieu de leur conférence, on publia le 45 mai à Paris la
soustraction d'obédience, et on résolut qu'elle serait aussi publiée par
tout le royaume.
Monseigneur Benoit, qui depuis long-temps avait prévu cet événe-
ment , avait voulu empécher par la menace de l'anathéme ce qu'il re-
gardait comme un audacieux attentat. Il avait adressé à cet effet au roi
de France et à son oncle le duc de Berri des bulles scellées en plomb,
qui leur furent remises le 44 dudit mois de mai par deux courriers
pontificaux. Mais comme il pensait que ce message ne serait pas bien
recu , il avait imaginé de donner en méme temps à ses envoyés des let-
tres closes, concues dans les termes les plus affectueux et les plus
bienveillants, en leur recommandant de les présenter avant les bulles.
Ils exécutérent ses ordres ledit jour aprés avoir offert aux princes l'hom-
mage de leurs salutations , et repartirent sur-le-champ. La lecture des
bulles ayant excité un vif mécontentement, on chercha de tous cótés
les envoyés du pape, mais on ne put les retrouver.
Le pape rappelait dans ses lettres la tendresse paternelle qu'il avait
toujours eue pour le roi et pour le royaume, et tous les efforts qu'il avait
faits pour rétablir l'union de l'Église. Il témoignait ensuite des regrets
de ce que depuis deux ans le roi, égaré par de perfides conseils, lui
avait soustrait la collation des bénéfices du royaume, dont il consacrait
le produit aux frais du rétablissement de l'union , à l'entretien de son
état, aux dépenses de sa maison et de la chambre apostolique. Il se
plaignait que ceux qu'il avait promus à des dignités ecclésiastiques
6 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
beneficiis gaudere non valebant, mediantibus quibusdam ini-
quitatis filiis, qui sepe presencia regia multa frivola, nephanda
et erronea mendacia proponebant contra sacros canones, ut
ipsum ad aliam partem allicerent, et appellaciones frivolas con-
tra auctoritatem papalem faciebant. Insertum iterum erat quod,
ipsis mediantibus, nobiles viri Johannes de Castro Morant et
Johannes de Toursay, milites, litteris regiis significaverant quod,
nisi infra proximum festum Ascensionis Domini unio conclude-
retur, nec ipse rex nec eciam regnicole sibi ipsi deinceps obedi-
rent. Hec omnia inferebat non procedere amore debito vel filiali,
et quod tales consiliarii impiissime agebant et ponebant macu-
lam in gloria domus sue eciam sine causa, attento quod non po-
terat constituere tempus rebus, que secundum misericordiam
divinam ducebantur.
Cum autem litteris addidisset quod inde protrahebatur unio
Ecclesie, inde adversarii tumescebant, animo indurabantur, et
claritas partis sue taliter obscurabatur : « Et ideo, inquit, quia
« non possumus tanta et talia dissimulare, cum sint contra di-
« vinam majestatem, te precamur hortamurque ut non adhi-
« beas aures regias his malivolis viris et iniquis. Quia eciam non
« intendunt nisi per proturbacionem Ecclesie et persone tue
« querere lucra sua et in prejudicium multorum , hortamur ite-
« rum ut discucias processus nostros initos cum deliberacione
« matura, et qua intencione procedunt; cessare quoque facias
« gravamina antedicta etattemptata contra nos et regnum tuum;
« nec aliquis errore te decipiat, ut acquirere valeas appostolicam
« benedictionem. Nam te scire volumus quod, ultra penas latas
« a jure et ab homine, tu et omnes alii talia commitentes incur-
« runt alias a nobis tibi missas per quamdam constitucionem a
« nobis factam, tibi missam sub bullis apostolicis cum istis pre-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 7
fussent privés de la jouissance de leurs bénéfices par les intrigues de
quelques enfants d'iniquité, qui débitaient souvent en présence du roi ,
pour le jeter dans le parti contraire, une foule d'accusations frivoles,
mensongeres et coupables, qui attaquaient les saints canons et qui
ébranlaient l'autorité papale par d'injustes appels. C'était sur leur de-
mande, disait-il encore, que d'illustres chevaliers, Jean de Chateau-
morant et Jean de Toursay, lui avaient signifié, par lettres royales, que,
si l'union n'était pas rétablie avant la féte prochaine de l'Ascension,
le roi et les habitants du royaume renonceraient désormais à son obé-
dience. On n'agissait pas à son égard avec la tendresse filiale qui lui
était due. Céder à de pareilles suggestions, c'était commettre une im-
piété et souiller sans motif la gloire jusqu'alors si pure de la maison de
France, attendu que le roi n'avait pas le droit de prescrire une limite
de temps pour des affaires que la divine Providence gouvernait à son
P jenoi ajoutait que tout cela avait pour résultat de différer l'union,
d'enfler l'orgueil de ses adversaires, d'endurcir leurs coeurs et de por-
ter atteinte à la justice de sa cause. « Ne pouvant donc, disait-il,
« fermer les yeux sur de telles entreprises, qui sont attentatoires à
«la majesté divine, nous vous prions et vous conjurons de ne point
« préter l'oreille à ces hommes méchants et pervers , quine cherchent
« qu'à tirer profit du bouleversement de l'Église et de leurs attaques
« contre votre royale personne, au grand préjudice de tous. Nous vous
« conjurons aussi d'examiner les résolutions que nous avons prises
« aprés müre délibération, et l'intention qui nous les a dictées; de
« faire cesser lesdits outrages et tous les autres attentats commis contre
« notre personne et votre royaume, et de ne point vous laisser induire
« en erreur, afin que vous puissiez mériter la bénédiction apostolique.
« Car nous vous rappelons qu'outre les peines portées par le droit
« et par les lois humaines, vous et tous ceux qui se rendent cou-
« pebles de pareils attentats, encourez d'autres peines prononcées par
« nous dans une certaine constitution que nous avons faite et que nous
« vous adressons avec les présentes sous forme de bulles apostoliques ,
« voulant qu'elle vous soit présentée et communiquée, comme nos
8 : CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« sentibus; quam constitucionem tibi presentare mandavimus
« et intimare, ut erga Deum debitum nostrum faciamus. — Da-
« tum apad Portum Veneris Januensis dyocesis, decimo quarto
« kalendas maii , anno decimo quarto pontificatus nostri. »
In bullis autem ipsius erat in substancia insertum.... *
CAPITULUM III.
De regis filia.
Interim dum hec prescripta gerebantur, die videlicet sancte
et individue Trinitatis, domina Maria, filia regis Francie, apud
Possiacum in claustro sanctimonialium, religioso admodum,
perpetuum vovens celibatum, fuit sacro velamine consecrata,
ipso rege et regina presentibus cum regni principum electis-
simo comitatu , qui omnes hanc diem percelehrem deduxerunt.
CAPITULUM IV.
De bullis domini Benedicti condempnatis et dilaceratis publice.
In regali consilio cum de regio sanguine procreati triduo deli-
berassent super oblatis litteris, ex Universitate Parisiensi affue-
runt nonnulli doctores excellentes et magistri, qui latores, con-
sultores et conditores ipsarum dignum ducentes perquiri ut
noxii lese majestatis regie, eas reputaverunt iniquas et repro-
bandas, poscentes ut id racionibus publicis demonstrarent. In
diem sequentem lune audiencia concessa, ad curiam minorem
regalis Palacii cum cleri innumerabili fere multitudine, sicut
' Jl y a ici une lacune d'une page dans le manuscrit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 9
« devoirs envers Dieu nous obligent de le faire. » — « Donné à Port-
« Vendre, au diocèse de Génes, le 14 des kalendes de mai, la qua-
« torzième année de notre pontificat. »
Les bulles étaient conçues en ces termes...... '
CHAPITRE III.
De la fille du roi.
Vers le même temps, madame Marie, fille du roi, prononça ses vœux
et prit le voile le jour de la fête de la sainte et indivisible Trinité, au
couvent des religieuses de Poissy. Le roi, la reine et l'élite des sei-
gneurs de la cour assistérent à cette cérémonie et passérent tout ce
jour en fétes.
CHAPITRE IV.
Les bulles de monseigneur Benoit sont condamnées et lacérées publiquement.
Les princes du sang délibérérent en conseil pendant trois jours sur
les bulles qui avaient été présentées au roi. Plusieurs fameux docteurs
et maîtres de l'Université de Paris, qui assistérent à ce conseil, de-
mandérent que ceux qui avaient apporté, conseillé et rédigé ces bulles
fussent poursuivis comme criminels de lése-majesté royale, qu'on dé-
clarát que ces bulles étaient iniques et coupables, et qu'on leur permit
de le prouver publiquement. Ils obtinrent audience pour le lundi sui-
vant dans la petite chambre du Palais, et s'y rendirent, escortés d'une
foule considérable de clercs. Là , en présence des rois de France et de
' Voir ces bulles dans le spicilége de D'Achery, tome 1, p. 805 et 806.
IV. a
10 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
condictum fuerat, convenerunt, et in presencia regum Francie
et Sicilie, Biturie, Burgundie et Borbonii ducum, comitum quo-
que ac baronum in dextra, ac prelatorum in leva conseden-
cium, cum rector in eminenti pulpito, in medio curie et ante
| faciem regis constituto, magistrum Johannem Brevis Coxe evo-
casset, sibi instantis negocii commisit propositum.
Qui contra Petrum de Luna etherei cithariste verbum su-
mens: « Convertetur dolor ejus in caput ejus, et in verticem ipsius
iniquitas ejus descendet, » bullas ejus iniquas et dampnabiles
vocans, invallidas quoque nec alicujus roboris, ymo condempna-
cione ac laceracione dignas multis mediis probavit; et quia sic
per ipsas delere et spoliare nomen et auctoritatem regis atque
regni nitebatur, et perpetuare scisma, et hucusque impedierat
sanctam prosequcionem unionis Ecclesie sancte Dei, non pastor
sed dissipator ejusdem et inimicus tocius christianitatis poterat
reputari. Addidit pluries Petrum de Luna dixisse quod, si omnes
christianitatis reges cum adversario starent in via cessionis, nec
inde mentem mutaret, neque ipsam acceptaret, et si inde subs-
tractio sue obediencie sequeretur, tantum taleque scandalum
regno Francie inferret quod in centum annis minime reparare-
tur. Nec reticuit proponens ipsius Petri apices regibus Castelle
et Boemie directos se vidisse, in quibus notabat primo nec ipsum
neque Hyspanos regem Francie colere, nisi quantum eorum auxi-
lio indigebat ; alteri vero scribebat dictum regem ad imperium,
quod sibi jure spectabat, modis omnibus aspirare, ut sic regem
eis redderet exosum, et in via cessionis, quam elegerant, penitus
declinarent. Ipsi eciam Petro regem dixit obedienciam alias re-
stituisse sub certis condicionibus per juramentum firmatis, quas
tamen, promissa et juramenta parvipendens, postmodum renuit
adimplere semper impediendo sancte matris Ecclesie unionem.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 14
Sicile, des ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon , des comtes et
des barons du royaume qui avaient pris place à droite, et des prélats
qui siégeaient à gauche, le recteur, monté sur une estrade qu'on avait
dressée au milieu de la salle, en face du roi, appela maitre Jean Courte-
cuisse et le chargea de prendre la parole au nom de l'Université.
L'orateur choisit pour texte de son discours contre Pierre de Luna
ces paroles du divin psalmiste : « Convertetur dolor ejus in caput ejus
et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet. » Il déclara ses bulles
iniques et coupables, et prouva par beaucoup de raisons qu'elles étaient
nulles et de nulle valeur, et qu'elles méritaient d'étre condamnées et
lacérées ; que par ces bulles il portait atteinte à l'autorité et à la dignité
du roi et à l'honneur du royaume, il perpétuait le schisme, et avait
empéché jusqu'alors le rétablissement de la sainte union dans l'Église
de Dieu ; que par conséquent il pouvait être considéré, non plus comme
le pasteur, mais comme l'ennemi de ladite Église et le fléau de toute la
chrétienté. Il ajouta que Pierre de Luna avait dit à plusieurs reprises -
que, quand bien méme tous les rois de la chrétienté adopteraient la
voie de cession de concert avec son compétiteur, il ne changerait pas
d'avis et ne consentirait point à l'accepter, et que, si on renoncait pour
cela à son obédience, il mettrait le royaume de France dans une telle
confusion qu'on n'y pourrait remédier dans cent ans. Il déclara avoir
vu des lettres adressées par ledit Pierre aux rois de Castille et de Bohéme:
au premier, il disait que le roi de France n'attachait de prix à son
amitié et à celle des Espagnols qu'autant qu'il avait besoin de leurs
secours; au second , il écrivait que ledit roi attentait à ses droits légi-
times, en cherchant à obtenir par tous les moyens la couronne impé-
riale; ce qui ne tendait qu'a leur rendre le roi odieux et à les détourner
de la voie de cession qu'ils avaient choisie. Il rappela enfin que le roi
était revenu à l'obédience dudit Pierre sous de certaines conditions con-
firmées par serment; mais que ledit Pierre, malgré ses promesses et
ses serments, avait refusé depuis d'accomplir ces conditions, et qu'il
avait toujours entravé l'union de notre sainte mére l'Église.
!
42 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Sic, inquit, scismaticus et hereticus est censendus ab uni-
« versis christicolis cum eidem adherentibus universis; et non
3-02 clzl.al | tox 3. tont
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 13
« Ainsi, dit maître Jean Courtecuisse, tous les chrétiens doivent le
« considérer comme schismatique et hérétique, lui et tous ses adhé-
« rents. Il mérite d'étre dépouillé non seulement de la papauté, mais
« de toute dignité ecclésiastique, attendu qu'il est notoirement la cause
« principale de ce déplorable schisme, auquel il s'est obstinément
« refusé de mettre un terme méme aprés la mort de ses deux adversaires.
« ll est vrai qu'il a fait vœu de pratiquer la voie de cession, qu'il a con-
« firmé cette promesse par serments, et qu'il l'a publiée en tous lieux
« par ses lettres; mais il ne faut pas s'attendre qu'il tienne sa parole.
« Il traine le temps en longueur, et depuis trois mois entiers qu'il est
« tout prés de son compétiteur, il entretient avec lui des négociations
« illusoires, négligeant l'affaire principale pour discuter uniquement
« sur le lieu de l'entrevue. Tous ces misérables subterfuges n'ont d'autre
« but que de prolonger l'exécrable schisme. Dominé par de perfides
« conseils ou par son inflexible obstination, il a résolu, comme s'il
« siégeait seul dans la chaire de saint Pierre, de retenir forcément tout
« le royaume sous son obédience par la crainte des bulles qu'il a en-
« voyées. Mais ces bulles, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, nous
« paraissent fausses, iniques , nulles et de nulle valeur, et doivent pa-
« raitre telles aux yeux de tout bon catholique, soit parce que l'Uni-
« versité en a appelé et qu'elle avait droit de le faire, füt-ce contre un
« véritable vicaire de Jésus-Christ, s'il entravait l'union de l'Église,
« soit parce que ce libelle porte préjudice aux habitants du royaume
« et fait injure à la majesté royale. Aussi peut-on lui appliquer juste-
« ment les paroles qui ont été citées plus haut : Convertetur dolor
« ejus, et in verticem, etc.... »
L'assemblée accueillit ce discours avec faveur, et le roi, du con-
sentement unanime des princes qui se trouvaient là, déclara par
l'organe du chancelier de France, qu'il approuvait et ratifiait tout ce
qui avait été dit contre Pierre de Luna et contre ses bulles. Ledit chan-
celier ajouta, au nom du roi, que lesdites bulles étaient iniques et con-
damnables. Alors les secrétaires royaux les montrérent à l'assemblée,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 45
les dépliérent, et les ayant coupées avec la pointe d'un couteau, les
jetèrent au recteur, qui les lacéra audacieusement en mille morceaux.
CHAPITRE V.
Incarcération de quelques personnes à l'occasion desdites bulles.
L'exécution de cet arrét fut suivie d'un acte de violence qui me fit
frémir et trembler, moi et beaucoup d'autres personnes de l'assistance.
Le doyen de Saint-Germain-l' Auxerrois, vieillard vénérable, qui sié-
geait derrière les prélats, fut, d’après l'ordre du chancelier, appréhendé
ignominieusement par les gens du roi, et conduit au Palais pour y être
incarcéré, au grand déplaisir de messieurs de la chambre du Parle-
ment , dont il était le collègue.
Ainsi se termina la séance royale. Le lendemain et les quatre jours
suivants, lé roi, sur les instances de l'Université, ou plutôt de certains
docteurs et maîtres, dont il prenait l'avis dans l'affaire présente, fit
rédiger plusieurs dépéches. Il adressa en toute háte à messire Jean Le
Maingre, dit Boucicault, gouverneur de Gênes, l'ordre d'arréter, s'il
était possible, Pierre de Luna, à la süreté duquel il avait promis de
veiller dans l'intérét de l'union de l'Église , jusqu'à ce que celui-ci eût
waité de la paix avec son adversaire, et lui enjoignit de le garder
étroitement pour empécher qu'il ne se transportát ailleurs. Il rappela
d'Espagne l’évêque de Saint-Flour, savant docteur en droit civil et
. en droit canon, doué d'une rare éloquence, d'une mémoire et d'un
talent d'argumentation remarquables, qui avait été député vers le sou-
verain de ce pays pour l'engager à rester neutre entre les deux pré-
tendants. Et comme lesdits conseillers affirmaient que cet ambas-
sadeur avait agi contrairement à ses instructions, il écrivit au roi
d'Espagne de n'avoir aucune confiance dans ledit évéque. En outre,
il manda l'archevéque de Reims', l’évêque de Cambrai monseigneur
' Guy de Roye.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 41
Pierre d'Ailly, et beaucoup d'autres personnages de savoir et d'expé-
rience, qu'on accusait d'étre les partisans de Pierre de Luna; mais ils
ne comparurent pas, craignant peut-étre de se voir incarcérés. Le
vénérable évéque de Gap et le vénérable abbé de Saint-Denys furent
les seuls qui se présentérent, et ils furent arrétés avec quelques cha-
noines de Paris et d'autres personnes notables. On ne suivit point à
leur égard les régles ordinaires de la justice; on les incarcéra sans au-
cune forme de procés, sans aucune enquéte préalable, et ils furent
retenus long-temps en prison , d'abord au Palais, puis au cháteau du
Louvre. Afin d'exciter contre eux l'animadversion publique, on les fit
plus coupables qu'ils n'étaient; on répandit le bruit qu'ils étaient fau-
teurs du schisme et qu'ils avaient commis le crime de lése- majesté,
en ne donnant pas avis au roi des lettres que Pierre de Luna devait
lui adresser. Mais ils furent déchargés de cette grave accusation par
le témoignage de maitre Sanche Loup, qui avait remis la lettre au roi,
et par celui du courrier qui avait apporté le message destiné au duc de
Berri. Car tous deux, ayant été pris, déclarérent franchement qu'avant
la présentation des lettres, ceux-ci en ignoraient entiérement le con-
tenu.
Quand lesdits conseillers virent que le roi et les ducs de France
faisaient instruire le procès des personnes déjà arrêtées et de celles qui
le seraient encore, bien qu'elles fissent partie des familiers de la cour,
ils obtinrent, par l'intervention de l'Université, qu'on les adjoigntt en
nombre égal avec des députés de cette compagnie aux juges qui avaient
été désignés’; ils ne cherchaient par là qu'à exercer plus librement leur
vengeance sur les accusés, puisqu'ils allaient être à la fois juges et. par-
tes. C'étaient pour la plupart des théologiens et des maîtres és-arts, plus
propres aux disputes qu'à l'examen des procès, qui se voyant soutenus
par l'autorité royale incarcérérent une foule de gens, qu'il leur fallut
ensuite relâcher comme innocents. Il s'ensuivit que, pendant le temps
que dura cette commission , il y eut à plusieurs reprises des contesta-
tions entre eux et les jurisconsultes leurs collègues. Ils différérent long-
Iv. 3
18 CHRGNICORUM.KAROLI SEXTI LIB; XXIX.
Diu eciam. distulerunt in inicio captorum causa procedere, et
tempus terentes in vanum, nec monitis cancellarii: Francie nec
preceptis consentire voluerunt eorum liberacioni, semper: ad-
dentes in suis opposicionibus quod crimen lese majestatis et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. -XXIX. 19
temps aussi le jugement des prisonniers per toutes sortes de faux-
fuyants, sans que les avis ou les ordres du chancelier de France pussent
les faire consentir à leur élargissement. Ils objectaient sans cesse qu'ils
avaient commis le crime de lése-majesté , et s'étaient montrés fauteurs
du schisme en conseillant et remettant les lettres de Pierre de Luna ou
en laissant ignorer leur existence; mais ledit maitre Sanche Loup et
ledit courrier furent seuls trouvés coupables de ce crime. Les accusés
olfrirent à plusieurs reprises de se soumettre au jugement du Parle-
ment ét de l'évéque de Paris, en ce qui concernait les griefs qui pour-
raient leur être imputés. Mais, bien -que cette demande parüt trés
fondée au roi, aux ducs et aux prélats du royaume, leurs ennemis s'y
refusérent , afin de les contraindre par les ennuis d'une longue capti-
vité à se laisser condamner par eux sans étre entendus. Tant d'achar-
nement ne pouvait évidemment provenir que d'une haine implacable.
CHAPITRE VI.
Publication de la neutralité,
Le roi consentit en outre, d’après l'avis des mêmes conseillers, à
laisser publier la neutralité à l'égard des deux prétendants. Un révé-
rend docteur -en théologie, nommé Pierre-aux-Boeufs , de l'ordre des
fréres Mineurs, fit cette publication le dimanche suivant, à la culture
de Saint-Martin-des-Champs, en présence d'une nombreuse assemblée.
Il s'en acquitta avec son talent et son éloquence ordinaires, et äfin de
prouver à tout le monde que cela se faisait par la volonté du roi , des
seigneurs de la cour et du clergé de France, et que le roi avait l'inten-
tion de notifier la neutralité aux principaux souverains de la chré-
tienté, il lut à haute et intelligible voix l'acte qui en avait été dressé,
et: qui était scellé du sceau royal. En voici la teneur:
« Charles, par la grâce de Dieu roi de France, à tous les fidèles
20 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« bus salutem in Domino, et ad eam quam summopere deside-
^ "amne annlacinctinnm nninnam nnanimitan naninana
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 21
« salut en Notre Seigneur, et puissent-ils aspirer unanimement à cette
« union de l’Église que nous appelons de tous nos vœux !
« La paix ecclésiastique, qui doit unir tous les membres de la chré-
« tienté sous l'autorité d'un seul et légitime vicaire de Jésus-Christ, sui-
« vant les préceptes de Notre Seigneur et de son apótre, ayant été
« troublée aprés la mort du pape Grégoire XI, d'heureuse mémoire,
« et l'exécrable schisme , comme un monstre horrible et redoutable,
« ayant pris naissance dans le sein de ladite Église par des causes
« qui ne sont que trop connues de tout le monde, noire pére d'illustre
« mémoire, le roi trés chrétien Charles V, má par de puissants motifs,
« résolut d'adhérer et de préter obéissance à celui que le collége des
« cardinaux jura et déclara avoir élu spontanément, d'un concert una-
« nime et suivant les régles canoniques, pour souverain pontife et. véri-
« table vicaire de Jésus - Christ. Comme il jugeait de la foi des autres
« par la sienne, il pensait, dans son zéle fervent pour la maison de
« Dieu, que tous les princes, tous les prélats, tous les membres du
« clergé et le peuple s'empresseraient d'obéir comme lui, dés que ledit
« collége des cardinaux leur notifierait d'une maniére suffisante que
« ladite élection avait été faite réguliérement. Mais il en est arrivé tout
« autrement à notre grand regret. Lesdits cardinaux n'ont pu jusqu'a
« ce jour persuader à la plus grande partie de la chrétienté ce qu'ils
« voulaient et ce qu'ils avaient persuadé au roi notre pére.
« C'est pourquoi, convaincu par le temps et par l'expérience que
« cet acte d'obéissance ne servait pas à déraciner l'exécrable schisme,
« qui a détruit et banni la paix si désirée et si nécessaire, nous avons
« résolu d'employer tous nos efforts pour ramener par d'autres voies
« ladite paix dans l'Église, qui est son véritable asile et en quelque
« sorte sa patrie. Nous avons, à cette fin, tenu de fréquents conseils,
« et envoyé à grands frais de nombreuses ambassades dans presque
CHRONIQUE DE .CHARLES. VI. — LIV. XXIX. 23
« toutes les parties de la chrétienté. Enfin, nous avons trouvé, par
« une inspiration divine , que la voie de cession par les deux préten-
« dants était la plus prompte et sans contredit la plus expéditive pour
« le rétablissement de la paix si honteusement bannie de l'Église. En
« conséquence, nous avons proposé cette voie avec toute la solennité
« possible au successeur de-celui à qui notre père avait prêté obéissance,
« ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Mais, comme il nous parais-
« sait peu disposé à rétablir la. paix , en adoptant la voie de cession, et à
« laisser de cóté les subterfuges, les discussions interminables et toutes
« les difficultés des autres voies, nous lui avons soustrait pour un
« temps l'obédience. Puis, quand il nous a semblé qu'il était revenu
« à des résolutions plus sages, nous lui avons restitué l'obédience
« sans craindre d’être accusé de versatilité, sous la réserve toutefois
« que notre soumission ne ferait pas obstacle à l'union de l'Église,
« comme nous l'avons suffisamment donné à entendre dans le dernier
« conseil de notre royaume. Car nous n'avons jamais eu l'inten-
« tion et nous ne croyons pas qu'il soit permis de préter obéis-
« sance à aucun mortel au préjudice de la paix universelle, pour fo-
« menter leschisme et nourrir la discorde. Vous en étes témoin, ó
« Jésus-Christ! vous qui étes l'auteur de notre salut et le prince de la
« paix, vous savez combien de temps nous avons cherché la paix sans
« qu'elle soit venue, et combien nous avons attendu le moment de la
« guérison , c'est-à-dire le moment de l'entrevue que les deux préten-
« dants avaient juré d'avoir pour procéder à la cession; et cependant
« voici le trouble !
« Réfléchissez-y bien, princes chrétiens qui compâtissez aux cruels
« déchirements de l'Église votre mère. Et vous, sacrés pontifes, son-
« gez-y pour vous-mémes et pour le peuple chrétien, au milieu duquel
. « le-Seint-Esprit vous a établis évêques pour gouverner l'Église que
« Dieu a achetée au prix de son sang. Songez-y, je le répète ; ne soyez
24 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Dei quam acquisivit sanguine suo; attendite, queso; nolite
« dissimulanter agere, ubi depopulatur gregem Christi miseris
CHRONIQUE DE CHARLES, VI. — LIV, XXIX. 25
« pas indifférents, lorsque ce cruel fléau, cette horrible tourmente
« décime sans pitié le troupeau de Jésus-Christ. Que le peuple tout
« entier se léve comme un seul homme pour extirper de son sein cet
« exécrable schisme, qui le rend l'opprobre des infidéles et qui expose
« les âmes chrétiennes au danger de la damnation éternelle! Que l'un
« ou l'autre des prétendants, que tous les deux, s'il le faut, soient
« renversés du siége de saint Pierre, qu'ils ont envahi, plutôt que de
« voir l'unité détruite par leurs débats ! Lorsque le peuple n'obéira ni
« à l'un ni à l'autre, ils n'auront plus à se disputer ou se disputeront
« en vain la souveraine puissance, et au lieu de ces paroles de la mau-
« vaise mère : JVi à vous ni à moi; qu'on le partage, on n'entendra
« plus que celles de la bonne mère : Donnez-lui l'enfant tout entier. »
Cm
« Pour nous, qui n'avons rien plus à cœur après le salut de notre
« âme que de voir la paix rétablie de notre vivant, nous pensons,
« d’après les considérations exposées ci-dessus et autres semblables,
« que le remède le plus efficace en ce moment pour guérir un mal si
« désespéré, c’est que le peuple chrétien ne prête désormais obéissance
« à aucun des deux prétendants ni à ceux qui pourraient leur succéder.
« Ce redoutable incendie, allumé par l'enfer, n'ayant plus d'aliment ,
« s'éteindra de lui-même avec l'aide de Dieu. C'est pourquoi, aprés
« avoir tenu conseil à plusieurs reprises et mürement délibéré sur ce
« sujet avec des hommes sages, habiles et pieux, qui n'ont eu en vue
« que Dieu et leur salut, nous avons résolu, dans l'intérét de notre
« royaume et de notre Dauphiné de Viennois, pour nous et pour nos
« sujets desdits royaume et Dauphiné, d'embrasser la neutralité à la
« prochaine féte de l'Ascension, à moins que la paix ne soit rétablie
« dans l'intervalle; nous n'en déploierons pas moins une sollicitude
« constante, de concert avec les autres princes et tous les catholiques,
« jusqu'à ce que le schisme soit déraciné et la paix affermie.
IV. | 4
26 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Quod si mirabuntur forsan aliqui ex aliter affectatis, unde
« nobis ista licent, attendent pocius quod hanc nobis legem
« facit ipse qui legem nescit, dura necessitas, ymo et filialis pie-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 21
« Que si par hasard quelques gens, attachés au parti contraire,
« S'étonnent de notre conduite , nous leur dirons de songer que ce qui
« nous fait une loi d'agir ainsi, c'est l'inflexible nécessité, qui ne con-
« nait pas de loi ; c'est aussi la piété filiale, qui nous ferait entreprendre
« de passer à travers les flammes et le fer pour sauver notre mére d'une
« si cruelle oppression. Nous avons à lutter contre une maladie invé-
« térée et pernicieuse, qui, combattue par des remèdes impuissants,
« empire chaque jour et s'étend comme un cancer rongeur. Qui
« pourrait nous blàmer d'employer un fer chaud pour cautériser la
« plaie? Àu reste, comme les princes et les seigneurs des deux obé-
« diences ne pourraient s'assembler assez promptement pour traiter
« en commun de cette neutralité, personne ne supposera que ce
« Soit par un sentiment de mépris que nous n'avons pas attendu cette
« assemblée; personne ne croira que cette déclaration de neutralité
« ruine ou méme affaiblisse les droits du parti que notre auguste père
« et nous-méme avons soutenu jusqu'à présent par les raisons les plus
« plausibles. Car il ne s'agit pas aujourd'hui du droit de celui-ci ou de
« celui-là; il faut qu'ils renoncent l'un et l'autre en faveur de l'union,
« à leurs droits, vrais ou faux. |
« Nous vous en prions donc tous, et chacun de vous en particulier,
« au nom de Jésus-Christ, nous vous en conjurons par la compassion que
« vous inspirent les affreux déchirements de l'Église son épouse imma-
« culée , adoptez avec nous ce reméde puissant et efficace, qui, nous
« l'espérons, détruira avec l'assistance divine le fléau du schisme. Le
« refus d'obédience fait aux deux prétendants nous assurera enfin une
« obédience perpétuelle et unanime , sous l'autorité d'un seul et légi-
« time vicaire de Jésus-Christ, et nous pourrons servir Dieu au milieu
« des charmes de la paix et des douceurs du repos.
« En foi et témoignage de quoi nous avons fait apposer notre sceau
« aux présentes lettres. — Donné à Paris, le 42 janvier de l'an du Sei-
« gneur mil quatre cent sept, de notre règne le vingt-huitième. »
Le roi fit donc ce qu'il avait différé jusqu'alors; il envoya aux prin-
cipaux souverains de la chrétienté des ambassadeurs pour leur proposer
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 29
de sa part d'adopter la neutralité, comme étant la voie qui devait con-
duire le plus promptement à l'union. Au bout de trois mois, les am-
bassadeurs revinrent annoncer que les Allemands, les Hongrois et les
Bohémiens avaient accepté la neutralité comme les Francais, jusqu'à
ce qu'on eût régulièrement et cahoniquement élu un seul et légitime
souverain pontife.
' CHAPITRE VII.
Ce que firent à cette nouvelle les deux compétiteurs.
Les deux prétendants à la papauté apprirent avec le plus vif déplaisir
ce qui avait été décidé et conclu à Paris. Considérant que leurs cou-
pables subterfuges et leur obstination à perpétuer l'exécrable schisme
frappaient les yeux de presque tous les chrétiens, ils se séparérent et
partirent chacun de leur cóté. Ange Corrario, qui se faisait appeler
Grégoire, se rendit à Sienne, les habitants de Rome ayant refusé de lui
ouvrir leurs portes, parce qu'ils ne lui pardonnaient pas d'avoir aban-
donné au prétendu roi de Sicile Ladislas, pour une pension annuelle,
le patrmoinie de l'Église qui lui était soumis, et la ville de Rome méme,
que ce prince avait si souvent inquiétée par ses attaques et dont il était
en ce moment paisible possesseur. Pierre de Luna s'enfuit vers la fm du
mois de mai avec ses galéres, et, pour éviter de tomber eritre les
mains du gouverneur de Génes Boucicault, qui avait ordre de l'ar-
réter, il croisa pendant les deux mois suivants dans les parages de Génes.
Puis il alla prendre terre à Perpignan, où il résolut de fixer sa rési-
dence, afin d'attendre plus en sûreté les événements sur les frontières
des deux royaumes de France et d'Aragon.
On apprit aussi au mois de juin, par des lettres de monseigneur le
patriarche et des autres envoyés de France, que les cardinaux des deux
colléges, maudissant l'obstination et la mauvaise foi de leurs chefs,
étaient partis pour la plupart sans congé, qu'ils s'étaient réunis de nou- '
veau d'abord à Lucques, puis à Livourne, et avaient décidé d'un com-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 31
mun accord qu'ils consulteraient les rois et tous les prélats sur ce qu'ils
avaient à faire.
CHAPITRE VIII.
Délibérations des prélats pour aviser au gouvernement de l’Église de France
pendant la neutralité.
Les prélats du royaume, convoqués par lettres royales, se réunirent
tous à Paris le 44 août, à l'exception d'un petit nombre, qui avaient
des excuses légitimes, afin de pourvoir au gouvernement de l'Église
de France pendant la neutralité. L'assemblée se tint dans la sainte
chapelle du Palais. Les prélats entrérent en séance dans la salle pré-
parée à cet effet, après avoir entendu une messe solennelle célébrée
par l'archevéque de Toulouse, et avoir imploré dévotement la gráce
du Saint-Esprit. Ils décidérent d'abord que l'archevéque de Sens les
présiderait jusqu'à ce que le patriarche d'Alexandrie füt de retour de
son ambassade. Leurs délibérations durérent jusqu'au 5 novembre, et
l'on y prit de nombreuses résolutions. Je crois devoir les rapporter ici
en la forme et maniére qu'elles sont contenues dans l'instrument au-
thentique, qu'ils en firent dresser pour perpétuer le souvenir de cette
assemblée. Toutefois certaines personnes de savoir et d'expérience ne
faisaient aucun cas dudit instrument, parce qu'il ne procédait pas de
l'autorité apostolique.
CHAPITRE IX.
Règlements touchant le mode de gouvernement de l'Église de France.
L'instrument portait : « Ce qui a été délibéré et conclu à Paris, du-
rant la neutralité, par le concile de l'Église de France, le 5 novembre
de l'an mil quatre cent huit.
« Des sentences portées par le droit. — Premiérement, quant aux
CHRONIQUE DE CHARLES ,VI. 4— LIV. XXIX. 83
péchés et aux sentences portées par le droit, dont l’absolution est ré-
servée au saint-siége apostolique, le pénitencier dudit siége apostolique
peut absoudre dans le for intérieur les personnes exentptes ou non
exeraptes. TT
4
e"
« Jtem, si quelque obstacle perpétuel ou temporaire empéchait l'ab-
solption, présentement ou à l'avenir, dans les css susdits, ou qu’il
survint quelque motif pour lequel on ne pût pas avoir accès auprès dp-
dit pénitencier, le coupable, s'il n'est pas exempt , pourra étre absous
par son évéque, à condition de se présenter, dés qu'il le pourra com-
modément, devant celui à qui le droit d'absolution est réservé; s'i est
exempt soit par privilége soit autrement, et qu'il ait un supérieur
exercant sur lui le pouvoir épiscopal , il devra étre absous par ce supé-
rieur ; s’il n'en a pas, ce sera par l'évéque ordinaire, ou s'il l'aime
mieux, par l'évéque le plus voisin; et eela toutefois par l'autorité du-
dit concile, en la forme susdite.
. &
« Jtem , si une sentence d'excommunication a été porkée par le pape,
par un auditeur, un délégué ou un subdélégué du saint-siége aposto-
lique, et que pour s'en faire absoudre il soit nécessaire de reconrir à
l'excommunicateur, l'excommunié, exempt ou non, pourra, durant
tout ce temps, être absous dans le for intérieur par l'ordinaire du
lieu ayant le pouvoir épiscopal, comme il est dit dans l'article précé-
dent, attendu qu'il y a empéchement à ce que l'absolution puisse étre
donnée par l'excommunicateur en personne , suivant le cas prévu pour
la sentence d'excommunication, livre sixiéme.... Dans le for extérieur,
l'absolution sera donnée, pour les personnes non exemptes, par l'or-
dinaire, et pour les personnes exemptes, par les juges dont il sera
parlé plus bas, la partie étant appelée là où elle doit étre appelée de
droit, et les autres formes de la justice étant observées.
« Des dispenses. — Premièrement, en ce qui concerne l'irrégula-
IV. |
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 35
rité pour violation de la censure ecclésiastique, pourvu qu'on ne l'ait
pas fait par mépris, si le cas est de ceux dans lesquels le pénitencier
du saint-siége apostolique ait le droit de dispense, on aura recours à
lui. Si cela ne peut avoir lieu ou qu'il survienne quelque motif pour
lequel on ne devra pas s'adresser audit pénitencier, les dispenses seront
accordées aux personnes non exemptes par les évéques, et aux per-
sonnes exemptes par les supérieurs ayant le pouvoir épiscopal pour
absoudre, pourvu toutefois que la censure et l'interdit général n'atent
pas été violés sciemment ; auquel cas, celui qui doit obtenir la dispense
: pourra encore attendre.
« Jtem, quant à l'irrégularité pour un crime qui méme après la pé-
nilence empéche l'exercice du ministère sacré, comme serait l’ho-
micide , c'est l'intention du présent concile que ledit chapitre général
juge définitivement l'affaire, suivant sa coutume, au lieu du saint-
siége apostolique, pourvu toutefois que l'on procède dans lesdites
causes jusqu'à trois sentences définitives, comme il a été dit précé-
demment *.
« Jtem, quant aux autres personnes exemptes, on observera lesdegrés
des juridictions ordinaires, sil y a lieu, et l'on recourra au besoin,
pour le jugement définitif et la conclusion de l'affaire, à un concile
provincial au lieu et place du pape. Si elles n'ont pas de juges, le dio-
césain le plus voisin du lieu exempt est constitué et établi leur juge
par autorité du présent concile. On appellera de sa sentence au concile
provincial, qui pourra déléguer des commissaires, ainsi qu'il est dit
plus haut. Toutefois on aura soin d'observer l'ordre qui a été fixé plus
haut pour les personnes non exemptes, de sorte qu'il y ait au moins
trois sentences conformes et deux appels.
«Jtem, s'il faut appeler au vice-gérant de quelque conservateur
ayant une conservatoire perpétuelle par l'autorité apostolique, on
pourra appeler audit conservateur, qui aura, s'il le veut, la faculté de
' Ce passage donne lieu de croire qu'il y a plusieurs omissions dans le manuscrit.
36 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
a quo eciam, si sit opus, poterit ad dictum conservatorem ite-
rum appellari et iterum per eum alteri committi. Et si con-
servator per se de causa cognoscat et ab eo fuerit appellandum,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 37
commettre quelqu'un au jugement de l'appel; et l'on pourra, si besoin
est, appeler de nouveau de ce juge audit conservateur, par qui l'affaire
pourra étre soumise de nouveau à un autre juge. Si le conservateur
connait par lui-méme de la cause et que l'on doive appeler de sa
sentence, on pourra en appeler au concile provincial, au lieu du saint-
siége apostolique ; lequel concile pourra aussi déléguer des commis-
saires et procéder de telle sorte qu'il y ait trois sentences conformes et
deux appels, ainsi qu'il a été dit plus haut. Néanmoins cela me doit
s'entendre que des conservatoires perpétuelles accordées avant la
date de ces lettres coupables.
« Jtem , quand il faudra procéder dans les conciles provinciaux, on
devra y procéder sommairement et promptement, autant que faire se
pourra. ' |
« Jtem, si une affaire commencée dans un concile provincial n'y peut
étre entiérement expédiée, le président déléguera, de l'avis du plus
grand nombre, un ou plusieurs commissaires pour en connaître, les-
quels procéderont , en observant l'ordre de la justice, selon les formes
du droit ou toute autre forme qui leur serait prescrite par le coucile.
« Jtem , si le commissaire ou les commissaires sont obligés de quitter
leur résidence pour l'affaire qui leur sera commise, leurs dépenses leur
seront payées par les parties, selon ce qui aura été réglé par le concile
provincial. S'ils ne se déplacent pas, ils se contenteront, comme de
droit, de l'émolument de leur sceau, suivant la taxe du sceau ordinaire.
« Jtem, l'appel étant interjeté au concile provincial, l'appelant sera
tenu de relever son appel et de le faire exécuter dans les deux mois
qui suivront; sinon , l'appel sera considéré comme abandonné. Toute-
fois l'intimé aura un mois, à partir du jour de la remise de ses lettres
de dimissoire, pour comparaitre au concile provincial; lequel relief
d'appel sera expédié par le doyen des évéques ou par celui qui aura
une prééminence entre les autres. S'il n'y a point de doyen dans la
province, ou que l'on nesache pas à qui appartient cette prééminence
38 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
vel si non sit talis in provincia, vel dubitetur quis sit ille ab
antiquiore creacione . , .. *, auctoritate hujus consilii tres
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 39
par droit d'ancienneté ....., on déléguera trois personnes dans chaque
province au nom dudit concile, avec charge de recevoir tous les appels
qui devront étre interjetés au concile de ladite province, de donner
les citations pour procéder dans les causes d'appel, et d'accorder des
lettres d'inhibition. Et afin qu'il n'y ait pas péril en la demeure pour
ceux qui doivent étre absous de l'excommunication, ce qui aurait lieu
s'il fallait que l'excommunié attendit long-temps le concile provincial,
les trois ooinmiseaires auront, au lieu et place du concile, pouvoir
d'absoudre des péchés par provision ou autrement celui qui est appe-
lant de la sentence, en recevant caution en bonne forme pour l'obliger
d'ester à droit ou de satisfaire à partie, s'il est besoin, les régles de la
justice étant observées en toutes choses. C'est ainsi qu'on procédera
en cette affaire.
« Jtem, pour les procès pendants en cour de Rome devant les
auditeurs on autres, et devant des commissaires ou des juges délégués,
si l'une des parties le requiert, on procédera devant le juge ordinaire,
et l'affaire sera portée en l'état où elle était pendante, à moins qu'il
n'ait été interjeté appel; auquel cas on aura recours au plus proche
supérieur. S'il doit y avoir encore appel, on ira de celui-ci au plus
proche supérieur, comme il a été dit plus haut aux articles qui traitent
des appels. |
« Jtem , si l'une des parties n'a point ses titres ni ses pièces, et qu'elle
veuille les reprendre aux notaires ou autres qui en sont détenteurs,
le juge obligera lesdits détenteurs à les délivrer, et en cas de refus il
appellera à son aide le bras séculier. Mais s’il est dûment constaté
qu'on ait fait toutes les démarches nécessaires sans pouvoir recouvrer
les pièces, il sera sursis à la poursuite du procès devant l'ordinaire
Jusqu'à ce qu'on ait pu les retirer.
40 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Item, quia forsan multe sentencie diffinitive et interloqu-
torie fnernnt late in enria Romana. anteanam nentralitas in
"CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 44
« Jtem , comme beaucoup de sentences définitives et interlocutoires
ont été rendues peut-être en cour de Rome avant que la neutralité y
füt connue, celles desdites sentences qui sont relatives à des affaires
commencées avant la date de ces lettres coupables, et qui ont été
rendues dans le mois à partir du jour de la publication de la neutralité,
séront valables, par l'autorité dudit concile et non autrement, et seront
mises à exécution par les ordinaires ou autres, pourvu qu'il ne soit pré-
judicié en'rien à la soustraction faite antérieurement et aux conditions
apposées à la restitution ou à la présente neutralité.
« Jtem , dans les abbayes ou les monastères exempts , les prélats élus
pourront et seront tenus de recevoir pendant la neutralité leur con-
firmation et leur bénédiction des évéques diocésains, sans préjudice de
leurs exemptions pour l'avenir; laquelle clause sera insérée expressé-
ment dans les lettres qui seront dressées à ce sujet, à moins que par
un privilége à eux accordé ils ne puissent recevoir la confirmation et
la bénédiction des mains d'un autre.
« Jtem , dans toutes les causes , il sera procédé selon les dispositions
du droit commun, et non selon les règles de la chancellerie, à moins
qu'elles ne soient conformes au droit commun.
« Jtem , dans toutes les causes susdites, on aura soin d'observer ce
qui se pratique en la justice séculiére, à laquelle on renverra, non pas
la connaissance de la cause, mais l'exécution du jugement, lorsqu'il y
aura lieu d'invoquer le bras séculier.
« Jtem , toutes les concessions faites sur quelque matière que ce soit
par Pierre de Luna, avant la date de ces abominables lettres, pourvu
toutefois qu'elles ne portent par elles-mémes aucun préjudice soit à
la soustraction faite précédemment, soit aux conditions apposées à la
restitution ou à la neutralité présentement courante, seront bonnes
et valables; ceux qui les ont obtenues pourront en user et en jouir, et
ce toutefois en vertu de l'autorité dudit concile et non autrement,
quand bien méme il n'y aurait pas de lettres dressées à ce sujet; auquel
Iv.
—
42 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
littere non fuerint confecte, dum tamen probari possit per testes
aut alia documenta.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 48
cas néanmoins, il faudra établir son droit par témoins ou par d'autres
preuves. |
« Jtem , toutes et chacune des choses susdites, ordonnées et réglées
par l'autorité dudit concile, devront étre invariablement observées.
— Fait au concile des prélats de l'Église de France assemblés à Paris,
le 5 novembre de l'an mil quatre cent huit. »
CHAPITRE X.
Du mode de provision et de la distribution des bénéfices.
« Premièrement, les élections, postulations et provisions seront
faites conformément au droit, saps que les séculiers ni les grands y
interviennent par violence, abus de pouvoir ou oppressions quel-
conques. Si elles ont été faites en faveur d'une personne qui a recours
à de tels moyens ou qui les approuve, elles seront nulles et ne devront
pas étre confirmées, et s'il est formé opposition à ce sujet contre l'élu
ou le postulé, le supérieur en connaîtra.
« Jtem , quand il s'agit de l'élection d'un archevéque qui n'a point
de supérieur, ou quand on ne sait s'il a un supérieur ou quel est ce
supérieur, ou bien quand il s'agit de l'élection d'un primat, le concile
provincial en connaîtra, et, s'il est besoin, la confirmera. Pour
cela, le doyen des évéques ou celui qui aura la prééminence entre eux,
ou s'il n'y a pas de doyen ou que l'on ne sache pas à qui appartient
la prééminence, le plus ancien prélat présent dans la province sera
tenu de convoquer les suffragants et autres, à moins que le concile
ordonné ne doive se tenir dans les quatre mois suivants. Mais en tout
cas la prescription ne courra pas contre l'élu ou le postulé.
« Jtem , quand il s'agit de la confirmation d'un archevéque qui n'a
point de primat, ou quand on ne sait s'il a un supérieur ou quel est
ce supérieur, le plus ancien prélat dressera le procès et l'information
et en référera audit concile provincial , qui sera présidé par le doyen,
44 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
quo decanus vel habens preeminenciam vel antiquior creacione
presens in provincia presidebit, et dictum consilium confirma-
bit vel infirmabit, prout de jure.
« Item, collaciones et instituciones aliorum quorumcunque
beneficiorum fiant per ordinarios ad quos de jure vel consue-
tudine pertinere noscuntur, personis tamen ydoneis.
« Item, sicut seculares nominabuntur in rotulo Universitatis,
sic eciam regulares vel religiosi nominentur, ut eis de beneficiis
regularibus debeat provideri, circa articulum proximum. Quan-
tum ad religiosos, recurratur ad abbates vel superiores, et pro-
videant auctoritate consilii, aut consilium providebit, si non
provideant.
« Item, dignitates, personatus et amministraciones aliaque
beneficia quecunque uberrima, tam in cathedralibus quam col-
legiatis ecclesiis, dimitantur electoribus qui ad eas seu ea viros
ydoneos eligere teneantur.
« Item, quod prelati.possint dare alicui capellano suo vel cui
voluerint , eciam si non sit graduatus.
« Item, quod beneficia modici valoris, etc., non faciant eis,
cum ét nominati similiter possint recusare.
. « Item, ad evitandum fraudes et ambiciones aliquorum , qui
possent diversis rotulis diversorum studiorum aut dominorum,
vel unius principis seu unius studii imponi, et per hoc occupare
multa loca personarum ydonearum, racionabile est quemlibet
unico rotulo dumtaxat inscribi. Quod si aliquis de facto diver-
sis rotulis imponeretur, talis infra mensem a teinpore nomina-
cionis habeat se ad unum illorum rotulorum determinare, non
habiturus regressum ad alterum ; quod si non, et scienter, sic
ipso facto privetur ambabus nominacionibus. Si vero alicui
nominato provideatur per ordinarium, seu jure ordinario vel
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 45
par celui qui a la prééminence, ou par le plus ancien prélat présent
dans la province, et ledit concile confirmera ou infirmera comme de
droit. |
« Jtem, les collations et institutions des autres bénéfices quelcon-
ques seront faites par les ordinaires à qui elles appartiennent notoire-
ment par le droit ou par l'usage, mais toujours en faveur de personnes
aptes et idoines.
« Jtem , de méme que les séculiers seront nommés dans le rôle de
l'Université , de méme les réguliers ou religieux donneront leurs noms
pour étre pourvus de bénéfices réguliers, conformément à l'article
précédent. Quant à ce qui concerne les religieux en particulier, on
aura recours à leurs abbés ou supérieurs , qui les pourvoiront au nom
du concile, et s'ils ne le font, le concile y pourvoira.
« Jtem, les dignités, personnats , administrations et autres bénéfices
quelconques de grand revenu, dans les églises cathédrales ou collé-
giales , seront laissés à la disposition d'électeurs, qui seront tenus d'y
nommer des personnes aptes et idoines.
« Jtem , les prélats pourront les donner à un de leurs chapelains ou
à tout autre qu'il leur plaira, lors méme qu'il ne serait pas gradué.
« Item, les bénéfices de peu de valeur, etc., ne seront comptés pour
rien , attendu que les gradués nommés peuvent les refuser.
« Jtem , pour obvier aux fraudes et aux intrigues de certaines per-
sonnes, qui pourraient se faire inscrire sur divers róles de diverses
universités ou de divers seigneurs , ou d'un prince ou d'une faculté,
et par ce moyen occuper la place de plusieurs. personnes aptes et
idoines, on a jugé à propos que chacun ne soit inscrit que sur un seul
rôle. Que si quelqu'un est inscrit de fait sur divers rôles, il aura à se
déterminer pour l'un de ces rôles dans le mois de sa nomination, et il
ne pourra pas, son choix fait, revenir à un autre. S'il a été inscrit
non de fait, mais sciemment, il sera par cela méme privé des deux
nominations. Si une personne nommée est pourvue par l'ordinaire,
soit d'aprés le droit ordinaire soit autrement, de quelque bénéfice
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 47
incompatible, elle est censée, en obtenant ce bénéfice incompatible
autrement que par permutation , avoir renoncé à sa nomination, quant
à l'obtention d'aucun bénéfice en vertu de ladite nomination.
« Jtem , lesdites nominations seront faites sous la condition que la
collation, la. présentation et toutes les choses faites contre lesdits régle-
ments ou quelqu'un desdits réglements ne seront pas valables, et tout
ce qui aura été entrepris à l'encontre sera nul et de nulle valeur.
« Jtem, pour les nominations à faire, mention sera faite par ceux
qui devront être nommés des bénéfices qu'ils auront obtenus, de leur
nombre et de leur valeur en revenus; autrement la nomination serait
censée subreptice.
« Jtem, si les personnes nommées n'acceptent point les bénéfices qui
écherront sous leur nomination, ou si elles ne déclarent, dans le mois
de la notoriété de la vacance et dans le lieu même, qu'elles veulent les
avoir, les patrons ou collateurs pourront dés lors librement les pré-
senter et conférer à d'autres.
« Jtent , il ne sera fait de provision qu'en faveur de ceux qui ont
acceptéla neutralité; pour ceux dont on doutera, on attendra qu'ils
se soient déclarés neutres.
« Jtem , on ne nommera pas le possesseur de bénéfices valant quatre
cents livres tournois de revenu. Si le contraire a lieu, la nomination,
la collation et toutes choses faites contre cette ordonnance seront
nulles par le fait, à moins que ce ne soit quelqu'un noble de pére et de
inére, ou licencié en. théologie, en droit canon, en droit civil, en
médecine, ou bachelier en théologie, ou maitre des requétes de
l'hótel du roi, clerc ou aumónier, médecin ou premier chapelain du
roi, de la reine, de monseigneur le dauphin , ou de messeigneurs les
ducs. ll a été réglé aussi qu'on ne nommerait pas ceux qui ont trois
. prébendes dans les églises cathédrales, à moins qu'ils ne fussent con-
traints d'abandonner une de leurs trois prébendes dans l'espace d'un
mois, parce qu'ils auraient obtenu quelque bénéfice en vertu de leur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 49
nomination, sauf le cas où il s'agirait de quelqu'un noble de père et
de mère, ou licencié en théologie, en droit canon, en droit civil, etc.,
ainsi qu’il est dit plus haut.
« Jtem, si, après la nomination de quelqu'un, on apprenait qu'il
eüt prété ou qu'il prétát obéissance à l'un des deux prétendants, sa
nomination sera annulée de plein droit, et il sera privé des bénéfices
qu'il aura obtenus en vertu de ladite nomination. Il sera procédé au
nom dudit concile avec toute la rigueur possible contre ceux qui pré-
teront ainsi obéissance.
« Jtem, les permutations de bénéfices dûment faites et acceptées
par Pierre de Luna avant la publication de ses lettres, et n'ayant point
sort leur effet quant à la possession, pourront et devront étre exé-
cutées au nom dudit concile par les ordinaires , pourvu que les parties
ne tiennent pas pour ledit Pierre de Luna et qu'elles soient consen- |
tantes. )
« Jtem , si, avant la publication des lettres injurieuses de Pierre de
Luna , certaines personnes ont obtenu des grâces expectatives dans les
róles des universités ou dans quelque autre róle que ce soit, si les
bulles et les procédures ont été faites avant ledit temps, si ces per-
sonnes ont accepté des bénéfices et se sont fait donner des provisions
en vertu desdites lettres, depuis la publication d'icelles , mais avant la
neutralité, et qu'elles aient des compétiteurs, on aura recours aux
ordinaires, qui devront connaître desdites affaires au nom de ce con-
cile, et qui feront justice.
« Jtem, s'il arrive que certaines personnes permutent leurs béné-
fices devant les ordinaires, ces sortes de collations ne devront pas être
comptées dans le tour du collateur ou du patron, attendu que ceux
qui sont nommés ne sont pas libres d'accepter de tels bénéfices vacants
par permutation , et que les collateurs eux-mêmes ne sont pas libres
de les conférer à d'autres qu'aux permutants.
« Jtem , si un bénéficier ne veut pas accepter un bénéfice vacant , un
autre, nommé aprés lui à la méme collation, pourra l'accepter, pourvu
IV. 7
50 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
acceptare valeat, dum tamen infra mensem suam super hoc de-
claret voluntatem, ut in uno articulo superius fuit dictum.
« Item, ad tollendum fraudes, quas collatores facere pos-
CHRONIQUE DE GHARLES VI. — LIV. XXIX. $1
toutefois qu'il déclare sa volonté dans l'espace d'un mois , ainsi qu'il a
été dit dans un article précédent. |
« Item, pour prévenir les fraudes que les collateurs pourraient
commettre , en faisant en sorte qu'une personne nommée accepte un
bénéfice vacant de peu de valeur, afin peut-étre qu'ils puissent dispo-
ser à leur tour d'un gros et riche bénéfice, il a été réglé que, si le
bénéfice ne dépasse pas la valeur de cent sous, il ne sera pas compté
dans le tour, et n'empéchera pas la personne nommée d'accepter le
premier bénéfice vacant, ou l'on avisera à cela, si besoin est.
« Jtem , la personne nommée ou toute autre ne pourra ni ne devra
importuner le prélat ou les collateurs, pour qu'ils lui conférent le
bénéfice au tour du prélat. Si par elle-méme ou par d'autres elle solli-
cite ledit bénéfice auprés du roi ou des seigneurs , et qu'elle ne se dé-
siste pas de ses poursuites aussitót qu'elle connaitra la présente réso-
lution, elle sera déchue du droit de sa nomination, et ledit droit sera
transféré par le fait méme à celui qui aura été nommé après elle.
« Jtem, quant à ce qui concerne les chapitres, toutes les fois que
les hebdomadiers auront à faire des collations ou des présentations à
leur tour en faveur des personnes nommées, le chapitre fera la colla-
tion ou la présentation en faveur du nommé dans les heux assignés,
en réservant le premier bénéfice vacant à celui qui était en son tour. »
Il fut réglé aussi, pendant la durée de ce concile de l'Église de
France, que les bénéfices des adhérents de Pierre de Luna ou de ses
serviteurs seraient mis sous la main du roi, que les revenus de ces
bénéfices non encore payés seraient percus au nom dudit roi et employés
à la poursuite de l'union, et qu'on pourvoirait auxdits bénéfices en fa-
veur d'autres personnes , selon l'ordonnance dudit concile.
Déjà précédemment, vers la fin de septembre, ceux qui présidaient
au concile avaient décidé que l'on confirmerait l'élection de monsei-
gneur Louis d'Harcourt , issu de la famille royale, nommé archevéque
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 53
de Rouen par le chapitre de cette ville, et que la nomination de l’arche-
véque d'Auch', promu à cette dignité par Benoit, serait annulée, parce
que ledit prélat adhérait à son parti et qu'il avait méme accepté de lui
tout récemment le cardinalat , depuis la publication de la neutralité.
Dans le méme temps, on statua que la permutation qui avait eu lieu
entre les évêques de Tarbes et de Tréguier serait confirmée, et l'on
décida que les évéques présents signeraient lesdits actes et tous ceux
qui pourraient être faits par la suite, afin de leur donner force et au-
torité, jusqu'à ce que l'union fût rétablie dans la sainte Église de Dieu.
Ces ordonnances et toutes les autres faites par ledit concile scanda-
lisèrent certains personnages considérables, qui les qualifiaient d'at-
tentats, comme étant dépourvues d'autorité suffisante. L'archevéque
de Reims monseigneur Guy de Roye osa méme les attaquer haute-
ment. Îl écrivit aux prélats que la neutralité: qu'ils avaient pu-
bliée était un acte nul et qu'il ne l'acceptait point ; qu'il ne croyait
pas que leurs décrets eussent la moindre valeur, puisqu'ils n'avaient
pas procédé en vertu de l'autorité de l'Église romaine, et qu'il les
invitait à se rendre à Perpignan, pour assister au concile que Pierre
de Luna devait y tenir. Cette lettre causa un vif déplaisir à l'assem-
blée. L'Université de Paris ayant obtenu du roi que l'archevéque
füt mandé pour s'expliquer, il refusa de comparaitre, alléguant qu'il
était pair de France, doyen des pairs ecclésiastiques, et qu'il ne re-
connaissait d'autre supérieur que le roi pour tout délit qui touchait sa
personne. L'Université avait aussi obtenu que l'évéque de Cambrai
monseigneur Pierre d'Ailly, qui avait toujours été partisan de Pierre
de Luna , füt arrété par le comte de Saint-Pol et amené à Paris. Mais
le prélat échappa à cette arrestation au moyen d'un sauf-conduit que
lui donna le roi, et il lui fut accordé en méme temps que, si on lui
imputait quelque grief, la connaissance en serait dévolue au Parle--
ment.
' Jean, bátard d'Armagnac..
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 55
CHAPITRE XI.
56 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
Antequam tamen dux prefatus Burgundie exiret Parisius ,
onmme anatanitatio hunrancas awnnawit manane ans nt camnan
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 57
Le duc de Bourgogne, avant de quitter Paris, avait convoqué les -
principaux bourgeois; il leur avait commandé d'obéir toujours au
roi comme ses fidéles sujets, et leur avait fait entendre qu'il n'était
resté jusqu'alors dans la ville que pour y retenir l'Université de Paris et
ne pas les priver d'un si précieux trésor, et pour connaître quels étaient
les vrais serviteurs du roi. Le prévót des marchands, que la reine
avait mandé pour savoir ce qui s'était passé, lui ayant tout rapporté,
elle en fut d'autant plus irritée, que les paroles du duc contenaient une
attaque détournée contre sa personne. Elle résolut donc de profiter
de son absence pour détruire les accusations qu'il avait fait porter
contre le duc d'Orléans. S'étant assurée de l'assentiment de la du-
chesse, elle se disposa à faire une entrée pompeuse à Paris avec un
cortége plus nombreux que n'avait été celui du duc. Le roi, qui était
venu la voir à Melun la seconde semaine d’août, ayant été repris de
sa maladie le lendemain de cette visite, elle háta son retour, et pour
le rendre plus solennel, elle manda les ducs de Berri, de Bretagne
et de Bourbon, le comte d'Alencon, le connétable de France et les
principaux officiers de la maison du roi, et se fit ramener par eux à
Peris, le dernier dimanche dudit mois, avec monseigneur le duc de
Guienne, qui montait à cheval pour la première fois.
L'éclat de cette cérémonie était rehaussé par la présence d'un grand
nombre de chevaliers et d'écuyers en appareil de guerre, qui précé-
daient et suivaient le carrosse doré de la reine. Tous ces hommes
d'armes , à la demande des bourgeois , que la reine voulait ménager,
furent logés dans les hótelleries de la ville. Par son ordre, un héraut
publia à son de trompe qu'il leur était enjoint, sous peine de mort,
de respecter les propriétés, de ne point séjourner dans les campagnes,
de rester tous à la ville et de s'y comporter comme de paisibles bour-
geois. Il ajouta que ceux des habitants contre lesquels on voudrait user
de violence pourraient requérir l'assistance de leurs voisins, et con-
duire l’agresseur à la prison du Châtelet. Les bourgeois louérent fort
cette mesure; ils n'espéraient pas que la reine pût prévenir avec tant
IV. 8
58 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
non sperantes excessus tantorum extraneorum assuetos regi-
nam tam racionabili freno potuisse moderari. Tria milia pugna-
torum tunc regina dicitur congregasse. Ex quibus cum die se-
quenti ad dominam ducissam Aurelianis misisset aliquos, ad
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 59
de fermeté les excés accoutumés de tous ces étrangers. Elle avait
alors, dit-on, trois mille hommes autour d'elle. Le lendemain de son
arrivée, elle en détacha un certain nombre qu'elle envoya au devant
de madame la duchesse d'Orléans pour lui servir d'escorte, en distri-
bua quelques uns dans les différents quartiers de la ville, en leur
confiant les clefs et la garde des portes, au grand déplaisir des bour-
geois, et en désigna d'autres pour garder les ponts des environs de
Paris et en interdire le passage aux gens inconnus.
CHAPITRE XII.
De ceux qui étaient relenus en prison à l'occasion des bulles de Pierre de Luna.
Maitre Sanche Loup et le courrier pontifical, qui, comme nous
l'avons dit plus haut, avaient été seuls convaincus d'avoir connu
les bulles d'excommunication fulminées par Pierre de Luna contre le
roi et le royaume, et d'en avoir sciemment caché le contenu avant
de les présenter au roi et au duc de Berri, furent condamnés le 20 août
par les commissaires royaux à un supplice ignominieux en expiation de
leur faute. On les coiffa de mitres de papier, et on les revétit de dal-
matiques en toile noire, aux armes dudit Pierre, couvertes d'inscrip-
tions qui les désignaient comme faussaires, traîtres et envoyés par un
traitre. Puis on les fit monter dans un des tombereaux qui servaient à
emporter la boue et les ordures hors de la ville, et on les conduisit
dans la cour du Palais, pour les exposer sur un échafaud aux regards
du peuple, qui était accouru en foule et qui s'étonnait avec raison de
ne point voir le crieur séculier ou ecclésiastique annoncer à haute
voix par quels juges et pour quels motifs avait été infligé un chátiment
si ignominieux.
Le dimanche suivant on les exposa de nouveau en pareil équipage
aux yeux de la foule sur le parvis Notre-Dame; aprés quoi un des com-
TE cc
M CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
missariis ordinis Sancte Trinitatis, magister in theologia, col-
lacionem injuriis et contumeliis plenam contra Petrum de Luna
et reos presentes faciens, inter cetera verba recitacione indigna,
et que vilissimi homines abhorruissent, quod anum sordidis-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 61
missaires , qui était de l'ordre de la Sainte Trinité et docteur en théo-
logie, prononca un discours rempli d'invectives et d'outrages contre
Pierre de Luna et les deux condamnés. Entre autres infamies qu'on ne
saurait répéter et que les hommes les plus grossiers rougiraient de
proférer , il s'emporta jusqu'à dire qu'il aimerait mieux baiser le cul
de la plus sale tripière que la figure de Pierre de Luna. Aussi nombre
de gens s'éloignérent-ils avec indignation, en répétant que de telles
paroles étaient une honte et un déshonneur non seulement pour la
profession de théologien, mais encore pour l'Université tout entiere.
Enfin cet insolent personnage , aprés avoir flétri la réputation dudit
Pierre par toutes sortes d'injures, le déclara publiquement coupable
de lése-majesté , d'hérésie et de schisme, lui et tous ses partisans qu'on
retenait en prison, et il ajouta que c'était pour ces attentats que les
deux criminels là présents avaient été condamnés par sentence des
commissaires, maitre Sanche Loup à une détention perpétuelle, et le
courrier à trois ans de prison.
Les commissaires voulaient aussi appliquer la méme peine aux autres
détenus; mais ils ne purent y réussir. Comme ils refusaient depuis
trois mois d'expédier leur affaire, malgré les représentations du roi,
des princes du sang et du chancelier, et que lesdits détenus s'en étaient
plaints à plusieurs reprises, la reine et monseigneur le duc de Guienne,
instruits par de fidéles rapports que ces retards provenaient de la mé-
chanceté et de la haine de quelques uns des commissaires, firent re-
mettre les prisonniers à l'évéque de Paris ce jour-là méme, avant
d'entrer dans le cháteau du Louvre. Ils cassérent ladite commission et
annulérent ses pouvoirs, renvoyérent audit évéque la connaissance du
crime de schisme, et confiérent au jugement du Parlement celle du
crime de lése-majesté dont on les accusait. Les prévenus restérent encore
un mois dans la prison de l'évéché; au bout de ce temps on mit en
liberté ceux qui étaient du chapitre de Notre-Dame de Paris. La reine
et les ducs de Guienne, de Berri et de Bourbon , voyant que quelques
membres de l'Université s'opposaient à l'élargissement de l'abbé de
Saint-Denys et de l'évéque de Gap, sans donner aucune bonne raison,
62 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
abbatis et episcopi, nec aliquid ad propositum alleguabant, per
dominum cardinalem Barensem eosdem evocaverunt et abire
liberos permiserunt.
CAPITULUM XIII.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 63
64 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
concluserunt ut omnes prelati ecclesiastici monerentur decima
quinta die marcii proxime futuri apud Liburnium convenire
- in favorem ecclesiastice unionis, aut procuratores competentes
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 65
que tous les prélats seraient invités à se rendre le 45 mars suivant à
Livourne pour travailler à l'union de l'Église, ou à envoyer à leur
place des procureurs compétents. Ils décidérent encore que dans l'in-
tervalle on prierait les deux prétendants de se trouver à l'assemblée,
et que, quand méme ils refuseraient de comparaître, on ne laisserait
pas de passer outre. Enfin ils jugérent à propos d'envoyer quelques
uns d'entre eux en ambassade dans les divers états de la chrétienté,
pour engager tous les princes en général et chacun d'eux en particulier
à faire cause commune avec eux jusqu'au rétablissement de l'union.
Monseigneur le cardinal de Bordeaux fut député à cet effet en Angle-
terre vers la mi-septembre.
CHAPITRE XIV.
Forme du rescrit par lequel les cardinaux des deux colléges convoquent les prélats
pour l'élection d'un seul pape.
Pour que l'obstination des deux compétiteurs füt bien notoire à
tous les rois, princes et prélats, les cardinaux leur écrivirent en ces
termes : .
« Nous, par la miséricorde divine , évéques, prétres et diacres, car-
« dinaux de la sainte Église romaine, résidant présentement à Li-
« vourne dans le diocése de Pise, avec le collége des révérendissimes
« péres en Jésus-Christ, les soi-disant cardinaux de l'autre partie,
« pour nous et les autres révérendissimes péres en Jésus-Christ, mes-
« seigneurs les cardinaux, absents en ce moment, nous adhérant ou
« voulant nous adhérer, au vénérable pére ou au sérénissime roi, etc.,
« salut et puisse-t-il travailler avec zèle et dévouement à la paix et à
« l'unité de l'Église ! |
« Le chátiment terrible infligé par Dieu aux premiers fauteurs de
« schisme nous fait voir combien est grand ce crime, dont la conta-
« gion est si dangereuse, combien il est odieux à la majesté divine, qui
« a englouti les coupables avec toute leur famille dans les abimes de la
Iv. 9
66 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« divinitus disponentibus se ad scisma acerbior, quos vivos
« cum suis omnibus hyatus terre absorbuit et in infernum de-
« traxit viventes sine personarum delectu. Quantum tales incon-
« sutilem Domini tunicam, per quam militans Ecclesia figu-
CHRONIQUE DÉ CHARLES VI. — LIV. XXIX. 67
« terre, et les a plongés vivants au fond des enfers, sans en épargner
« un seul. Ceux-là sont évidemment bien plus coupables, qui cher-
« chent à déchirer et à se partager la tunique sans couture du Sei-
« gneur, image de l'Église militante, que les Juifs et les Gentils,
« privés de la connaissance du vrai Dieu, ont laissée tout entiére lors-
« qu'ils ont crucifié et mis à mort Jésus-Christ. En se séparant ainsi
« volontairement et à dessein du corps de Jésus-Christ et de la charité
« de l'union, ils rejettent loin d'eux le Saint- Esprit , ferment les yeux
« à la lumière de la vérité, produisent, par un vain désir de gloire et de
« renommée , de fausses doctrines qu'ils défendent avec obstination, et
« tombent dans les plus damnables erreurs. Ils trompent le clergé,
« séduisent les peuples, et entrainent avec eux dans l'abime une foule
« innombrable d'ámes qu'ils ont abusées par leurs fraudes diaboliques;
« enfin, aprés un certain temps, ils sont irrévocablement conduits à
« de damnables hérésies. Les chrétiens doivent s'élever contre eux
« avec d'autant plus d'empressement, qu'ils n'ignorent pas que le
« poison de leurs doctrines infecte le corps de l'Église, offense la
« majesté divine et compromet la foi de Jésus-Christ et le salut de tous
« les fidéles. |
« C’est pourquoi, songeant à tous ces maux, et considérant atten-
« tivement le schisme introduit, à l'instigation du diable, dans l'Église
« de Dieu, aprés la mort de monseigneur Grégoire XI de sainte mé-
« moire, qui par la volonté divine a rendu le dernier soupir à Rome,
« considérant aussi combien la durée de ce fléau est pernicieuse et
« destructive de la foi, combien il en résulte de périls pour les ámes,
« et d'autres inconvénients qu'il serait trop long d'énumérer, lorsque
« monseigneur Clément VII de pieuse mémoire, successeur dudit Gré-
« goire , fut entré dans la voie de toute chair, nous, qui étions alors
« cardinaux , résolümes de ne procéder à l'élection d'un souverain
« pontife, qu'aprés avoir avisé aux moyens de rétablir l'unité de
68 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« tunc cardinales eramus, procedere vellemus, pro unitate
« Ecclesie facilius obtinenda, errore scismatis extirpato, pro-
« misimus et invicem juravimus quod, si aliquis nostrum in
« summum assumeretur pontificem, prosequeretur unionem
«
«
u
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 69
l'Église et d'extirper le schisme. Nous promimes donc et jurámes
entre nous que, si l'un de nous était promu au saint-siége , il travail-
lerait sans délai à l'union par toutes les voies utiles et raisonnables ,
düt-il en venir à abdiquer la papauté, si ceux qui étaient alors
cardinaux ou la majeure partie d'entre eux le jugeaient nécessaire
au bien de l'Église, ainsi qu'il est expliqué plus au long dans une
cédule , dressée à ce sujet et signée par nous, qui étions alors car-
dinaux. Cette cédule fut jurée et signée par monseigneur le pape
Benoit XIII, vulgairement appelé alors le cardinal de Luna, qui
ne fut élu qu'à la condition qu'il remplirait lesdits engagements;
autrement il n'eüt pas été élu souverain pontife, comme cela a été
dit alors publiquement parmi nous. Devenu Benoit XIII, il approuva
ladite cédule et jura de nouveau de l'observer inviolablement. Une
contestation s'étant élevée depuis au sujet de la poursuite de l'union
entre monseigneur Benoit, d'une part, et nous ainsi que plusieurs
rois et princes de notre obédience, d'autre part, nous déclarámes .
qu'il était tenu , non seulement en vertu de ladite cédule et de son
serment , mais encore par le droit commun, de travailler au réta-
blissement de l'union par la voie de cession et d'offrir cette voie,
pour éviter un si grand scandale. Cette déclaration expliquait si
nettement la condition qui avait été insérée dans la cédule, que ledit
seigneur Benoit était purement et simplement obligé et astreint de
la maniére la plus formelle à travailler au rétablissement de l'union
de l'Église par la voie de cession. Lorsque ladite cofitestation fut
apaisée, ledit seigneur, aprés beaucoup de tergiversations, inter-
prétant et commentant la teneur de ladite cédule, promit de tra-
-vailler solennellement au rétablissement de l'union de l’Église par la
voie de cession et de renoncer à la papauté, au cas que son adver-
saire y renoncát aussi, ou vint à mourir ou à étre déposé, ainsi
qu'il est rapporté tout au long dans les actes authentiques qui ont été
envoyés dans les diverses parties du monde.
70 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« sequi unionem Ecclesie et cedere papatui, adversario cedente,
« mortuo vel ejecto, ut in instrumentis auttenticis ad diversas
« mundi partes directis lacius continetur.
« Demum nonnullis effluxis annis et unione non habita, de-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. "
72 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« cionabiliter pertinere. Que fuere per sepedictum dominum
« Benedictum approbata, ut in litteris ipsius plenius contine-
« tur. Multaque inter ipsum et Angelum predictum hinc inde
« loca oblata, et finaliter propter difficultates, quas unus alteri
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 73
« cesse sur le choix du lieu de l'entrevue, pour laquelle l'un propo-
« sait et l'autre refusait les villes maritimes et d'autres lieux, il arriva
« qu'ils ne purent aucunement s'entendre ni tomber d'accord , et il
« fut évident que les deux compétiteurs, tout en paraissant accepter
« en paroles la voie de cession, la rejetaient en réalité et dans le fond
« de leur coeur.
« En suscitant ainsi des obstacles de toute sorte, l'un et l'autre
« rendait, autant qu'il était en lui, la voie de cession tellement diffi-
« cile, qu'on pouvait la considérer comme impossible. Il y avait donc
« lieu de désespérer du rétablissement de la paix et de l'union, et de
« l'extirpation de cet exécrable schisme si funeste à tous les fidéles. Par
« ces motifs et par beaucoup d'autres considérations justes et raison-
« nables, nous dirons méme nécessaires, les trés révérends péres re-
« connus pour cardinaux par ceux de l'autre obédience, ou du moins
« les trois quarts d'entre eux, se sont séparés d'Ange Corrario, con-
« formément à la volonté divine, et se sont transportés de Lucques à
« Pise, pour travailler plus librement au bien de l'Église, à l'extir-
« pation du schisme et à la destruction de tant d'erreurs, pour soula-
« ger l'Église affligée de tant de maux et pourvoir au salut des ámes.
« Nous, de notre cóté, voyant que les choses susdites étaient un obstacle
« manifeste à l'extirpation du schisme et au rétablissement de l'union,
« et considérant que l'union si nécessaire ne doit étre ni entravée ni
« méme retardée par des divergences d'opinions sur le choix d'un
« lieu, et que, monseigneur Benoit et monseigneur Córrario , qui se
« fait appeler Grégoire, n'ayant jamais voulu consentir à négocier,
IV. 10
7A CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« necessaria non debet impediri seu eciam retardari, cum abs-
« que presencia corporali domini "Benedicti et domini Angeli,
« qui nominatur Gregorius, possit ordinari de preambulis ad
« hoc negocium necessariis, ad que ipsi duo nunquam conde-
« scendere voluerunt, sed solum ad mutuam contencionem lo-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 75
« et n'ayant fait que disgnter entre eux sur le choix d'un lieu, on peut
« régler les préliminaires indispensables à la négociation, faire la
« cession ou la renonciation et procéder à une élection canonique,
« sans qu'ils soient présents en personne, nous avons conseillé audit
« seigneur Benoit d'offrir à son adversaire de renoncer par procu-
« reur ou par député ayant pour cela mandat spécial et pouvoir suffi-
« sant, à condition qu'Ánge Corrario renoncerait soit en personne,
« soit par procureur ou par député ayant mandat spécial et pouvoir
« suffisant. Nous avons été d'avis et nous lui avons dit que cela pou-
« vait et devait étre fait selon Dieu; sinon la durée et la prolonga-
« tion du schisme seraient imputées avec raison à celui qui refuserait.
« Nous n'avons pu obtenir de réponse à ce sujet; nous avons méme
« reconnu qu'il était peu disposé à pratiquer la voie de cession.
« Depuis ce temps, quatre d'entre nous se sont rendus à Livourne
par l'ordre de Benoit, pour conférer avec les trés révérends péres
' « reconnus pour cardinaux par ceux de l'autre obédience, qui s'étaient
« d'abord séparés d'Ánge Corrario, et pour aviser aux moyens de
« rétablir l'union de l'Église et d'extirper le schisme, nonobstant tout
« mauvais vouloir. Quatre membres de l'autre collége se sont abouchés
« en personne avec eux dans ledit lieu de Livourne, et pendant qu'ils
« traitaient entre eux des moyens qui paraissaient raisonnables et pro-
« pres à rétablir l'union, monseigneur Benoit est parti de: Port-
« Vendre, saus laisser aucun autre ordre sur ce qui pouvait coucer-
« ner la paix de l'Église, et il a pris la route de Catalogne, aprés
« avoir fait publier audit lieu de Port-Vendre qu'il avait l'intention de
« convoquer un coucile à Perpignan le jour de la Toussaint. Ce con-
« cile, s'il avait lieu, serait un obstacle à l'union et à toutes les
* décisions qui ont été arrétées de concert entre nous et l'autre collége
« plutót qu'il ne contribuerait à la paix de l'Église, attendu que
X
76 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« care. Quod consilium, si teneretur per eum, pocius ad impe-
« dimentum unionis ac eorum que inter nos et aliud collegium
« deliberata sunt quam ad pacem Ecclesie censetur pertinere,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. T
« l'union ne peut être utilement rétablie, ni le schisme extirpé par
« le concile de l'une des deux parties, sans la coopération du concile
^. da lantre nartio
78 CHRONÍCORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« mine et delicto; considerato eciam quod contendentes de pa-
« patu non solum juramento et voto ac promissione multiplici,
« sed eciam jure divino et canonico, et sub pena dampnacionis
« eterne, si refugerint, tenentur et multipliciter sunt astricti
« pacem dare Ecclesie per viam cessionis, attento scismatis diu-
«
«
(«
«
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. .XXIX. 79
astreints sous peine de la damnation éternelle, s'ils s'y refusent, à
assurer la paix de l'Église par la voie de cession, attendu la longue
durée du schisme et le grand nombre d'adhérents de l'autre partie;
que ladite voie a été approuvée et réputée nécessaire par tous les
fidéles; que par suite desdits mauvais vouloirs beaucoup de gens se
sont soustraits à toute obédience et se sont déclarés neutres entre
les deux compétiteurs ; que beaucoup d'autres encore se préparent
à adopter la soustraction ou la neutralité ; que, si l'on s'arrétait aux
subterfuges et aux faux-fuyants des compétiteurs, si on les laissait se
v séparer et s'éloigner,.comme à dessein et de concert, à une telle
distance l'un de l'autre, qu'il n'y aurait plus aucun espoir de les
réunir et de les aboucher, il s'ensuivrait toutes sortes d'erreurs , le
schisme étant la source des erreurs , et dégénérant avec le temps en
hérésie, comme il est établi par les statuts divins et canoniques ;
qu'ainsi l'Église serait réduite à la honte d'une désolation irrépa-
rable, et que les âmes seraient exposées à un péril évident et inévi-
table; que la papauté étant disputée entre deux prétendants , qui
ne pourraient que difficilement se mettre d'accord , un concile géné-
ral, c'est-à-dire l'Église assemblée, est juge compétent de leur diffé.
rend, qui intéresse la foi à si juste titre; que si les cardinaux doivent
convoquer ce concile, c'est principalement contre l'obstination, le
défaut ou la négligence des prétendants, attendu que les préten-
dants se garderaient bien d'en convoquer un contre eux-mémes et
_ contre leurs intentions , comme l'a prouvé l'expérience du passé et
comme le prouve la circonstance présente; attendu aussi que ceux
qui ont adopté la neutralité ou la soustraction consentiraient diffici-
lement à se rendre à leur convocation, et qu'il en résulterait d'autres
périls évidents , qui empécheraient l'union tant souhaitée; aprés en
avoir mürement délibéré entre nous et le collége de l'autre partie,
et avec plusieurs prélats notables et illustres, qui professent la théo-
logie, le droit canon et le droit civil, et qui suivent les préceptes
et exemples des saints Péres que l'Église romaine a toujours reli-
gieusement observés, nous avons décidé qu'un concile, c'est-à-
dire l’Église de notre obédience sera convoquée par nous en un lieu
80 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« alia pericula evidencia in impedimentum tam desiderate unio-
« nis; habita adinvicem inter nos et collegium partis alterius
« deliberacione matura, eciam cum multis prelatis notabilibus
« ac magnis, litteratis in theologia canonica facultate ac civili,
« sequentibus gesta et exempla sanctorum Patrum alias vir-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. —LIV. XXIX. 84
« et à une époque déterminés, et qu'il sera fait de méme par le collége
« ou les soi-disant cardinaux de l'autre partie, dans le méme lieu et à
« la méme époque, avec l'appui des rois et des princes de l'une et de
« l'autre obédience, dont la protection est trés nécessaire à l'Église
« romaine et universelle , et qui tendront pieusement une main secou-
« rable à ladite Église , la défendront et la soutiendront, comme il sied
« à de pieux souverains et comme il convient à leur honneur, afin
« que ledit seigneur Benoit et Ánge Corrario , qui se fait appeler Gré-
« goire , recevant avis de la présente décision et étant requis d'assister
« et de prendre part audit concile, se réunissent dans ledit lieu, à
« l'époque fixée, et mettent fin au schisme par la voie de cession , et
« afin que les deux colléges procédent de concert à l'élection d'un seul
« et légitime pasteur. Si les deux prétendants viennent et qu'ils ne
« renoncent pas réellement , ou si l'un renonce et que l'autre refuse,
« ou bien s'ils ne viennent ni l'un ni l'autre, l'Église assemblée y
« pourvoira, attendu les promesses qu'ils ont faites et confirmées par
« des serments solennels, promesses qui ont été apprauvées par
« presque tous les fidéles; elle décidera, en ce qui touche le différend
« des deux compétiteurs et les besoins présents de l'Église, selon
« qu'elle le jugera opportun et méme nécessaire, et prendra des me-
« sures telles, que nonobstant l'absence, l'obstination ou l'opposition
« desdits compétiteurs ou de l'un d'eux, le schisme soit extirpé et
« une parfaite union rétablie dans l’Église de Dieu par l'élection cano-
« nique d'un seul et légitime pasteur, à la gloire et à l'honneur des
« serviteurs de Dieu, pour l'affranchissement de la foi, le salut de tous
« les fidèles et la réforme indispensable de l'Église.
IV. 1s
82 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« obstantibus, scisma extirpetur et per electionem unici et
« indubitati pastoris canonicam unio perfecta in Dei Ecclesia
« habeatur, ad Dei servorüm gloriam et honorem, fidei robur,
« salutem omnium fidelium et Ecclesie debitam reformacionem.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX.
83
84 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Nec in hac parte et materia tam necessaria aliquem dubi-
« tetis aut cujuscunque terrore concuciamini , quia, cum nos et
« vos causam fidei et extirpacionem scismatis prosequamur sub
« protectione Dei et Ecclesie, de cujus congregacione agitur, et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 85
« Au reste, ne craignez rien dans une affaire si grave et si im-
« portante, et ne vous laissez effrayer par qui que ce soit; car nous
« serons à l’abri de toute poursuite, puisque nous travaillons tous
86 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« infrascriptum scribi et publicari mandavimus et nostrorum
« trium priorum sigillorum requisivimus et fecimus appensione
« muniri. — Datum et actum in loco Liburnii supradicto, in
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 87
« voulu qu'elles fussent scellées du sceau des trois premiers d'entre
« nous. — Fait et donné par nous le 45 juillet à Livourne, dans le
« cloitre de l'église dudit lieu, de concert avec Guy évéque de Pales-
« trine, Nicolas évéque d'Albano, Pierre évéque de Frascati, Pierre
« prétre du titre de Sainte-Susanne, Amédée diacre de Sainte-Marie-
« la-Neuve et Pierre diacre de Saint-Ange , cardinaux de la sainte
« Église romaine, assemblés et présents en personne, qui avons
« approuvé et ratifié toutes et chacune des choses susdites, pour nous,
« pour messeigneurs les cardinaux absents nous adhérant ou voulant
« nous adhérer, et qui avons demandé qu'il füt dressé de tout cela un
« et plusieurs instruments publics pour nous et chacun de nous , l'an
« de la Nativité du Seigneur mil quatre cent huit, indiction première ,
« en présence des révérends pères en Jésus-Christ, Simon par Ja
« gráce de Dieu patriarche d'Alexandrie, administrateur perpétuel de
« l'église de Carcassonne, et Pierre évêque de Meaux , et des véné-
« rables et doctes personnages, maître Robert du Caynoit docteur,
« et Jean-François licencié en décrets, Jean-Pierre docteur en méde-
« cine, témoins spécialement appelés et convoqués à cet effet. L'acte
« a été passé par-devant Jean de Marchay de Montaigu, clerc du diocése
« de Laon, notaire apostolique et impérial. »
Le rescrit de messeigneurs les cardinaux des deux colléges ayant été
publié partout, les rois de France, d'Angleterre, de Bohéme et de
presque tous les autres états de la chrétienté jugèrent à propos d'en- -
voyer au concile général des métropolitains , des évêques, des abbés,
et les principaux membres des chapitres des églises cathédrales et des
universités de leurs royaumes. Ces députés se mirent en route dans:
le courant dudit mois de juillet et des mois suivants, charmés d'avoir
88 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
arripuerunt, gaudentes quod in consilio Pisano pro electione
unici et indubitati summi pontificis celebrando digni essent
interesse.
CAPITULUM XV.
90 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX:
et de Couciaco una baronia fuerat, sicque dominium illud
non baronia, sed ab ea divisum erat, Parlamentum domine
adjudicavit quod petebat.
Ipso et eodem mense, per arrestum ejusdem curie comiti
Brenensi, heredi comitis Rouciacensis, adjudicatus est comitatus
contra regem Sicilie Ludovicum, qui illum a genitore emptum
92 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
tamen et adinventis, ut tunc asseruit, denigrasse, diem sibi
assignari peciit et impetravit, videlicet undecimam hujus men-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 93
dience fut fixé au 44 dudit mois de septembre; puis l'assemblée se
sépara.
% CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« regnantis utilior est subditis quam fertilitas temporjs. » Nec
tacens verbum prophete dicentis: Honor regis judicium diligit,
addidit Justinianarum Institucionum libro primo : Justicia est
constans voluntas jus suum unicuique tribuens; quem sequens
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 95
« un pasteur à l'égard de ses brebis, et la justice de celui qui règne
« est plus utile aux peuples que l'abondance. » Il cita aussi ces paroles
du prophète : Honor regis judicium diligit , et ces autres du livre pre-
mier des Institutes de Justinien : Justitia est constans voluntas jus
suum. unicuique tribuens. ll y ajouta cette citation du livre des Lois
de Cicéron : Justitia est obtemperatio legibus scriptis institutisque
populorum. Yl s'appuya sur des exemples empruntés à l'histoire an-
cienne. Il rappela entre autres ce juge sacrifiant son œil gauche et
faisant arracher le droit à son fils, parce que celui-ci avait transgressé
une loi dont l'infracteur était condamné à avoir les yéux crevés ; Cam-
byse faisant couvrir le tribunal de la peau d'un juge prévaricateur et
forcant le fils de ce juge à s'y asseoir, afin qu'il n'oubliát jamais le
crime de son père; David, victime d'une injuste persécution, disant à
Dieu, au chapitre dix-huitième du premier livre des Rois : 7pse retri-
buet unicuique secundum justitiam suam ; la mort du prétre de la
loi vengée sur le cruel Antiochus, ainsi qu'il est dit dans les Macha-
bées; Darius faisant exposer aux lions les faux témoins accusateurs de
Daniel (Dan. v1), et les impudiques vieillards condamnés pour avoir
accusé la chaste Susanne (Dan. xii).
L'orateur, passant à la seconde raison, démontra d'une maniére
pathétique que le roi devait étre porté à faire justice par l'affection
qui avait toujours existé entre lui et feu son frére : « Prince sérénissime,
« dit-il , que la mort si cruelle et si ignominieuse de votre frére émeuve
« de pitié vos entrailles. Faites voir que vous ressentez amèrement la
« perte de votre frére unique, si méchamment et ei traitreusement assas-
« siné par la partie adverse. Ce serait un opprobre éternel pour la
« oouronne de France, si justice n'était pas faite. Vous pouvez dire à
« la partie adverse ce que le Seigneur a dit à Cain aprés le meurtre
« d'Abel : La voir du sang de ton frère Abel crie vers moi de la
« terre; car aussi bien l'Écriture appelle du nom de frères tous ceux
« qui sont d'une méme famille. N'y a-t-il pas d'ailleurs d'autres rapports
« entre les deux meurtriers? Si Caïn a tué son frère parce qu'il était. .
« jaloux qu' Abel fût agréable à Dieu , c'est aussi parce que monseigneur : : --:
96 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« similitudines, quia sicut Caym motus invidia, quia Abel accep-
« tabilis erat Deo, ideo occidit, ita pars adversa videns quod
« dominus Aurelianensis acceptabilis vobis erat, eum nequiter
« et proditorie fecit interfici. Ad scelus eciam sicut Caym cupi-
a
e
"
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 97
le duc d'Orléans vous était agréable, que la partie adverse la si
méchamment et si traitreusement fait assassiner. Comme Cain
encore, c'est la cupidité qui l'a poussée au meurtre, et de méme
que Cain, aprés son crime, appartint à la vengeance divine, de
méme la partie adverse peut étre considérée comme confisquée
corps et biens, si la justice régne en France; et il en sera ainsi,
Dieu aidant. Quel est celui des princes du sang qui aurait le coeur
assez dur, l'âme assez insensible, pour ne pas fondre en larmes au
souvenir de la fin tragique d'un duc qui vous honorait tant, qui vous
aimait si tendrement, vous, votre auguste compagne et vos enfants ?
Qui pourrait se rappeler sans d'amers regrets sa sagesse, sa pru-
dence, cette rare éloquence qui le mettait au-dessus des autres
princes , les gráces et la distinction de son extérieur, et sa clémence
infinie? Car à l'exemple de ses pères, il n'a jamais fait mutiler ni
tuer personne , quoiqu'il en eût le pouvoir et que ses ennemis lui .
en eussent souvent donné l'occasion par leurs outrages. O roi
Charles d'immortelle mémoire, quelle affliction n'auriez-vous point
ressentie, si vous aviez vu le rejeton de la branche fraternelle, que
vous avez élevée sij haut; faire périr si cruellement votre fils bien
aimé! Tu as oublié sans doute, partie adverse, les bienfaits dont ton
père fut redevable au feu roi, et les dangers qu'a courus le roi
régnant pour lui conserver la Flandre. C'est pourquoi madame d'Or-
léans implore contre toi la justice du roi, en lui disant avec le pro-
phéte : Domine, deduc me in justitia tua propter inimicos meos.
« Ma troisiéme raison est fondée sur la compassion que méritent
ceux qui vous supplient ; C'est votre sceur chérie, veuve et désolée, ce
sont vos neveux, enfants innocents, que vous voyez orphelins et in-
consolables. Faites-leur donc justice et ouvrez-leur les entrailles de :.
IV. 15
98 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« pietatis. Ad hoc vos amonet beatus Jacobus dicens: Religio
« munda et immaculata est hec visitare pupillos et viduas in
« tribulacione eorum. O si ad paupercule vidue lacrimas, vin-
« dietam necis filii reposcentis, piissimus Trajanus imperator
« aures benignas accommodans et de equo prosiliens publi-
« cum pretermisit negocium jam agressum, donec justiciam
« fecisset. conquerenti, dico quod id tenemini facere vidue
« venerande ducisse, et ad hoc obligamini pro presenti et suis
« orphanis filiis, qui ad hec vos inducunt pectoribus anxiosa
« suspiria educentibus ab ymis, ut crudelem et dolorosam
« necem dilectissimi fratris vestri et genitoris eorum vindicetis
« per viam justicie, ut sic possint dicere : Justus dominus rex
« et Justicias dilexit, »
Super miserabilis casus ducis pietate et morte tam crudelis-
sima, quod eam omnes longe lateque per orbem abhominari
tenentur, proponens fundans quartam racionem, ex qua regia
majestas inclinari poterat et debebat ad justiciam excercendam,
fuit hec : « Et si, inquit, priscos reges misericordia motos super
« morte inimicorum suorum doluisse annales referant, et si
« Cesar viso capite Pompeii fleverit, dicens quod tantus talis-
« que miles, esto adversarius, non sic occidi debuisset, super-
« que morte Catonis doluerit inimici capitalis, et pueris adjuto-
« rium dederit, quam pie quamque misericorditer super morte
« unici fratris vestri dolere tenemini! Intonet auribus vestris
« benignis verba hec vel similia : O mz frater et domine, aspi-
« ciatis dulciter quomodo, propter amorem singularem quem
« habebatis erga me, per invidiam quatuor plagis letalibus con-
« fossus moribundus ceciderim! Oculis compassionis inspiciatis
.« corpus meum. ad terram elisum et post ad immundissimum
T lutum tractum, brachium meum abscisum et caput excerebra-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 99
« votre pitié. Saint Jacques vous y invite par ces paroles : Religio
« munda et immaculata est hæc visitare pupillos et viduas in tribula-
« tione eorum. Si le pieux empereur Trajan préta une oreille favorable
« aux plaintes de la pauvre veuve qui lui demandait vengeance de la
« mort de son fils, s'il descendit de cheval pour mieux l'entendre,
« etsi, pour lui faire justice, il interrompit une affaire publique, je
« dis que vous étes tenu et obligé d'en faire autant pour l'auguste
« veuve du duc d'Orléans, pour ses enfants orphelins, qui vous im-
« plorent avec des larmes et des sanglots et qui vous conjurent de
« venger par la voie de justice la mort cruelle et douloureuse de leur
« pére, votre frére bien aimé, afin qu'on puisse dire de vous : Justus
« dominus rez et justitias dilexit. »
L'orateur tira sa quatriéme raison des circonstances déplorables et
cruelles de l'assassinat du duc, qui devaient exciter partout l'horreur
et l'indignation , et n'oublia rien de ce qui pouvait et devait engager
le roi à faire justice : « S'il est vrai, dit-il, comme l'histoire nous
« l'apprend, qu'on ait vu des rois pousser la compassion jusqu'a pleu-
« rer la mort de leurs ennemis; si César versa des larmes en voyant la
« tête de Pompée, et s'il s'écria qu'un si grand capitaine, bien que
« son rival, ne devait pas périr ainsi; s’il pleura la mort de Caton,
« son ennemi capital, et protégea ses enfants, quelle pitié, quelle
« douleur ne devez-vous pas ressentir de la mort de votre frére
« unique! N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles ces paroles qu'il
« vous adresse : Voyez, mon seigneur et frère, en quel état m'a
« réduit la jalousie de mes ennemis , à cause de l'affection particu-
« liére que vous aeiez pour moi ; je suis tombé frappé de quatre coups
« mortels. Jetez sur moi un regard de compassion ; voyez mon
« corps foulé aux pieds et traíné dans la boue, mon bras coupé ,
« ma cervelle répandue sur le pavé. Dites s'il y eut jamais douleur
« pareille à la mienne. Hélas, monseigneur! il ne suffit pas à mon
« ennemi de m'avoir fait traïtreusement assassiner au moment où je
400 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« tum, et videte si unquam fuerit dolor talis sicut dolor meus.
« Heu michi iterum, domine mi, quia nec adversarius contentus
« st de servicio domine mee regine ad vestrum rediens proditorie
« circumyeniri me fecerit, ymo modis omnibus conatur famam
« meam et progentet mee perpetuo denigrare, libellum iniquum,
« diffamatorium et mendacem | proponendo. Super hüs ergo
« excessibus faciatis justiciam uxori mee et filus, ut sic dicant
« quod scriptum est primo Regum decimo octavo : Dominus
« autem retribuet unicuique secundum justiciam suam. »
Quintam autem racionem proponens prosequtus est super
malis et inconvenientibus que acciderent si justicia cessaret :
« Quia, inquit, tunc via facti aperta, prodicionum et divisionum
« deesset judex exequtor, in periculum et destructionem regni,
« quia, secundum Cyprianum de Duodecim Abusionibus : Justi-
« cia regis est pax populorum, tutamen patrie, munimentum gen-
« s, terre fecunditas, solacium pauperum , hereditas filiorum
« et sibimet spes füture beatitudinis. Et si quis consulat justiciam
« protrabendam ob partis adverse potenciam, id dicam magne
« apparencie et parve existencie. Nam cum potencia sua a throno
« vestro procedat, qui sibi servient contra vos, exteri vel domes-
« tici, milites et armigeri, vel se exponent mortis discrimini ,
« sustinendo homicidium tam crudele? Certe nullus. O milites,
« clerici et layci omnium regionum, in statera lances appen-
« dentes equo libramine jus ponderetis parcium. O reges, duces
et comites christiani, pro justicia, ut tenemini, certetis. Per
«annales eciam rex videbit aliquos progenitores suos, non
« tante potencie quam ipse sit, potenciores tamen quam sit
« pars adversa ad obedienciam viribus submisisse. Non du-
« bitet ergo apperire portam justicie domine mee venerande,
i iquoniam et si aliqua inconveniencia sequentur, tandem in
^
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 401
« sortais de chez madame la reine pour aller auprès de votre royale
« personne ; il attente encore par toutes sortes de moyens à mon hon-
« neur et à celui de ma famille, en publiant ur libelle diffamatoire,
« plein de mensonges et d'impostures. Faites donc justice de tant
« d'outrages à ma femme et à mes enfants , afin qu'ils puissent dire
« de vous ce qui est écrit au dix-huitiéme chapitre du premier livre
« des Rois : Dominus autem retribuet unicuique secundum justitiam
« suam. »
La cinquiéme raison fut établie sur les maux et les inconvénients qui
auraient lieu, si justice n'était pas faite : « Cela étant, dit-il, cha-
« cun aurait recours aux voies de fait ; il n'y aurait plus de juge pour
« punir les trahisons et pour terminer les discordes, et le royaume
« serait ainsi menacé d'une ruine prochaine. Car, comme le dit saint
« Cyprien dans son traité des Douze Abus : Justitia regis est par
« populorum, tutamen patriæ, munimentum gentis, terræ fecunditas,
« solatium pauperum, hereditas filiorum et sibimet spes futuræ bea-
« titudinis. Que si quelqu'un était d'avis qu'on différát de faire justice
« par égard pour la puissance de la partie adverse, je dirais que c'est
« une considération plus spécieuse que solide. En effet, puisque sa
« puissance procéde de votre tróne, quels sont les chevaliers et les
« écuyers, soit de sa maison soit étrangers, qui voudraient le servir
« contre vous, ou exposer leur vie pour soutenir un si cruel homi-
« cide? Aucun assurément. O chevaliers, clercs et laïques de tous les
« pays, pesez les droits des parties dans la balance de l'équité. O rois,
« ducs et comtes chrétiens, combattez pour la justice, comme vous
« y êtes tenus. Le roi verra aussi dans l’histoire que quelques uns de
« ses ancêtres, qui n'avaient pas une puissance égale à la sienne, ont
« réduit à l'obéissance par la force des armes de plus puissants sei-
« gneurs que n'est la partie adverse. Qu'il ne craigne donc pas d'ou-
« vrir la porte de la justice à ma noble dame. Lors méme qu'il s'en-
« suivrait quelques’ inconvénients, ils retomberaient sur la tête de
« notre adversaire, selon cette parole de Jésus-Christ : Celui qui
10% CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« datum regis parvipendens. Et sic cum rex vel regina ipsum
« reprehendere non auderent, domorum amborum defensiones
« ligneas destrui imperavit, integris relictis que ambiebant do-
« mum suam. Hanc igitur, domine rex, et vos, domini generosi
« assistentes, tantam humilietis superbiam, et venerabili du-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 405
« détruire les palissades qui entouraient leurs hótels en laissant sub-
« sister celles qui défendaient le sien. Noble sire, et vous, illustres
« seigneurs qui m'écoutez, humiliez tant d'orgueil ; ouvrez les voies
« de la justice à l'auguste duchesse d'Orléans et à ses enfants, afin
« qu'on puisse dire du roi ce qui est écrit au chapitre huitième du
« troisiéme livre des Rois : Judicabit servos suos, justificans quod
« Justum est et retribuens eis secundum justitiam. 1l est donc bien
« prouvé par ces six raisons que vous devez ouvrir les voies de la jus-
« tice à votre soeur bien aimée. »
Aprés avoir établi ce premier point principal, et démontré que
sa partie avait le droit de demander et d'obtenir justice, l'orateur
passa au second point. Prenant pour texte ces paroles : La convoitise
est la source de tous les mauz , et déclarant qu'il entendait par là
l'ambition de la gloire, des honneurs et du pouvoir, il essaya de mettre
en évidence la cruauté et la barbarie de la partie adverse, en démon-
trant par six raisons qu'elle avait traitreusement et méchamment fait
assassiner le duc d'Orléans.
« J'établirai, ditil, ma premiére raison sur ce que la partie adverse
« a fait tuer celui qu'elle devait honorer comme fils de roi, et sur
« lequel elle n'avait ni autorité, ni pouvoir, ni juridiction; ce qui est
« contraire à la loi divine, citée au vingt-sixiéme chapitre de saint
« Mathieu : Quiconque prend. le glaive, la glose ajoute sans pouvoir
« supérieur ni légitime, périra par le glaive. C'est ce que dit aussi
« saint Augustin dans le premier livre de la Cité de Dieu : Qui sine
« publica administratione maleficum interfecerit, velut homicida
« Judicabitur. Mais comme le défenseur de la partie adverse a fondé
« tout son plaidoyer sur ce que le duc était un tyran et que par con-
« séquent il était permis de le tuer, examinons, prince sérénissime,
«' si jamais on l'a accusé de tyrannie, ou si l'on peut lui appliquer le
« portrait qu'Áristote a tracé du tyran dans son quatrième livre des
« Ethiques, où il dit que /e tyran est celui qui s'empare de fait, sans
« titre légitime, par force et par violence, d'une ville ou d'un pays,
IV. 14
106 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« violenciam, potenciam, et per falsum titulum de facto occu-
« pat civitatem vel patriam, et qui incorrigibilis est et nemini
*
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 107
« qui est incorrigible et qui ne veut obéir à personne. Or jamais le
« duc d'Orléans n'a fait comme la partie adverse, qui s'est emparée
« par tyrannie des châtellenies de Douai, de Lille et d'Orchies; tout
« ce qu'il possédait, il le tenait de la munificence royale ou l'avait
. * acquis par contrat de vente. Jamais il ne s'est montré incorrigible
« ou rebelle, mais plus que tous les autres princes du royaume il a
« pratiqué et observé scrupuleusement la justice, il a gardé au roi
« pendant toute sa vie l'obéissance qu'il lui devait. Jamais enfin il ne
« s’est écarté du sentier de la vertu et n'a fait mettre à mort ni mutiler
« personne. Il a toujours honoré et exalté les hommes sages, les gens
« de mérite et de savoir; il a doté grand nombre d'églises de riches
« revenus, et n'en a détruit aucune. Il ne marchait point escorté de
« gens armés, parce qu'il n'avait rien à craindre de personne. Ce n'est
« point là le portrait d'un tyran, selon la définition des philosophes.
« Notre adversaire a donc tort de lui donner le nom de tyran, pour
« justifier le plus exécrable des attentats. C'est avec aussi peu de fon-
« dement qu'il ajoute que , si son seigneur a agi contre la lettre de la
« loi, il n'a point agi contre l'intention du législateur. L'esprit de la
.« loi n'est pas qu'on puisse tuer quelqu'un sans avoir autorité pour
« cela. On pourrait alors tuer tous les princes comme tyrans. C'est à
« celui qui a fait la loi qu'il appartient de l'interpréter; la partie
« adverse n'avait pas le droit d'interprétation à l'égard du feu duc,
« qui était son supérieur. Et, bien qu'on nous dise que le duc de
« Bourgogne était doyen des pairs, il ne s'ensuit pas qu'il eüt autorité
« sur le défunt. |
« Quant aux douze raisons alléguées par notre adversaire, pour
« prouver que la partie adverse a fait tuer licitement monseigneur le
« duc, et qu'elle pouvait le faire sans commandement de personne,
« je dis d'abord que l'autorité de saint Thomas ne saurait étre invo-
« quée ici ; car monseigneur le duc ne s'est arrogé aucun pouvoir par
pr 0m
AR.
108 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« quia dominus dux non subripuit aliquod dominium violenter
« nec unquam excogitavit regis dominium occupare, cum sciret
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 109
« violence, et n'a jamais songé à usurper l'autorité du roi, sachant
« bien que les princes du sang ne l'auraient pas permis. Pour ce qui '
« est de l'autorité de saint Pierre, je réponds qu'il ne veut pas dire
« qu'un duc doive étre obéi dans tout un royaume, mais seulement
« dans son duché. Ainsi vous pouvez voir que notre adversaire abuse
« de l'Écriture sainte, et qu'il cherche à en altérer le sens par ses
« sophismes afin de corroborer ses assertions. Pour ce qui est de l'auto-
« rité de Jean de Salisbury, je dis que c'est d'un tyran manifeste et
« connu que cet auteur veut parler. Il en est de méme de ce que dit
« Aristote dans ses Politiques ; il s'agit d'un tyran notoire. Quand on
« allégue les éloges donnés par Cicéron, dans son traité des Devoirs,
« à celui qui avait tué César, on oublie que Cicéron avait toujours été
« lui-méme l'ennemi de César et le partisan de Pompée. Pour ce qui
« est de l'autorité de Bocace, je réponds que tout ce qu'il avance
« s'entend d'un tyran manifeste. Quant aux trois raisons tirées des
« lois civiles, si ces lois disent qu'il est permis de tuer ceux qui détrui-
« sent la chevalerie, les voleurs de grands chemins et ceux qu'on
« trouve la nuit dans sa maison, je dis que monseigneur le duc n'était
« dans aucune de ces trois conditions, qu'il a toujours aimé les che-
« valiers, et que d'ailleurs les lois ne permettent pas de tuer les
« voleurs absolument parlant , mais seulement dans le cas de légitime
« défense. Lorsqu'on cite pour dixiéme raison, l'Égyptien tué par
« Moise, je dis que Moise n'avait pas le droit de le tuer et qu'il a péché.
« Lorsqu'on dit que Phinées tua Zambri et fut récompensé, je réponds
« quil le fit comme ministre de la loi. Lorsqu'on dit que saint
« Michel tua Lucifer, je réponds qu'il est ridicule de qualifier de
« meurtre ce qui ne fut que la privation de la gráce de Dieu et de la
« gloire du Paradis. Je dis encore que tous ces exemples de meurtres
« ne peuvent tirer à conséquence, parce que dans l’Ancien Testament
« beaucoup de choses étaient permises qui sont défendues aujourd'hui.
« Il est d'ailleurs fort étrange de s'autoriser de ces meurtres anciens
« pour justifier un assassinat commis injustement et sans autorité. Je
« puis donc appliquer à la partie adverse ou à quiconque la soutien-
« drait ces paroles du vingtième chapitre de Jérémie : Confundentur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. LEE
« vehementer, quia. non intellezerunt opprobrium sempiternum quod
« non delebitur.
412 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« specialiter principes, si parvipendant juramenta et fidelitatem
« promissam, non sunt veri milites censendi.
« Dico quarto quod modus occidendi et occisionis est damp-
«nabilis et infidelis penes cunctos christianos reputandus,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 113
« En quatrième lieu, je dis que la manière dont le duc a été assas-
« siné doit être réputée damnable et déloyale par tous les chrétiens.
« Car on l'a surpris dans un guet-apens, et on ne lui a même pas
« donné le temps de faire pénitence, ce que la justice séculière ne
« refuse à personne. Ainsi, ses ennemis auraient pu causer la mort de
« l'âme en méme temps que celle du corps. Mais il est certain qu'il
« était'en état de gráce, puisqu'il s'était confessé dévotement quelque
« temps auparavant. Remarquez, messeigneurs, l'odieuse dissimula-
« tion de la partie adverse. Le crime commis, elle s'est revétue
« d'habits de deuil, et elle a conduit la dépouille mortelle du duc jus-
« qu'au lieu de la sépulture avec de feintes larmes et de faux-sem-
« blants de douleur. O terre maudite, que ne t'es-tu entr'ouverte
« alors pour l'engloutir! Que dis-je? lorsque les familiers du feu duc
« suppliérent messeigneurs les princes d'ordonner une enquéte sur
« cette mort si cruelle , et d'avoir pour recommandés la duchesse et
« ses enfants, la partie adverse a dit avec les autres que rien n'était
« plus juste, et peu de temps aprés elle avouait, en présence du roi de
« Sicile et du duc de Berri, qu'elle avait commis le crime par des
« mains étrangères. Mais voyez: elle disait alors que le diable l’y avait
« poussée ; aujourd'hui elle se contredit sans pudeur, et soutient qu'elle
« a trés bien fait. Il n'en est pas moins vrai qu'elle a confessé le crime
« qu'elle ne pouvait nier, et elle eüt pu dire avec le traitre Judas :
« J'ai péché en livrant le sang du juste.
« En cinquième lieu, je soutiens que la partie adverse a fait tuer
« le duc à mauvaise fin, pour dominer dans le royaume, pour distri-
« buer aux siens les finances de l'État et recouvrer la pension de son
« père qui lui avait été plusieurs fois refusée. Elle a machiné cette
« mort pour gouverner seule le royaume, et c'est là la cause première
« de ce complot criminel, quoi qu'elle en dise. Aprés la mort du duc,
« ellea exalté ses propres créatures, destitué de leurs offices des gens
IV. 15
114 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Post mortem eciam ducis cepit suos exaltare, ab officiis regiis
« viros utiles et circumspectos destituere, et precipue regiarum
« peccuniarum exactores, de peccuniis regiis thesauros accumu-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 1445
« utiles et capables , principalement les exacteurs des deniers royaux,
« et amassé aux dépens du trésor royal des richesses, qui, s'il plait à
« Dieu, ne lui profiteront pas. Ainsi sera vérifiée cette sentence du
« vingtiéme chapitre de Job : Cum habuerit quod cupierat , possi-
« dere non poterit.
_« La sixième raison est que, non content de l'avoir privé, autant
« qu'il était en lui, de la vie temporelle et spirituelle, il a fait lire
« contre lui un libelle diffamatoire et plein de mensonges, en l’accu-
« sant du crime de lése-majesté divine et humaine, pour ternir à jamais
« sa réputation et celle de sa famille. Il a persévéré dans le péché par
« obstination d'esprit, et, comme vous le savez, celui qui défend le
« péché, résiste à -Dieu, en approuvant ce qui déplait à Dieu, et agit
« contrairement à ces paroles du prophète : Non declines cor meum
« in verba malitiæ ad ercusandas excusationes in peccatis. C'est là
« encore une preuve de la cruauté de la partie adverse.
« J'arrive au troisiéme point principal et aux six accusations con-
« tenues dans le libelle plein de mensonges et diffamatoire de l'hon-
« neur dudit duc, et je puis me servir au nom dudit seigneur de ces
« paroles du prophéte : Judica me, Domine, secundum justitiam
« meam , et secundum innocentiam meam super me. C'est comme si
« je disais : Cette requéte est si raisonnable, que vous ne devez pas la
« rejeter. À la premiére accusation, dans laquelle l'orateur de la par-
« tie adverse a dit que le duc a commis le crrme de lése-majesté divine
« au premier degré en pratiquant des sortiléges et en s'adonnant à
« l'idolátrie au mépris de la foi, je réponds que c'est fausseté et impos-
« ture, et que le duc a toujours vécu en bon chrétien et n'a jamais
« rien fait contre la foi catholique. Ce qui le prouve, c'est que, non-
« obstant les plaisirs et les divertissements auxquels il se livrait, il fut
« toujours occupé d'oeuvres de miséricorde et qu'il s'approchait souvent
« du tribunal de la pénitence. Le samedi méme qui précéda sa mort ,
416 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« sepissime devotam confessionem frequentare. Ipsam et die
« sabbati ante infaustum suum casum cum multis signis contri-
« cionis peregit , testibusque duce Borbonii et multis religiosis
« viris promisit ipsa die quod deinceps juvenilia evacuans
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 417
« il se confessa avec tous les signes d'une parfaite contrition, et pro-
« mit, en présence du duc de Bourbon et de plusieurs religieux, de
« renoncer désormais à ses écarts de jeunesse, de consacrer tout son
« temps au gouvernement du royaume et de s'y comporter de maniére
« à contenter tout le monde. C'est pour cela sans doute que la partie
« adverse, craignant de voir diminuer son autorité, s'est tant hátée
« de se défaire de lui. Cependant je ne désespère pas de son salut; car,
« comme dit l'Écriture : Justus etsí morte præoccupatus fuerit, anima
« ejus in refrigerio erit. Chacun le reconnaîtra pour bon chrétien, et
« la partie adverse elle-méme, si elle veut se rappeler avec quelle dévo-
« tion il entendait la messe et disait chaque jour les heures canoniales.
« Mais, à l'exemple des Pharisiens, qui traitaient Jésus-Christ de dé-
« moniaque, elle attribue tout cela à la feinte et à l'hypocrisie, vou-
« lant pénétrer le secret des consciences humaines, que les anges
« eux-mêmes ne connaissent pas; car, suivant le prophète : Ze Sei-
« gneur seul sonde les cœurs et les consciences. Elle reconnaitra
« encore cette vérité, si elle songe à toutes les largesses qu'il a faites
« aux pauvres et aux églises par son pieux testament. Elle ne dira plus
« alors qu'il est sorcier, idolátre, criminel de lése-majesté divine. Son
« défenseur s'en remet en cela au jugement de Dieu; il sait cependant
« que la justice humaine punit ce crime. Mais peut-étre a-t-il passé
« rapidement sur ce sujet, comme sur des charbons ardents, parce
« qu'il savait que sous ce rapport son maître n'était pas irréprochable.
« Áinsi madame la duchesse peut dire de son époux ce qui est écrit au
« vingt-deuxiéme chapitre de Job : Salvabitur innocens in munditia
« manuum suarum.
« La seconde accusation portée contre monseigneur le duc, c'est
« qu'il était fauteur du schisme et qu'il a commis le crime de lése-ma-
« jesté divine au second degré, en donnant aide et conseil à Pierre de
« Luna. Je réponds que cette accusation est fausse et calomnieuse,
« qu'il ne l'a jamais fait qu'à bonne fin. Il savait en effet qu'il eût été
« plus avantageux pour notre obédience d'obtenir que Pierre cédát ,
y"
448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« sciebat partem obediencie sue honorem acquisivisse majorem,
« si Petrus, ut promiserat, cessisset, quam si substraheretur
« sibi obediencia. Substractionem et neutralitatem differebat;
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 119
« ainsi qu'il l'avait promis, que d'en venir à lui soustraire l'obéis-
« sance. Voilà pourquoi il différait la soustraction et la neutralité ; en
« homme prudent et sage, il disait qu'il valait mieux attendre un peu
« que de trop presser ledit Pierre, qui céderait sans doute de lui-
« méme, et il s'en réjouissait dans l'espérance qu'il en résulterait pour
« lui des avantages temporels et spirituels. Vous n'ignorez pas, rec-
« teur et vous révérends maîtres ici présents, combien il avait à cœur
« l'union de l’Église, Car lorsqu'il apprit par vous que celui de Rome
« refusait de se rendre à Gênes ou à Savone, croyant que cela prove-
« nait de ce qu'on n'avait pas offert des süretés suffisantes, il vous pro-
« posa de lui donner un de ses fils en otage, et il l’eût fait réellement,
« s’il eût vécu plus long-temps. Ainsi, 6 partie adverse , tes assertions
« sont contraires à la vérité, et il est également faux que ledit duc,
« comme tu le prétends, ait consenti à l'envoi de cette excommunica-
« tion injurieuse ; car il conseillait au roi d'obéir à Pierre, et l'excom-
« munication n'aurait eu d'effet qu'autant que le roi ne lui aurait pas
« obéi. Tout le monde sait d'ailleurs que ledit Pierre ne prenait con-
« seil que de lui-même; et l'on peut encore se convaincre que ce n'est
«pas à la demande du duc qu'il a fulminé son excommunication,
« puisqu'il ne l’a publiée qu'aprés sa mort, au moment où le duc n'y
« avait plus aucun intérét. Aussi peut-on dire en faveur de l'innocence
« du duc : Os peccatoris et os dolosi super me apertum est.
« On allégue, pour troisième chef d'accusation , que monseigneur
« leduc a machiné la perte du roi, premiérement par sortiléges, en-
« chantements et maléfices, secondement par breuvages empoisonnés,
« troisiémement par les armes, l'eau, le feu et par d'autres moyens
« violents, et qu'ainsi il a commis le crime de lése-majesté au premier
« degré. Quant au premier moyen, qui est d'avoir pratiqué un maléfice
« avec l'assistance d'un certain moine et de ses compagnons, etc.,
120 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« ope cujusdam monachi et suorum consodalium, etc., contra
« veritatem loquutus est. Nam videatur processus per regis con-
« siliarios factus contra illos, dominus dux minime reperietur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 121
« c'est chose contraire à la vérité. Qu'on examine le procès qui fut
« instruit contre eux par les conseillers du roi, on n'y trouvera au-
« cune charge contre monseigneur le duc; on verra méme qu'il dé-
« fendit au moine d'avoir recours à:un art prohibé. Quant à l'os du
« pendu, c'est assurément une pure invention; car le motif pour lequel
« le chevalier fut condamné à l'exil et banni n'est que trop notoire par
« le proces qui lui fut fait au Parlement. Jamais d'ailleurs il n'avait
« été fait mention de cette infamie avant que le chevalier l’eût pu-
« bliée contrairement à la vérité, et son témoignage n’est d'aucune
« valeur, vu la haine invétérée qu'il a toujours eue contre le défunt.
« Et voyez, messeigneurs, si le défenseur de la partie adverse a tenu
« un langage qui convienne à sa profession en commençant son libelle
« par des suppositions de sortiléges et d'autres accusations semblables,
« toutes fausses et calomnieuses. Mais ce qu'il y a de plus étonnant,
« c'est qu'un théologien ait osé dire que lesdits maléfices ont sorti
« leur effet en la personne du roi. De telles assertions poürraient in-
« duire les hommes en erreur. Vous devez donc, révérends maîtres
« en théologie, empécher qu'on écrive ou qu'on lise publiquement
« de pareilles choses, et punir le théologien qui affirme l'efficacité
« des sortiléges. Il est étrange qu'il ait osé charger de ce crime
« monseigneur le duc, qui eut toute sa vie les sortiléges tellement en
« horreur, qu'il fit arréter et condamner à mort pour cause de sor-
« cellerie maître Jean de Bar et les deux Augustins apostats. Quant
« à ce que le seigneur de Milan aurait dit à sa fille, au moment de
« son départ, qu'elle serait un jour reine de France, cela est faux;
« car le regret qu'il avait de la quitter ne lui permit pas méme de
« lui dire adieu. Quant à la réponse qu'il aurait faite au messager:
« du roi, c'est une pure invention, car il recevait toujours avec
« les plus grands égards les envoyés du roi, leur faisait bonne chére
« et les comblait de présents en signe d'amitié. Quant aux griefs im-
« putés au saint homme Philippe de Maizières, ils sont également
« faux; il était entré aux Célestins long-temps avant le mariage du
« duc. J'en dirai autant des prétendues sommes d'argent. distribuées
« par le duc à certaines personnes pour empoisonner le roi. Si cela
Iv. 16
122 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« signum amicicie mutue. De impositis autem sancto viro Phi-
«lippo de Maseriis, id falsum est; nam diu cum Celestinis
« manserat, antequam dux nuberetur. Idem dicam de hiis quos
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 423
« eût été vrai, elles n'eussent pas gardé le silence jusqu'a présent.
« D'ailleurs ledit duc, qui était sous le gouvernement de ses oncles,
« n'était pas assez riche pour promettre tant d'argent; ses oncles
« ne l'eussent pas méme permis. Quant aux poudres empoisonnées
« dont on prétend qu'il a fait usage chez la reine Blanche, c'est aussi
« une imposture, comme peuvent l'attester beaucoup de personnes
« encore vivantes qui assistèrent à ce festin. Il n'est pas vrai non plus
« que l'aumónier de ladite reine perdit ses cheveux, etc. ; car depuis
« ce jour il vécut encore six ans en parfaite santé. Ainsi je puis répé-
« ter pour la défense de monseigneur le duc ces paroles du septiéme
« chapitre de Jérémie : Ecce vos confiditis in sermonibus mendaci,
« sed non proderunt vobis.
« On ajoute que le duc a voulu faire périr le roi par le feu : c'est une
« nouvelle calomnie. Car, comme il était tres jeune , il ne put trouver
« d'habit qui convint à sa taille; autrement, il eût pris part ausai à la
« mascarade, et il est évident que, s'il avaitfait mettre le feu aux véte-
« ments des personnes travesties, il ne l'aurait pas fait à mauvaise
« intention, puisqu'il aurait ordonné qu'on mit le feu aux siens, s'il
« avait été travesti. On reproche encore au duc ses alliances avec Henri
« duc de Lancaster. Je réponds que le traité qu'ils conclurent fut lu
« eri présence de tous les conseillers du roi et approuvé par eux , parce
«.quil ne portait aucun préjudice aux rois ni à leurs enfants, et
« J'ajoute que le duc ne l'avait pas conclu en baine.du roi Richard,
« qui était formellement excepté en sa qualité de roi. Quant à ce qu'on
« allégue qne ledit duc a excité Pierre de Luna à fulminer des bulles
« au préjudice de monseigneur le roi, c'est chose absurde et peu
« croyable; et ce qui prouve qu'il n'a pas favorisé ledit Pierre, c'est
« qu'il a offert de donner son fils en otage pour háter le rétablissement
« de l'union, c'est qu'il a le premier proposé que, si les deux préten-
« dants ne voulaient pas comparaître en personne au concile, ils en-
424 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« nem filium suum obsidem dare voluit, et primus practicaverit,
« riisi ambo côntendentes vellent personaliter comparere, pro-
« curatores mitterent ad consilium pro se ipsis; quod Petro
« multum displicuit. Sicque innocencia domini ducis patet,
« quam dignemini, serenissime rex, per justiciam conservare,
« quia scribitur Job tercio decimo : Justicia custodit innocentis
« VIA. |
« Cum autem proponens dixit in quarta accusacione, quod
« reginam apud Lucemburgum voluit ducere fraudulenter, hoc
« falsum est, quoniam omnibus modis quibus potuit ipsi regine
« humiliter et fideliter servivit. Et quia ipsa scit quod verum
« est, per ipsam poterit sciri contrarium proponentis; et ideo
« de hoc non loquar amplius. |
« Quo ad accusacionem quintam, quod dominus dux com-
« misit crimen lese majestatis in tercio gradu, scilicet in perso-
« nam domini Dalfini per pomum venenosum et intoxicatum
« sibi missum, dico quod illud pomum nunquam fuit domino
«'Dalfino missum , nec ex morsu illius filius ducis mortuus est.
« Nam phisici certificabunt eumdem non per venenum sed
« ex fluvio ventris diem extremum clausisse. Et quia loquitur
« pars adversa de porno, certe ipse est qui momordit pomum
« collectum in arbore sciencie, vetitum sub pena mortis,
« sicut Adam prothoplastus, quando ex arbore sciencie, rege
« scilicet Karolo, dominum ducem procedentem dure momordit,
« ipsum crudeliter occidendo. Sed vere deceptus fuit, ut Adam
« et Eva per serpentem, quia dyabolus sibi et actoribus sceleris
« sugessit quod eo interfecto essent sicut Dii in regno et
regerent totum regnum; sed tandem decipiuntur, quia de
« Paradiso terrestri, id est ab omni dominio temporali, priva-
« buntur per Dei graciam atque justiciam regis.
^
CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXIX. 4195
« voyassent en leur nom des procureurs ; ce qui déplut fort à Pierre.
« Peut-on douter aprés cela de l'innocence de monseigneur le duc?
« Qu'il vous plaise, sérénissime roi, de la protéger par votre justice ;
« car il est écrit au treiziéme chapitre de Job : Justitia custodit inno-
« centis viam. |
« La quatrième accusation de la partie adverse est que le duc a
« voulu emmener frauduleusement la reine dans le Luxembourg. Cela
« est faux; car il a toujours servi la reine humblement et fidelement
« autant qu'il l'a pu. Elle sait que c'est la vérité et elle pourra vous
« l'assurer elle-même C'est pourquoi je n'insiste pas sur ce point.
« Quant à la cinquième accusation, à savoir que monseigneur le
« duc a commis le crime de lése-majesté au troisième degré contre la
« personne de monseigneur le dauphin, en lui envoyant une pomme
« empoisonnée, je réponds que cette pomme n'a jamais été envoyée à
« monseigneur le dauphin, et que le fils du duc n'est pas mort pour
« en avoir mangé. Les médecins attesteront qu'il a succombé, non pas
« au poison, mais à une dyssenterie. Et puisque notre adversaire parle
« de pomme, je dirai que c'est bien lui qui, comme Adam notre pre-
« mier pére, a mangé la pomme de l'arbre de science, qu'il lui était
« défendu de cueillir sous peine de mort, lorsqu'il a si méchamment
« etsi cruellement assassiné monseigneur le duc, rejeton du roi Charles,
« que l'on peut justement comparer à l'arbre de science. Toutefois il a
« été abusé, comme Adam et Ève le furent par le serpent. Le diable
« lui avait persuadé, à lui et à ses complices , qu'une fois le duc mort,
« ils seraient puissants comme des dieux et régleraient tout à leur gré
« dans le royaume. Mais ils se trouveront bien frustrés dans leurs espé-
« rances puisque, por la grâce de Dieu et la justice du roi, ils seront
« exclus du Paradis terrestre, c'est-a-dire de tout domaine temporel.
126 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XXIX.
« Cum autem in sexta accusacione qui proponebat. dicebat
« ducem crimen lese majestatis in quarto gradu commisisse
« regem atque regnicolas expoliando financiis, tenendo pugiles
« armatos sine causa in dampnum maximum regni, et collectas
« peccuniales et intollerabiles super plebem statuendo, certum
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 121
« J'arrive enfin à la sixième accusation, où l'on prétend que le duc
« a commis le crime de lése-majesté au quatriéme degré , en dilapidaut
« les finances du roi et du royaume, en mettant sur pied des gens de
« guerre sans motif, au grand détriment du royaume, et en établis-
« sant des contributions intolérables sur le peuple. Chacun sait que, si
« des collectes générales ont été décrétées par le conseil du roi, c'était
« pour subvenir aux besoins du royaume et pour payer aux infidéles la
« rancon de la partie adverse. C'est aussi la partie adverse qui a fait
« derniérement venir en France des hommes d'armes étrangers, qui ont
« causé cent fois plus de dommage au royaume que les gens de mon-
« seigneur le duc. Pour ce qui est de l'argent pris dans la tour du Palais,
« c'est par ordre du roi qu'on en a disposé : les gardiens du trésor le
« savent bien. Quant aux cent mille francs pris à Melun, ils ont été
« distribués aux troupes qu'il a fallu rassembler contre la partie ad-
« verse, qui , aprés.avoir ramené de force à Paris monseigneur le
« dauphin, marchait sur Melun en appareil de guerre; madame la
« reine et le duc étaient déterminés à se défendre et à repousser la
« force par la force. Quant aux bandes de brigands qui ont infesté le
« royaume, elles ne servaient pas sous les banniéres du duc, et lui-
« méme a proposé à plusieurs reprises de les chasser, et obtenu que
« l'ordre en füt donné par lettres royales aux baillis et justiciers du
« royaume.
« O vous, sérénissime reine, trés excellent duc de Guienne, et vous,
« illustres princes, ue prétez point l'oreille à ces accusations fausses,
« frivoles et calomnieuses, qui n'ont aucun fondement, et que la fin
« tragique de ce noble duc excite votre compassion. Pleurez donc, trés
« excellent roi, pleurez dans l'amertume de votre cœur, la mort de
« votre frère unique si ignominieusement assassiné. Que l'auguste reine
« et monseigneur le duc de Guienne unissent leur douleur à la vótre;
« car ils ont perdu un prince qui les honorait et les aimait sincère-
« ment, et dont les conseils leur étaient souvent utiles dans le gouverne-
128 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« summo studio hos honorabat et amabat, et cujus consilio in
« disponendis arduis singulariter utebantur. Dies continuetis
« in lamentis, domine dux Biturie, quod ob hoc solum inte-
« rierit nepos vester dilectissimus, quia frater regis erat. Ne
« recusetis deflere, domine dux Britanie, tam dilectum avun-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 429
« ment des affaires. Passez votre vie dans les larmes, monseigneur le
« duc de Berri; votre neveu bien aimé n'a été mis à mort que parce
« qu'il était le frère du roi. Pleurez aussi, monseigneur le duc de Bre-
« tagne, un oncle qui vous chérissait autant que vous le chérissiez.
« Pleurez, monseigneur le duc de Bourbon ; l'objet de vos plus chéres
« affections est enfermé pour toujours dans la tombe. Pleurez, vous
« tous, princes et barons ; car la voie est ouverte aux trahisons, et le
% bras des assassins pourra arriver jusqu'à vous. Vous aussi , nobles et
« clercs, hommes et femmes , jeunes et vieux, pleurez la triste fin de
« celui qui travaillait de tout son pouvoir au bien et à la tranquillité
« du royaume. N'embrassez pas la cause de la partie adverse; soute-
« nez plutót contre le meurtrier le parti de la justice. Car, par le
« damnable homicide qu'il a commis, il a privé le roi et la famille
« royale d'un puissant soutien et jeté l'État dans une grande confusion.
« Oubliant ce qu'il devait au sang dont il était issu, ila violé sans
« pudeur son serment de fidélité, ses traités et ses engagements, et
« maintenant encore il veut soutenir son crime les armes à la main.
« Tant de forfaits ne sauraient étre réparés que par la justice. C'est
« pourquoi madame d'Orléans vient avec ses fils vous supplier de
« faire droit à sa requéte et de réparer l'outrage fait à sa famille de la
« maniére qu'elle vous fera connaitre tout à l'heure par son conseil.
« Ce faisant, vous acquerrez la vie éternelle; car, comme dit le
« sage au vingt et uniéme chapitre des Proverbes : Celui qui suit la
« Justice trouvera la vie et la gloire, que je vous souhaite... »
IV. 17
130 CHRONICORUM KAROLT SEXTI LIB. XXIX.
CAPITULUM XVIII.
Conclusiones facte eontra ducem Burgundie in presencia domini ducis Guyenne.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 494
CHAPITRE XVIII.
"--
Conclusions prises contre le duc de Bourgogne en présence de monseigneur
le due de Guienne.
Quand le vénérable abbé eut fini de parler, l'avocat de la du-
chesse' s'avanca au milieu de l'assistance , et rappelant l'exemple du
fils de la pauvre veuve ressuscité par Jésus-Christ, il adressa au roi
ces paroles du septième chapitre de l'évangile selon saint Luc : Hcc
vidua erat; quam quum vidisset Dominus, misericordia motus est
super eam. ll dit que ces paroles pouvaient être appliquées à la du-
chesse, qui était veuve et demandait justice de la mort cruelle de son
mari; il démontra par beaucoup d'autorités, de raisons et exemples
que le roi était tenu de satisfaire à sa requête, et termina ainsi *
« Prince sérénissime, le but auquel tendent madame la duchesse
et ses fils, c'est d'obtenir réparation d'un si exécrable attentat. Lais-
sant à votre procureur le soin de prendre des conclusions crimi-
nelles, ils posent des conclusions civiles qu'ils supplient humblement
votre majesté de daigner faire mettre à exécution.
« Ils demandent d'abord que le duc de Bourgogne, appréhendé au
nom du roi , soit amené à certain jour au cháteau du Louvre, en pré-
sence de notre sire le roi, de monseigneur le duc de Guienne, de tous
les princes de la maison royale de France et d'un grand coneours
de peuple, sans ceinture ni chaperon pour plus d'humiliation, en
compagnie d'antant de ses gens qu'il leur plaira. Là, prosterné à
genoux devant madame la duchesse et ses enfants, il déclarera et con-
fessera à haute voix qu'il a fait assassiner méchamment, damnable-
ment et traitreusement monseigneur le duc d'Orléans, qu'il y a été
poussé par jalousie et par ambition, et non par un autre motif, quoi
qu'il ait pu dire ou faire publier à l'encontre aprés le meurtre, dans
l'intention d'excuser et de justifier son crime. Il ajoutera que tout ce
! Guillaume Cousinot.
* Le discours de Guillaume Cousinot est rapporté tout au long dans Monstrelet
132 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
trarium post facinus perpetratum, credens sic justificare et
illud cooperire. Addat et quidquid proponi fecit, fuit menda-
cium adinventum, et ideo super istis generalibus et particula-
ribus offensis penitet, et sibi displicet, veniamque petit domine
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 433
qui a été dit par son ordre n'est que mensonge et fausseté, qu'il se
repent de toutes ces offenses en général et de chacune d'elles en par-
ticulier, qu il en a du regret et en demande pardon à madame la
duchesse et à ses enfants , les suppliant humblement de lui faire gráce;
qu'il ne connaissait rien que d'honnéte et de louable dans la personne
de monseigneur le duc d'Orléans, qu 1l révoque et rétracte tout ce
qu'il a fait dire a l'encontre.
« Jtem , cela fait, il sera conduit au Palais, puis à l'hótel royal de
Saint-Paul, où il lira publiquement lesdites déclarations en présence
de la duchesse et de ses enfants. Il sera mené ensuite au lieu où a
été commis le cruel homicide, et y restera à genoux jusqu'à ce que
les prétres qui auront été appelés aient récité les sept psaumes avec la
litanie et les oraisons qui suivent pour l’âme dudit duc; aprés quoi il
baisera la terre, en demandant pardon, comme ci-dessus; à madame
la duchesse et à messeigneurs ses enfants.
« Jtem , il sera fait des lettres royales contenant les propres termes
des humiliations et des réparations susdites, et ces lettres seront en-
voyées à toutes les principales villes du royaume, et publiées par
ordre du roi à son de trompe. Et pour plus de notoriété, il en sera
dressé des copies qui seront répandues en tous lieux.
« Jtem , en réparation desdites offenses et pour en perpétuer le sou-
venir, toutes les maisons de là partie adverse , en quelque lieu qu'elles
se trouvent , seront détruites et rasées de fond en comble , et sur l'em-
placement de chacune d'elles sera élevée une croix de pierre, à laquelle
sera suspendu un écriteau indiquant la cause de la démolition. Cela
sera fait spécialement au lieu oà a été commis l'exécrable homicide.
La maison d'oà sont sortis les infámes assassins sera pareillement dé-
truite avec toutes les maisons adjacentes , et sur l'emplacement desdites
maisons sera fondé, moyennant la somme de mille livres de rente -
amortie, un collége de six chanoines et d'autant de vicaires , qui chan-
134 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
detur collegium , ubi sint sex canonici et vicarii totidem , qui
cotidie sex missas pro ducis anima et horas canonicas cantent;
idque fiat sumptibus partis adverse, superque portam dicti
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 4135
teront tous les jours six messes avec les heures canoniales pour l'àme
du duc. Cette fondation sera fajte aux frais de la partie adverse, et la
cause en sera énoncée en grosses lettres au-dessus de la porte dudit
collége. Il sera fondé également et pour le méme motif, en la ville
d'Orléans, aux frais de la partie adverse, douze prébendes de cha-
noines et douze de vicaires, dont la collation appartiendra à ladite
dame et à ses héritiers. Ledit duc de Bourgogne sera tenu en outre de
bâtir deux chapelles à Jérusalem et à Rome et de les doter de revenus
suffisants pour qu'il y soit dit chaque jour une messe à l'intention dudit
duc.
« Jtem, il sera tenu de payer un million d'écus d'or pour fonder des
hópitaux et Hótels-Dieu, et faire des aumónes aux pauvres. Tout ce
qu'il posséde sera mis en la main du roi, pour étre vendu réellement
et de fait. La partie adverse restera en prison, jüsqu'à ce que toutes
lesdites choses soient accomplies.
« Jtem , aprés l'accomplissement desdites choses, il sera envoyé en
exil outre mer, pour y pleurer ses fautes pendant vingt ans, et aprés
son retour , il devra toujours se tenir à cent lieues au moins du roi et
de la famille royale. Il sera de plus condamné à d'autres amendes
pécuniaires , suivant le bon plaisir du conseil du roi, et suivant l'énor-
mité de son crime. Il remboursera, comme il est juste, les frais et
dépens du procès à madame la duchesse, qui requiert finalement que
le procureur du roi prenne, selon l'usage, des conclusions crimi-
nelles en son nom et au nom de ses enfants. »
Lorsque l'avocat eut fini, le duc de Guienne, qu'on avait instruit
de ce qu'il avait à dire, prononca ces paroles, en s'adressant à la du-
chesse et à ses cousins : « Nous et tous les princes du sang, ici pré-
« sents, agréons la justification de notre oncle, et le tenons pour
« excusé et déchargé de tout grief. Quant à Ja requête que vous avez
136 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« provisio sufficiens vobis fiet. » Et sic solutum est illud parla-
mentum.
CAPITULUM XIX.
Post propositum ducis Aurelianensis quid actum est contra ducem Burgundie,
| CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 437
« présentée, il y sera fait droit en justice, comme il convient. » Aprés
cela , l'assemblée se sépara.
CHAPITRE XIX.
Ce qui fut fait contre le duc de Bourgogne , aprés la justification du duc d'Orléans.
Les jours suivants, il se tint encore plusieurs conseils à ce sujet dans
Ja grande salle du château royal du Louvre, qu'on avait environnée de
gens d'armes. Après de mûres délibérations, auxquelles prirent part
la reine de France, les rois de Sicile et de Navarre et tous les princes
du sang qui portaient une haine implacable au duc de Bourgogne,
on procéda contre lui en toute rigueur. Sans avoir égard aux lettres
royales de réconciliation et de pardon qui lui avaient été accordées,
on résolut de mander de tous cótés des gens de guerre pour lui courir
sus comme ennemi de l’État, et l'on fit garder soigneusement les ponts
et les ports du diocése de Paris, afin que ni le duo ni ses envoyés ue
pussent approcher du roi. Lesdits seigneurs, alarmés aussi de l'affec-
tion que les Parisiens lui témoiguaient, établirent aux portes de la
ville quelques-uns de leurs gens pour y faire le guet nuit et jour. Ceux
qui étaient dans l'intérieur de la ville ne se montraient qu'en armes
dans les rues, comme s'ils eussent craint à tout moment de voir arri-
ver les ennemis du royaume. Cet état de choses imaccoutumé inspirait
beaucoup de terreur et d'épouvante aux bourgeois.
Sur ces entrefaites, vers le milieu d'octobre, le brnit se répandit
que la reine et lesdits seigneurs avaient parlé de faire enlever les
chaines des rues. Bien que ce bruit n'eüt aucun fondement, comme
on le reconnut plus tard, quelques gens, dont on n'a jamais su les
noms, jetérent furtivement chez le prévót des marchands de Paris
des lettres closes, contenant la menace d'un soulévement prochain
dans la ville. Elles lui étaient adressées au nom de tous les bourgeois
et étaient ainsi conçues : « Prévót des marchands, nous avons appris
IV. 18
138 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
intitulata erat, sed infra taliter scriptum : « Mercatorum pre-
« posite, sufficienter fuimus informati quod vos et complices
« vestri, quos nuper destinavimus ad reginam , dum Meleduno
« degebat, eidem multa nephandissima et mendosa, ut prodi-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 4139
« de bonne part que vous et vos complices, que nous avons naguére
« députés à Melun vers la reine, lui avez débité traîtreusément les
« plus infámes calomnies contre les habitants de Paris. Qu'il vous sou-
« vienne d'Étienne Marcel, l'un de vos prédécesseurs, qui fut igno-
« minieusement massacré et mis en piéces par ses concitoyens en puni-
« tion de sa félonie contre la ville. Sachez que pareil chátiment vous
« sera bientôt infligé, pour les mêmes motifs, à vous et à ceux de votre
« faction. »
Cette nouvelle s'étant répandue partout, messire Arnaud de Corbie,
chancelier de France, et les conseillers du roi en furent justement
alarmés. Afin de prévenir une sédition qui pouvait avoir les plus
funestes conséquences, ils demandèrent à la reine et obtinrent à grand”
peine que le prévót de Paris füt autorisé à se faire suivre dans les
rues par une escorte de gens armés. Il n'était pas à craindre, disaient-
ils, qu'il troublát le repos des citoyens paisibles; il réprimerait au
contraire au nom du roi toutes les tentatives de désordre qui pour-
raient éclater. De sages mesures maintinrent le bon ordre parmi les
troupes cantonnées à Paris; mais celles du dehors exercaient de tous
cótés d'intolérables brigandages, et suivant leur coutume ne se fai-
saient aucun scrupule de prendre tout ce qui pouvait s'emporter, répé-
tant partout qu'il leur était permis de s'indemniser ainsi de leurs
fatigues-et de leurs dépenses. En conséquence la reine manda les plus
riches et les plus notables bourgeois et les pria tous en particulier de
lui fournir à titre de prét l'argent nécessaire pour solder les troupes.
Chacun s'en excusa humblement sous diverses raisons. Il y en eut
méme qui dirent que ce grand rassemblement de troupes leur sem-
blait inutile, puisque le royaume n'avait point de guerre à soutenir.
Ces remontrances déplurent fort à la reine; toutefois elle dissimula
son mécontentement, et chercha à se venger des Parisiens, en avisant
au moyen de les priver de la présence du roi.
140 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
consilia statuit celebrare ad sciendum qualiter regis presencia
valeret eos privare.
CHRONIQUE DE CHARLES Vl. — LIV. XXIX. — 144
CHAPITRE XX.
Comment le comte de Hainaut ravagea le pays de Liège.
Tandis que le royaume était ainsi agité par la discorde civile, Jean,
duc de Bourgogne , qui avait pris congé du roi dés le mois de mars,
était dans le duché de Brabant à la tête d'une armée nombreuse de
Picards et de Bourguignons, prét à marcher au secours de l'évéque
élu de Liége, son vassal, assiégé par les Liégeois; ce qui était plus
important pour lui que s'il eüt secouru ses fréres ou ses cousins. Le
comte de Hainaut avait aussi fait de grandes levées d'hommes dans
son comté et dans ses états de Hollande et de Frise, afin de venger les
outrages qui avaient été faits à son frére Jean de Baviére par ses
sujets , et de forcer les Liégeois ii abandonner le siége. Ceux-ci avaient
conclu , sous la foi du serment, avec l'élu de Liége ün traité par lequel
ils lui fixaient un terme pour qu’il se fit conférer les ordres sacrés.
Puis, violant ce traité au mépris des-droits les plus sacrés méme chez
les nations barbares, ils l'avaient destitué et avaient élu à sa place le
fils d'un seigneur du pays, nommé le sire de Perweis, qui s'était mis
à la téte de la révolte. Ce nouveau chef, ayant rassemblé cinq cents
chevaux et quaraute mille hommes d'infanterie légére, qui portaient
une haine mortelle à Jean de Baviére, avait commencé le siége de
Maéstricht *. Il avait dressé ses tentes tout autour de cette ville, envi-
ronné son camp d'un fossé trés profond, occupé toutes les avenues, et
serré de si prés la place, surtout la partie qui obéissait à l'évéque, que
les assiégés ne pouvaient ni sortir des murs ni recevoir des vivres du
dehors. Maéstricht, située dans une plaine que traverse la Meuse,
renfermait une population belliqueuse et était défendue par d'épaisses
murailles flanquées de tours hautes et massives. Les habitants y fai-
' Voir ci-dessus chap. xi, page 55.
442 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
valde dempsis, opere solido compactis, insignis admodum et
munita; quam et urbani cura precipua die noctuque custodie-
bant , deputatis alternatim vigiliis; majoresque, vicissim custo-
dientes vigiles, menia perlustrando noctes in parte plurima
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 143
saient bonne garde nuit et jour, sous la surveillance des principaux de
la ville, qui passaient presque toutes les nuits à parcourir les remparts
et à inspecter les postes. Quoique l'élu de Liége ne fût pas assez fort
pour prendre l'offensive, il avait surpris plusieurs fois l'ennemi par
des sorties imprévues, s'était battu vaillamment et avait souvent
, Obtenu l'avantage.
Lorsque le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut arrivérent,
il y avait déjà quatre mois que ledit élu résistait avec courage à tous les
assauts. Les assiégeants, bien que trés nombreux , avaient néanmoins
des vivres en telle abondance, qu'ils vivaient dans leur camp comme
s'ils eussent été chez eux. C'est pourquoi le duc Jean, qui comme le plus
puissant avait le commandement en chef de l'armée et la direction
supréme de la guerre, résolut, de concert avec le comte de Hainaut
son beau-frère, de recourir d'abord à la voie des négociations pour
faire lever le siége. Le duc était de petite taille,
Mais dans son faible corps régnait un grand courage.
Doué d'un esprit pénétrant et d'un coup d'oeil sûr, mais n'ayant pas
une grande facilité d'élocution, il brillait plus par la sagesse de ses
conseils que par l'élégance de son langage. On envoya donc d'après
son avis vers le sire de Perweis, chef des rebelles, un messager qui
lui représenta avec douceur, de la part du duc et du comte, les incon-
vénients des discordes civiles toujours si funestes et si redoutables aux
plus puissants états, et plus ruineuses pour les peuples que les guerres
étrangères, la famine et les maladies. Il lui conseilla de renoncer à
ses desseins, de permettre aux habitants de retourner à leurs affaires et
144 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX,
morbive, abstinerent. Addidit ut negociacioni et aliis mecha-
nicarum arcium officiis sineret plebem vacare, et tanquam
bonus subditus fidelitatem erga electum et pacem mutuam in-
dissolubiliter servaret, melius concludens visum bellum ipsum
amoveri, si posset, et obsidionem solvi, et insignes dominos
accedentes pocius pace quam armis cognosci. Adjecit et factu
optimum legatos ad ipsos mittere, qui super statu rei publice
colloquii loci ad id ac temporis opportuni electionem offerrent.
Miti legacioni ab hoste secordius responsum inquiente , et si
nil sibi commune esset cum ducibus, nec se tamen pacem , quam
afferebat nuncius, aspernari, dum tamen Johannes de Bavaria
indempnis mox ad eos rediens sinat episcopum novum patrie
libere dominari, his condicionibus paratum se obsidionem
solvere, fedus quoque pacificum ferire cum ducibus; et, si hoc
displiceat, legatum ad se redire vetuit : « Quoniam, inquit, quot-
« quot ibi convenimus in mortem dicti Johannis conspiravimus;
« nec effugiet in finalibus manus nostras. » À superbia verbali
iterum ad contemptum procedens mittencium , ut eos amplius
ad iracundiam provocaret, ex superhabundanti copia pugnato-
rum quosdam misit, qui ex urbe de Touin exeuntes per Hano-
niensem patriam discurrerent ubique laxando omnis generis
crudelitatis habenas.
. Sic gemino aculeo domini stimulati ad vindictam non imme-
rito accinguntur; quam de communi decreto comes Hanonie
cum trecentis Picardis, quingentis quoque ex Hanonia, Hol-
landia et Frisia oriundis, quorum magna pars gregariorum et
serviencium levis armature erat, exequendam suscepit, Quos
omnes furore accensos, cum usque ad Hasbain , regionis illius
uberiorem partem , messis tempore perduxisset, mox jncendia-
rii ubique destinantur, qui longe lateque per patriam grassando
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 145
à leurs métiers, l'engagea à garder la fidélité qu'il devait à l'élu età
vivre en paix avec lui comme un bon et loyal sujet , et lui fit entendre
qu'il fallait prévenir la guerre, s'il était possible, en levant le siége,
et rechercher l'amitié des illustres seigneurs qui s'approchaient plutót
que de les braver. Il ajouta qu'il ferait bien de leur envoyer des ambas-
sadeurs, pour leur demander une entrevue et les prier de fixer un
lieu et un jour à cet effet.
Le sire de Perweis répondit avec insolence à ce message pacifique,
que, bien qu'il n'eüt rien de commun avec les ducs, il ne repoussait
point les ouvertures de paix qui lui étaient faites, mais qu'il deman-
dait que Jean de Baviére vint dans son camp sous la foi d'un sauf-con-
duit pour résigner le gouvernement du pays au nouvel évéque; qu'à
ces conditions, il était prêt à lever le siége et à signer un traité de
paix avec les ducs; que, si ces offres n'étaient point agréées, le messa-
ger pouvait se dispenser de revenir. « Car, ajouta-t-il, tous tant que
« nous sommes, nous avons juré la mort dudit Jean, et il tombera tôt
« ou tard entre nos mains. » Afin de montrer encore plus ouvertement
son mépris pour les princes et le peu de cas qu'il faisait de leur colére,
il détacha de son armée un corps de troupes, qui, passant par la ville
de Thuin, se jeta sur le Hainaut, et y commit toutes sortes de cruautés.
Le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut, ayant ainsi une
double injure à venger, se préparérent à combattre. D'aprés le plan
qu'ils arrétérent en commun, le comte prit avec lui trois cents Picards
et cinq cents hommes du Hainaut, de la Hollande et de la Frise, presque
tous gens de pied ou soldats armés à la légére, et animés d'une ardeur
intrépide. Il les conduisit, au temps de la moisson, dans le pays de
Hasbain, qui était la partie la plus fertile de l'évéché de Liege, et
envoya aüssitót des incendiaires qui saccagérent la contrée dans tous
les sens, brülérent les blés entassés dans les granges ou réunis en
Iv. 19
146 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
hostiliter fruges partim in areis jam congestas, partim per agros
manipulatim collectas , et partim solo herentes flamma voraci
consumerent, nec ullam rem relinquerent incolumem, cui ferro
aut igne noceri posset. Per quindenam iterum plagam illam
libere et absque obice perlustrantes, quotquot de agricolis, in-
colis quoque aliis obviam habuerunt sine misericordia pereme-
runt crudeliter, condicioni, etati aut sexui non parcentes , ita
ut de hiis dici posset : P iduam et advenam interfecerunt, et
pupillos occiderunt, juvenem simul ac virginem, lactantem cum
homine sene.
Ut verum fatear, dum hec perpetrabantur scelera, dominus
de Jocomonte, velut ferox belua vinculis emissa, et tyrannc-
rum eciam infidelium exsuperans seviciam, precepit ut nemini
parcentes passim et sine delectu ecclesias darent incendiis , sic-
que trecentis parrochialibus exustis, sic senes valitudinarii,
matres quoque cum parvulis atque matrone grandeve , que se
ibi consequende salutis gracia contulerant, aere suffocatorio
compulsi sunt spiritum exhalare. Dum hac illac quoque, quo-
cunque oculos flecteres, continuarent incendia, attendentes
villam muratam de Florin defensoribus destitutam et quod juve-
nile robur- ejus obsidioni Trajecti intenderet , illam capere sta-
tuerunt. Unde inermes, graves et valitudinarii, qui remanse-
rant, animo consternati, et ad unicum recurrentes remedium,
ignes in suburbio posuerunt , ne ibidem adversarii se locarent.
Sed cum caute Scillam cupiunt evitare, incidunt in Caribdim.
Nam statim invalescente incendio , vehemens suscitatus est ven-
tus , qui totas incendii vires in urbem flatu forti contorsit; qui
magnam partem edificiorum succendit, antequam obsidentes
muros alterius partis urbis occupassent. Ibi sine distinctione
justi vel impii strage immanissima peracta , cunctisque deside-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 447
gerbes dans les champs, et ceux qui étaient encore sur pied, et mirent
tout à feu et à sang. Durant quinze jours ils coururent le pays libre-
ment et sans éprouver aucune résistance, massacrant impitoyable-
ment les paysans et tous les habitants qu'ils rencontraient, sans dis-
tinction de rang, d'áge ni de sexe, en sorte que l'on pouvait dire
d'eux : ls ont tué la veuve et l'étranger; ils ont égorgé l'orphelin , le
jeune homme et la jeune fille, l'enfant à la mamelle et le vieillard.
La vérité m'oblige à dire qu'on remarqua principalement au milieu
de toutes ces horreurs la cruauté du sire de Jeumont. Il se conduisit
comme une béte féroce qui a brisé ses liens, et avec une barbarie com-
parable à celle des plus affreux tyrans. ll ordonna aux siens de ne
faire aucun quartier et de mettre le feu à toutes les églises sans excep-
tion. Il y eut ainsi jusqu'à trois cents paroisses brülées. Des vieillards
malades, des mères, des enfants, des femmes âgées, qui s'y étaient
réfugiés pour échapper à la mort, périrent étouffés par les flammes.
Aprés avoir porté l'incendie de tous cótés, le sire de Jeumont, appre-
nant que toute la jeunesse de Florennes était au siége de Maéstricht et
que cette place se trouvait ainsi sans défense, résolut de s'en rendre
maitre. Les malheureux habitants qui y avaient été laissés, étant pour
la plupart sans armes, vieux ou infirmes, furent frappés d'épouvante, et
recourant à l'unique moyen de salut qui leur restait, ils mirent le feu
au fanbourg, afin d'empécher leurs ennemis de s'y établir. Mais c'était
tomber de Charybde en Scylla. Au moment méme où l'incendie com-
mençait, il s'éleva nn grand vent, qui poussa les flammes sur la ville,
de sorte qu'une grande partie des maisons fut brülée avant que les
assiégeants se fussent emparés de l'autre cóté de la place. Tous les
habitants sans distinction furent impitoyablement massacrés, et ce qu'ils
avaient de plus précieux fut réduit en cendres. Aprés quoi, le comte
fit enjoindre et signifier par la voix du héraut à tous ses hommes
d'armes qu'ils eussent à marcher en tonte hâte sur la ville de Fosse,
OT Ww. o YN.»
148 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
rabilibis incolarum flamma voraci consumptis, auctoritate
comitis edictum est generaliter et voce significatum preconia
ut omnes armis instructi ad expugnandam urbem de Fosse,
multorum hominum incolatu insignem, muro sollidissimo et
profundissima fossa circumclausam festinarent.
Quamvis tunc perpaucos baberet defensores, hii tamen ali-
quandiu impetum obsidencium potentissime pertulerunt; qui
tandem tanta constancia tantaque virtute continuaverunt con-
gressum, quod, confractis antemuralibus, villam invitis urbanis
intraverunt, et sicut jussum fuerat, quotquot armatos repere-
runt occiderunt. Sic unico assultu urbe capta, ibi tantam rerum
opulenciam, tantas diviciarum copias stipendiarii repererunt,
ut neque numerus esset, neque mensura. Quapropter comitem
mox adeuntes rogaverunt ut hiis spoliis et manubiis in recom-
pensacionem laborum potirentur, et pro. meritorum qualitate
distributis locupletarentur universi. Hoc tamen dux penitus
denegavit; sed cuncta dari jussit incendio , hoc recusando in-
ferens et reiterans pluries : « Opus aliud majus restat ; multum
« adhuc superest laboris, et nundum consummatum negocium,
« ad quod evocati estis, quod , si ingenti preda onusti abiretis ,
« optatum non sortiretur effectum. »
Spacio tridui occupato in destructione murorum, comes re- :
diens villam de Couvin, Hanoniensium finibus conterminam,
et ipsis semper adversam, locatis in girum agminibus, obsi-
dione vallavit et assiliri precepit. Pro hac urbe Leodienses,
quia in introitu patrie sita erat, magnam gerebant sollicitudi-
nem, ut clausa muro sollido, victualibus et armis continue muni-
retur. Habebat quoque robustos deffensores, qui bina congres-
sione gentes comitis strenue repulerunt. Qui videns quod
obsidio multarum ebdomadarum: ferias exigeret, et timens
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 449
qui renfermait une nombreuse population et qui était entourée d'une
muraille solide et d'un fossé profond.
Cette place, quoique réduite à un petit nombre de défenseurs, ne
laissa pas de résister quelque temps avec courage au choc des assail-
lants. Mais ceux-ci revinrent à la charge avec tant de vigueur et
d'acharnement , qu'aprés avoir fait une brèche aux murailles ils entré-
rent de force dans la ville au premier assaut, et passérent au fil de
l'épée , comme ils en avaient recu l'ordre, tous ceux qu'ils rencontré-
rent les armes à la main. Ils y trouvérent d'immenses richesses et des
trésors considérables, et demandérent au comte de Hainaut que, pour
les dédommager de leurs fatigues, il leur abandonnát ces dépouilles et
ce butin qui suffisaient à les enrichir tous, et qu'il les distribuát à
chacun d'eux suivant ses services. Le comte s'y refusa péremptoire-
ment et fit tout brûler eu répétant à plusieurs reprises pour justifier
son refus : « Il vous reste encore beaucoup à faire; vous n'étes pas au
« terme de vos travaux ni au bout de l'entreprise pour laquelle je
« vous ai rassemblés , et si je-vous partageais ce butin, vous vous reti-
« reriez sans achever la campagne. »
Le comte, aprés avoir employé trois jours à la démolition de cette
place, marcha contre Couvin, ville- située sur les frontières du Hai-
naut, et qui lui avait toujours été hostile. Il l'investit aussitôt avec son
armée et en commença le siége. Les Liégeois attachaient une grande
importance à la conservation de cette ville, qui était la clef de.leur
pays; aussi était-elle entourée d'une bonne muraille et toujours abon-
damment pourvue de vivres et d'armes. Elle était en outre défendue
par une brave garnison, qui repoussa vigourensement dans deux com-
bats les gens du comte. Celui-ci, voyant que le siége pourrait durer
plusieurs semaines, et craignant de perdre son temps et de s'exposer
150 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
ne moram ibi trahendo non proficeret, sed pocius inutiliter
operam consumeret, et aliunde majus emergeret dampnum,
dampnis illatis contentus, ab hostili vastacione desiit, et ad
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 454
à de graves embarras, s'il s'obstinait à rester devant la place, se con-
tenta d'avoir dévasté les environs, leva le siége et rejoignit le duc de
Bourgogne à marches forcées, pour délibérer avec lui sur ce qui res-
tait à faire.
CHAPITRE XXI.
Les Liégeois abandonnent le siége de Maëstricht et sont battus par le duc de
Bourgogne.
L'élu de Liége, Jean de Baviére, serré de prés par les Liégeois et
réduit à la plus grande détresse, eüt été contraint par la famine à
se rendre, s'il n'eüt recu en secret des secours de quelques habitants
de la partie de la ville soumise au duc de Brabant, frére du duc de
Bourgogne, bien qu'ils fussent alliés aux assiégeants. En effet ceux
qui avaient jusqu'alors soutenu vaillamment les efforts de l'ennemi
avec ledit élu, épuisés par les fatigues d'un long siége et par les atta-
ques continuelles des Liégeois qui ne leur laissaient aucun répit, ne
faisaient plus le guet qu'avec négligence ,. et n'avaient plus d'espoir de
salut que dans l'assistance des princes. Ceux-ci, en ayant été infor-
més par des lettres et des messages, se mirent en campagne aprés avoir
fait la revue de leurs troupes, dont le nombre s'élevait, dit-on , à
huit mille hommes, sans compter les gens de pied, les soldats armés
à la lépére, les archers ni les arbalétriers. Cette armée, partagée en
deux corps, entra dans le territoire ennemi par le pays de Hasbain,
qui était à quatorze lieues de la ville assiégée.
A.
Je crois qu'il n'est pas sans intérét et sans importance de trans-
mettre à la postérité les noms des principaux seigneurs qui combat-
tirent en cette occasion sous les ordres du duc de Bourgogne. On
rerharquait, parmi les Bourguignons, les sires de Châlons, de Saint-
152 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
lono, de Sancto Georgio, Despagni, de Vergiaco, de Novo
Castro, de Forbourc, Despoisse, Galterus de Ruppibus, cum
duce interfuerunt; de Picardia vero, Sabaudia , Scocia et Cam-
pania cum comitibus de Marre, de Namuro ac de Grandi
Prato, domini de Say, Guichardus Dalfini, de Baume, de He-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX." 453
Georges, d'Épagny, de Vergy, de Neufcháteau, de Fribourg, d'Époisses
et Gautier des Roches; parmi les seigneurs de Picardie, de Savoie ,
d'Écosse et de Champagne, les comtes de Mar, de Namur, de Grand-
pré, le sire de Say, Guichard Dauphin, les sires de la Baume, de
Helly, de Longueval, de Croy, de Rasse, Raoul de Flandre, le sire
de Neuville, Regnier Pot, les sires de La Trémoille, de Conches, de
Raon, de Chateauvilain, de Roye, de Loches, Ponce Périlleux, An-
toine de Craon, les sires de Ghistelles, de Longueval, de Neuville,
Pierre et Guillaume de La Trémoille, Louis de Ghistelles, Pierre de
Fontenay, Jean d'Aulnay, David de Brimeu, Aubert de Rayneval,
Jean de Courcelles, Jean de Moreuil, le sire de Gamaches et plu-
sieurs écuyers fameux, Enguerrand de Bournonville, le Moine de
Neuville, Girard de Bourbon, Simon de Craon, Jean de Breuil, An-
toine de Villiers, Pierre le Maréchal, Barbery, Henri d'Allemagne,
Guillaume de Sully. |
Le duc et le comte, voulant procéder selon les regles , envoyèrent
une seconde ambassade au sire de Perweis pour lui rappeler qu'ayant
naguére engagé sa foi à l'élu, il devait craindre de ternir sa réputa-
tion par un acte de félonie, et pour lui proposer une entrevue; ils lui
laissaient, disaient-ils, touté liberté de choisir le temps et le lieu
convenables, dans l'espérance que les deux partis pourraient étre ame-
nés à poser les armes sans effusion de sang , avant de passer outre ou
d'engager une action décisive; ils ne prenaient aucun plaisir à la
dévastation du pays, avaient horreur du sang et ne désiraient qu'une
bonne paix établie sur des bases raisonnables; s'il refusait les voies
d'accommodement , il devait s'attendre à être poursuivi à outrance;
enfin ils le priaient de faire connaitre en toute hâte sa résolution.
Celui-ci répondit, en exagérant ses forces, que les paroles des
princes n'étaient pas faites pour intimider son armée. Toutefois il
Iv. 30
154 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
vires suas in immensum extollendo legiones quas secum traxerat
verbis principum dixerit non terreri, induciale tamen fedus
octo dierum eligit, ut de communi omniuin consensu unanimi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 455
accepta une tréve de huit jours, afin de pouvoir se concerter avec ses
concitoyens et répondre à l'objet du message. Mais les Liégeois,
peuple d'un naturel inconstant, prompt à tourner au premier vent et
156 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« illos pro dominacione violenta certaturos. Ostendite modo
« bellum; ad vim videant vos paratos, et territi populosa mul-
« titudine fugient aut succumbent. »
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 157
« prêts à repousser la force par la force, et vous les verrez fuir effrayés
« de votre nombre, ou tomber sous vos coups. »
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 1459
« mille couleurs. Mais cet appareil d'armes éclatantes vous est connu
« depuis long-temps, et vos ennemis n'en sont pas plus terribles.
« Qu'est-ce que ces armes brillantes, sinon un trophée sans cesse
160 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
forma esset, sub quibus regeretur ducibus, et de hiis cicius quod
possent ipsum redderent doctiorem. Hii mandatum exequi cura
sollerti cupiunt; et vix aurora solis subsequentis nunciabat
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 464
térent avec zéle de leur mission, et dés le lendemain, au point du jour,
un d'entre eux accourut vers le duc de toute la vitesse de son cheval,
et lui annonca que les ennemis approchaient. Un autre survint peu
aprés qui déclara qu'il n'y avait pas de temps à perdre, qu'il fallait
prendre un parti sur-le-champ, que déjà le sire de Perweis et son fils,
le nouvel élu de Liége, n'étaient plus qu'à une distance de dix lieues
avec une armée nombreuse, et qu'ils se proposaient d'étre le lende-
main dimanche à Tongres pour commencer l'attaque. Cette armée
s élevait , disait-on , à trente-cinq mille hommes, tant d'infanterie que
de cavalerie. Plusieurs nobles seigneurs d'Allemagne s'y étaient joints
avec une suite nombreuse de gens sans aveu. Les Liégeois avaient
aussi mandé d'Angleterre trois cents archers, en les priant de venir
sans tarder et en leur promettant de récompenser largement leurs
services.
Le duc, sans s'effrayer aucunement de ces nouvelles, passa ses
troupes en revue, et tint conseil à la háte avec le comte de Hainaut
son beau-frére, et ses principaux chevaliers; car la circonstance
n'admettait point de retards. I] fut d'avis qu'il fallait agir avec vigueur,
et chercher avant tout les moyens de repousser l'attaque des ennemis.
« Les Liégeois, dit-il, nation plus prompte à la révolte que vaillante
« dans les combats, ne songent qu'à leur nombre qui fait leur seule
« force, et brülent d'engager la bataille, comme vous le voyez. Mais
« souvent un moment peut suffire pour comprimer l'insurrection la
« plus redoutable. Vous avez plus d'une fois éprouvé la perfidie de ce
« peuple mobile et toujours avide de nouveautés. Tout récemment
« encore ils ont violé les traités , repoussé nos offres de paix et arrété
« grand nombre des nôtres. Ils ont crevé les yeux aux uns et mutilé les
« autres; ils en ont écorché un tout vif et pendu plusieurs; enfin ils
« nous réservent des tourments pareils et méme de plus cruels. Ils ont
IV. ' 21
162 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« pacis sunt aspernando nostros comprehenderunt, quosdam
«exoculaverant, quosdam membris truncaverunt, et unum
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 163
« commis des attentats encore plus monstrueux en haine de leur élu,
« dont nous avons embrassé la cause si juste et si légitime; ils ont
« chassé les chanoines de la cathédrale, et répandu à terre le saint
« chréme dans plusieurs églises, au mépris des sacrements de la foi et
« sans respect pour les lois divines et humaines. Nous ne devons pas
« laisser tant de crimes impunis; car Dieu, le seigneur des vengeances,
« nous accordera une grande gloire si nous les chátions. Invoquons-le
« donc pour obtenir la victoire, afin que notre petit nombre, qu'ils
« méprisent , fasse prévaloir la bonne cause que nous défendons contre
« ces adversaires peu aguerris et plus accoutumés au commerce qu'aux
« combats. Nous ne pouvons souffrir plus long-temps les outrages
« de cette multitude, digne de toute l'animadversion divine. Le chá-
« timent que nous en tirerons nous vaudra des récompenses éter-
« nelles. Prenons donc les armes pour combattre jusqu'à la derniére
« extrémité, et placons toutes nos espérances de succés en celui dont
« la protection n'a jamais failli à ceux qui espèrent en lui. »
Ce discours fut accueilli de tous avec faveur, et aussitót, de l'avis
unanime des ducs et des chevaliers ,. le héraut annonça dans le camp
que les hostilités commenceraient le lendemain. Il fut enjoint à toutes
les troupes de passer la nuit sous les armes et de faire le guet jusqu'au
point du jour. Le matin, dés l'aurore, l'infanterie et la cavalerie se
réunirent en bataille et sortirent en bon ordre de leurs quartiers.
Après avoir marché environ un mille, ils apercurent de loin les enne-
mis qui approchaient, et qui s'arrétérent tout à coup, par ordre de
leur chef, pour diriger contre les nôtres leurs traits et le feu de leurs
batteries de siége. Le duc, voulant s'en garantir, fit gravir à ses sol-
164 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
possent tela et missilia tormentorum obsidionalium ad nostros
emittere. Que dux cupiens vitare, in propinquo monticulo suos
jubet ascendere et stativa habere, ut cum eis tucius deliberaret
quid inde ageretur. In compendioso colloquio fuerunt circum-
specti qui videntes quod juncto agmine et indissolubili comi-
tiva adversarii se tenebant, dignum ducunt ut ex acie debite
ordinata quadringenti peritissimi equestres armati ad unguem
et qui equos velociores habebant, ab eis ex industria divide-
rentur, qui tempore opportuno laxis habenis in eos irruerent.
Quod poscebatur dux annuens, Picardis commisit nego-
cium, eisdem mille gregariis junctis, hortaturque equites ut,
si quando unquam equestri ope exercitum adjutum meminerint,
illo die adnitantur, omnem spem in eorum impetu affirmans se
habere. Rogat iterum ut, se substrahentes quam possent occul-
cius et ad eos accedentes, quam cito bellum sentirent inchoa-
tum, quanta maxima vi possent in hostes irruerent, sic conclu-
dens : « Compertum , inquit, ego habeo verba non addere vir-
« tutem, commilitones optimi, nec ex ignavo strenuum, neque
« fortem ex timido ducis oracione fieri; sed quanta cujusque
« vestrum animo audacia inest, in hoc patebit articulo. »
In concione illa militari auctoritate precellebant domini de
Croyaco, de Rasse, de Hely cambellanus regis, Ingerrannus de
Bornevilla, Robinetus Ruffy. Quos cum dominus de Perves
vidisset ab aliis per tractum sagitte elonguasse, contabuit cor
ejus pre timoris angustia, et ut erat vir in armis doctissimus,
suos sic alloquutus est : « Bellum, inquit, quod hucusque appe-
« tivimus, opportet ut consideracius et concordius quam cre-
« debamus geramus. Nam dux, intelligens magis opus esse
. « industria quam viribus, insidias per illos quos aspicio parat,
« et nisi festinentur decem milia sociorum ex Tungris quos sta-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 165
dats un monticule voisin et les y établit, afin de pouvoir délibérer plus
sûrement sur ce qu'il convenait de faire. Dans le conseil qui se tint
alors, les plus expérimentés, voyant que les ennemis formaient une
masse compacte et serrée , furent d'avis que l'on détachát quatre cents
hommes armés de pied en cap, choisis parmi les cavaliers les plus
habiles et les mieux montés, pour tomber vigoureusement sur l'en-
nemi , quand il en serait temps.
Le duc adopta la proposition et confia cette entreprise aux cheva-
liers picards, auxquels il adjoignit mille hommes de pied. Afin d'exci-
ter leur ardeur, il leur fit entendre que c'était le moment de montrer
quel secours l'armée devait attendre de la cavalerie, et leur rappela
qu'il mettait tout son espoir dans leur courage. Il leur recommanda
de dérober leur marche aux ennemis le plus habilement qu'ils pour-
raient, et de fondre sur eux avec toute l'impétuosité possible, des
qu'ils verraient l'action engagée : « Je sais, chers compagnons, leur
« dit-il en finissant, que les paroles ne donnent pas du coeur à qui
« n'en a pas, et que la harangue d'uu général ne peut changer la
« lácheté en valeur ni la timidité en audace. Que chacun de vous
« montre seulement en cette occasion le courage dont la nature l'a
« doué. »
Parmi les chevaliers chargés de la conduite de cette entreprise on
remarquait les sires de Croy, de Rasse, de Helly, chambellan du roi,
Enguerrand de Bournonville et Robinet le Roux. À peine étaient-ils à
une portée de trait du gros de l'armée , que le sire de Perweis les aper-
cut et fut saisi d'épouvante. Comme il était fort expérimenté dans le
métier des armes, il harangua ses troupes en ces termes : « Cette guerre
« que nous avons tant souhaitée, dit-il, exige plus de prudence et de
« concert que nous ne le pensions. Le duc de Bourgogne, qui sait que la
« ruse est plus fiécessaire ici que la force, nous prépare quelque piége
« avec ce détachement que j'apercois. Si les dix mille hommes que
« nous avons mandés de Tongres ne se hâtent d'arriver à notre aide,
166 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« tuimus venire, ab hiis equestribus opprimemur, nec in fina-
« lihne me renntahitis falanm vatem. » Ad hac «e inenm nhmlit
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 167
« nous serons écrasés par ces cavaliers, et vous verrez que je ne dis
« malheureusement que trop vrai. » Il offrit en même temps, comme
on le sut plus tard, d'aller chercher ce renfort. Mais quelques-uns le
retinrent : « Comment, lui dirent-ils, vous laisseriez le camp sans
« chef, et cela peut-étre de propos délibéré? C'est par vos ordres et
« dans l'espoir de vaincre que nous nous trouvons engagés dans cette
« entreprise périlleuse. Il faut que vous partagiez avec nous les chances
« du combat. »
Les deux armées restèrent en présence jusqu'a la troisième heure
du.jour sans bouger; tous les esprits étaient comme interdits et frap-
pés de stupeur. Enfin le duc, voyant que les Liégeois demeuraient
immobiles , descendit dans la plaine, ordonna aux siens de mettre
pied à terre, et s'avanca lentement vers les lignes ennemies. Trois fois
il fit faire halte, et pendant ce temps il parcourait les rangs pour en-
courager ses soldats : « Braves compagnons, disait-il aux uns, dans
« la situation critique oà nous nous trouvons présentement il faut
« agir et non délibérer. Déployez ici toute votre valeur; mais surtout
« recommandez à Dieu le succés de cette entreprise, et placez toutes
« vOs espérances en celui qui peut avec une poignée d'hommes triom-
« pher sans peine d'une nombreuse armée. » — « Mes amis, disait-il
« aux autres, conduisez-vous en hommes de coeur, et ces Liégeois,
« si turbulents dans la paix, si lâches dans la guerre, ne résisteront
« pas à vos coups. Que la nécessité double votre courage. » A d'autres
enfin il répétait : « Soyons tous inébranlables; nous défendons la
« bonne cause. Invoquons la protection d'en haut, et comptons sur
« la victoire. » Il termina cette harangue par un beau mouvement.
Quelques officiers lui conseillaient de se tenir un peu à l'écart et d'at-
tendre l'issue du combat : « Dieu me garde, dit-il, d'abandouner
« cenx qui par amour pour la gloire m'ont suivi au milieu du péril!
« Il. ne convient pas à un bon général de se soustraire aux dangers.
« Réglez-vous sur mes actions et non sur mes paroles : je veux non
« seulement vous commander, mais encore vous donner l'exemple.
« Maintenant allons, avec l'aide de Dieu, triompher des ennemis. »
| 168 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
Et hiis dictis equum abiciens prima fronte se locavit, et alta
voce clamando : Nostra Domina, duci Burgundie! signum erum- :
pendi in adversários dedit, qui jam per montis declivum ad
planiciem descenderant, sanctum Lambertum altis vocibus
invocando, et vix a teli jactu distabant ab aciebus ducis. Hoc
instanti adgressus mutuus inchoatur; utrobique clamores dis-
soni in vicino aere multipliciter econizant; instar grandinis
aerem occupat sagittarum dempsitas, que valde Leodiensibus
nocuit, quia leviter armati in parte maxima habebant vultum
discoopertum. Post, vibratis hinc inde gladiis, dirum inchoatur
certamen, quod valde vehemens fuit atque grave; nec habet
presencium memoria, quod alias tam periculosum tamque diu-
turnum in principio fuerit. Nam vix per dimidiam horam stetit
in ambigua spe pugna, nec discerni potuit utra pars meliorem
esset reportatura calculum. Spretis humanitatis legibus, tan-
quam in feras immanissimas ardentibus studiis et odio insacia-
bili utrinque decertatur, et utrobique gladiis, asciis et ensibus,
ac omnis generis instrumentis bellicis instabant viriliter, scientes
quod res pro capite ageretur. Eorum tamen fida relacione didici,
qui tunc presentes aderant, quod nostri tandem inferiores
extitissent, nisi equites opem eis maturato, ut promiserant,
tulissent ; unde sibi laudem acquisierunt perennem. Nam mox
tractu et missilibus consumptis, ad strenuitatis titulum acqui-
rendum mutuo se exhortantes, concitatis calcaribus equis, habe-
nis quoque laxatis, atque dimissis lanceis, potentissime infestis
cuspidibus in hostes a tergo et a latere irruerunt; mox deinde
inter media ruunt agmina et dempsissimum dissipant hostium
cuneum. Quacunque invehebantur, a leva et a dextra ictus
cum lacertis ingeminantes hectoreis, eos haud secus quam pes-
tifere sydero icti adversarii pavebant. Insistunt ex altera parte
CHRONIQUE DE CHARLES VI.—-LIV. XXIX. 469
À ces mots, le duc mit pied à terre, alla. se placer au front de ba-
taille, et donna le signal de l'action en criant Notre-Dame au duc
de Bourgogne! Pendant ce temps, les ennemis ayant quitté la hau-
teur qu'ils occupaient étaient descendus dans la plaine, en invo-
quant à haute voix saint Lambert, et n'étaient plus qu'à une portée
de trait de l'armée du duc. La bataille commenca aussitôt ; l'air re-
tentit de mille cris confus répétés par l'écho d'alentour, et une grêle
de flèches obscurcit le ciel. Les Liégeois eurent beaucoup à souffrir
dans ce premier choc, parce que leurs troupes étaient pour la plupart
armées à la légère et avaient le visage à découvert. Mais quand on
vint aux coups d'épée, le combat devint encore plus farieux et plus
acharné. Jamais, de mémoire d'homme, aucune mélée n'avait été
tout d'abord si rude ni si. sanglante. Pendant une demi-heure envi-
ron, les chances furent égales de part et d'autre, et il eût été diffi-
cile de dire lequel des deux partis aurait l'avantage. Foulant aux
pieds tout sentiment d'humanité, ils s’attaquaient avec une fureur
aveugle, avec une rage forcenée qui ne saurait étre comparée qu'à celle
des bêtes féroces , se frappant à coups d'épées, de haches, de: poignards, .
et d'autres instruments de mort; chacun savait que cette; journée
était décisive. J'ai su, par le rapport fidèle de ceux qui assistérent à la
bataille, que les nótres allaient enfin succomber, lorsque les chevaliers
picards accoururent en toute háte, ainsi qu'ils l'avaient promis, et se
couvrirent de gloire en les sauvant. En effet, aprés avoir épuisé leurs
traits et tous leurs projectiles, ils piquérent leurs chevaux , fondirent
sur les ennemis à bride abattue, la lance en arrêt, et les assaillirent
en flanc et par derriére, s'exhortant les uns les autres à signaler leur
vaillance. Bientót ils pénétrérent au milieu des rangs les plus épais,
et y jeterent le désordre. Ils frappaient à coups redoublés de droite et
de gauche avec une force irrésistible, et partout où ils allaient, leurs
adversaires tremblaient comme sous l'influence d'un astre malin. Les
gens de pied , chargeant à leur tour l'ennemi avec impétuosité, égor-
gérent à coups de haches , comme des victimes, ceux qui étaient tom-
bés à terre, relevérent le courage de leurs compagnons, et les rame-
V | 22
170 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
grégarii animosius, lapsos quasi victimas obtruncant securibus,
süos elisos erigunt et restituunt habiles ad conflictum, sicque
brevi per media eorum agmina prorumpunt.
In principio namque pugne, sicut hostes decreverant, ut
nostri cicius dispergerentur, vexillum ducis temptantes eripere,
usque ad eumdem viribus penetrarunt. Sed tunc tantum tamque
insigne virtutis, qua singulariter prefulsit , dedit argumentum,
ut perpetua dignum judicetur memoria factum. ejus celebre,
quo se.exereitui universo insignem reddidit. Nam quamvis esset
natura pusillis, magnum tamen |
.... ir exiguo patuit tunc corpore robur,
et, more rugientis leonis, in hoc condempso cuneo et a dextris
et a leva. hinc inde percuciens, et stragem operans, probitate
sua hostium. türbavit animos et suos audaciores reddidit. Ut
si crevit tunc ex alieno timore nostris audacia, abhinc omnia
ira militaris prope vesano impetu egit. Hostium emarcuit virtus
ommis, fracto vexillo sancti Lamberti; fit acies similis fluc-
tuanti, nec tulit equitancium continuatum impetum. Ubique
strages immanissima excercetur, ita ut interemptorum cruore
locus pollueretur universus, ad gloriam militancium sub duce.
À qua tamen acie, ut verum fatear, perpauci ex milibus et
armigeris, quos nominatim: tangere supersedeo, privati sunt;
qui timore perterriti ighominiose et cum perpetuo probro bel-
licis se substraxerunt sudoribus, et inter quarros usque ad exi-
tum belli'se delituerunt, decus generis sui et honestatem pro-
priam tanta culpa funestando. -
. Sic factum est justo Dei judicio, quod omnis illa hostium
virtus, que prius armis, viribus, animis et numero videba-
tur incomparabilis, contritta languido lacessita marte corruit.
CHRONIQUE DE. CHARLES VI. — LIV. XXIX. 474
nérent au combat avec eux; en sorte que bientôt toute l'armée des
Liégeois fut mise en déroute.
Au commencement de l’action, les ennemis, pour rendre la défaite:
des nôtres plus prompte , avaient résolu de s'emparer de Ja bannière du
duc, et ils s'étaient même frayé un chemin jusqu'à lui. Dans ce dan-
ger pressant, le duc donna des preuves éclatantes de cette rare valeur
qui le distinguait, et j'ai cru devoir conserver à jamais la mémoire du
noble trait qui lui mérita l'admiration de son armée tout entière. I]
était de petite taille,
Mais en son faible corps régnait un grand courage.
Il se jeta comme un lion rugissant sur ceux qui l'entoureient, frap-
pant vigoureusement à droite et à gauche, et faisant un effroyable
carnage; par ces prodiges de valeur il épouvanta les ennemis et
enflamma l'ardeur des siens. Ceux-ci, enhardis par la frayeur méme
de leurs adversaires, s'abandonnérent à tous les transports d'une fureur
aveugle. L'étendard de saint Lambert ayant été mis en pièces, les Lié-
geois plièrent; leur armée n'offrit bientôt plus que l'aspect d'une
masse flottante et sans ordre, qui ne put soutenir les charges réitérées
de la cavalerie. Ce ne fut plus alors de tous cótés qu'une horrible bou-
cherie, et le champ de bataille fut inondé du sang des vaineus, à la
grende gloire de ceux qui combattaient sous les ordres du duc de
Beurgogne '. Cependant, je dois le dire, le duc ne fut pas également
secondé par tous les chevaliers et les écuyers ; quelques-uns d'entre eux ,
dont je tairai les noms, se déshonorérent par leur lácheté et ternirent
à jamais l'éclat de leur naissance et de leur réputation, en allant se
cacher au milieu des chariots, où ils restèrent jusqu'à la fin du combat,
pour se soustraire au danger.
Ainsi , la justice de la Providence permit que toute cette multitude
' Ce fut à cette bataille que le duc de Bourgogne gagna son surnom de Jean-sans-Peur.
472 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 118
d'ennemis, qui semblait incomparable en armes, en forces, en courage
. et en nombre, füt écrasée et anéantie. |
Au moment où les vainqueurs, lassés de tuer, ralentissaient le car-
nage, et pendant que quelques soldats étaient à débattre avec le reste
des vaincus le prix de leur rançon, on vit accourir tout à coup les dix
mille hommes qui étaient sortis de Tongres. À la vue de ces nouveaux
ennemis, ils massacrèrent aussitôt leurs prisonniers pour s’en débar-
rasser et se préparèrent à combattre. Le sire de Perweis avait mandé
à ce renfort de venir pendant que l’action durerait encore. Mais ils
étaient partis trop tard. Lorsqu'ils ne furent plus qu'à un mille du
champ de bataille et qu'ils connurent la défaite des Liégeois, ils son-
gérent, non pas à recommencer le combat, mais à battre en retraite.
La peur avait tellement glacé leurs coeurs, qu'ils ne pensérent qu'à
fuir. La cavalerie les poursuivit l'épée dans les reins et à bride abattue
jusqu'aux portes de Tongres, et en tua deux mille. Cet engagement
cotta la vie au sire de Perweis, chef de la révolte; blessé mortelle-
ment au coeur d'un coup de lance, il périt avec son fils l'élu de Liége.
En dépouillant les morts on les trouva se tenant tous deux par la
main. On n'a jamais pu savoir qui lui avait donné la mort '. De toutes
les troupes qu'il avait rassemblées, la cavalerie seule échappa. Vingt-
quatre mille hommes ? périrent, dit-on, dans cette bataille, qui eut
lieu le dimanche 23 septembre. Le duc de Bourgogne ayant ordonné
le dénombrement de ses troupes, il fut constaté qu'il n'avait perdu
que soixante-dix chevaliers et écuyers?. Ainsi, pour n'avoir pas voulu
suivre de sages conseils, ce peuple rebelle et intraitable fut complé-
tement battu et descendit tout entier dans la tombe; et pour n'avoir
pas su se soumettre à un joug salutaire, il recueillit le triste fruit de
ses révoltes, en tombant sous le fer des Français.
' Pierre de Fenin dit que le sire de * Pierre de Fenin et Lefèvre de Saint-
Perweis fut fait prisonnier avec son fils, Remy disent vingt-huit mille.
que les ducs lui firent couper la tête, et — ' Monstrelet dit que le duc de Bourgogne
qu'ils l'offrirent en présent à Jean de Ba- perdit de cinq à six cents hommes, parmi
viére. lesquels il y avait cent ou cent vingt gentils-
hommes.
174 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. |
Divina presente clemencia prevaluit pars ducis, et gloriosa
victoria potitus est. Cum autem in campo belli im leticia et
exultacione gracias Deo exhibuisset, de cujus munere venerat
ut, tanto periculo superato, optatum erat bravium consequtus ;
de consilio procerum extra villam Leodiensem sua erigi fecit
tentoria, legeque humanitatis usus voce significavit preconia,
ut omnes libere exirent ad requirendum corpora notorum .et
amicorum, et ea quo vellent tumulanda deferrent. Ipsi tamen
appropinquanti ad urbem omnes cives, abjectis armis, et id
genus vestis induti, qua placare iratum Deum precarique
veniam solebant , viris ecclesiasticis ferentibus sacra , quasi Deo
obviam egressi, seque et sua urbemque ipsam ei supplices
dedidere, rei exitum approbantes , quod de illis qui nec ordine
juris vel racionis regi poterant triumphasset. Die iterum se-
quenti, cum Leodiensis electus, insigni comitiva vallatus, duci-
bus regraciaturus accessisset , ex urbibus de Huy, de Tungre et
de Dynant atque aliis reliquis nuncii venientes ad ducem,
palmis effusi et gementes veniam pecierunt et humilem obedien-
ciam offerendo, supplicantes ut patriam recommendatam habe-
ret, nec insontes ob malignancium factionem iram ejus incur-
rerent. |
Super quo celebrato compendioso consilia, duces verbis sic
eos. agrediuntur ::« Scimus vos non vestra voluntate sed quo-
« rumdam ' iniquissimorum instinctu contra rem publicam et
« dominum vestrum naturalem jam mortuos conjurasse. Nunc
« quoniam vos sic casus optabilis nostri fecit arbitrii, si quod
« ultro facere jussi faciatis, minime acceptabimus quod rogatis,
« nisi sedicionum tradentur principales actores, de quibus
« sumpto supplicio, quicquid super regimine patrie conclude-
« mus, facere promittetis. » His auditis, quando quidem preter
CHRONIQUE DE CHARLES VI. —- LIV. XXiX. 475
Le duc de Bourgogne, qui grâce à la protection de la divine Pro-
vidence venait de remporter une victoire si glorieuse, aprés avoir
remercié Dieu avec effusion, sur le champ de bataille méme, de la.
faveur qu'il lui avait faite et du succés qu'il lui avait accordé, marcha
sur Liége d'aprés l'avis de ses principaux officiers, et fit annoncer par
la voix du héraut que, conformément aux lois de l'humanité, les
habitants pouvaient sortir en toute süreté pour chercher les corps de
leurs parents et de leurs amis et leur donner la sépulture en tel lieu
qu'il leur plairait. Mais à peine eut-il dressé ses tentes autour de la
ville, que les bourgeois déposérent les armes, et vinrent se présenter
devant lui en habits de suppliants, précédés de leurs prétres qui por-
taient les objets sacrés, comme s'ils eussent eu à fléchir la colére du
Seigneur et à implorer sa miséricorde. Ils ‘remirent à sa discrétion
leurs personnes, leurs biens et leur ville, et le félicitérent de son
succés et du triomphe qu'il avait obtenu sur des rebelles qui ne savaient
pas obéir aux lois de la justice et de la raison. Le lendemain, l'élu de
Liége, suivi d'un brillant cortége, vint rendre grâce aux ducs,. et en
méme tempe arrivérent des députés de Huy, de Tongres, de Dinant et
de.toutes.les antres villes du pays, pour faire leur soumission au duc
de Bourgogne. Ils se présentèrent en tendant les mains vers lui et
en pleurant, lui demandérent pardon, firent serment de lui obéir,
et le suppliérent de prendre leur patrie sous sa protection et de ne pas
faire tomber sur les innocents le châtiment dà aux crimes de quelques
factieux. ' |
: Les ducs, aprés avoir tenu conseil à la hâte pour délibérer sur ce
sujet, répondirent en ces termes : « Nous-savous que clest à l'instiga-
«;tion de quelques traitres qui sont morts, plutôt que par l'effet de
« votre volonté que vous avez couspiré contre la chose publique et con-
« tre votre seigneur naturel. Maintenant que la victoire nous a rendus
« les arbitres de votre sort, et que vous étes obligés de faire ce que
« vous auriez dà faire de vous-mémes, nous n'acquiescerons pas à vos
« prières que vous ne nous ayez livré les principaux chefs de la révolte,
« pour qu'ils soient mis à mort, et que vous ne preniez l'engagement
« d'exécuter tout ce que nous déciderons touchant le gouvernement
116 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
spem supplicii sui nulla mencio fieret , haud quicquam abnuere
de peticionibus ducum ; indeque obsides ducentos ex diciori-
bus ville Leodiensis dederunt, qui capite luerent, nisi ducum
in omnibus obtemperarent precepto. Et tunc de civitate sexa-
ginta cum domicello de Ruppe Forti, conspiracionum fautore
precipuo , quamvis provecte etatis existeret , aliisque multo auc-
toritate et diviciis precelleret, tradiderunt. Hic pinguis erat
supra modum, ita ut more femineo mammillas haberet cingulo
tenus prominentes; qui, cum extra menia urbis in ducum pre-
sencia constitutus conspiracionis seriem confessus fuisset, et
confessionem ejus ceteri approbassent, iniquitatum fructus
adjudicati sunt colligere et capitis truncacionem subire. Dum
autem ad decollandum ducerentur, factus est concursus populi
utriusque sexus, suorum deplorantis exterminium, qui eisdem
insultando , et eorum abhominando scelera , singulorum memo-
riam execrantes, orabant ut cum proditore Juda eternis incen-
diis haberent porcionem, quia consulentibus ipsis amicos, notos
et affines procuraverant interfici.
Inde dominum de Joco Monte, utique immisericordem virum,
cum multis bellatoribus duces ad urbes destinaverunt reliquas,
que rebelles extiterant, ut sontes conjuracionis simili pena
punirent. Cum autem obsides datos apud Valencianas misissent,
ut ibi custodirentur, ad victorie perhennem memoriam, previa
deliberacione matura, incolis et patrie | onera imposuerunt que
sequntur.
« Et primo quod de villis de Dynan, de Tungre, .. . * porte
diruerentur principales, et ab utraque parte villarum effractis
muris et solo equatis, et vallo penitus complanato.
' D y a ici une lacune dans le manuscrit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 477
« de votre pays. » En entendant ces paroles, les députés, charmés qu'il
ne füt pas question de les punir, comme ils s'y étaient attendus,
n'eurent garde de repousser les propositions des ducs. Ils donnérent
en otage deux cents des plus riches bourgeois de Liége, qui devaient
répondre sur leur téte de la fidéle exécution de tout ce qui serait
ordonné par les ducs. Puis ils livrérent soixante Liégeois, parmi les-
quels on remarquait le damoisel de Rochefort, qui s'était montré l'un
des plus ardents fauteurs de la révolte, bien qu'il fût d'un âge avancé,
et le plus riche et le plus considérable d'entre les bourgeois. C'était un
homme d'un embonpoint tellement démesuré , qu'il avait des mamelles
qui lui tombaient jusqu'à la ceinture. Conduit hors de la ville en pré-
sence des ducs, il se reconnut coupable de tous les projets formés par
les conspirateurs, et ses complices firent les mémes aveux. Ils furent tous
condamnés à avoir la téte tranchée en expiation de leur crime. Lors-
qu'on les conduisit au lieu de l'exécution, ils furent suivis par une foule
innombrable d'hommes et de femmes, qui avaient à pleurer la mort de
leurs parents tués dans la bataille, et qui leur prodiguérent toutes sortes
d'insultes, maudissant leurs coupables machinations, vouant leur mé-
moire à l'infamie, et leur souhaitant d'aller partager dans les enfers le
supplice du traitre Judas, parce que c'était à leurs perfides conseils que
chacun d'eux devait la perte de ses amis , de ses parents, de ses alliés.
Les ducs chargérent ensuite le sire de Jeumont, qui s'était signalé
par sa cruauté impitoyable, de marcher avec un corps nombreux de
troupes contre les autres villes qui avaient pris part à la révolte, et
de chátier pareillement tous les coupables. Ils dirigérent sur Valen-
ciennes les otages qu'on leur avait donnés, et pour perpétuer le souve-
nir de leur victoire, ils imposérent aux vaincus, après une mûre déli-
bération, les conditions suivantes ' : |
« Premiérement, les portes principales des villes de Dinant, de
Tongres , de. .... ^, seront détruites, les murs abattus et rasés, et les
remparts démolis.
* Voir les articles de ce traité dans Mons- — * Les noms des autres villes n'ont pas été
trelet, qui les rapporte plus en détail. indiqués par le Religieux.
IV. 23
178 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Iterum et quod privilegia antiqua tocius regionis afferren-
tur, et que vellent vim haberent, ceteris penitus anullatis.
« Iterum et quod in campo, in quo bellum commissum
fuerat, ecclesiam collegialem duodecim canonicorum construe-
rent, qui assidue pro animabus ibidem peremptorum Domi-
num exorarent, quibus eciam mille libras annui et amortizati
resditus assignarent.
« Iterum et quod ubique fidelitate domino Leodiensi electo
manualiter promissa et sacramentis vallata, hanc jurarent in
perpetuum servare; quam et si suadente dyabolo aut propria
iniquitate violarent, multa peccunialis urbibus imponeretur,
regique, duci Burgundie, comiti Hanoniensi et domino Leo-
diensi, cuilibet centum milia scuta auri solvere tenerentur, et
quod de istis omnibus littere conficerentur, et lituis personan-
tibus voce preconia divulgarentur ubique. » |
Ut res gesta ad ducis Brebancie pervenit noticiam, impacien-
tissime tulit, quod ardenter optaverat, opem fratri duci Bur-
gundie non tulisse , seque fraude domieelli Montis Gaii, quem
fidelissimum reputaverat, deceptum. Qui quidem armiger sibi
timens , ne propter prodicionem capite plecteretur, transmeato
mox fluvio Mose, in Alsaciam fugit, unde oriundus erat, et in
quodam inexpugnabili et fere inaccessibili castro ad tempus sta-
tuit immorari.
CAPITULUM XXII.
De morte ducisse Aurelianensis.
In castro ville Blesensis, mensis decembris quarta die, domina
Valencia, Aurelianensis ducissa, ex duce Mediolani et filia
quondam regis Francie Johannis procreata, que ab infausto
interitu viri sui vitam duxerat in continuis lamentis, unde et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 479
« Jtem , les antiques priviléges de tout le pays seront apportés et
soumis à des commissaires, qui les eonfirmeront ou les annuleront
à leur gré.
« Jtem , il sera fondé par les Liégeois sur le champ de bataille une
église collégiale de douze chanoines, auxquels sera assigné un revenu
annuel de mille livres de rente amortie, et qui prieront Dieu régu-
liérement pour les ámes de ceux qui ont péri.
« Jtem , les Liégeois préteront serment entre les mains de mon-
seigneur l'élu, et jureront de lui demeurer à jamais fidéles; et si,
par les suggestions du diable ou par leur propre iniquité, ils viennent
a violer ce serment, une amende sera imposée à toutes leurs villes,
et ils seront tenus de payer cent mille écus d'or au roi, autant au
duc de Bourgogne, autant au comte de Hainaut, autant à monsei-
gneur de Liépe. Il sera dressé des lettres de tous lesdits articles, qui
seront publiés partout à son de trompe par la voix du hérant. »
Le duc de Brabant, en apprenant tout ce qui s'était passé, éprouva
un vif chagrin de n'avoir pas secouru son frére le duc de Bourgogne,
comme il l'avait ardemment souhaité, et d'avoir été indignement
trompé par le damoisel de Montjoie, qu'il avait cru si fidéle. Aussi
cet écuyer, craignant que sa trahison ne lui coütát la vie, passa la
Meuse en toute hâte, s'enfuit dans l'Alsace, sa patrie, et se tint caché
pendant quelque temps dans un cháteau imprenable et presque inac-
cessible. T-
CHAPITRE XXII.
Mort de la dachesse d'Orléans.
Le 4 décembre mourut à son cháteau de Blois madame Valentine,
. duchesse d'Orléans, fille du duc de Milan et d'une fille du roi de
France Jean ‘. Depuis la fin tragique de son mari, elle avait passé tous
‘ Isabelle, mariée à Jean Galéas Visconti.
RS o EE CE D
E
180 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
quidam asserunt quod pre cordis amaritudine languorem insa-
nabilem incurrerat, ab hac luce substracta mundiali, in eccle-
sia dicte ville sepulta est.
CAPITULUM XXIII.
Rex, precipiente regina, de Parisius eductus , Turonis perductus est.
De stirpe regia procreati domini Sicilie et Navarre reges,
duces quoque Diturie et de Borbonio cum rege et regina tunc
Parisius residebant. Qui, audita victoria ducis Burgundie, secun-
dum exigenciam temporis regni negocia disponere statuerunt.
Secreciora inde solito celebraverunt mutua colloquia, in qui-
bus, quamvis se mutuo monuerint ut concludenda sub sigillo
taciturnitatis consignarent et penes se quasi sepulta compri-
merent, ita ut nec officiales regii possent vel leve aliquod col-
ligere argumentum, ex eorum tamen deliberacione verissimile
videntur processisse que sequntur. |
Quinque namque ebdomadarum emenso spacio, summe
auctoritatis cives et prepositum mercatorum accersitos in domo
regia sancti Pauli regina affabilius alloquuta solito, in presencia
prenominatorum regum et principum, dixit regem dominum
suum et se villam et ipsius habitatores semper gratos et recom-
mendatos habuisse et habere; nec crederent relacioni mendose,
que sibi falso imponebat de cathenis ferreis urbis, armis quoque
auferendis verbum habuisse, cum nunquam excogitasset, sed -
scirent sibi placere ut pro una duas haberent cathenas, si vel-
lent, et ut forcius solito armarentur. Addidit iterum ut nego-
ciacioni et aliis mechanicarum arcium officiis vacantes pacifice,
ut boni subditi, fidelitatem erga regem et pacem mutuam indis-
solubiliter servarent, ut sic ceteris civitatibus regni cedentes
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 181
les jours de sa vie dans les larmes; quelques-uns méme assurent que
son chagrin l'avait jetée dans une langueur incurable. Elle fut enterrée
dans l'église de ladite ville.
182 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
in exemplum propensius regis et sui graciam consequerentur.
Verbisque finem faciens, per cancellarium Francie dici fecit
eos mirari non debere, si regina tot armatos homines hucusque
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 483
personne, et de ce qu'il y avait quelque désaccord entre les princes,
que c'étaient des affaires trés graves, et qu'il ne convenait pas qu'elle
leur en fit part.
Mais on s'apercut bientót avec un vif déplaisir que la suite ne répon-
dit pas à ces belles paroles. En effet deux jours aprés, c'est-à-dire le
40 novembre , dans l'aprés-midi, le roi, qui était retombé malade,
fut enlevé du Palais au nom de la reine et par son ordre, le plus
secrétement qu'il se put faire, à l'insu méme des officiers de sa maison
et des bourgeois, et porté sur un bateau pour étre transféré ailleurs.
Les seigneurs susdits sortirent ensuite en armes par la porte Saint-
Jacques, et, suivant ce qui avait été décidé et convenu, ils conduisirent
le roi par terre à Tours avec les gens de guerre, qu'ils avaient jusqu'a-
lors tenus à Paris et dans les environs, au grand préjudice des habi-
tants. Ils l'y retinrent enfermé comme de coutume jusqu’au 29 no-
vembre qu'il recouvra la santé. On disait généralement , et cela était.
fort vraisemblable, que c'étaient les princes qui avaient conseillé cet
enlévement subit, dans la crainte que le roi n'accueillit favorablement
le duc de Bourgogne, qui approchait de Paris, et ne prit plaisir à l'en-
tretenir. Le duc en fut justement irrité, et pendant qu'il continuait
. sa route vers la capitale, il envoya son beau-frére le comte de Hai-
naut à Tours , pour qu'il cherchát à rétablir par sa médiation la bonne
harmonie entre lui et le duc d'Orléans.
184 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
CAPITULUM XXIV.
Na hile ane mache ennt anta innatatnm cnmnasitm intae Recenndia at Aumtiente
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 185
CHADIThFE YYIV
186 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« mancipentur. Fiat in ore tuo verbum; esto inter nos pacis
« mediator. Scio quod omnibus ipsis carus sis et quod obtem-
« perabunt dictis tuis. »
His auditis, quando quidem preter spem offensas sic dulciter
remittebat, prono capite, defixis in terram genibus, inde gra-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 187
« nous. Je sais combien vous leur êtes cher à tous, et je suis sûr qu'ils
« suivront vos conseils. »
À ces mots, Jean de Montaigu, qui était loin de s'attendre que le
duc lui pardonnát si généreusement ses offenses , tomba à ses genoux
et le remercfa humblement. Il lui promit de le servir en toute circon-
stance avec un dévouement inviolable, et s'engagea par serment à lui
. demeurer fidèle et soumis, quoi qu'il püt arriver, et à travailler à :
l'accomplissement de ses voeux. Voulant méme lui inspirer une con-
fiance plus entière et ne lui laisser aucun doute sur sa parole, il pria
le duc de faire partir avec lui quelques-uus de ses plus fidéles cheva-
liers. Le duc y consentit aprés beaucoup de difficultés et l'invita à
diner.
Déjà précédemment, ledit grand-maitre de la maison du roi, qui
savait que le duc lui portait une haine implacable, et qui avait presque
désespéré de ses affaires, s'était fait donner par le duc de Berri le
cháteau de Nonette, forteresse inexpugnable et presque inaccessible,
située dans les montagnes d'Auvergne, où il comptait se réfugier avec
sa famille et tout ce qu'il avait de plus précieux, et, dans ce cas, il
devait laisser audit duc le cháteau neuf de Marcoussis et ses apparte-
nances. Mais quand il se vit réconcilié avec le duc de Bourgogne, il
alla trouver le roi à Tours avec le comte de Hainaut et quelques-uns
des familiers dudit duc, et s'entremit avec tant de succés auprés de la
reine et des princes de la famille royale, qu'il obtint tout ce que le
duc désirait. ' |
Lorsque ces envoyés furent de retour, le duc de Bourgogne fit so
entréeà Paris en appareil de guerre et en ordre de bataille, et y fut
recu avec toutes sortes d'honneurs. Il se trouva dans la foule accourue
sur son passage des Flamands et des Bourguignons, qui, à la vue de
leur seigneur, manifestérent leur joie par des acclamations qui n'étaient
dues qu'à la royauté. Messeigneurs les ducs qui résidaient auprés du
roi apprirent cette circonstance avec un vif déplaisir, et en firent un
crime à toute Ja ville. Aussitôt après son entrée, le duc fit publier .
188 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
que voce preconia predas sub capitali pena vetuisset excercere,
indisciplinate tamen phalanges, que planam ‘patriam occupa-
bant, mandato minime obtemperaverunt, et sic residua bona
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 189
partout par la voix du héraut que le pillage était défendu sous peine
de mort. Malgré ces ordres, les bandes indisciplinées qui occupaient
la campagne firent main basse sur tout ce qu'avaient épargné les
troupes de la reine et de messeigneurs les ducs. En un mot, il n'y
eut pas dans tout le royaume une seule province , la Normandie et la
Bretagne exceptées , qui, aprés avoir été pillée par les gens de la reine
et de messeigneurs les ducs depuis Páques jusqu'à l'arrivée du duc, ne
füt cruellement ravagée par les Bourguignons depuis cette époque
jusqu'à la fin de janvier. Pour mettre un terme à ces déprédations,
le roi enjoignit au duc par un message de renvoyer ses gens, sous peine
d'étre réputé coupable de lése-majesté. Mais le duc refusa d'obéir,
alléguant que cet ordre n'était pas l'expression de la volonté du roi. Il
garda donc ses hommes d'armes dans les environs de Paris, au grand
préjudice des habitants, jusqu'à la conclusion du traité qui se négo-
ciait entre lui et le duc d'Orléans. . :
CHAPITRE XXV.
Les Parisiens prient le roi de revenir à Paris.
Personne n'ignorait que. tous ces maux tenaient à l'absence du roi.
Aussi les Parisiens , affligés de se voir privés depuis si long-temps de
la vue de leur souverain bien aimé, envoyérent en députation à Tours
le prévót des marchands et quelques-uns des plus notables bourgeois,
afin d'obtenir du roi qu'il revint le plus promptement possible. Ces
envoyés se présentérent d'abord à monseigneur le duc de Berri, qui,
en apprenant les motifs de leur voyage, les reçut avec beaucoup
d'égards et leur fit bonne chére. Il leur fit visiter aprés diner les appar-
tements de son cháteau, leur montra ses joyaux les plus précieux, et
aprés les avoir entretenus familiérement, il approuva leur désir et
leur promit avec empressement de faire tout ce qui dépendrait de lui
pour les satisfaire. Charmés de cette réponse, ils allérent implorer
humblement l'appui du duc de Bourbon. Mais ce prince s'emporta
490 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
crederent erga ducem Borbonii humiliter implorare, mox in
injurias prorumpens eisdem improperando dixit gavisos fuisse
super nece ducis Aurelianensis, et laudes regias exclamasse duci
Burgundie ingredienti in urbem, addens in calce verborum,
quod hoc non fuerant signa fidelium subditorum, et ideo quod
petebant modis omnibus impediret, nisi facere consentirent
quod in cedula tunc porrecta scriptum erat. Hec precise conti-
nebat ut regi appropinquanti Parisius summe auctoritatis cives
sibi obviam exirent, funes in collo ferentes et clamantes mise-
ricordiam , indeque ad beneplacitum ejus multam peccunialem
subirent. |
Quod onus detestabile abhorrentes, cedulam indignam
responsione unanimiter concluserünt, regique sine medio quod
optabant verbo tenus dignum duxerunt supplicare. À quo
benigne recepti et benignius auditi, cum de prosperitate urbis
et salute singulorum affabiliter quesivisset, id quod rogabant
modis omnibus optare se dicit et celerius quam posset reverte-
retur Parisius. Sicque cives, ipsi cum graciarum actionibus
vale dicto redeuntes , urbem ineffabili gaudio repleverunt.
CAPITULUM XXVI.
De confirmacione tractatus et pace jurata inter Burgundie et Aurelianensis duces in
ecclesia urbis Carnotensis.
Ut autem composicionis forma inter duces Burgundie et
Aurelianis in regis et regine presencia, regum quoque Sicilie
et Navarre, ducum eciam Guyenne, Biturie, Borbonii, comitis
Hanonie, et aliorum de regali prosapia existencium conclusa ,
firmior haberetur, et secundum omnes circumstancias prolo-
quutas servaretur, ipsam magister regalis hospicii memoratus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 19
contre eux en injures , et leur reprocha de s'étre réjouis de l’assassinat
du duc d'Orléans et d'avoir accueilli le duc de Bourgogne à son entrée
dans la ville avec des acclamations qui n'étaient dues qu'à la royauté. Il
ajouta en finissant que ce n'était pas ainsi qu'agissaient des sujets fidèles,
et qu'il s'opposerait de tout son pouvoir à ce qu'ils demandaient, s'ils
ne consentaient à faire ce qui était contenu dans une cédule qu'il leur
présenta. Cette cédule stipulait qu'à l'arrivée du roi les principaux
bourgeois de Paris viendraient à sa rencontre la corde au cou en criant
merci et qu'ils paieraient telle amende qu'il lui plairait de leur infliger.
Les Parisiens, indignés de ces propositions tyranniques, résolurent
unanimement de n'y faire aucune réponse et de s'adresser directement
au roi pour obtenir ce qu'ils désiraient. Le roi les recut fort bien, les
écouta avec bonté , et aprés s'étre enquis affectueusement de l'état de la
ville et de la santé de chacun d'eux, il leur déclara qu'il n'avait rien
plus à coeur que de les contenter, et qu'il retournerait à Paris le plus
tót qu'il pourrait. Les bourgeois le remerciérent, prirent congé de
lui, et rapportérent ces bonnes nouvelles anx Parisiens, qui en furent
transportés de joie. | |
CHAPITRE XXVI.
Traité de paix signé et juré entre les dues de Bourgogne et d'Orléans
dans l'église de Chartres.
Pour consolider la paix qui avait été conclue entre les ducs de
Bourgogne et d'Orléans, en présence du roi, de la reine, des rois de
Sicile et de Navarre, des ducs de Guienne, de Berri et de Bourbon,
du comte de Hainaut et des autres princes du sang, et pour assurer
l'exécution de tout ce qui avait été arrêté, le grand-maitre de la
maison du roi obtint que le traité füt rédigé par écrit et divisé par
articles ainsi qu'il suit :
192 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
in scriptis redigi, et in articulos dividi impetravit, qui sequun-
tur de verbo ad verbum.
. Primus articulus continebat quod mensis marcii nona die
dux Burgundie ápud Carnotum coram rege compareret perso-
naliter, sexcentis tamen associatis viris, inter quos centum ex
generosis proavis trahentes originem possent interesse, et hii
omnes loricas ferrent et arma , si placeret, lanceis, asciis, cassi-
dibus, ocreisque ferreis dumtaxat exceptis.
Additum est quod regem, reginam, dominum ducem
Guienne, alios quoque dominos de progenie regali reperiret
cum suis decurionibus et familiaribus, in habitu quem consue-
verant deferre ante casum, excepto comite Hanoniensi cum
societate sua; et quod rex, nomine et ut custos precipuus
ducis Aurelianensis ac fratrum suorum, promitteret quod duci
accedenti vel eciam redeunti, nee gentibus suis per se vel per
alium aliquod impedimentum in corporibus vel bonis procu-
rabit; idque jurare regina, dux Guienne, Sicilie et Navarre
reges, duces quoque Biturie, Borbonii ac eciam Aurelianensis
nomine suo ac fratrum suorum eciam tenebuntur.
« Iterum, quod pro duce Aurelianensi , fratribus , amicis et
familiaribus suis similes securitates tradet, et de hiis littere
conficientur ad majorem securitatem predictorum.
« Item, et quod Hanonie comes, auctoritate regia sigillo
regio roborata, quadringentis associatus armatis pugnatoribus
et centum balistariis , utrique parti predictas securitates jurabit.
Et si utra pars contrarium attemptet, id impediet pro posse et
partem ream viribus sustinebit.
« Iterum, et quod dux Aurelianensis eum fratribus coram
rege in tali numero virorum et modo simili munitus ut dux
Burgundie poterit comparere.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 193
' *
Le premier article portait que le duc de Bourgogne comparaitrait
en personne le 9 mars devant le roi en la ville de Chartres, qu'il
pourrait se faire accompagner de six cents hommes, parmi lesquels on
lui permettrait de comprendre cent seigneurs d'illustre naissance, qui
pourraient tous àvoir des cuirasses et telles armes qu'il leur plairait,
excepté des lances, des haches, des casques, et autres armures dé fer.
Les autres articles contenaient les stipulations suivantes : « Il trou-
vera en ladite ville le roi, la reine, monseigneur le duc de Guienne
et les autres princes du sang. Ceux de ses officiers et de ses familiers
qui viendront avec lui seront vétus des mémes habits qu "ils avaient
coutume de porter avant l'événement , excepté le comte de Hainaut et
sa suite. Le roi , au nom et. comme tuteur principal du duc d'Orléans
et de ses frères , promettra que le duc et ses gens, lorsqu' ils viendront
ou s'en iront, n'éprouveront aucun tort ni par lui ni par d'autres,
soit dans leurs personnes, soit dans leurs biens. La reine, le duc; de
Guienne, les rois de Sicile et de Navarre, les ducs de Berri et de
Bourbon, et méme le duc d'Orléans, en son nom et au nom a de pes
frères, seront tenus de faire les mêmes promesses.
« Jtem , des sûretés semblables seront données pour le duc d Orléans ,
ses fréres, amis et familiers , et pour plus grande garantie, il sera
dr 'essé des lettres à ce sujet.
, E .
« Item , le comte de Hainaut, par commission du roj, scellée du
grand sceau, aura avec lui quatre cents hommes d'armes et cent arba-
létriers, et jurera lesdites süretés à l'une et à l'autre des parties. Et si
l'une des parties attente quelque chose à l'encontre, il l'empéchera
autant qu'il sera en lui, et soutiendra par la force la partie opprimée:
« Jtem , le duc d' Orléans pourra comparaître avec ses frères devant
le roi, escorté du méme nombre d'hommes et en même équipage que
le duc de Bourgogne.
: .
sd ‘à ;
IY. 25
194 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« Item, quod et in loco designato, ipsa die, rege cum regina,
prenominatis dominis et eorum consilio residente, in absencia
tamen ducis Aurelianensis et fratrum suorum, dux Burgundie
per quemcunque voluerit verba proferri faciet formaliter que
sequentur : « Metuendissime et summe domine mi , ecce domi-
« num ducem Burgundie, cognatum vestrum, qui ad presen-
« ciam vestram venit, tanquam vestrum humilem et fidelem
« subditum, servitorem et cognatum, pro casu qui accidit in
« persona domini Aurelianensis, fratris vestri, qui processit suis
« voluntate et precepto et quem fieri procuravit pro bono ves-
« tro ac eciam regni vestri * , ut promptus est declarare, si vobis
« placeat. Ipse tamen intellexit quod inde magnam displicen-
« ciam habuistis, unde dolet et irascitur, quantum potest ; et
ideo, metuendissime et summe domine mi, vobis humiliter
« in quantum potest supplicat ut hanc displicenciam amoveatis
« de corde vestro et ipsum teneatis in vestris gracia et amore;
« et sic, metuendissime et summe domine mi , ipse per graciam
« Dei promptus est et semper erit obedire in cunctis que sibi
« precipietis. » |
f
« Iterum et quod, hiis prolatis, iterum dux dicet regi : « Me-
« tuendissime et summe domine mi, verba dicta a me proces-
« serunt, et super hiis que continent vobis supplico, quantum
« possum. » |
« Iterum quod mox regina, dominus dux Guyenne, et ceteri
domini recitabunt bonam voluntatem quam dux Burgundie
habet erga regem ad obediendum et serviendum. sibi, suppli-
cando ut requestas. suas gratas habeat, et quod eidem totum
parcat.
' Ce passage, emprunté au n° 5959 fol. 89 v. , manque dans le n° 5958.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 19$
« Jtem , le même jour et au lieu désigné, en présence du roi, de la
reine, des seigneurs susdits et de leur conseil, dont cependant seront
pour lors absents le duc d'Orléans et ses frères, le duc de Bourgogne
fera prononcer en son nom, par qui bon lui semblera, les paroles
qui suivent : « Mon trés redouté et souverain seigneur, voici monsei-
« gneur le duc de Bourgogne, votre cousin, qui se présente devant
« vous comme votre humble et fidèle sujet, serviteur et cousin , pour
« le fait qui a été commis en la personne de monseigneur d'Orléans,
« votre frére, par sa volonté et par ses ordres, pour votre bien et
« pour le bien du royaume, aisi qu'il est prêt à le déclarer, s'il vous
« est agréable. Il a appris que vous en aviez éprouvé un grand déplai-
« sir, et il en est affligé et fâché autant qu'il le peut. C'est pourquoi,
« mon trés redouté et souverain seigneur, il vous supplie aussi hum-
« blement qu'il lui est possible de bannir ce déplaisir de votre coeur
« et de lui rendre votre faveur et votre amitié, et cela étant, mon
« trés redouté et souverain seigneur, il est et sera toujours, grâce à
« Dieu, disposé à vous obéir en toutes les choses que vous lui com-
« manderez. »
« Jtem, aprés cela, le duc dira lui-même au roi : « Mon trés redouté
« et souverain seigneur, les paroles que vous venez d'entendre ont été
« dictées par moi ; je vous supplie , autant qu'il est en moi, d'y avoir
« égard. »
« Jtem, la reine, monseigneur le duc de Guienne et les autres
seigneurs se porteront ensuite garants de la bonne volonté que le duc
de Bourgogne a d'obéir au roi et de le servir, et le supplieront d'avoir
pour agréable sa requéte et de lui accorder un pardon plein et entier.
196 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« [tem et quod tunc rex respondebit : « Pulchre cognate,
« propter bonum regni nostri, amoremque regine et aliorum
« de regali prosapia hic presencium, et propter fidelitatem ac
« bóna servicia, que speramus in vobis semper reperire, quod
« requisistis concedimus et vobis totum remittimus. »
« Iterum et hiis peractis , rex retrahere faciet ducem Burgun-
die, et statuet ut in suo reditu oret vel orari faciat ducem Aure-
lianensem et fratres suos ut a cordibus suis deponent rancorem
et displicenciam quam conceperunt contra ipsum et quod de
cetero sint boni amici , et eidem totum indulgeant.
«Item et post, rex ducem Aurelianensem et fratres suos jube-
bit accedere, et reiterabit verba ducis Burgundie et supplica-
cionem ejus, et quod eidem concessit. Verba eciam iterum eis
dicenda per ducem Burgundie recitabit, et ordinabit quod ipsis
prebeant assensum. Tunc rex, duce Burgundie evocato, ipsi pre-
cipiet proferre verba ab ipso ordinata. Ille autem qui pro ipso
loquetur sic dicet : « Domine Aurelianensis , et vos domini fra-
« tres vestri, ecce dominum Burgundie, qui vobis supplicat ut
« rancorem et omnem displicenciam deponatis de cordibus ves-
« tris, quam concepistis contra ipsum, et quod de cetero sitis
« boni amici, et totum eidem indulgeatis. » Addet et idem dux
Burgundie : « Cognati carissimi, et id vobis supplico. » Acce-
dentque tunc regina, dux Guienne, et alii domini ad ducem
Aurelianensem et fratres suos, et orabunt ut concedent duci
Burgundie quod humiliter postulavit. Sequenterque rex sub-
junget : « Carissime fili, et vos nepotes carissimi , consenciatis
« atque gratum habeatis quod egimus, et quod recitatum vobis
«fuit, et ei parcatis totum. » Posteaque respondebunt unus
post alterum : « Domine mi carissime, jussu vestro concedo,
« consensio, gratumque habeo quicquid egistis, et remitto sibi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 497
« Jtem , le roi répondra alors : « Beau cousin, pour le bien de notre
« royaume, pour l'amour de la reine et des autres princes du sang ici
« présents, pour la fidélité et les bons services que nous attendons de
« vous , nous vous accordons ce que vous demandez et vous remettons
« toutes choses. »
« Jtem , cela fait, le roi fera retirer le duc de Bourgogne et ordon-
nera qu'à son retour il prie ou fasse prier le duc d'Orléans et ses fréres
de bannir de leurs cœurs le ressentiment et la colère qu'ils ont con-
cus contre lui, d'étre désormais bons amis avec lui et de lui pardon-
ner tout le passé.
« Jtem , le roi fera approcher ensuite le duc d'Orléans et ses frères,
leur répétera les paroles et les priéres du duc de Bourgogne, et leur
dira qu'il lui a pardonné. 1l lira aussi les paroles qui devront leur être
adressées par le duc de Bourgogne, et leur ordonnera de les agréer.
Puis, rappelant le duc de Bourgogne, il lui enjoindra de prononcer les
paroles ordonnées par lui, et celui qui parlera pour ledit duc dira :
« Monseigneur d'Orléans, et vous messeigneurs ses fréres, voici mon-
« seigneur de Bourgogne, qui vous supplie de bannir de vos coeurs
« toute la colére et tout le ressentiment que vous avez concus contre
« lui, d’être désormais bons amis avec lui et de lui pardonner tout le
« passé. » Ledit duc ajoutera lui-méme : « Oui, trés chers cousins, je
« vous en supplie. » Alors la reine, monseigneur le duc de Guienne et
les autres seigneurs s'approcheront du duc d'Orléans et de ses fréres, et
les prieront d'accorder au duc de Bourgogne ce qu'il leur a si hum-
blement demandé. Puis, le roi ajoutera : « Mon trés cher fils, et vous
« mes très chers neveux, approuvez et agréez ce que nous avons fait
« et ce qui vous a été exposé; accordez-lui un pardon plein et entier. »
Les jeunes princes répondront l'un aprés l'autre : « Mon trés cher
« seigneur, d’après vos ordres, j'accepte, j'approuve et j'agrée tout ce
« que vous avez fait, et je lui remets toutes choses. » Aprés quoi, le roi
fera dire: « Et moi je veux et commande que vous observiez fidélement
« tout ce que j'ai fait et ce que je vais en outre ordonner présentement
198 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
« totum. » His peractis, tunc rex dici faciet : « Et ego volo vobis-
.« que precipio ut firmiter teneatis quicquid feci, et quod nunc
« ordinabo ulterius in ista materia, scilicet quod vos simul
« maneatis ut boni amici, simulque faciant servitores et fami-
« liares utriusque partis, et quod nunquam pro isto casu nec
« quod inde sequutum est aliquid mutuo petatis; inhibeoque
« omnibus sub pena ire regie incurrende, et in quantum me
« timetis offendere, quod nunquam ob istam occasionem dis-
« cencionem vel divisionem moveatis inter vos, nec contra
« quamcunque personam, que se intromiserit de negocio isto,
« auctoritate mea vel alias, aliquem rancorem habeatis vel ali-
« quod odium, nec aliquod impedimentum vel dampnum cor-
« pori suo vel bonis inferatis; sed unusquisque vestrum hoc
« indulgeat omnibus, sicut et ego remitto, dumtaxat illis excep-
« tis qui crimen commiserunt in fratrem nostrum ducem Aure-
« lianensem. » |
«Item quod hec omnia de sanguine regio nostro procreati
promittent et jurent in manu regis, super crucem Domini et
sancta Dei evvangelia.
« Item, et quod rex matrimonium faciet comitis Virtutum,
fratris ducis Aurelianensis, et filie ducis Burgundie, et occasione
dicti connubii dux ipse Burgundie quatuor mille libras turo-
nenses annui resditus assignabit in perpetuum dicte filie pro
ipsa et his qui procreabuntur ab ipsa. Iterum centum et quin-
quaginta mille francos auri tradet pro sola vice, ut de quinqua-
ginta mille ementur resditus pro dicta filia et suis heredibus, et
de aliis centum mille maritus ordinabit ad sue beneplacitum
voluntatis.
« Item et dictus dominus Virtutis obtinebit in successione
possessionum ' patris et matris talem porcionem que jam fuit
EEE
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 199
« en cette affaire, c'est-à-dire, que vous demeuriez bons amis, que
« vos serviteurs et familiers en fassent autant de part et d'autre, et que
« jamais vous n'éleviez l'un contre l'autre quelque réclamation pour
« ledit cas ou ce qui s'est ensuivi. Je vous défends à tous, sous peine de
« vous exposer à ma royale colére, et en tant que vous craignez de
« m'offenser, d'avoir jamais aucune querelle ni différend entre vous
« à ce sujet, de garder de la haine ou du ressentiment contre aucun de
« ceux qui se seront entremis dans cette affaire, soit en mon nom , soit
« autrement, de leur causer aucun tort ni dommage dans leur per-
' « sonne ou dans leurs biens. Que chacun de vous pardonne comme je
« pardonne moi-méme à tous, à l'excaption toutefois de ceux qui ont
« commis l'attentat sur la personne de notre frè ère le duc d'Orléans. »
« Jtem, tous les princes du sang royal promettront et jureront
toutes ces choses entre les mains du roi sur la croix de Notre-Sei-
gneur et sur les saints évangiles.
« Jtem, le roi mariera le comte de Vertus, frère du duc d'Orléans,
à la fille du duc de Bourgogne, et à l'occasion dudit mariage, le duc
de Bourgogne assignera à sadite fille, pour elle et pour les eufants
qu'elle aura, une rente perpétuelle de quatre mille livres tournois par
an. Il donnera en outre cent cinquante mille francs d'or une fois
payés, dont cinquante mille seront employés à acheter des rentes pour
sadite fille et ses héritiers, et des cent mille autres le mari disposera
selon son bon plaisir.
« Jtem, ledit comte de Vertus aura dans la succession de son pére
et de sa mére la part qui luia déjà été assignée ou qui pourra lui com-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 201
péter; sur laquelle part il assignera à ladite dame pour son douaire
quatre mille livres tournois de revenu annuel. » .
202 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX.
ad stabilius fundandum statum rerum, prefatum subjunxit
connubium, et quod domino Virtutum hereditario jure compe-
tebat; et tunc tractatum predictum ipsemet, regina, Sicilie et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV, XXIX. 208
Vertus, et régla sa part d'héritage dans la succession paternelle. Il
jura ensuite sur la croix de Notre Seigneur et sur les saints évangiles
d'observer inviolablement ledit traité; ce que firent aussi la reine,
les rois de Sieile et de Natarfe, lé duce dé Giiemne, de Berri, d'Or-
léans, de Bourgogne, de Bourbon , de Hollande et de Baviére. Étaient
présents les comtes d'Alencon, de Mortain, d'Eu, de Vertus, de la
Marche, de Vendóme, et de Dreux, le dauphin d'Auvergne, les
comtes de Tancarville, de Roucy, de Braine, de Namur, de Tonnerre,
de Dammartin, de Conversant, de Salm, de Vaudémont , qui pré-
térent le méme serment, en présence de monseigneur lé cardinal de
Bar, de‘l’archevèque de Sens, des évêques d'Angers et de Poitiers, de
deux présidents du Parlement, de douze conseillers, du trésorier de
la sainte Chapelle, de Jean Chanteprime, de Nicolas des Prés, et de
plusieurs autres chevaliers, qui manifestérent la joie la plus vive, dans
la persuasion où ils étaient que le royaume allait enfin goûter les
charmes de la paix et les douceurs du repos et de l'aisance.
Aosi Domiui
MCOCCIX.
CHRONICORUM
KAROLI SEXTI
LIBER TRICESIMUS.
Pontificum 1: ( Alexander ),
Imperatorum ix,
Anni Domini stccocix. 4 Francorum zxx,
Anglorum x, e
Sicilie 1x.
CAPITULUM 1.
Abbaciam Regalis Montis fulgur in parte consumpsit.
IxTERIM dum hec aguntur, die....* subito celum obductum
nubibus obscuras induxit tenebras pene palpabiles circum-
quaque in Parisiensi dyocesi, et variis choruscacionibus inter-
polata luce micantibus ruptis, mugierunt clamosa tonitrua , et
cum tonitruo processit fulgur mixtum, quod dampnum multum
intulit, et specialiter in Regalis Montis abbacia famosa , unde
multi doluerunt. Sane subito, more suo, campanile constructum
in medio ecclesie subintrans, tante activitatis extitit, quod ex
igne trabibus ligneis et laqueariis fastigium sustinentibus in-
jecto consumpta coopertura plumbea et campanis ad modum
cere liquefactis , totam mediam illam partem destruxit cum
parte maxima lapidearum voltarum.
' Il y a ici une lacune d'un ou deux mots dans le n° 5958, fol. 302 r.
CHRONIQUE
DE CHARLES VI.
LIVRE TRENTIÈME.
1** année du règne du pape Alexandre,
9 ——— de l'empereur,
An du Seigneur 1409 '. € 30° —— du roi de France,
10* ——-- du roi d'Angleterre,
9* ——————- du roi de Sicile.
CHAPITRE I".
La foudre consume en partie l'abbaye de Royaumont.
PENDANT que ces événements se passaient, un malheur déplorable y, ac Seigneur
arriva dans le diocèse de Paris. Un jour le ciel se couvrit tout-à-coup ‘‘*
d'épais nuages, qui produisirent l'obscurité la plus profonde. De nom-
breux éclairs sillonnérent les nues; le tonnerre gronda avec un bruit
effroyable et le feu du ciel occasionna de grands dégâts, surtout dans
la fameuse abbaye de Royaumont. Il tomba, comme il arrive ordinai-
rement, sur le clocher placé au milieu de l'édifice, et causa un incendie
si violent, que les poutzes et la charpente qui soutenaient le toit de
l'abbaye furent brülées, la couverture de plomb et les cloches fon-
dues, une partie des bâtiments et presque toutes les voûtes en pierre
détruites de fond en comble.
' L'année 1409 commença le 7 avril.
206 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 207
CHAPITRE 1I.
Le concile de Pise s'assemble pour procéder à l'élection d'un scul pape.
Tous les chrétiens qui, inspirés par la grâce du Saint-Esprit,
gémissaient de voir l’Église, la mère universelle des fidèles, depuis -
si long-temps écrasée sous le poids de l'exécrable schisme, et qui
maudissaient la coupable ambition des deux prétendants aux hon-
neurs suprémes de la papauté, recommandaient la convocation des
deux colléges de cardinaux comme un moyen facile d'arriver à la paix
et à l'union. Leurs voeux furent enfin exaucés. Des archevéques, des
évêques, des abbés, des chanoines des églises cathédrales et des pro-
fesseurs des universités furent députés solennellement de France,
d'Angleterre , de Bohéme et des autres royaumes et seigneuries de la
chrétienté , et partirent tous avec empressement, pour aller au con-
cile de Pise travailler à l'extirpation du schisme.
De tous ces députés, monseigneur Guy de Roye, archevêque de
Reims, fut le seul qui n'atteiguit pas heureusement le terme de son
voyage. Quoiqu'il eût jusqu'alors, soit dans les assemblées publiques,
soit en présence des princes, soutenu hautement le mérite de Pierre
de Luna, il n'avait pas laissé de partir avec le cardinal de Bar, pour
participer à une œuvre si agréable à Dieu. Je crois devoir insérer ici
le récit de l'aventure déplorable qui mit fin à ses jours. Les denx prélats
s'étant arrêtés dans un village situé à deux journées de Génes, le mart-
cha] du cardinal se prit de querelle à l'occasion de ses chevaux avec
le maréchal du lieu, et le tua. Les habitants furieux se jetèrent aussi-
tót sur le meurtrier et le mirent à mort; puis, courant à l'hótel du
cardinal, ils massacrérent dans leur rage forcenée cinq de ses gens
qu'ils rencontrérent. Comme ils menaçaient de pousser encore plus
loin leur vengeance, l'archevéque se montra aux fenétres de l'hótel,
et éssaya de les apaiser par de douces paroles; mais, au méme instant,
208 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
habuerunt obviam, ferali rabie peremerunt. Ulteriüs ad faci-
nora volentes procedere, cum prefatus archiepiscopus, ad fenes-
-- " RE RE PT 40.24.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 209
il tomba percé d’une flèche et expira sans proférer une seule parole.
Non contents de tous ces attentats, ils se disposaient à mettre le feu à
la maison, pour étouffer dans les flammes le cardinal et le reste de ses
gens, lorsqu'il survint un courrier du gouverneur de Gênes qui fit
cesser l'émeute au nom de son maître. Ce gouverneur, sous l'autorité
duquel était placé le village, ne laissa pas ce crime impuni, et la
vengeance qu'il en tira fut éclatante. Après avoir fait célébrer les
funérailles de l'archevéque avec toute la pompe imaginable, il fit
périr par différents supplices, sans distinction de rang, d'áge ni de
sexe, tous ceux qui avaient pris part à cette sanglante émeute, et fit
raser l’hôtel où avait logé le prélat.
Je reviens aux dispositions prises pour assurer la paix de la sainte
Église de Dieu. Messeigneurs les cardinaux avaient fixé au 20 mars
la première session du concile. Ils devaient se réunir dans la belle et
spacieuse nef de la cathédrale de Pise, où l’on avait fait préparer des
siéges selon le rang et la dignité des prélats qui formaient l'assemblée.
Voici dans quel ordre ils prirent place. Le premier siége , qui était de
niveau avec l'autel situé à l'entrée extérieure du chœur, et qui se trou-
vait à douze pieds de cet autel , fut occupé, ainsi qu’il convenait, par
messeigneurs les cardinaux de Palestrine, d'Albano , d'Ostie, du Puy,
de Thury et de Saluces, partisans de monseigneur Benoît, et par les
cardinaux de Naples, d'Aquilée, de Colonne, des Ursins, de Bran-
cace, de Ravenne, de Lodi et de Saint-Ange, adhérents de Grégoire.
En face dudit autel, dont les cótés étaient occupés par les protono-
taires du sacré palais, était le banc des ambassadeurs. Parmi les en-
voyés du roi de France l'évéque de Meaux seul était présent; le roi de
Sicile Louis était représenté par l'évéque de Gap, deux chevaliers,
un docteur és lois et un secrétaire; le roi d'Angleterre, par un che-
valier, un docteur et un clerc, qui venaient de la diéte tenue par les
Allemands à Francfort. D'autres siéges avaient été disposés des deux
côtés de ladite nef jusqu'aux portes de l’église pour ceux qui étaient
iv. 27
210 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LiB. XXX.
in legibus cum uno secretario, necnon pro rege Anglie, cum
CHRONIQUE DE CHARLES Vk — LIV. XXX. — 214
prélats, pour les évêques et les abbés; des escabeaux étaient réservés
aux envoyés des chapitres et des couvents. Dans le reste de ladite
nef, étaient assis sur des siéges beaucoup plus bas les ambassadeurs qui
n'étaient pas prélats, ceux des rois, des seigneurs et communes, les
docteurs et les autres envoyés des chapitres et des couvents. Lorsque
chacun eut ainsi pris place, monseigneur le cardinal de Palestrine
célébra une messe solennelle du Saint-Esprit. Aprés quoi, un doc-
teur prononca un sermon, dans lequel il exposa fort éloquemment les
motifs de la tenue du contile, et engagea les assistants à prier avec
ferveur pour l'union de l'Église. On ne fit rien de plus ce jour-là.
Le mardi 26 mars, eut lieu la seconde session ou réunion de cé
saint concile. Pendant la messe, qui fut dite par un prélat de l'autre
collége, le cardinal de Milan invita l'assemblée par une exhortation
solennelle à prier dévotement le Seigneur de daigner mener à bonne
fin l'entreprise qu'ils avaient formée pour la paix de l'Église. Aprés
cela, les prélats se couvrirent tous de leurs chapes, et prirent des
mitres blanches. Un des chapelains qui se trouvaient là ayant entonné
l'Orate, toute l'assistance se mit à genoux pour chanter le psaume :
Miserere met, Deus. Un cardinal finit cette pause par une collecte;
puis il en commença une autre, et après une antienne, qui fut chantée
par les chapelains, un d'eux continua à haute voix les litanies, aux-
quelles répondirent les prélats. Aprés l'oraison, le méme chapelain
entonna l'hymne : Veni, creator Spiritus , et dit ensuite à haute voix :
Levez-vous. Alors tous les prélats se levérent, et entendirent debout
.en grande dévotion l'évangile, qui fut lu par un cardinal vétu d'une
dalmatique.
212 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
cardinali dalmatica insignito evvangelium unum devotissime
audierunt.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 2413
Ces préliminaires achevés, il fut enjoint à tous au nom du concile
de sortir de l'église, à l'exception des prélats , des ambassadeurs et des
docteurs. Puis on désigna un avocat, des notaires, des procureurs et
des promoteurs qui furent chargés d'accuser les deux prétendants à la
papauté. On délégua ensuite d'autres personnes, pour inscrire les
noms de ceux qui venaient à ce sacré concile et pour s'informer depuis
combien de temps ils étaient dans les prélatures , afin que chacun füt
placé suivant son rang. Lorsque ces divers commissaires eurent prété
serment de s'acquitter consciencieusement de leur office, l'avocat
monta en chaire pour annoncer en plein concile ce qui avait été résolu.
Il exposa à haute et intelligible voix les prétentions opiniátres des
deux compétiteurs, qu'il nomma plusieurs fois l'un Benofictus au lieu
de Benedictus , autre Errorius au lieu de Gregorius, rappela dans un
long discours depuis combien de temps ils entretenaient le déplorable
schisme dans l'Église de Dieu, et comment ils avaient été dûment
cités devant le sacré concile dans l'intérét du rétablissement de la paix,
et déclara que, si aprés avoir été sommés publiquement de comparaitre
ils s'y refusaient, ils seraient considérés comme contumaces. Il en dit
autant des soi-disant cardinaux de Fieschi , d'Auch et de Challant, qui
étaient du parti de Benoit, et du soi-disant cardinal de Todi , qui était
du parti de Grégoire. Alors un des promoteurs se leva, supplia instam-
ment le concile d'approuver les requétes de l'avocat, et demanda qu'il
lui en füt donné acte par les protonotaires, les clercs de chambre et les
autres notaires qui se trouvaient là. Le concile y consentit conformé-
ment aux usages pratiqués en justice; puis deux cardinaux , accom-
pagnés d'un archevéque, d'un évéque , dudit avocat et desdits notaires,
savancérent vers les portes de l'église, les firent ouvrir, citérent à
haute voix les personnes ci-dessus mentionnées et demandérent à la
foule environnante si l'on savait qu'il y eût quelqu'un de leurs gens
logé dans la ville. Ils retournérent ensuite à leurs places, et l'un
d'eux ayant alors dit au nom de tous qu'ils n'avaient trouvé personne,
les accusateurs demandérent qu'il y eût déclaration de contumace et
214 €HRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
familiaribus in urbe locatum, ad sedes suas redeuntes, ab ore
unius retulerunt neminem eorum reperisse, sicque accusatores
pecierunt ut reputarentur contumaces et super hoc sibi fieri
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 215
qu'il leur en fût donné acte. Alors le cardinal de Palestrine, qu'on
appelait aussi le cardinal de Poitiers, et qui était le plus ancien,
comme ayant été promu au cardinalat avant le schisme, consulta ses
collègues sur ce qu'il y avait à faire. Ils furent tous d'avis qu'il fallait
remettre l'affaire au lendemain. Le reste de l'assemblée ayant donné
son assentiment à cette résolution en répétant placet, placet, cette
session se termina là.
La troisiéme session se tint le lendemain avec les formalités sus-
dites, et les deux prétendants ainsi que ceux de leurs adhérents sus-
mentionnés furent cités de nouveau. Comme aucun d'eux ne comparut
ni personne pour eux, les promoteurs requirent instamment qu'ils
fussent déclarés contumaces. Cependant l'assemblée, par un sentiment
de bienveillance, résolut unanimement que la sentence serait différée
jusqu'au samedi suivant, qui était le dernier jour de mars. Ainsi fut
close cette session.
La quatriéme session eut lieu au jour dit avec les formalités ordi-
naires. Lesdits prétendants n'ayant pas comparu furent déclarés
contumaces à la requéte de l'avocat et des promoteurs, et par un
acte écrit, dont le cardinal de Palestfine donna lecture. Ce prélat
ajouta qu'on accorderait encore un délai à leurs adhérents jusqu'à la
prochaine session, qui fut fixée au lundi d’après l'octave de Pâques,
parce qu'on ne devait exercer aucnne juridisjion pendant toute cette
semaine. Chagun ayant approuvé le choix de l’église de Pise pour la
célébration du concile, l'assemblée se sépara.
216 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CAPITULUM III.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 217
CHAPITRE III.
Résolutions prises par le saint synode depuis le 15 avril jusqu'au 22 mai.
218 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
quod ille quem papam nominabant suum promptus erat com-
parere, dum tamen esset in alio loco, et promittebat complere
que juraverat, si alter eciam adimpleret, dureque redarguendo
suos cardinales, dixit quod injuste et irracionabiliter fecerant
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 219
remplir ses engagements, si son compétiteur en faisait autant. Il
bläma méme durement les cardinaux de son parti, et leur dit qu'ils
avaient fait un acte injuste et déraisonnable en opérant ladite sous-
traction.
Lorsqu'il eut fini de parler, lesdits ambassadeurs sortirent pour un
moment de la salle. L'assemblée décida unanimement qu'on les rap-
pellerait, et qu'on leur enjoindrait de Ja part du concile de rédiger
par écrit leurs propositions et la nature des pouvoirs qu'ils avaient
reçus de leur maître ; ce qu'ils firent non sans beaucoup de difficultés.
Pendant ce temps-là, ceux de leurs gens qui gardaient leurs chevaux
en dehors de l'église se prirent de querelle, et leur dispute excita
une grande rumeur. Les ambassadeurs eux-mêmes, en se retirant, se
livrérent à de vives contestations , au grand scandale de tous ceux qui
se trouvaient là. Tout cela prouva clairement qu'ils n'étaient venus
que pour entraver les affaires de l'Église.
Dans la méme semaine, arriva à Pise un Italien nommé Charles
Malatesta, seigneur de la vile de Rimini, où résidait alors Gré-
goire, autrement dit Errorius; c'était un homme lettré, doué d'une
grande facilité d'élocutiom et habile orateur. Il requit trés instamment
messeigneurs les cardinaux de différer le concile et de choisir un autre
lieu. On désigna pour conférer avec lui de trés doctes clercs, messei-
gneurs les cardinaux d'Albano et de Thury du parti de Benoit, et
messeigneurs d'Aquilée et de Milan du parti de Grégoire, qui lui dé-
montrérent par beaucoup de raisons qu'il était impossible d'acquies-
cer à sa demande ; il s'en retourna donc sans avoir rien obtenu.
Le dimanche 24 avril, l'archevéque de Toulouse célébra la messe,
en présence de tous les membres du concile, dans l'église de Saint-
Martin. Pendant le service divin, un frère mineur, évêque de Digne
220 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
misse, quidam frater minor, episcopus Dignensis in Proven-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 221
en Provence, prononça un sermon, dont le texte était : Mercenarius
fugit. Il démontra fort éloquemment que les deux prétendants n'étaient
point de vrais pasteurs, mais des mercenaires, et qu'ils devaient être
chassés en raison des voies qu'ils avaient tenues. Il repoussa formel-
lement leurs propositions et prouva qu'ou ne devait pas avoir plus
d'égard à la requéte des ambassadeurs du duc Robert de Baviére. Ce
jour-là méme, lesdits ambassadeurs partirent tout-à-coup, on ne sait
pourquoi, sans attendre une réponse, quoiqu'on leur eût accordé
- audience pour le lendemain.
. Le 24 avril, le sacré concile s'assembla dans la cathédrale. Après la
messe , qui fut célébrée avec les cérémonies accoutumées , l'avocat du
sacré concile monta en chaire, et, du consentement de toute l'assis-
tance, lut à haute et intelligible voix l'exposé complet des divisions
qui avaient afiligé l’Église depuis le commencement du schisme, et de
la conduite qu'avaient tenue les souverains pontifes et les cardinaux
pendant tout ce temps. La lecture de cet exposé, que messeigneurs
les cardinaux avaient fait rédiger par écrit, dura trois heures. On
lut ensuite les requétes présentées par les promoteurs contre les deux
prétendants, et portant que le concile agréait la réunion et l'accord
des deux colléges, et tout ce qui pouvait s'ensuivre; qu'il approuvait
aussi la convocation faite par eux d'un concile général; qu'il main-
tenait et déclarait valides les sommations faites aux deux prétendants;
de plus, que le lieu de Pise était convenable pour la célébration du
concile; que , les deux prétendants ayant été düment cités et déclarés
contumaces , pour fait de schisme et attentat contre la foi , il requérait
que tous leurs partisans et adhérents fussent désormais réputés schis-
matiques et hérétiques; qu'en outre les deux prétendants seraient pri-
vés de la dignité pontificale, et leurs partisans de tous lenrs bénéfices,
honneurs et offices , et que, s'ils tentaient quelque chose contre ladite
privation, ils pourraient étre punis par des juges séculiers; que tous
les rois ou princes et généralement tous autres, de quelque condition
qu'ils fussent, seraient déliés de leurs serments envers les deux pré-
222 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
tus, eorum quoque fautores omnibus beneficiis , dignitatibus,
officiis privarentur, et si contra privacionem istam aliquid
attemptarent, puniri possent per judices seculeres; iterum
quod omnes reges et principes et generaliter omnes, cujuscun-
que status essent , penitus absolverentur a juramentis prestitis
duobus contendentibus. Ordinatum et tunc fuit in eodem con-
silio, ut viri litterati, honeste conversacionis et bone consciencie,
eligerentur ad recipiendum informaciones testesque producen-
dos per promotores prefatos contra duos contendentes et spe-
cialiter super continuacione scismatis pertinaci et super conclu-
sionibus mutuo inter se factis, et ad nominandum predictos
' viros, ut procederetur ulterius in facto. Dicti consilii fuit con-
tinuata dieta ad diem Martis propinquam, ultimam mensis
apprilis.
- Ipsa die, dominus patriarcha Alexandrinus , magister Symon
Cramaut, Universitatis Parisiensia nuncii, ducum Brabancie,
Hollandie ac patrie Leodiensis villam Pisanam ingressi sunt;
subsequenter quoque ambassiatores Anglie, videlicet archiepi-
scopus Salberiensis cum uno episcopo, duobus abbatibus, uno
milite et duobus doctoribus in comitiva nobili ducentorum
equitum, Applieuerunt postea ambassiatores archiepiscopi Ma-
guntinensis et archiepiscopi Coloniensis cum apparatu insigni.
Nuneii tamen Colonienses ad duas dietas de villa Pisana a gen-
tibus marchionis de Mala Spina capti fuerant et detenti, sed
interventu et favore domini Boussicaudi, gubernatoris Janue,
cum omnibus bonis suis fuerant liberati.
Ultima die apprilis, congregato consilio, et missa ab episcopo
Luxoviensi in presencia nunciorum Anglie celebrata , post leta-
nias et observancias pretactas, archiepiscopus Salberiensis,
anglicus, cathedram ascendit, et sermonem faciens, unum et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 223
tendants. 1l fnt décidé dans le méme concile qu'on choisirait certaines
personnes lettrées, de bonne réputation et de conscience pure, pour
recueillir les informations et recevoir les dépositions des témoins qui
seraient produits par lesdits promoteurs contre les deux prétendants,
particuliérement en ce qui touchait leur obstination à maintenir le
schisme et les résolutions qu'ils avaient prises de concert, et pour faire
choix de commissaires qui seraient chargés de poursuivre l'affaire. Le
concile s'ajourna au mardi suivant, qui était le dernier jour d'avril.
Le méme jour, monseigneur le patriarche d'Alexandrie, maitre
Simon Cramaut, les envoyés de l'Université de Paris, des ducs de
Brabant , de Hollande et du pays de Liége arrivérent à Pise; ils furent
bientót suivis par l'ambassade d'Angleterre, qui se composait de l'ar-
chevéque de Salisbury, d'un évéque , de deux abbés, d'un chevalier et
de deux docteurs avec une brillante escorte de deux cents cavaliers.
Vinrent ensuite les ambassadeurs de l'archevéque de Mayence et de
l'archevêque de Cologne en grand appareil. Les envoyés de Cologne
avaient été pris à deux journées de Pise et retenus prisonniers par les
gens du marquis de Malespina ; mais le gouverneur de Génes , messire
Boucicault, avait obtenu par son intervention qu'ils fussent relâchés
avec tout leur équipage.
Le dernier jour d'avril, lorsque le concile fut assemblé et que la
messe eut été dite par l’évêque de Lisieux en présence des ambassa-
deurs d'Angleterre, aprés les litanies et les cérémonies susdites, l'ar-
chevéque de Salisbury monta en chaire, et prononca un sermon, dans
lequel il accabla de justes reproches l'un et l'autre des deux préten-
^.
224 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
alterum contendencium racionabiliter increpando, exhortatus
est dominos cardinales et consilium ut procederent diligenter ad
unionem Ecclesie. Nilque amplius actum est die illa; sed fuit
continuata ad diem quartam maii, dieque sequenti cardinalis
Burdegalensis, altera quoque sequente cardinalis Hyspanie
villam illam ingressi sunt.
Die quarta maii consilio congregato , dum episcopus Ebroy-
censis divina celebrabat, Anglorum nuncii, qui tunc firesentes
aderant, ad latus sinistrum, patriarcha vero, episcopi Mel-
densis et Constanciensis, nuncii regis Francie, episcopus quoque
de Gap, nuncius regis Sicilie, ad latus dextrum post cambella-
num Rome sederunt. Peractisque misse sollempniis, cum prelati
post consuetas observancias ornamenta sumpsissent ecclesias-
tica, et patriarcha post primum cardinalem episcopum, do-
minum scilicet Penestrinum, sedisset, sicut statutum fuerat,
quidam excellentissimus doctor Bononiensis, Petrus Daquaran
nominatus, cathedram ascendens, questionibus factis ab am-
bassiatoribus ducis Ruperti de Bavaria respondens, subtiliter et
profunde ostendit contendentes per cardinales et consilium
sufficienter evocatos, et quod contra eosdem poterant juste
procedere , sed et illi domini, sub quibus tunc residebant,
prolatas dubitaciones a nunciis dicti ducis Ruperti penitus
anullando. |
Postea eciam advocatus ascendens cathedram, dixit quod ad
examinandum testes per promotores producendos contra duos
contendentes cardinalis de Laude ytalicus et cardinalis sancti
Angeli pro duobus collegiis, pro regno Francie episcopus
Luxoviensis et tres doctores, pro regno Anglie unus doctor, pro
Provencia unus et pro Alemania duo, velut ad id ydonei , nomi-
nati fuerant, et hoc omnes approbaverunt assistentes. Addidit
226 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
finem dans verbis quod, quia dominus Lendislaus , qui se dice-
bat regem Sicilie, armis Saone urbem infestabat, que erat
Florentinorum, impediendo sacrum consilium , aliqui ad eum
mitterentur, qui auctoritate consilii preciperent ut inde rece-
dens resipisceret ab inceptis. Et hic sermo bonus in oculis
omnium assistencium visus fuit, dietaque continuata fuit ad
diem decimam maii. In congregacione ista nuncii Maguntini et
Colonienses non interfuerunt ob discordiam motam inter eos
pro prioritate sessionis, ordinatumque extitit ut reducerentur
ad pacem.
. Octava die maii , in ecclesia sancti Michaelis, quia tnnc cele-
brabatur festum aparicionis ejusdem archangeli, presentes
fuerunt cum consilio cardinales , missamque celebravit dominus
patriarcha, qui, predicacionem faciens, sex raciones posuit, per
quas proposiciones nunciorum ducis Ruperti de Bavaria effica-
citer destruxit ét anullavit, qui ponebant in dubium si car-
dinales poterant evocare papam suum ; si poterant sibi subs-
. trahere obedienciam; si ambo collegia poterant se habilitare
mutuo. Nam luculenter probavit quod hec omnia racionabiliter
poterant pro tanto bono, sicut extirpacio scismatis et unio
universalis Ecclesie, et quod quidquid tactum fuerat consilium
poterat confirmare; multaque ibi tetigit faciencia ad bonum
unionis. In isto consilio interfuerunt archiepiscoporum Ma-
guncie et Coloniensis nuncii, et sicnt statutum fuerat, inter-
mixti consederunt, et primus de Colonia ; missaque peracta, per
prometorem et unum clientem muki prelati citati sunt ad
comparendum die sequeriti, tà domo Carmelitarum, coram com-
missariis per consilium ordinatis, ad jurandum in causa ambo-
rum contendencium.
Ista die, post prandium, in ecclesia sancti Martini cum do-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 227
comme monseigneur Ladislas , soi-disant roi de Sicile, infestait par
ses attaques la ville de Savone, qui appartenait aux Florentins, et
entravait ainsi la tenue du sacré concile, il était à propos qu'on lui
envoyát une députation pour lui enjoindre, au nom dudit concile,
de se retirer et de cesser toute hostilité. Cet avis fut goûté de toute
l'assemblée, et l'on s'ajourna au 10 mai. Les ambassadeurs de Mayence
et de Cologne n'assistérent point à cette session, parce qu'ils eurent
une contestation au sujet de la préséance; il fut convenu qu'on
essaierait de rétablir le bon accord entre eux.
Le 8 1nai, les cardinaux se réumirent avec les autres membres du
coucile dans l'église de Saint-Michel, parce que c'était le jour où l'on
célébrait la fête de l'apparition de eet archange. Monseigneur le pa-
triarche dit la messe, et précha. Il combattit et repoussa victorieuse-
ment par six raisons les propositions des ambassadeurs du duc Robert
de Baviére, qui mettaient en doute si les cardinaux pouvaient citer
leur pape, s'ils pouvaient lui soustraire l'obédience, et si les deux
colléges pouvaient s'habiliter mutuellement. Il prouva éloquemment
que tout cela pouvait se faire raisonnablement pour un aussi grand
bien que l'extirpation du schisme et l'union de l'Église universelle,
et que le concile pouvait ratifier tout ce qui avait eu lieu, et à ce pro-
pos il présenta plusieurs autres considérations en faveur de l'union.
À cette session se trouvérent les ambassadeurs des archevéques de
Mayence et de Cologne , qui prirent place parmi les autres assistants,
celui de Cologne ayant la préséance, ainsi qu'il avait été décidé. Aprés
la messe, le promoteur, assisté d'un sergent, cita plusieurs prélats à
comparaître le lendemain, dans la maison des Carmes, pour prêter
serment dans l'affaire des deux prétendants devant les commissaires
délégués par le concile.
Le méme jour, aprés diner, les ambassadeurs des rois et des princes
228 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
minis cardinalibus nuncii regum et principum et prelati con-
gregati, tunc cardinalis Penestrinus dixit quod fratres sui in
prosequcione unionis nichil agere intendebant sine delibera-
cione consilii, et quia omnes nequibant in hiis deliberacionibus
interesse, bonum erat aliquos ordinare qui semper presentes,
cum deliberaretur, essent , et deliberata aliis nunciarent, et si
aliquos dignos ad hoc repererant, illos nominarent. Ad hoc
patriarcha dixit jam conclusum pro nacione Francie, ut de
qualibet provincia archiepiscopus , si presens esset, et in absen-
cia episcopus vel doctor hujus provincie interesset. Fueruntque
nominati postea pro Francia patriarcha, archiepiscopi presen-
tes; pro provincia Senonensi, episcopus Meldensis; pro Rotho-
magensi, episcopus Luxoviensis , et sic de aliis; pro Provencia,
que semper cum Francis stabat, episcopus de Gap; statutum-
que ut sic de ceteris nacionibus fieret, et ut soli nominati in deli-
beracionibus remanerent. .
Inde cardinalis Albanensis, novam materiam intrans, nun-
cios Petri de Luna nunciat brevi venturos, querens tria , quo-
modo reciperentur , audirentur, vel eciam tractarentur. Addi-
dit et requestis per promotores factis vicesima quarta apprilis
ut per dictum decerneretur consilium, quod ad ipsum, ut
representans universalem Ecclesiam , cognicio pertinebat extir-
pacionis scismatis ac decisionis ipsius. Statutumque est ut die
crastina post prandium provinciarum deputati < cum cardina-
libus propter hoc 'congregarentur. |
Super hoc nona maii loqutus patriarcha pro nacione Fran- |
cie et Provencie dixit quod, mutua deliberacione habita, rata
habebant per cardinalem postulata, adducens ultra ut pro-
mociones prelaturarum duorum contendencium usque ad limi-
tatum tempus approbarentur per dictum consilium; cui mox
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 229
ainsi que les prélats étant réunis avec messeigneurs les-cardinaux dans
l'église de Saint-Martin, le cardinal de Palestrine dit que ses fréres
n'entendaient rien faire pour la poursuite de l'union sans que le con-
cile en eüt délibéré, et que, comme ils ne pouvaient tous assister à
ses délibérations, il était à propos de déléguer quelques uns d'entre
eux qui seraient présents à toutes les discussions et informeraient les
autres de ce qui aurait été résolu; il demanda en méme temps qu'on
nommát ceux qu'on jugerait les plus capables de remplir cette mission.
Le patriarche répondit qu'il avait été déjà décidé, en ce qui concer-
nait la nation de France, que chaque province serait représentée par
son archevêque, et en son absence par un évêque ou un docteur de
ladite province. On nomma ensuite pour la France le patriarche et les
archevéques présents; pour la province de Sens, l'évéque de Meaux;
pour celle de Rouen, l’évêque de Lisieux, et ainsi des autres; pour la
Provence, qui se réunissait toujours avec la France, l'évéque de Gap.
Il fut aussi arrété qu'il serait fait de méme pour les autres nations, et
que ceux qui seraient nommés resteraient seuls désormais aux délibé-
rations.
Le cardinal d'Albano prit ensuite la parole sur un autre sujet ; ‘il
annonça la prochaine arrivée des ambassadeurs de Pierre de Luna, et
demanda comment on les recevrait, comment on leur donnerait au-
dience et comment on les traiterait. Il ajouta aussi aux requétes qui
avaient été faites le 24 avril par les promoteurs une requéte nouvelle
tendant à ce que le concile statuát que c'était à lui, comme représen-
tant l’Église universelle, qu'appartenait la connaissance de l’extirpa-
tion du schisme. ll fut résolu que le lendemain , aprés diner, les députés
des provinces s'assembleraient avec les cardinaux pour traiter de cette
' affaire.
Le lendemain donc, qui était le 9 mai, le patriarche, ayant pris la
parole pour la nation de France et de Provence, dit qu'aprés mûre
délibération ils acquiescaient à la requéte du cardinal; il demanda en
outre que ledit concile approuvát pour un certain temps qui serait fixé
les promotions de prélats faites par les deux prétendants. On lui répou-
dit qu'on y aviserait à la fin. Quant à la réception des ambassadeurs de
230 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LiB. XXX.
resnonaum fnit auod in finalikms fieret. Ouantnm ad recencio-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 281
Pierre de Luna, il ne discuta pas la question des honneurs qu'on
devait leur rendre, attendu qu'ils n'avaient pas encore adopté la sous-
traction d’obédience. Pour ce qui était de savoir si on leur accorde-
rait audience, il dit qu'il fallait , avant de les entendre , leur demander
quels étaient leurs pouvoirs et par qui ils étaient envoyés, ajoutant
qu'il était convenable de les traiter avec égard et d'empécher qu'il leur
füt fait aucume insulte ni mure.
Après le patriarche, l'archevéque de Salisbury parla pour la nation
anglaise, et fut d'accord avec le patriarche sur tous les points excepté
un seul. I] dit qu'il était étonné que les uns eussent fait la soustrac-
tion, les autres non, qu'il était nécessaire qu'ils n'eussent tous dans
le concile qu'une méme volonté et que la soustraction füt com-
mune à tous; il conclut qu'il ne fallait rendre aucun honneur aux
ambassadeurs de Pierre de Luna, et le patriarche revint lui-méme
à cet avis. Un certam évêque de Cracovie, envoyé du roi de Pologne,
les ambassadeurs de Mayenoe et de Cologne, et quelques cardinaux
qui n'avaient pas fait la soustraction demandérent qu'on en délibérát.
Le vendredi 10 mai, la messe ayant été célébrée par l’évêque de
Marseille avec les cérémonies accoutamées, et le concile étant entré
en séance avec les élus des provinces , l'avocat exposa les propositions
qui avaient été émises ; mais il ne fit pas mention de la soustraction de
nos cardinaux. Ceux-ci, interrogés à ce sujet par les promoteurs an-
gleis, demandèrent qu'il en füt encore délibéré. On consulta sur ce
point toute l'assistance, qui fut unanimement d'avis que la soustrac-
tion devait être commune à tous. Alors -monseigneur le patriarche,
qui était assis entre les denx plus amcieus cardinaux, quitta sa place
pour monter en chaire, et déclara à haute voix , au nom dnm concile,
que la soustraction d'obédience avait pu et avait dû être faite aux deux
compétiteurs ; que ceux qui l’avaient faite le pouvaient et le devaient,
que personne n'était tenu désormais de leur obéir, et qu'il serait müre-
ment délibéré au sujet des promotions faites par eux , depuis qu'ils
avaient cessé de travailler à l'union de l'Église. En outre, comme
232 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
quod super habilitacione promocionum per eos facta, de post
quod cessaverant a prosequeione unionis Ecclesie, mature deli-
beraretur. Ulterius et quia dies prima productionis testium con-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 233
la première prodnetion des témoins contre les deux prétendants n'avait
pu avoir lien à cause des fêtes au milieu desquelles elle tombait, il
renvoya au 47 mai pour la seconde production des témoins et pour la
continuation de ladite affaire.
. Le 14 mai, en présence des élus des provinces, quelques évêques et
docteurs furent délégués pour dresser la minute de ladite sonstrac-
tion, qui devait être soumise à l'examen dn concile, corrigée par lui,
s'il y avait lieu, et envoyée, aprés correction, à toutes les nations de
la chrétienté. Le 13, monseigneur le cardinal de Palestrine dit en
plein concile que tous ses fréres consentaient à la soustraction ordon-
née par le concile. Le 17 du méme mois, à la demande des promoteurs,
il fut décidé en assemblée générale que ladite soustraction serait lue
publiquement , selon l'usage. D'autres requétes , dont il est fait men-
tion dans la. cédule suivante , furent également faites et accordées, et
l'audience fut renvoyée au 22 mai. Ce jour-là, monseigneur le pa-
triarche, montant en chaire, lut à haute voix, du consentement du
concile général, ladite cédule qui était ainsi concue :
« L'an du Seigneur mil quatre cent neuf, le vendredi 47 mai, le
« saint et universel synode, ici assemblé au nom de Jésus-Christ,
« déclare, prononce et décerne par des motifs raisonnables et légi-
« times qu'il a été permis de renoncer librement et impunément à
« l'obédience de Pierre de Luna, qui se faisait appeler Benoit XIII,
« et à celle d'Ange Corrario, qui prenait le titre de Grégoire XII,
« prétendant tous deux injustement à la papauté, et que cette renon-
« ciation a été licite, en ce qui concerne ledit Benoit, depuis qu'il a
« damnablement refusé , malgré ses serments solennels , de poursuivre
« la voie de cession, et de la mettre sérieusement à exécution; en ce
IY. 30
234 .CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« juratam realiter prosequi et eamdem effectualiter adimplere
« dampnabiliter omisit, et a prefato Gregorio, ex eo tempore
« quo viam cessionis per eum juratam et sollempni voto promis-
CHRONIQUE DE CHARLES VI — LIV. XXX. 235
« qui touche ledit Grégoire , depuis qu'il a pareillement négligé, mal-
« gré ses promesses et ses serments solennels, de poursuivre la voie
« de cession et de la mettre sérieusement à exécution. De plus, ledit
« saint synode, par les motifs ci-dessus mentionnés , prononce , statue,
« ordonne et décerne que tous les fidéles auront à se soustraire à l'obé-
« dience desdits prétendants à la papanté en général et de chacun d'eux
« en particulier, puisque, aprés avoir été canoniquement requis et
« cités en cette présente affarre du schisme et de la foi, ils ont été
« légitimement déclarés contumaces. Ledit saint synode décerne,
« prononce et ordonne que dorénavant ladite obédience sera tenue
« par tous comme soustraite et qu'on agira en conséquence. I] dé-
« cerne en outre et déclare nulles, de nul effet et de nulle valeur, il
« casse et annulle, tant pour le passé que pour l'avenir, toutes procé-
« dures, sentences, condamnations, privations, déclarations d'inha-
« bilité, constitutions et censures quelconques, faites ou à faire par
« lesdits prétendants ou par l'un d'eux, au préjudice de l'union ou au
« sujet de la poursuite de ladite union, contre ceux qui se sont sous-
« traits ou qui voudront se soustraire.
« Jtem, ledit saint synode, en faveur de la foi et pour l'extirpation
« du schisme ainsi que pour l'union et la paix de l'Église si cruelle-
« ment déchirée , décerne, prononce et déclare que tous ceux qui en
« la présente affaire sont ou peuvent être juges ou assesseurs, de
« quelque rang, qualité et condition qu'ils soient, fussent-ils méme
« revétus de la dignité de cardinal, etc., pourront déposer comme
« témoins légitimes dans le concile, et qu'on devra ajouter foi entiére
« à leurs dépositions et témoignages.
« Jtem, attendu qu'en raison de la longueur et de la diversité des
« articles produits en ladite affaire, l’interrogatoire des témoins
236 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 231
« pourrait se prolonger d'une manière fâcheuse, le saint synode
« décerne, prononce et déclare que les commissaires ou examina-
« teurs, délégués à cet effet par le saint synode, pourront faire un
« choix dans lesdits articles , y ajouter , retrancher ou changer quelque
« chose, et même recevoir de nouveaux articles, entendre des témoins
« à ce sujet et faire des interrogatoires, selon qu'il leur semblera utile
« et avantageux pour la prompte expédition de l'affaire, et qu'ils pour-
« ront méme envoyer hors du lieu de la tenue du concile, principa-
« lement à Florence, pour recevoir et examiner certains témoins.
« Par les raisons susdites, avec connaissance de cause et aprés müre
« délibération, le saint synode ordonne, statue et décerne qu'une @
« troisiéme réunion aura lieu pour la production des preuves et des
« témoins et pour la poursuite de l'affaire, selon que le saint synode
« le jugera convenable, et fixe cette réunion au mercredi 22 de ce
« mois, auquel jour il a ordonné et arrêté la prochaine session.
« Le saint synode, attendu la notoriété des faits dont il s'agit, noto-
« riété légitimement constatée par l'évidence de ces faits, par les dépo-
« sitions des témoins et par les autres preuves, décerne, prononce et
« déclare, aprés mûre délibération, que les délits, crimes, excès et
« autres choses nécessaires à la décision de cette affaire, déduits au
« pétitoire de la présente cause contre lesdits Benoit et Grégoire, pré-
« tendants à la papauté, par les promoteurs ou procureurs délégués à
« cet effet par le saint synode, ont été et sont notoires , qu'il a fallu et
« qu'il faut passer outre comme sur choses notoires , parce que l'affaire
« est de telle nature, qu'un scandale est imminent et qu'il y a évi-
« demment péril en la demeure. — Prononcé à Pise en concile géné-
« ral, le 25 mai. »
On renvoya la session suivante au 29 du méme mois, pour déci-
der à quelle époque il serait statué sur le principal, et ce jour-là on
238 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
super principali ; qua vicesima nona die statuta fuit ad hoc dies
quinta mensis junii sequentis. In congregacione autem illa vel
sessione ultima octies viginti archiepiscopi , episcopi et abbates
mitris ornati, sexcies viginti magistri in theologia, trecenti quo-
que doctores in jure civili et canonico , exceptis nunciis regum
et principum*. Tunc quoque expectabantur nuncii regum Hun-
garie, Boemie et magnus magister hospitarum Rodiensium.
CAPITULUM IV.
De electione pape Alexandri.
Utriusque collegii dominis cardinalibus a sancta synodo
auctoritate concessa ut ad electionem procederent unici vicarii
Christi, sub quo dilectissima ejus sponsa Ecclesia, quam tamdiu
obstinata ambicio amborum contendencium ancillari coegerat,
honorem recuperaret pristinum et regnis dominaretur uni-
versis, invocata Spiritus Sancti gracia, que agenda susciperet
dirigenda, conclave circa festum sancti Johannis Baptiste in-
gressi sunt, Ne a semitis rectitudinis deviarent , preces vallidas
principum compatriotarum, favorem , opulenciam vel quorum-
dam generis claritatem justo favorabilius attendentes, ut actu
simili annales sepius referunt accidisse, quotquot pestiferum
scisma oderant et reprobabant devotis oracionibus divinas
aures pulsabant, ut votis eorum sic condescendere placeret,
quod inchoata valerent commendabili fine terminare.
Qui regis consiliis assistebant assidue ambigendum dicebant
ne, domini justo remissius in agendis se habentes, mora nimia
aliquod impedimentum intermedium allatura esset. Quapropter
, Fi faut supposer ici Fomission d’an mot tel que affuerunt.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 239
fixa la délibération au 5 juin suivant. À cette dernière assemblée ou
session assistèrent cent soixante archevéques, évêques et abbés mitrés,
ceut vingt docteurs en théologie, trois cents docteurs en droit civil
et en droit canon, sans compter les ambassadeurs des rois et des
princes. On attendait aussi les envoyés des rois de Hongrie et de
Bohéme et le grand-maitre des hospitaliers de Rhodes.
CHAPITRE IV.
Élection du pape Alexandre.
Messeigneurs les cardinaux des deux colléges entrérent en conclave
le jour de la féte de saint Jean-Baptiste, aprés avoir demandé au Saint-
Esprit qu'il les éclairât de sa grâce, afin de procéder, en vertu des
pouvoirs que leur avait conférés le saint synode , à l'élection d'un seul
et unique vicaire de Jésus-Christ, sous le gouvernement duquel
l'Église, són épouse bien-aimée, qui avait été pendant si long-temps
l'esclave de l'ambition obstinée des deux prétendants, pût recouvrer
son ancienne splendeur et sa domination universelle. Comme on crai-
gnait que les pressantes instances des princes de leur pays, que le cré-
dit, la puissance et la noblesse de quelques seigneurs n'eussent trop
d'empire sur leur esprit, comme il arrive souvent en pareille circon-
stance, et ne les fissent dévier du sentier de la justice, tous ceux qui
détestaient et réprouvaient le funeste schisme adressaient d'humbles
et ferventes priéres au Seigneur, pour qu'il daignát mener à bonne
fin cette sainte entreprise.
Les conseillers intimes du roi disaient qu'il était à craindre que, si
messeigneurs les cardinaux trainaient l'affaire en longueur, leurs
lenteurs ne fissent surgir quelques difficultés. En conséquence, le roi
leur adressa à la hâte un message pour les exhorter à faire toute la
diligence possible. Mais le courrier n'avait pas encore fait la moitié
240 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
ipsis. compendiosam epistolam acceleracionis exhortativam
misit. Sed antequam nuncius medium itineris attigisset, eos
audiens negocium consumrnasse, non ulterius progredi dignum
duxit. Sane sancte conversacionis ac devocionis virum Petrum
de Candia, ordinis fratrum minorum, in sacra pagina excellen-
tissimum professorem, de archiepiscopatu Mediolanensi ad car-
dinalatum assumptum, quem sciebant ex Candia, Grecie remo-
tissima insula, et ex ignota prosapia ortum, cui nec opum acervi
sed tenuis facultas res eciam familiares ministrabat, in sum-
mum pontificem elegerunt circa finem junii, julliique septima
die Alexandrum quintum vocaverunt. Que cum regi litteris
intimassent sui nuncii Pisis missi, et quam laudabiliter olim
studio Parisiensi sacre scripture flores odoriferos ubique longe
lateque per orbem spargere docuerat, promocionem ejus tam
favorabiliter acceptavit ac si regnicola vel de regio sanguine
procreatus extitisset.
. CAPITULUM V.
De expedicione bellica ducis Borbonil.
Ad finem anni transacti calamum cogit redire Sabaudiorum
indisciplinata concio , quam dux Burgundie in suum evocaverat
auxilium contra Aurelianis ducem. Nam tractatu pacis firmato
inter eos, solum natale repetens, in ducem Borbonii, regis
avunculum, ex insperato viribus insurrexit. Memini me non-
nullos circumspectos tam inopinate invasionis originem sisci-
tando tunc dixisse quod ex latenti odio ducis Burgundie in
prefatum ducem concepto a longo tempore procedebat. Sed
istos ut sequar non inclinat animus. Nam occasionem referunt
qui secreta facti norunt, quod de Callomonte, Montmerle,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 244
du chemin, qu'il apprit que tout était terminé, et il ne jugea pas à
propos de poursuivre son voyege. Les cardinaux avaient en effet élu
pour pape, vers la fin de juin, un pieux et saint homme, nommé
Pierre de Candie ', de l'ordre des Fréres mineurs , fameux docteur en
théologie, qui de l'archevéché de Milan avait été promu au cardinalat.
Il était né en pays lointain, dans l'ile de Candie, l'une des iles de la
Gréce, appartenait à une famille obscure et n'avait qu'un mince
patrimoine qui suffisait à peine à ses besoins. Il fut couronné le 7 juil-
let sous le nom d'Alexandre V. Les ambassadeurs que le roi avait
envoyés à Pise lui ayant notifié cette élection, et rappelé en méme
temps avec quel talent et quel éclat ledit Pierre avait autrefois enseigné
la théologie dans l'Université de Paris, le roi aocueillit ce choix avec
autant de faveur que si c'eüt été un Francais ou méme un prince
du sang royal.
CHAPITRE V.
Expédition du duc de Bourbon.
Je remonte à la fin de l'année derniére, pour raconter ce que firent
les bandes indisciplinées de Savoyards que le duc de Bourgogne avait
appelées à son secours contre le duc d'Orléans. Aprés la conclusion
du traité de paix entre les deux princes, ces bandes, en retournant
dans leur pays, fondirent tout à coup sur les terres du duc de Bour-
bon, oncle du roi. Je me souviens d'avoir entendu dire à certaines
personnes considérables, à qui je demandais la raison de cette agres-
sion inattendue , que c'était sans doute un effet de la haine secréte que
le duc de Bourgogne nourrissait depuis long-temps contre ledit duc.
' Pierre de Candie, surnommé Philarge, successivement évêque de Vicence et de
Novare, puis archevéque de Milan.
IV. 81
242 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
Cuscey, Larc, Villa Nova, et de Bello Respectu, oppidis famo-
sis in Bello Joco constructis, comiti Sabaudie debitum homa-
gium dux facere recusabat. Et quamvis sub spe tractatus in
statu maneret negocium, armiger quidam Aymedius de Viriaco,
vir utique nobilis, sed non locuplex, in favorem prefati comi-
tis, et, ut postea notum fuit, non sine ipsius connivencia, sed
sugestione, patriam de Bello Joco, que empcionis titulo duci
obvenerat, cum inquietissimis viris, qui sub ipso militabant,
hostiliter statuit subintrare. Ut tantam temeritatem juste agredi
videretur, et velum cause honestioris obtendens, quia nuper
de Ytalia onustus preda rediens a ducis gentibus fuerat spo-
liatus, et sibi satisfieri pluries in vanum pecierat, diffidencie
litteras ipsi Parisius miserat, cum tamen minime ignoraret
eum in Borbonio residere. Ut rei exitus comprobavit, hoc
fraudulenter agebat; nam antequam ad eum deferri potuissent,
oppidum fortissimum vocatum Ambery, in sublimi colle situm,
quod a domino de Villars dux emerat, violenter occupavit
cum duobus aliis, quorum nomina quo ad presens non teneo,
et gente sua munivit. Et tunc patriam libere et sine obice, velud
tempestas vallida, perlustrando diu, quotquot de agricolis,
incolis quoque aliis obviam habuit, etati, sexui nec condicioni
parcens, sine misericordia peremit crudeliter, et breviloquio
utens, nullam rem relinquit incolumem, cui ferro aut igne
noceri posset. |
Tam diram grassacionem dux magnanimus audiens, nec
secus quam dignum erat infensus, properans ad vindictam,
mox illustres comites de Claro Monte filium suum, de Alenco-
nio, de Marchia, de Vindocino, dalfinum Alvernie, Arturum
fratrem ducis Britanie, comitem Divitis Montis, magistrum
hospicii regii dominum Johannem de Monte Acuto et quam-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 243
Je ne partage point ce sentiment. Des gens mieux informés attribuent
cette invasion des Savoyards à ce que le duc de Bourbon refusait de
faire hommage au comte de Savoie ' de plusieurs places importantes
situées dans le Beaujolais, telles que Chaumont, Montmerle, Cusset, -
Larc, Villeneuve et Beauregard. Bien que des négociations fussent
entamées à ce sujet, un écuyer nommé Amédée de Viry, de noble
extraction mais sans fortune, résolut , dans l'intérét dudit comte, et,
‘comme on le sut plus tard, de concert avec lui et par ses ordres,
d'envahir à la téte des pillards qu'il commandait le pays de Beaujeu
que le duc de Bourbon possédait à titre d'achat. Afin de justifier une
telle agression en la couvrant de quelque motif plausible, il pré-
tendit qu'il avait à se venger des gens du duc, qui avaient pillé ses
bagages, lorsqu'il revenait d'Italie chargé de butin. N'ayant pas,
malgré ses demandes réitérées, obtenu réparation de cet outrage, il
avait envoyé un cartel au duc à Paris, bien qu'il n'ignorát pas que
ce prince se trouvait alors dans sa résidence du Bourbonnais. La suite
prouva que ce n'était là qu'un vain prétexte; car avant que les lettres
de défi eussent pu parvenir au duc, il s'empara de la place d'Am-
berieux , située sur une haute montagne, que le.duc avait achetée au
sire de Villars”, ainsi que de deux autres forteresses dont j'ai oublié
les noms, et y mit de ses gens en garnison. Dàs ce moment il courut
le pays librement, ravageant tout sur son passage, comme un torrent
impétueux, massacrant sans pitié tous les habitants, laboureurs ou
autres, qu'il rencontrait, et n'épargnant ni l'áge, ni le sexe, ni le
rang. En nn mot, il mit tout à feu et à sang.
L'illustre duc de Bourbon, justement irrité de ces dévastations
cruelles, se disposa à en tirer vengeance. Il manda en toute háte le
comte de Clermont son fils, les comtes d' Alencon, de la Marche et de
Vendôme, le dauphin d'Auvergne, Arthur, comte de Richemont, frère
du duc de Bretagne, messire Jean de Montaigu, grand-maitre de la
' Amédée VIII, dit le pacifique. ^ Humbert VII, sire de Thoire et de Villars.
244 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
plures alios sub celeritate evocavit, rogans ut cum quantis
possent militaribus copiis sibi auxilium ferrent. Viginti milia
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 245
maison du rei, et un grand nombre d'autres seigneurs, les priant de
venir à son secours avec autant de troupes qu'ils pourraient. Il ras-
sembla ainsi vingt mille chevaliers ou écuyers d'élite. Toutefois il était
si impatient de se venger, qu'il n'attendit pas leur arrivée, et se mit
en marche immédiatement avec quatre mille hommes armés de pied
en cap, s'avancant à grandes journées pour défendre ses possessions
envahies. Il atteignit ses ennemis vers le commencement du mois de
mai, établit son camp sur les bords de la Saóne, et prenant avec lui
douze cents chevaliers et écuyers, il traversa aussitót cette riviére.
Amédée de Viry, apprenant l'arrivée soudaine du duc et se sentant
hors d'état de lui résister, fut saisi d'épouvante et chercha son salut
dans la fuite. À cette nouvelle, ceux de ses gens qui étaient restés dans
le pays, effrayés de se voir cernés tout à coup par les hommes d'armes
qui formaient l'avant-garde du duc, désespérérent de leur cause, et
abandonnant le butin qu'ils avaient fait s'enfuirent en toute hâte
vers la Saóne pour passer à l'autre bord. Plus de trois cents d'entre
eux furent égorgés dans cette déroute. Parmi ceux que le fer avait
épargnés, les uns, et ce fut le plus petit nombre, se jetérent dans la
riviére et gagnérent l'autre rive à la nage; les autres, emportés par
leurs chevaux, affaiblis par la fatigue, ou ne sachant pas nager, et
embarrassés d'ailleurs par leurs lourdes cuirasses et leurs autres vête-
ments, disparurent engloutis sous les flots.
Aprés avoir ainsi déjoué les projets de ses ennemis, le duc de
Bourbon marcha sur les places qui appartenaient au comte. La plu-
part de ces villes se soumirent sans résistance ; la garnison les évacua
à la premiére sommation et obtint de sa générosité la vie sauve. Mais
le château d'Amberieux, où Amédée avait placé soixante hommes
d'armes et quinze arbalétriers, refusa de se rendre, et opposa une
vigoureuse résistance. Le duc ne put s'en rendre maitre qu 'aprés trois
assauts et fit décapiter ses perfides ennemis.
246 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
Cum autem oppida Aymedii solotenus evertisset, ne amplius
essent receptaculum hostium; et per mensem maium terram
comitis hostiliter et sine resistencia perlustrasset, hoc comes
dictus, cujus pater filius fuerat sororis hujus ducis, egre ferens,
et quod se noxe illate conscium reputabat, litteras amicabiles
excusacionem pretendentes sibi misit, cum adhuc occupabatur
in predictis. In ipsis sub compendio scriptum erat : « Illati in-
« commodi culpam dilectus avunculus in nepotem innocentem,
« supplico, non retorqueat, quoniam ex possessionibus Ayme-
« dii invasoris nequissimi, que satis habundeque suppetunt,
« dampna statuam resarcire, cum juramento affitmans quod, si
« ad manus venerit, illum sine dubio vobis mittam, ut pro
« commissis subeat condignum supplicium, sicut vobis placue-
« rit, et a tante temeritatis audacia deinceps ceteri terreantur. »
Nundum verba pacifica hauserant aures benigne, cum a duce
Burgundie apices allati sunt, in quibus significabat se venturum
in proximo cum copia militari, non ad nocendum quippiam, sed
amore amborum principum ductus, et ut tute et sine suorum
periculo posset comitem Sabaudie, sororium dilectissinrum, visi-
tare; iterum se supplicare ut, rapinis, cedibus et incendiis ces-
santibus, mutue pacis is constitueretur arbiter. Quod dux beni-
gne annuit, de consilio militum, mox mittens plures nuncios,
qui quos evocaverant principes meritis graciis compensarent,
quia in sui favorem. sumpsissent milicie laberiosos spiritus,
dicerentque congregato exercitu nune minime indigere, cum
jam utrinque intrassent tractatum pacificum.
Sic ergo, duce Burgundie mediante, res talem exitum sortite
sunt, quod, utrinque detersa omni transacti rancoris nebula
et injuriarum obliti, castrum Belli Respectus cum pertinenciis
restitueretur duci. Quo peracto , idem dux milites misit, qui de
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 247
Toutes Jes forteresses d'Amédée étaient rasées; elles ne pouvaient
plus désormais servir de repaire à l'ennemi , et depuis un mois le duc
de Bourbon courait le pays du comte de Savoie sans éprouver de résis-
tance. Ledit comte, dont le père était neveu du duc par sa mère,
effrayé de ces hostilités, et ne voulant pas laisser croire au duc qu'il les
avait provoquées , lui adressa des lettres d'excuse concues à peu prés
en ces termes : « Je vons supplie, mononcle bien aimé, de ne pas faire
« retomber sur votre neveu qui est innocent le châtiment du mal
« qu'on vous a fait. Je vous indemniserai de vos pertes aux dépéus de
« l'audacieux qui vous a attaqué, et dont les biens sont plus que suffi-
« sants pour cette réparation. Je vous jure que, s'il tombe entre mes
« mains, je vous l'enverrai sans hésiter, afin que vous le punissiez de
« ses méfaits comme il le mérite et comme il vous plaira; son cháti-
« ment servira d'exemple, et effraiera ceux qui seraient tentés d'imiter
« une pareille témérité. »
Avant que ce message de paix ft parvenu au duc de Bourbon, il
avait déjà reçu une lettre du dnc de Bourgogne, par laquelle ce prince
lui annoncait qu'il allait venir à la tête de ses troupes, non dans des
intentions hostiles, mais par amour pour lui et pour son adversaire, ,
et dans l'espoir qu'il pourrait en toute süreté visiter avec les siens son
beau-frére bien aimé le comte de Savoie. Il demandait en méme temps
qu'on s'abstint de toutes déprédations, massacres et incendies , et qu'on
le prit pour arbitre et pour médiateur. Le duc y consentit sans peine,
et d'aprés le conseil de ses chevaliers il envoya aussitót des courriers
à tous les seigneurs qu'il avait mandés, pour leur témoigner toute
sa reconnaissance de ce qu'ils avaient bien voulu s'exposer en sa faveur
aux fatigues d'une expédition, at pour lenr dire qu'il n'avait plus besoin
de leur secours, puisque des négociations étaient entamées de part et
d'autre.
I] fut en effet stipulé , par l'entremise du duc de Bourgogne, que les
deux princes oublieraient leurs injures et mettraient de cóté tout res-
sentiment, et que le château de Beauregard avec ses appartenances
serait rendu au duc de Bourbon. Cela fait, le duc de Bourbon envoya
248 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
municipiis Callomonte, Montmerle, Cuscey, Larc et Ville Nove
fidelitatem et homagium facerent comiti cum juramentis con-
suetis. Inde dictis facta cupiens compensare, nundum quindena
transacta, Aymedium ipsi duci, ut promiserat, destinavit;
quem cum vinculis alliguatum duodecim diebus in teterrimis
carceribus tenuisset, ipsum victus suorum precibus sibi pre-
sentari fecit, et in presencia multorum lilia deferencium nequi-
ciarum suarum pandens hystoriam, agravat scelera, indicia
exponit, et perfidiam prolixiori sermone detestatur. Ex tunc
metu Aymedius attonitus, cum post tot verborum tonitrua
fulmen ultimum in se crederet eructurum, et inde procidens
ad pedes ejus pro vita humiliter precaretur, tunc addidit :
« Scelera, inquit, pretacta dignum ignominiosa morte te indi-
« cant; sed liliatorum morem sequens, ne proclivior ad inju-
« riarum vindictam quam ad veniam videar, in favorem dilec-
« tissimi nepotis delicta tibi remitto. » Hoc audito; quando
quidem preter spem offensam sic dulciter remittebat , immen-
sas inde gracias retulit sibi, vita comite in cunctis et contra
omnes, dumtaxat comite Sabaudie excepto, deinceps servicium
suum spondet, cum sacramentis asserens quod ab ejus obse-
quiis nulla dies, casus ullus avelleret in perpetuum. Et ut nulla
ex parte de ejus promisso dubitaret, inde coram astantibus
protulit publicum juramentum.
CAPITULUM VI.
De nupciis ducis Brabancie.
Die lune decima quinta jullii, dux Brabancie Antonius, frater
ducis Burgundie, in villa de Bruxella uxorem duxit nomine... '
' Il y à ici ane lacure d'un mot dans le manuscrit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 249
des chevaliers au comte de Savoie pour lui faire hommage , suivant les
formes et avec les serments accoutumés, des forteresses de Chaumont ,
de Montmerle, de Cusset, de Larc et de Villeneuve. Le comte ne tarda
pas à tenir sa parole. Quinze jours aprés la conclusion du traité, il
envoya Amédée audit duc, ainsi qu'il l'avait promis. Le duc le fit
charger de chaînes et le laissa pendant douze jours au fond d'un cachot ;
mais enfin, cédant aux instances de ses chevaliers, il se le fit amener
en présence d'un grand nombre de princes du sang, lui exposa tout au
long le récit de ses méfaits, en l'appuyant de preuves, lui en démontra
l'énormité et lui reprocha amérement sa perfidie. Amédée, atterré par
ces reproches accablants, crut voir la foudre prête à tomber sur lui ; il
se prosterna aux pieds du duc et lui demanda gráce humblement :
« Tous ces forfaits, reprit le duc, prouvent assez que vous ne méritez
« qu'une mort ignominieuse ; mais, à l'exemple des princes des fleurs
« de lis, je veux faire voir que je sais renoncer à la vengeance et par-
« donner les injures; je vous fais gráce en faveur de mon bien aimé
« neveu. » À ces mots, Amédée de Viry, qui ne s'attendait pas à tant
de clémence, offrit au duc les plus vifs remerciments; il promit de
lui étre toujours dévoué en toute occasion envers et contre tous,
excepté le comte de Savoie, et jura qu'aucune circonstance ne le
détacherait désormais de són service. Afin qu'on ne doutát point de
sa promesse, il préta serment au duc en présence de tous les assis-
tants.
CHAPITRE VI.
Mariage du duc de Brabant. B
Le lundi 15 juillet, Antoine, duc de Brabant, frére du duc de Bour-
gogne, épousa à Bruxelles la fille unique du marquis de Moravie,
nommée....' Nulle princesse au monde n'était de plus illustre ori-
' Élisabeth , fille de Josse de Luxembourg, marquis de Moravie.
IV. 52
250 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
unicam filiam marchionis Moravie, qua nulla istis diebus in
orbe generosiori prosapia effulgebat, utpote de altissimo san-
guine Boemie, Hungarie et Cracovie regum procedentem, et
que in regnis eorum et dominiis debebat consanguinitatis jure
a.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX.
251
gine; car elle était issue du noble sang des rois de Bohéme, de Hongrie
da nnmis n8 Anmnte hÁeitam da lane mnenmmnns E niani
252 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CAPITULUM IX.
De tractatoribus missis ad Anglicos.
mm AnTAIE NE rura DY OO WD au www ^-^
254 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CAPITULUM XI.
De recepcione cardinalis de Baro.
256 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
tare. Nuper regi ducis Mediolani et comitis Pavie humiles
destinaverat litteras ! tyrannidem Fascini Canis, et intollera-
biles molestias, quas, eorum amplo patrimonio in parte magna
usurpato, nequiter inferebat. Cui , prout fatebantur, cum resis-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 257
au roi des lettres fort humbles du duc de Milan et du comte de Pavie.
Ces deux seigneurs lui dénonçaient les usurpations de Facino Cane,
qui s'était déjà rendu maitre de la plus grande partie de leurs posses-
sions, et se plaignaient des maux insupportables qu'il leur faisait
endurer. Ne pouvant, disaient-ils, lui résister sans l'assistance des
Francais, ils suppliaient le roi de les prendre sous sa protection et
sous sa souveraineté, et d'envoyer quelqu'un pour recevoir en son
nom leur serment de fidélité.
Le roi accepta avec empressement cette marque de déférence toute
particuliére, qui n'avait été accordée à aucun de ses prédécesseurs , et
confia cette mission au maréchal. Messire Boucicault, afin de s'en ac-
quitter plus dignement, emprunta de l'argent aux Génois et leva une
armée composée de Français et d'Italiens. Après avoir exhorté les
habitants à s'abstenir des discordes civiles, qui sont toujours si
funestes aux grandes villes, et à demeurer fidéles au roi, il se mit en
route le 30 juillet. Ne voulant pas arriver à Pavie sans s'étre distingué
par quelques brillants faits d'armes , il prit d'assaut la ville rebelle de
Tortone et tous les cháteaux d'alentour, et les rendit au comte de
Pavie. Il forca ensuite l'entrée de la ville et du cháteau de Plaisance,
y mit garnison malgré les habitants et y attendit les illustres seigneurs
de Lodi, de Créme et de Crémone, dont il avait réclamé le secours.
Lorsque toutes ses forces furent rassemblées, il passa le P6 et ren-
contra le comte de Pavie, qui l’introduisit dans la ville au milieu d'un
brillant cortége. Là ledit comte lui fit serment de fidélité, lui livra,
ainsi qu'il l'avait promis, sa personne, ses villes et ses cháteaux, et le
combla de présents, afin de s'assurer son assistance, toutes les fois qu'il
en aurait besoin.
En quittant Pavie , le maréchal alla se loger dans une abbaye nom-
mée Chiaravalle, à peu de distance de Milan, et fit annoncer son arrivée
au duc. Celui-ci, charmé de cette nouvelle, se disposa à l’accueillir
avec les plus grands honneurs; il alla à sa rencontre accompagné des
principaux habitants, et aprés l'avoir salué affectueusement et lui avoir
donné le baiser de paix, il l'introduisit dans la ville au milieu d'un
IV. 33
258 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
civibus comitatus, ivit in occursum ejus, impensoque pacis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 250
grand concert de musique , des applaudissements et des acclamations
du peuple. Toutefois, messire Boucicault, qui se défiait de l'incon-
stance des Lombards, établit un poste de ses gens à la porte qu'on
appelle porte de Romagne, afin de prévenir les séditions qui pour-
raient éclater. Puis il parcourut à cheval les rues de la ville, recut du
peuple tous les honneurs dus à la majesté royale, et arma chevaliers,
en présence du duc, lesdits seigneurs de Lodi , de Créme et de Cré-
mone.
Le duc, voulant accomplir ses promesses avec solennité, se rendit
avec le comte de Pavie sur la place publique, qu'on avait tendue de
tapisseries et d'étoffes tissues d'or et de soie. Là, au milieu d'un
immense concours de peuple, s'adressant au maréchal, il lui déclara
humblement à haute et intelligible voix, qu'il lui remettait comme
au lieutenant du roi la garde et la défense de sa personne, de sa ville
et de son pays. Le maréchal accepta, moyennant qu'on remplirait
exactement certaines conditions, qui furent rédigées par écrit et
remises au duc deux jours aprés. Elles portaient que les droits de tous
seraient respectés sans acception de rang; qu'il serait défendu, sous
peine d'une amende arbitraire, de s’injurier de part et d'autre en se
traitant de Guelfe et de Gibelin, dénominations qui avaient été jus-
qu'alors la source de dissensions mortelles en Italie; que le duc ne
révoquerait point les ordonnances et statuts établis après mûre déli-
bération des habitants du pays ; que toute la ville les approuverait et
que le duc ne commettrait plus le péché honteux qu'on lui reprochait.
Toutes ces choses furent accordées sans difficulté. Alors le maréchal
se ceignit d’une riche épée, reçut nn sceptre d’or comme marque de
l'autorité suprême et prit place sur un trône royal. Lorsqu'il eut été
ainsi investi du souverain pouvoir, il ft jurer au duc de garder fidèle
obéissance au roi de France, et s'engagea par un serment solennel
à lui préter assistance. Il décida ensuite que ses troupes prendraient
possession des châteaux du duc, et qu'on lui fournirait des gens de
260 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 264
guerre pour aller combattre Facino Cane. O aveuglement et impré-
voyance des mortels! Il ignorait que, gráce aux intrigues de ce méme
Facino Cane, le marquis de Montferrat était en ce moment maitre de
Génes. ' |
En effet, lesdits seigneurs, considérant que l'alliance conclue par le
maréchal avec de si puissants princes doublait ses forces et les rendait
incapables de lui résister, eurent recours à la ruse, et cherchérent
d'abord à lui inspirer des craintes sur la perte de sa seigneurie,
pour le forcer à revenir sans avoir rien terminé. Ils commencèrent
donc à infester les alentours de Gênes et prirent d'assaut deux places
qui étaient dans la dépendance du maréchal. Le marquis de Montferrat,
voyant méme qu'il n'était resté à Gênes qu'une faible garnison, et
comptant sur ses relations avec les Gibelins, qu'il avait toujours favo-
risés, conclut un traité secret avec les familles des Doria et des Spi-
nola, qui, en raison du crédit dont ils jouissaient, étaient chargés de
la garde d'une des portes de la ville. Ils détestaient le maréchal, parce
qu'il avait toujours réprimé vigoureusement leurs révoltes et leurs
tentatives séditieuses. Aussi étaient-ils tout disposés à le trahir. Ils en-
trérent dans les vues du marquis et lui mandérent d'établir dans les
villages voisins de Génes les quatorze cents hommes d'armes et les deux
mille brigands qu'il avait amenés avec lui, en attendant qu'ils pussent
mettre leur dessein à exécution.
Dés lors les émeutes recommencérent dans la ville. Des ouvriers
s'attroupérent dans les rues et formèrent des groupes menacants où
l'on se parlait à voix basse. À cette nouvelle, messire de Choleton ',
chevalier, que le maréchal avait laissé à Génes pour háter l'envoi de
l'argent qu'on lui avait promis, convoqua les habitants au palais le
2 septembre, et leur adressa quelques réprimandes en les engageant à
' Monstrelet l’appelle "le chevalier de Chelette , seigneur de Collettrie.
262 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
servandam. Sed post verba paciflca, cum nil sibi timens ad
castrum villé tenderet, a quodam Johanne Turlet nuncupato
in via occisus füit, et in frustra a supervenientibus divisus.
Videntes igitur traditores quod negocium ad votum succe-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 263
rester fidéles au roi. ll arut que ces conseils pacifiques suffiraient; mais
pendant qu'il retournait sans défiance au château de la ville, il fut
assassiné par un nommé Jean Turlet, et le peuple qui survint le mit
en pièces. |
Les traîtres, voyant que les choses marchaient au gré de leur désir,
assemblèrent les citoyens, et se mirent à énumérer longuement les
charges accablantes que le maréchal faisait peser sur eux ; ils décriè-
rent sa tyrannie dans les termes les plus insolents et les plus injurieux,
et lui aliénèrent à tel point tous les coeurs, que chacun se déchaina
contre lui comme contre un ennemi public, et qu'on n'entendit plus
de tous côtés que ces cris : « Meurent les Français, ces gens insatia-
bles! » Pour consommer leur œuvre, ils firent en terminant un pom-
peux éloge du marquis de Montferrat et persuadérent à la multitude
de le choisir pour gouverneur. Tous levérent la main en signe d'as-
sentiment; puis ils allérent au devant dudit marquis et de ses gens,
qu'ils recurent avec de grands honneurs, en criant à haute voix par
les rues : J’ive le peuple et la liberté! ls le conduisirent ainsi au palais
au milieu d'un immense cortége de Gibelins. Après cela, quelques uns
d'entre eux, poussés par une espéce de rage frénétique, se précipitérent
comme des furieux les armes à la main dans les maisons des Français,
visitérent de force les réduits les plus secrets et se partagèrent l'or,
l'argent et tout ce qu'ils trouvérent d'objets précieux. Ils saisirent tous
ceux qu'ils rencontrérent fuyant vers les châteaux, et leur firent subir
mille tourments, leur crevant les yeux, leur coupant les oreilles, et
leur laissant ensuite la vie pour qu'ils servissent de risée et d'exemple
aux autres, ou les faisant périr cruellement en haine du maréchal.
À la nonvelle de tant de craautés et de la trahison qui lui enlevait
Gênes, Boucicault éprouva le plus vif ressentiment, et se mit aussitôt
en devoir de se venger en faisant souffrir toutes sortes de maux aux
habitants. Il partit à la hâte avec tout ce qu'il put emmener de gens
de guerre, afin de s'établir dans les places voisines de la ville et d’être
ainsi plus à portée d’exécuter son dessein; mais il les trouva déjà au
pouvoir de ses adversaires. Cependant ceux qu'il avait laissés dans la
ville étaient assiégés dans la principale forteresse et vivement pressés
264 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
merant; quos tandem cum non possent amplius tollerare, mar-
CRT 22402 Te -2dRn. fas dal f2ll 2f. te
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 265
par les habitants. Ne pouvant prolonger leur résistance, ils offrirent
au marquis de se rendre, s'il leur laissait la vie sauve. Le marquis y
consentit, à condition qu'ils n'emporteraient avec eux ni argent ni
bagage, et pour ajouter un nouvel outrage à ceux qu'avait déjà recus
. le maréchal, il exigea qu'ils partissent vétus d'une simple tunique et
tenant un báton à la main, et qu'ils se présentassent en cet état à
leur maitre.
Lorsque la tranquillité eut été rétablie dans la ville, Facino Cane,
qui se défiait de l'inconstance des Lombards, dont il avait eu plus
d'une fois à se plaindre , et qui craignait aussi un soulèvement de leur
part, s'en retourna pour veiller à la défense de la partie de la Lom-
bardie qu'il avait enlevée de force au duc de Milan, et pour laquelle
il ne reconnaissait pas de suzerain.
Le maréchal, de son cóté, ayant perdu tout espoir de recouvrer
Gênes, songea à se venger d'une autre manière. Il entra sur les terres
du marquis de Montferrat, afin d'y mettre tout à feu et à sang, tant que
celui-ci occuperait Génes; il manda en méme temps par un message au
roi de France l'échec qu'il avait essuyé , et le pria d'envoyer à son se-
cours des gens de guerre, promettant de les payer largement dés qu'ils
seraient sortis du royaume. Le roi et les seigneurs de France furent in-
dignés de la trahison de Génes, et comme ils en ignoraient les motifs,
ils firent emprisonner tous les Génois qui se trouvaient alors à Paris,
et députérent des chevaliers en ambassade, avec mission de s'enquérir
exactement à Génes de ce qui s'était passé. Les Génois répondirent qu'ils
enverraient sous peu des ambassadeurs au roi de France pour lui don-
ner satisfaction. Conformément à cette promesse, ils lui adressérent,
vers la fin de septembre, au nom des anciens, des lettres d'excuse,
portant que monseigneur le maréchal avait attenté violemment à leur
liberté, qu'il faisait peser sur eux un joug insupportable, qu'il les avait
réduits à la misère par ses exactions multiplices et excessives, qu'il les
faisait périr sans aucune forme de justice, en un mot qu'il n'y avait
point de plus cruel tyran dans toute la chrétienté. Ils ajoutaient que
ce n'était pas eux qui s'étaient révoltés contre les Francais, que les
seuls coupables étaient des étrangers , dont trois avaient été condamnés
IV. 34
266 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
tyrannidem superabat. Addebant et cives suos nusquam insur-
rexiase in Franeos, sed forenses , ex quibus tres adjudicati fue-
rant suspendio, et ideo supplicabant ut sibi pacificarentur et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 261
à étre pendus. Lis suppliaient donc le roi de déposer tout ressenti-
ment et de leur rendre ses bonnes grâces, et témoignaient un vif
désir de le servir humblement en toute circonstance. Mais ils furent
congédiés avec une réponse peu satisfaisante.
Vers le méme temps, le pape, mécontent de ce que les habitants
de l'autre côté des Alpes , par crainte des hostilités qui régnaient dans
le pays de Génes, n'osaient plus traverser cette contrée soit par terre
soit par mer, ni venir le trouver à Pise, où il était encore, députa vers
les Génois le cardiral de Saluces, qui leur était cher comme compa-
triote et comme parlant la méme langue qu'eux. Il lui avait remis des
lettres apostoliques, dans lesquelles il recommandait aux Génois de
demeurer en son obédience , de ne pas entraver le passage des ultra-
montains , de n'accorder ni secours ni assistance à Ladislas et de garder
au roi de France la fidélité qu'ils lui avaient jurée. Les Génois promirent
de se conformer à toutes ces recommandations, et ajoutérent qu'ils
avaient armé des galéres qui tenaient la mer pour assurer les commu-
nications avec Pise.
CHAPITRE XIV.
Mort de messire Jean de Montaigu, grónd-maltre de ja maison du roi.
. Ceux qui ont la principale autorité dans les cours, qui croient avoir
assis leur fortune sur une base inébranlable, qui mettent les richesses
au-dessus de tout , et qui pensent qu'on ne saurait étre vertueux si l'on
n'est pas dans l'opulence, cesseront sans doute de se croire heureux,
lorsque, mesurant leur grandeur sur celle d'autrui, ils songeront à la
déplorable destinés de messire Jean de Montaiga. Ils verront, en lisant —
l'histoire de France, que jamais la fortune n'entraina personne vers sa
ruirie avec plus de rapidité. Il semblait, comme dit le vulgaire, qu'elle
se. repentit d'avoir élevé trop haut un homme issu de bourgeois obscurs,
* Le père du sire de Montaigu était un 1265, qui était devenu conseiller et cham-
notaire de Paris, anobli par le roi Jean en — bella: du roi ; sa mère, Biette Cafsinel, était
268 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
urbanis parentibus sementivam trahentem carnis originem,
iusto cicius ad regis Karoli defuncti noticiam. et ut sederet cnm
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 269
de l'avoir placé fort avant dans la faveur du feu roi Charles et rendu
l'égal des plus illustres seigneurs.
Le sire de Montaigu , entré fort jeune au service du roi en qualité
de secrétaire , se coricilia tellement ses bonnes grâces, qu'il obtint la
permission d'assister aux conseils publics et privés. Le roi le combla
méme avec générosité de toutes sortes de biens, et pour le relever aux
yeux des seigneurs de sa cour, il lui confia la surintendance générale
des finances. Enrichi par tant de faveurs, le sire de Montaigu fit con-
struire le beau cháteau de Marcoussis et plusieurs autres habitations
qui surpassaient en magnificence les résidences royales; enfm il acheta
la vidamie de Laon et d'antres terres trés considérables, et rehaussa
par ces acquisitions l'éclat de sa grandeur. Afin d'asseoir sa puissance
sur une base plus solide, il maria ses sœurs et ses trois filles à d'illustres
seigneurs de France, et devint le beau-pére du comte de Braine, du
sire de Craon, et de..... * Grâce à son crédit, ses deux frères furent
nommés, l’un archevêque de Sens, l'autre évêque de Paris. Il osa
méme demander et obtint pour son fils la main de la fille du conné-
table Charles d'Albret, qui par son pére et par sa mére tenait à la
famille royale. Récemment encore il était parvenu, à force de lar-
gesses, à se faire donner la charge de grand-maître de la maison du
roi , qui était convoitée par plusieurs compétiteurs. On lui avait con-
féré en méme temps l'administration générale du royaume, avec une
pleine et entière autorité, dans la paix et dans la guerre, au dedans
et au dehors, sur tous les officiers royaux, grands et petits, et le gou-
vernement de la maison du roi, de celles de la reine et des ducs. Aussi
n'y avait-il rien qu'il ne pût ambitionner.
. C'était sans contredit la plus belle position qu'un sujet p&t avoir
sœur du chevalier Guillaume Cassinel, sei- — * Le troisième gendre du sire de Mon-
gneur de Romainville, de Pomponne et de taigu était Jean , vicomte de Melan.
Ver, et de Ferry Cassinel, archevéque de
Reims.
210 GHRONIGORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
si ultima progressu magnifico respondissent. Sed pleramque
racionis oculos nimia prosperitas claudit, et instabiles sunt res
humane. Nam cum majoribus regni insolenter se preferret,
experimento didicit nil tam altam quod non possit deprimi, et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XX3. 274
après les princes du sang. 1l s'y maintint pendant quinze ans, heureux
sans doute , si Ja fin eût répondu à de si brillants débuts. Mais sonvent
la prospérité nons aveugle, et la fortune est changeante. Au faite même
de cette grandeur, dont il était si fier, il apprit à ses dépens qu'il n'y
a rien de si élevé qui ne puisse être abattu, et que telle est la triste
condition des mortels, qu'ils sont toujours exposés à tomber sous les
coups du mépris ou de l'envie. Il venait journellement à la cour des
princes des gens qui ne se faisaient aucun scrupule de dire que c'était
un homme sans instraction , et de tourner en ridicule sa maigreur, sa
petite taille, sa barbe clair-semée, et le bégaiement dont il était affligé ;
ils répétaient qu'il n'avait ni assez de force ni assez d’habileté pour
supporter le poids de tant d'affaires. En méme temps d'autres ennemis
cherchaient à le dénigrer auprés du roi de Navarre et du duc de Bour-
gogne , qui le haissaient ; ils lui imputaient d'infámes trahisons et l'ac-
cusaient d'avoir contribué à la maladie du roi, d'avoir plus que tout
autre entretenu le schisme de l'Église, d'avoir semé et de semer
encore la discorde entre les princes, de détourner à son profit les
trésors du roi et de commettre envers lui toutes sortes d'infidélités.
Par toutes cae menées, ils déterminèrent les seigneurs à s'assembler,
au mois d'octobre, dans l'abbaye de Saint- Victor-lez-Paris , pour déli-
bérer sur Jes griefs imputés au sire de Montaigu. On .s'engagea par
serment à garder le plus profond silence sur ce qui serait décidé dans
cette conférence, et à n'en rien révéler à personne, pas méme aux
principaux officiers.
Cependant les amis du sire de Montaigu, soupçonnant ce qui se
passait, l'avertirent que les princes, et principalement le duc de
Bourgogne , animés contre lui d'une haine implacable, en dépit des
promesses qui lui avaient été faites, machinaient quelque complot pour
le perdre et avaient juré sa mort. Ils lui conseillaient donc de s'éloi-
guer avec tous ses biens pour échapper à leur vengeance. Mais i1 ne
272 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
Re. GR... D, ce
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 213
partagea point ces craintes et ne fit aucun cas de ces conseils; il comp-
tait beaucoup trop sur l'amitié du roi, de la reine et du duc de Berri,
comme il l'apprit bientôt à ses dépens. Telle est la faiblesse humaine,
que nous ignorons toujours ce que nous réserve le lendemain. Le lundi
7 du méme mois, comme il retournait seul, selon son habitude, et
sans défiance à sa maison de Saint-Victor, il fut toutà coup saisi et fait
prisonnier dans la rue par le prévót de Paris, Pierre des Essarts, et
par les sergents armés qui l'accompagnaient. Le prévót lui dit : Je vous
arréte , traître infáme, et, quoiqu'il appelát au Parlement, le fit trai-
ner ignominieusement au petit Châtelet. Là, il fut jeté au fond' d'un
cachot et remis à la garde du sire de Helly, conformément aux ordres
du duc de Bourgogne. On emprisonna en méme temps l’évêque de
Chartres et maitre Pierre de l'Esclat, principaux conseillers de la
reine et du duc de Berri, et plusieurs autres notables persorinages. La
ville fut mise en émoi par ces arrestations, et le peuple prit les armes.
Mais le prévót de Paris, Pierre des Essarts, parcourut les rues avec
ses gens, en criant qu'il avait mis la main sur ceux qui trahissaient le
roi, et qu'il les tiendrait sous bonne garde. Il parvint ainsi à calmer
l'émeute, et persuada aux habitants de retourner à leurs méGers et à
leurs affaires.
Deux jours aprés, le Parlement nomma des commissaires pour exa-
miner l'affaire et pour entendre les dépositions des dénonciateurs et
des accusateurs. Le sire de Montaigu fut interrogé sur les griefs ci-des-
sus mentionnés et sur d'autres plus graves encore, et, comme il per-
sistait à tout nier, on résolut de le mettre à la torture pour lui arra-
cher des aveux. Cependant l'évéque de Paris , ses amis et ses parents,
qui savaient que le duc de Bourgogne était son plus grand ennemi,
allérent le trouver à plusieurs reprises, se jetérent à sés pieds et lui
demandérent vamement , dans les termes les plus humbles et avec les
IY. 35
274 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
in eum ainplius táborare, pluries adierunt, semelque itérum
ac tercfo, semper humi prostrati, in vanum pro vita preces
supplices ' effüderünt, similemque humilitatem regi Navarre
exhibentes, hoc pro responsione habuerunt : « Non dubitetis,
inquit, quia vere sibi injusticia non fiet. » Cum regina eciam
dux Biturie causam snam, victi precibus amicorum , suscepe-
rant commendandam in principio procèssus ; vitare tamen ne-
quiverunt fati nécessitatem persuasivis consiliis. Nam cum
predicta éceleta fassus fuisset, et manu sua sifnasset violencia
tormentorum, dominis regii Parlamenti dictantibus in eum
finalem sentenciam , capitale supplicium adjüdicatus est subire
in urbe Parisiensi, ut hec monumentum suppliciorum ejus esset
que ante fuerat ornamentum honorum.
Nam, sicut mos est piscatoribus hamo escam superducere,
quo pisces, dum avida escam digluciunt, hanro ineauti capian-
tur, ita dyabolus, ad hominum decepcionem, quibus assiduas
molitur insidias, obtentu temporalis felicitatis velut quadam
grata esca suam fallaciam operit; divicias ostentat, spondet,
honores ingerit, vitam quietam ac jocundam in ocio et volup-
tate repromittit. Cupidi autem tanto impetu ad illa rapienda
feruntur, ut non ante dolum improvidi animadvertant, quam
tandem in morte, cum sensu carnis amarissimo, velut hamo
suis faucibus infixo , ad littus se ‘trahi senserint ad supplicium-
que vocati, ut is experimento didicit. Die igitar decima sép-
tima hüjus merisis, ad forum rerum venalium, lituis personan-
tibus et multitudine magna armatorum civium comitatus, cum
adductus fuisset, in viaque manibus ligneam crucem tenens,
qua se assidue muniebat, cum tot signa: devocionis ostendisset,
‘ut eciam omnes, qui eum ante exosum habuerant. ad laorimas
excitasset, libtor ipsum secuti 'feriews , nec exprimens propter
CHRONIQUE DE CHARLES :VL — LIV. XXX. 275
plus vives instances, la gtâce du sire de Montaigu, Ils adressérent les
mêmes supplications an roi de Navarre, qui se contenta de leur ré-
pondre : « Ne craignez rien, on lui fera bonne justice. » La reine et le
duc de Berri, cédant aux priéres de ses amis, avaient aussi intercédé
en sa faveur au commencement du procés; mais leurs démarches ne
purent changer sa destinée. Le sire de Montaigu, vaincu par les dou-
leurs de la torture, avoua les crimes qu'on lui tmputait et signa de
sa main cet aveu. Le Parlement prononca alors contre lui une sen-
tence capitale, et le cotdamna à subir sa peine dans cette méme
ville de Paris, qui avait été naguére le théâtre de sa splendeur.
De méme que les pécheurs suspendent à l'hamecon l'appát auquel
vient imprudemment se prendre le poisson affamé, de méme le
démon, pour mieux tromper les hommes auxquels il tend sans cesse
des piéges, déguise ses perfides desseins sous l'amorce séduisante des
jouissances d'ici-bas. Il étale à leurs yeux les richesses, leur promet
les honneurs, et leur laisse entrevoir les charmes d'une vie tranquille
et agréable passée au sein du repos et du plaisir. Entraînés par ces
apparences trompeuses, ils se jettent avec avidité sur l'amorce qui
leur est offerte, et dans leur imprévoyance ils ne s'apercoivent de la
trahison, que lorsque leur perte est inévitable, et que, sentant toute
l'amertume de l'appát, ils se voient pris en quelque sorte à l'hamegon
et trainés sur le rivage où ils doivent mourir. Le sire de Montaigu ne
l'apprit que trop à ses dépens. Le 17 de ce mois, il fut conduit aux
halles à son de trompe et au milieu d'une nombreuse escorte de bour-
geois en armes; il tenait à la main une croix de bois, qu'il baisait
souvent pour se fortifier contre la mort, et il donnait tant de témoi-
gnages de dévotion, qu'il arracha des larmes méme à ceux qui le hais-
saient auparavant. Le bourreau le frappa de sa hache, sans donner,
suivant l'usage, Jecture de la sentence , et Jui ayant tranché la tête
276 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 277
d'un seul ooup, il la mit au bout d'une lance et pendit le corps au
gibet. Je crois devoir mentionner ici que lesdits ducs avaient député
des seigneurs de la cour pour recueillir les derniéres paroles du con-
damné. Ces seigneurs revinrent mornes et abattus. Comme on leur
demandait pourquoi les crimes d'un si puissant. personnage n'avaient
pas été publiés, ils répondirent qu'il avait déclaré à la multitude, en
montrant ses mains disloquées et son bas-ventre déchiré, que la vio-
lence des tourments lui avait seule arraché des aveux, et que le duc
d'Orléans et lui n'étaient coupables que d'avoir trop prodigué l'argent
du roi.
CHAPITRE XV.
Comment les ducs travaillérent à la réforme de l’État.
. Le roi de Navarre et les ducs de Berri, de Bourgogne et de Hol-
lande avaient entrepris depuis long-temps de réformer les abus qui
s'étaient introduits dans le gouvernement du royaume. Comme ils ne
pouvaient rien décider pendant la maladie du roi sans le consente-
ment de la reine et du duc de Guienne, ils allérent plusieurs fois à
Melun pour les prier de revenir. La reine et le duc ajournérent leur
retour jusqu'au commencement du mois de décembre , en leur recom-
mandant toutefois d'aviser aux moyens de réforme et de poursuivre
hardiment leur projet. Les princes , ainsi autorisés à agir, ordonnérent
que les collecteurs ordinaires et extraordinaires des deniers royaux
rendraient compte de leur gestion par-devant les comtes de la Marche,
de Vendóme et de Saint-Pol et quelques doctes personnages, et que
pendant ce temps leurs fonctions seraient remplies par d'autres.
Comme depuis long-temps messieurs de la chambre des comptes,
désapprouvant la prodigalité avec laquelle le roi répandait ses largesses
sur des gens indignes, consignaient par écrit les dons qui étaient faits,
et ajoutaient en marge des registres : Recuperetur ou Nimis habuit, il
278 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
eciam indignis consueverat largiri, dona eciam in scriptis redi-
gebant, addentes margine registrorum Recuperetur vel Nimis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 279
fut arrété que les registres seraient remis auxdits commissaires, et que
ceux-ci feraient tout restituer jusqu'au dernier sol, nonobstant tout
appel, à ceux qui avaient profité de ces largesses ou à leurs héritiers.
On suspendit aussi de leurs fonctions tous les membres de la chambre
des comptes, à l'exception d'un seul, qui devait suppléer tous les autres
jasqu'à ce qu'on eût mürement délibéré sur la nécessité d'en augmen-
ter ou d'en dimnraer le nombre. On destitua de méme les trésoriers
généraux, et ceux qui, sous leurs ordres, étaient chargés de perce-
voir les impóts, et l'on choisit à leur place quelques-uns des plus
riches bourgeois de Paris. On espérait qu'ils rempliraient fidélement
leur devoir; car ils n'avaient pas besoin de faire leur fortune aux
dépens du trésor royal.
Lesdits ducs décidérent également, pour le bien de tous, que la
ville de Paris serait remise en jouissance de ses anciens priviléges;
qu'on lui rendrait son prévót des marchands, ses échevins , ses cen-
teniers , ses soixanteniers et ses cinquanteniers, et qu'il serait permis
désormais aux habitants de s'armer, chacun selon son rang, pour veil-
ler à la süreté de la ville et pour exécuter les ordres du roi ; que les
bourgeois auraient le droit de posséder des fiefs en franchise, comme les
nobles, et que seuls dans le royaume ils jouiraient de cette prérogative
qui était exclusivement réservée aux bourgeois nés à Paris. Peu aprés,
ils obtinrent du roi une charte confirmative de ce privilége, scellée du
sceau royal. Le prévót des marchands, Charles dit Guldoé, alla, d’après
l'avis des notables bourgeois, porter aux princes les remerciements
eolennels de ses concitoyens; toutefois il déclara que les Parisiens
n'avaient besoin ni des centeniers ni des autres chefs de quartiers, et
qu'ils entendaient s'en passer, comme ils l'avaient fait depuis trente
ans; qu'ils se félicitaient d'avoir vécu en paix pendant tant d'années
sous l'autorité du roi ; qu'ils mettaient leurs personnes et leurs biens
à la disposition de ce prince, de la reine et de ses enfants, et qu'ils
leur obéiraient jusqu'à la mort; mais que, s'il survemait quelque
guerre entre les princes, ils ne s'en méleraient en aucune facon, à
moins d'un ordre exprés et verbal du roi.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 281
CHAPITRE XVI.
282 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
CAPITULUM XVII.
GHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 283
CHAPITRE XVII.
Conseil tenu au sujet de l'état du roi et du gouvernement du royaume.
Le 4°" décembre, le roi étant revenu à la santé, le roi de Navarre,
les dues de Berri, de Bourgogne, de Bourbon, de Hollande, de
Brabant et de Bavière, et les illustres comtes de la Marche , de Ven-
dôme, de Saint-Pol, de Nevers et d'Alençon vinrent le féliciter, et
l'étommérent fort en lui apprenant que le grand-maitre de sa maison,
messire Jean de Montaigu, qu'il avait toujours regardé comme le plus
fidèle de ses serviteurs, avait été décapité en punition de tous ses
méfaits. -
D'aprés le conseil desdits princes du sang, le rot ordonna qu'une
assemblée générale des barons du royaume aurait lieu à Paris; pour
aviser aux moyens dé réformer l'État; de rétablir l'ordre dans les
affaires publiques et d'assurer la tranquillité du peuple et .]a prospé-
rité du royaume. La reine et le duc de Guyenne devaient assister à
cette assemblée. En conséquence, les rois de Navarre et de Sicile;
lesdits ducs et douze comtes allérent les chercher et les amenérent à
Paris en grande pompe, le dernier dimanche de décembre. Le mardi
suivant, dernier jour du mois, le roi se rendit au Parlement, et prit
place sur son trône, pour tenir le lit de justice, où il devait régler
l'état des affaires, ajnsi qu'il avait été convenu. Le comte de Tañcar-
ville, qui était le plus ancien de tous.les seigneurs présents à l'assem-
blée, fut chargé de porter la parole, , €& prononça un éloquent dis-
cours , dont voici la substance.
Il rappela d'abord que, gráce aux soins et à la prudence de la reine,
la tréve avec l'Angleterre avait été jusqu'alors prolongée d'année en
année, et que le roi avait envoyé une députation solennelle pour traiter
avec les Anglais d'une nouvelle prolongation, mais que les ambassa-
284 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
rere. Addidit et regem fide dignorum relatu cognovisse quod
rex Anelie pugnatores congregabat ad inauietandum regnum :
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 285
deurs d'Angleterre, après s'être fait long-temps attendre , ne s'étaient
pas rendus à la conférence. Il ajouta que le roi savait de source cer-
taine que le roi d'Angleterre levait des troupes pour attaquer le
royaume; qu'il priait en conséquence tous les seigneurs qui se trou-
vaient là de se tenir préts à combattre, ainsi qu'ils y étaient. obligés
par leur serment de fidélité, et d'aviser sérieusement aux moyens de
payer les chevaliers et les écuyers. Il déclara que le roi confirmait de
nouveau ce qu'il avait ordonné depuis trois ans, savoir que, quand il
serait hors d'état de s'occuper des affaires du royaume, la reine gou-
vernerait à sa place; que, si son excessif embonpoint ou quelque
autre raison l'empéchait elle-méme de vaquer à ce soin, monsei-
gneur le duc de Guyenne, son fils aîné, serait investi de l'autorité, et
ne serait plus sous la tutelle de la reine, mais sous la direction des
princes du sang. Il annonca en finissant que, comme précédemment
les finances du roi avaient été distribuées avec prodigalité à des gens
indignes , le roi avait délégué quelques membres de sa famille et cer-
taines personnes d'expérience et de savoir, pour faire une enquéte à
ce sujet, pour réintégrer dans le trésor royal certaines sommes d'ar-
gent, et iustituer de nouveaux collecteurs des impôts et des revenus
publics.
Aprés cet exposé, qui fut développé fort longuement, monseigneur
le duc de Berri prit la parole comme étant le plus âgé, et traita som-
mairement la question. Il déclara qu'il mettait sa personne et ses biens
à la disposition du roi; les autres princes du sang se levérent tous et
firent humblement la méme déclaration. « Comme chacun sait, ajouta
« le duc, que les Anglais, ennemis du royaume, ont déjà réuni des
« troupes pour attaquer la France, et que, pour leur résister, il faut
« des sommes d'argent considérables, nous nous empressons d'aban-
« donner les pensions annuelles, dont la munificence royale nous a
« gratifiés jusqu'à présent, ainsi que la moitié des subsides de nos do-
« maines. » Il conclut en disant qu'il semblait bon et convenable à
tout le monde que désormais monseigneur le duc de Guienne prit les
rénes du gouvernement à défaut du roi, qu'il ne demeurát plus sous
la tutelle de la reine, et qu'il choisit à son gré un des princes du sang
— mn mm A — ^ mm. aem eme A
286 . CHRONICORUM .KAROLI SEXTI LIB. XXX.
cludit et universis placere dignissimumque videri, ut dominus
dux Guienne deinceps in regis absencia regni moderaretur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 287
pour avoir soin de sa personne. Le roi les remercia tous, et l'assemblée
se sépara.
Trois jours aprés, le roi, ayant accordé à son oncle le duc de Berri
le gouvernement de la Guienne et les revenus de cette province sa
vie durant, lui demanda à qui il devait confier la tutelle du duc de
Guienne. Le duc s'excusa sur son grand áge et fit un pompeux éloge
du duc de Bourgogne, qu’il désigna comme le plus propre à cet
emploi. Monseigneur le duc de Guienne, qui se trouvait là, ayant
accepté ce choix avec empressement, le duc de Berri ajouta aussitôt
qu'il ne se refusait pas à assister de temps à autre aux conseils,
toutes les fois qu'il lui plairait de l'y appeler. Mais voyant que pen-
dant les trois mois qui suivirent on ne l'avait pas mandé une seule
fois, il fut.fort irrité de ce qu'on le négligeait ainsi. Son mécontente-
ment s'accrut encore, quand il apprit que les ducs de Bourgogne -
et de Brabant avaient fait, à son insu, des alliances secrétes avec le roi
de Navarre, qui était alors à la cour, quoiqu'il y eût des gens qui l'as-
surassent que les princes confédérés avaient l'intention de le consulter
dans toutes les circonstances importantes. ll éprouvait aussi un vif
déplaisir de voir que le duc de Bourgogne eût pour principal conseiller,
dans toutes les affaires difficiles, le prévót de Paris, que l'on jugeait
généralement indigne d'un tel honneur, qui était d'un caractère dur et
emporté, et qui appartenait à une famille obscure. Cet homme, dé-
pourvu de sagesse et de prévoyance, oubliant la triste fin de Jean de
Montaigu qu'il avait fait condamner à mort pour avoir pris une part
trop active aux dissensions de la cour, s'était fait donner la surinten-
dance générale des finances et des revenus du roi. Aveuglé, comme son
prédécesseur, par la cupidité , il ne songeait qu'à amasser des trésors et
à enrichir outre mesure son frére et ses parents. Pour cela, il persuada
. auduc de Bourgogne d'extorquer de l'argent aux habitants du royaume
à titre de réforme ou d'emprunt et sous toutes sortes d'antres pré-
288 CHRONICORUM KABOLI SEXTI LIB. XXX.
dominum ducem Burgundie inducens ut et reformacionum et
accomodatorum titulis, vel quocunque alio modo posset, a
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 289
textes. Telles furent, au dire des pens sages, les causes du mécontente-
ment du duc de Berri et les motifs de la discorde et de la haine qui
. éclatérent entre lui et le duc de Bourgogne ; dés lors ledit duc de Berri
commença à craindre que le roi de Navarre et le duc de Bourgogne,
ses neveux, ne tramassent quelque complot contre lui.
CHAPITRE XVIII.
Visite de monseigneur le duc de Guienne à l'abbaye de Saint-Denys.
Monseigneur le duc de Guienne, ayant obtenu du roi que le duc
de Bourgogne fût son gouverneur et son guide jusqu'à ce qu'il eût
atteint l’âge de puberté, résolut d'aller visiter dévotement l'église
royale de saint Denys, patron particulier de la France. Il s'y rendit le
dimanche veille de la dédicace de cette église. Le vénérable abbé et
les religieux , charmés d'apprendre que le jeune prince venait leur
faire visite, allérent au-devant de lui jusqu'en dehors du parvis, en
procession solennelle, avec les croix et les textes des évangiles,
comme c'était leur coutume, et l'introduisirent dans l'église au son
des orgues et en chantant les louanges de la sainte Trinité.
CHAPITRE XIX.
Différend survenu entre l'Université et les ordres mendiants.
On disait partout que monseigneur le pape Alexandre avait par
uue faveur toute particuliére confirmé aux fréres mendiants leur
ancien privilége d'entendre les confessions et de donner l’absolution, et
leur avait méme conféré le droit d'administrer les autres sacrements
dans les églises paroissiales et de recevoir à titre de secours pour
IV. | 37
290 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
ecclesiis possent alia administrare sacramenta ecclesiastica, et
in subsidium victus recipere decimas sibi oblatas. Fuerunt et
de nunciis, qui fuerant Romam missi, qui venerabili rectori
endi D.
eis -atelaem n an hella nl haar id anntinan
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 291
leur subsistance les dimes qui leur seraient offertes. Quelques-uns
des ambassadeurs qui avaient été envoyés à Rome assuraient au véné-
rable recteur de l'Université de Paris, qu'ils avaient vu à la cour
pontificale la bulle scellée d’un sceau de plomb qui contenait ces
concessions, que, comme il y avait ces mots : du consentement et de
l'avis de nos frères les cardinaux, ils étaient allés voir chacun d'eux
en particulier, pour leur demander si ces priviléges jusqu'alors inouis
avaient été accordés avec leur participation, et que tous avaient ré-
pondu négativement. Cette concession tournant au préjudice des ecclé-
siastiques qui avaient charge d'ámes, ledit recteur, sur les plaintes
réitérées des suppóts de l'Université, convoqua des assemblées géné-
rales de docteurs et de professeurs, dont les principales eurent lieu
dans l'église des Bernardins. Il y fut décidé que tous les mendiants
seraient rejetés du giron de l'Université leur mére et qu'on ne les
laisserait plus précher à Paris, jusqu'à ce qu'ils eussent remis l'ori-
ginal des bulles et renoncé aux priviléges qu'elles leur conféraient.
Ledit recteur leur ayant signifié cette décision, les frères précheurs
et les religieux de Notre-Dame du Carmel revinrent aussitôt à l’obéis-
sance, et remirent une copie de la bulle transcrite tout au long en
forme d'acte authentique. J'ai cru devoir en insérer ici la teneur,
d'aprés la copie délivrée par Ange Baglioni de Pérouse, docteur en
décrets et archiprétre de l'église de cette ville. Voici quel était le
préambule :
« Alexandre , évêque , serviteur des serviteurs de Dieu, à tous nos
« vénérables frères les patriarches , archevéques et évêques et à nos
« bien aimés fils les prélats élus, salut et bénédiction apostolique.
« L'Église triomphante, qui règne dans les cieux, qui a un pasteur
« éternel, qui est servie par la cohorte des saints et dont les chœurs
« des anges chantent la gloire, s’est constitué pour vicaire ici-bas
« l'Église militante, qui est unie par un lien ineffable au fils unique
« du Dieu vivant, à notre Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ lui-
« même procédant du Père par l'illumination du Saint-Esprit, qui
292 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« ipse Christus a patre progrediens per illustracionem Para-
« cleti, qui ab utroque procedit, statuit fidei firmamentum, quod
« ab ea vel ut a primitivo fonte ad singulas ortodoxas nacio-
« nes ejusdem fidei rivuli diriventur. Ad hujusmodi Ecclesie
regimen voluit Christi clemencia Romanum pontificem depu-
« tare ministrum, cujus instructionem ac doctrinam eloquio
« veritatis evvangelice traditam cuncti renati fonte baptismatis
« teneant et observent. Qui enim sub hac doetrina cursus vite
peregerint salvacionis graciam merebuntur; qui vero ab ea
« deviaverint, aut errores contra illam tenuerint, dampnacionis
« sentencia ferientur. »
Narrabat postea quomodo Bonifacius papa octavus in cons-
titucione que incipit Super cathedram, quam postea papa
Clemens quintus in Viennensi consilio innovavit, super predi-
cacionibus fidelium populis faciendis, audiendis eorum con-
fessionibus, penitenciis injungendis eisdem, et tumulandis
defunctorum corporibus, qui apud predicatorum et minorum
ordinum fratrum ecclesias sive loca sancta eligerent sepulturam,
que quidem constitucio eciam successive ad heremitarum sancti
Augustini et beate Marie de Carmelo ordinum fratres per sedem
appostolicam extensa fuit, auctoritate appostolica statuit eciam
ut dictorum ordinum fratres in ecclesiis et locis eorum et in
plateis omnibus libere valeant clero et populo predicare et ver-
bum Dei proponere, hora illa dumtaxat excepta, in qua vellent
prelati ecclesiarum coram se facere sollempniter predicare, in
qua fratres ipsi cessarent predicare, preterquam si aliud de
ipsorum prelatorum consensu procederet ex licencia speciali; in
studiis autem generalibus, ubi sermones ex more fieri solent,
diebus illis quibus predicari sollempniter consuevit, ad funera
eciam mortuorum , et in festis specialibus seu eciam particula-
A
A
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 293
« procéde de l'un et de l'autre, a établi, comme fondement de la foi,
« que cette Église est pour ainsi dire la source première, d’où décou-
« lent les ruisseaux de ladite foi vers toutes les nations orthodoxes.
« L'ineffable bonté de Jésus-Christ a daigné confier le gouvernement
« de ladite Église au pontife de Rome, et a voulu que tous ceux qui
« sont régénérés par les eaux du baptême observassent et suivissent
« l'instruction et la doctrine qui lui ont été transmises par la parole de
« l'évangile. En effet , ceux qui auront passé leur vie dans la pratique
« de cette doctrine mériteront la gráce du salut; ceux qui au con-
« traire s'en seront écartés, ou se seront égarés dans des voies oppo-
« sées, seront frappés de la sentence de damnation. »
La bulle rappelait ensuite ce que le pape Boniface VIII avait statué
dans la constitution Super cathedram , renouvelée depuis par le pape
Clément V au concile de Vienne, touchant le droit de faire des pré-
dications aux fidéles, d'entendre les confessions, d'imposer des péni-
tences, et d'inhumer les corps des défunts qui auraient choisi leur
sépulture dans les églises ou les lieux saints appartenant aux fréres
précheurs et aux fréres mineurs; laquelle constitution fat ensuite
étendue successivement par le saint siége apostolique aux ermites de
l'ordre de Saint-Augustin et aux religieux de Notre-Dame du Carmel.
Ledit pape y avait réglé que les fréres desdits ordres pourraient pré-
cher librement et annoncer la parole de Dieu au clergé et au peuple
dans leurs églises et lieux saints, et sur toutes les places, excepté à
l'heure oà les prélats des églises voudraient faire précher solennelle-
ment en leur présence; auquel cas, lesdits fréres cesseraient de pré-
cher, à moins d'une permission spéciale de ces prélats ou de leur
consentement exprés ; que lesdits fréres pourraient et auraient le droit
de précher dans les écoles publiques, oü il est d'usage de faire des
sermons et de précher à certains jours désignés expressément, ainsi
qu'aux funérailles des morts et dans les fétes spéciales ou particuliéres
desdits frères, excepté à l'heure où l'on a coutume d'annoncer la
parole de Dieu au clergé dans lesdits lieux et écoles, et à moins qu'un
évêque ou quelque prélat supérieur n’eût convoqué ou jugé à propos
294 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
ribus eorumdem fratrum, possent eidem fratres et liceret eis
predicare libere, nisi forsitan in illa hora qua solet ad clerum
in predictis locis seu studiis proponi verbum Dei, episcopus vel
prelatus superior clerum ad se generalitèr convocaret, aut ex
aliqua racione vel causa urgente, clerum ipsum duceret con-
gregandum; in ecclesiis autem parrochialibus, fratres illi nulla-
tenus auderent vel deberent predicare vel proponere verbum
Dei, nisi fratres ipsi a parrochialibus sacerdotibus invitati vel
vocati fortassis existerent, vel de ipsorum placito vel assensu
petita licencia vel obtenta foret , nisi episcopus vel prelatus per
eosdem fratres predicari mandaret.
« Statuit eciam et ordinavit idem Bonifacius predecessor,
« auctoritate predicta, in singulis civitatibus et dyocesibus in
« quibus loca fratrum ipsorum consistere dinoscerentur, ac
« civitatibus et dyocesibus ac locis ipsis vicinis, in quibus locis
« non habentur, magistri, priores, provinciales predicatorum
« aut eorum vicarii, ac generales ac provinciales , ministri ac
« custodes minorum ac predicatorum ordinum prefatorum ad
« presenciam prelatorum eorumdem locorum se conferrent per
« se vel fratres, quos ad hoc ydoneos fore putarent, ut fratres
« qui ad hoc electi forent civitatibus et dyocesibus confessio-
« nem suorum subditorum confiteri sibi volencium audire vale-
«rent, et hujusmodi confitentibus, prout secundum Deum
« cognoscerent, imponerent penitencias salutares, et eisdem
« beneficium absolucionis impenderent, gracia ac beneplacito
« eorumdem; ac deinde prefati magistri, priores, provinciales
« et ministri ordinum prefatorum eligere studerent personas
« sufficientes, ydoneas, vita probatas atque discretas, peritas
« ad tam salubre ministerium et officium exequendum, quas
« si ab ipsis electas presentarent vel facerent presentari prelatis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 295
de convoquer une assemblée générale du clergé pour quelque raison
ou cause urgente; que, quant aux églises paroissiales, lesdits fréres
n'oseraient et ne devraient y précher ou y annoncer la parole de
Dieu, que quand ils y seraient invités ou appelés par les prétres de
ces paroisses, ou quand ils auraient demandé et obtenu leur permission
et leur consentement, ou quand l'évéque ou tout autre prélat leur
ordonnerait de précher.
« Ledit Boniface , notre prédécesseur, ajoutait la bulle, a aussi statué
« et ordonné, en vertu de la méme autorité, que dans toutes les villes,
« diocèses et lieux voisins où lesdits fréres auraient une maison,
« comme aussi dans les villes, diocèses et lieux voisins où ils n'en
« auraient point, les maîtres, prieurs et provinciaux des frères pré-
« cheurs ou lewrs vieaires, les généraux et provinciaux, ministres
« et gardiens des frères mineurs et desdits ordres précheurs se présen-
« teraient aux prélats desdits lieux , soit en personne , soit par ceux
« de leurs frères qu’ils jugeraient dignes de les représenter, afin que
« ceux qui seraient choisis à cet effet pussent dans lesdites villes et dio-
« céses entendre la confession des personnes de la dépendance desdits
« prélats qui voudraient se confesser à eux, qu'ils leur imposassent selon
« la volonté de Dieu, des pénitences salutaires, et leur départissent le
« bénéfice de l'absolution, sous le bon plaisir et avec la permission
« desdits prélats ; qu'en conséquence lesdits maîtres, prieurs, provin-
« ciaux et ministres desdits ordres auraient soin de choisir des per-
« sonnes aptes et idoines, d'une conduite irréprochable, d'une discré-
« tion profonde, et capables de remplir un si saint ministère; qu'après
« les avoir ainsi choisies, ils les présenteraient ou les feraient présenter
« auxdits prélats, afin qu'avec leur permission et sous leur bon plaisir
« les fréres désignés pussent dans les villes et diocèses desdits prélats
296 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« antedictis, ut de illorum licencia et beneplacito, in civitati-
« bus, dyocesibus eorum hujusmodi persone sic electe confes-
« siones se confiteri volencium audirent, eis imponerent peni-
« tencias salutares ac beneficium absolucionis impenderent,
« prout superius est expressum. Et alia racionabilia et utilia
« dictus Bonifacius predecessor ordinavit et statuit, prout in
« eadem constitucione plenius continetur.
« Postea vero, ad pie memorie Johannis pape vicesimi se-
« cundi eciam predecessoris nostri noticiam deducto quod
« quondam Johannes de Polliaco, in sacra theologia magister,
« in quibusdam articulis tangentibus penitencie sacramentum
« non sobrie sed perperam sapiebat, infra scriptos articulos
« periculosos continentes errores docens publice in suis predi-
« cacionibus et in scolis, primum quidem astruens videlicet
« quod confessi fratribus habentibus licenciam generalem au-
« diendi confessiones teneantur eadem peccata que confessi
« fuerant iterum confiteri proprio sacerdoti; secundo, quod,
« stantestatuto Omnis utriusque sexus in consilio generali Roma-
« nus pontifex non potest facere quod parrochiani non tenean-
« tur omnia peccata sua semel in anno proprio sacerdoti con-
« fiteri, quem dicebat esse parrochialem curatum, nec Deus
« posset hoc facere , quin, ut dicit, implicet contradictionem;
« tercio, quod papa non posset dare generalem potestatem
« audiendi confessiones, ymo nec Deus, quin confessus habens
« licenciam generalem teneatur iterum confiteri suo proprio
« sacerdoti, quem dicit, ut premittitur, esse parrochialem cura-
« tum, predictus Johannes et predecessor, volens scire si sug-
« gesta sibi in eadem parte veritatem haberent, prefatum Johan-
« nem de Polliaco de consilio fratrum suorum evocari, atque
« articulorum premissorum copiam eidem magistro Johanni
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 297
« entendre les confessions de ceux qui désireraient se confesser à eux ,
« qu'ils leur imposassent des pénitences salutaires et leur départissent
« le bénéfice de l'absolution, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Ledit
« Boniface, notre prédécesseur, a ordonné et statué à ce sujet beaucoup
« d'autres choses utiles et raisonnables, qui sont développées plus au
« long dans ladite constitution.
« Plus tard, le pape Jean XXH, de pieuse mémoire, l'un de nos
« prédécesseurs, ayant appris que Jean de Poilly, docteur en théolo-
« gie, n'avait pas de saines opinions sur certains points touchant le
« sacrement, de pénitence, qu'il enseignait publiquement dans ses
« prédications et dans les écoles certains articles contenant des
« erreurs dangereuses, et qu'il soutenait, premièrement que ceux qui
« S'étaient confessés à des fréres ayant une permission générale d'en-
« tendre les confessions, étaient tenus de confesser les mémes péchés
« à leur propre prétre; secondement que, d'aprés le statut Omnis
« utriusque sexüs établi en concile général, le pontife romain ne
« peut faire que Jes paroissiens ne soient pas tenus de confesser tous
« leurs péchés au moins une fois l'an à leur propre prétre, c'est-à-dire
« au curé deleur paroisse, et que Dieu méme ne le pourrait faire sans
« que cela impliquát contradiction ; troisiémement , que le pape ne
« peut donner un pouvoir général d'entendre les confessions, que
« Dieu méme ne le peut, sans que celui qui s'est confessé à quelqu'un
« ayant un pouvoir général à cet effet soit tenu de se confesser de
« nouveau à son propre prétre, c'est-à-dire au curé de sa paroisse,
« ainsi qu'il a été dit ci-dessus; ledit Jean notre prédécesseur, voulant
« savoir si ce qui lui avait été rapporté à cet égard élait vrai, fit citer
« ledit Jean de Poilly, d'aprés l'avis des cardinaux, lui fit remettre
« une copie des articles ci-dessus mentionnés et lui accorda audience
« pour qu'il se justifiát tant devant lui et devant sesdits fréres les car-
« dinaux en plein consistoire, qu'ailleurs devant quelques uns desdits
« frères délégués par lui, dans le cas où ledit docteur essaierait de
« défendre lesdits articles et leur contenu. Ledit maitre Jean déclara
IV. 30
298 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« tradi fecit, et ad defensionem suam audienciam plenam sibi
« prebuit, tam in sua dictorumque fratrum suorum presencia et
A^
À
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À
«
in consistorio , quam alibi coram aliquibus fratribus ipsis per
eum ad hoc deputatis, si prefatus magister dictos articulos et
contenta in ipsis defendere niteretur. Qui quidem magister
Johaunes asserebat paratum credere et tenere in premissis et
alias ea que tenenda et credenda sedes appostolica diffiniret.
Prefatusque Johannes predecessor, attendens quod dictorum
articulorum assercio, predicacio et doctrina redundare pote-
rat in multarum perniciem animarum, ipsosque per plures
magistros in theologia examinari fecit diligenter, et ipse eciam
cum dictis fratribus suis collacionem sollempnem habuit super
premissis, per quas quidem collacionem et examinacionem
super hoc prehabitas comperit predictos articulos doctrinam
non sanam sed periculosam multum ac veritati contraria
tenere ; quos eciam articulos omnes et singulos idem magister
Johannes, veris sibi racionibus, oppinioni sue dudum habite
contrariis, demonstratis , in eodem eonsistorio revocavit asse-
rens eos non veros, sed contrarium verum esse, cum diceret
nescire se racionibus sibi factis in contrarium respondere.
« Ideo, ne per assercionem, predicacionem et doctrinam
hujusmodi in errorem, quod absit, anime simplicium prola-
berentur, omnes predictos articulos et quemlibet eorum,
tanquam falsos et erroneos et a doctrina sana devios, idem
Johannes predecessor auctoritate appostolica condempnavit
et reprobavit de fratrum suorum consilio predictorum , doc-
trinam ipsis contrariam veram esse et catholicam, asserens
quod illi qui predictis fratribus confiterentur non magis tene-
rentur eadem peccata iterum confiteri, quam si alias illa con-
fessi fuissent eorum proprio sacerdoti, juxta dictum consi-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 299
« qu'il était prêt à croire et à tenir pour vrai tout ce que le saint siége
« apostolique déciderait qu'il faut croire et tenir pour vrai. Et ledit
« Jean, notre prédécesseur, considérant qu'il était dangereux pour
y
300 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« lium generale. Optans veritatis vias notas esse fidelibus, et
« cunctis erroribus precludere aditum, felicis recordacionis
« Alexandri pape quarti et Clementis quarti, Romanorum pon-
« tificum predecessorum, vestigia imitando, universis et singulis
« districtius inhibuit, ne quisquam dictos articulos per eumdem
« Johannem predecessorem condempnatos et reprobatos et
« contenta in eis vel aliquo ipsorum, ut pote a catholicis men-
« tibus respuenda , tenere auderet seu defensaret, ac universis et
« singulis patriarchis, archiepiscopis, episcopis et electis per
« appostolica scripta precipiendo mandavit, ut in civitatibus et
« dyocesibus omni convocato clero communiter premissa omnia
« et singula per se vel per alios publicarent sollempniter, nec
« non eidem Johanni màndavit, ut ipse in scolis vel sermone
« Parisius predictos articulos et contenta in eisdem, tanquam
« veritati contraria, proprio vocis oraculo et assercione con-
« stanti publice deberet revocare; ac eciam se facturum illud
« dictus Johannes de Polliaco efficaciter repromisit.
« Cum autem, sicut nuper, fratrum predicatorum et mino-
« rum predictorum ac eciam heremitarum sancti Augustini
« et beate Marie de Carmelo ordinum lamentabilis querela ad
« nostrum perduxit auditum , quod nonnulli clerici et eccle-
« siastice persone ac utriusque sexus homines, nedum pre-
« dictos, dampnatos per eumdem Johannem predecessorem,
« ut prefertur, sed eciam quosdam alios articulos, prorsus
« erroneos et sacris canonibus contrarios, eciam publice non
« verentur astruere, et per illos proprias et multorum sim-
« plicium animas inficere, illosque et devociones eorumdem
« fratrum ordinis predicatorum, et ne christifideles sua pec-
« cata fratribus ipsis confiteantur, dampnabiliter detrahere
« satagunt, eciam contra eamdem constitucionem predicti
CHRONIQUE DE CHARLES VI.— LIV. XXX. — 304
« deses prédécesseurs les pontifes romains Alexandre IV et Clément IV,
« d'heureuse mémoire, d'oser affirmer ou soutenir lesdits articles,
« condamnés et réprouvés par ledit Jean notre prédécesseur, ainsi
302 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« Bonifacii predecessoris super hoc editam, ut prefertur, qui
« quidem dicti erronei articuli sequntur per ordinem in hec
« verba : primus talis est : Con/fessus fratri admisso in forma
« Dudum, teneatur eadem peccata iterum curato confiteri ;
« dampnatur per papam Jobannem vicesimum secundum in
« statuto quod incipit Vas electionis. Secundus : Conclusiones
« Johannis de Polliaco dampnate per Johannem vicesimum
« secundum sunt satis vere et a quocunque licite possent. suffi-
« cienter sustineri. Statutum Johannis vicesimi secundi, edictum
« Vas electionis, est irritum et inane, quia, cum illud fecit, here-
« ticus erat, et per consequens quidquid fecit dictus Johannes
« sive mendicantibus sive aliis ante revocacionem inane fuit,
« stante statuto Omnis utriusque sexus, nec Deus nec papa de
« potencia, sua potest facere quin confessus fratri mendicantt
« admisso iterum confiteri teneatur suo curato. Confessio fra-
«tribus admissis facta est dubitabilis et incerta; quapropter
« homines tenentur dimittere incertum , et sic solum suis sacer-
« dotibus curam animarum habentibus et sub pena peccati
« mortalis *, Quamvis fratres admissi habeant auctoritatem
« absolvendi et audiendi confessiones , tamen populus subjectus
« non habet potestatem accedendi ad mendicantes admissos sine
« licencia propru sacerdotis. Fratres petentes privilegia pro con-
« fessionibus audiendis et sepulturis habendis sunt in peccato
« mortali, et Romani pontifices talia privilegia concedentes
« mendicantibus aut eisdem confirmantes sunt in peccato mor-
« tali, et ex consequenti, non sunt aut fuerunt pastores , sed
« fures, latrones et lupi. Sacerdos curatus, dans licenciam
« mendicantibus audiendi confessiones, magis dispensat cum
« statuto Omnis utriusque sexus, quam papa fratribus dans
* I faut supposer ici l'omission d'un mot tel que confiteri
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 303
« veau ses péchés à son curé; article condamné par le pape Jean XXII
« dans le statut Vas electionis. 2°. Les conclusions de Jean de Poilly,
« condamnées par Jean X XII, sont assez vraies et pourraient sans
« crime étre suffisamment soutenues par qui que ce soit. Le statut
« Vas electionis publié par Jean XXII est nul et de nulle valeur,
« parce que, quand il l'a fait, il était hérétique, et par conséquent
« tout ce que ledit Jean a fait en faveur des mendiants ou autres
« avant son rétablissement est nul, d'apres le statut Omnis utriusque
« sexüs; et ni Dieu, ni le pape, de sa propre autorité, ne peut faire
« que celui qui s'est confessé à un frére mendiant admis ne soit pas
« tenu de se confesser de nouveau à son curé. La confession faite à des
« fréres admis est douteuse et incertaine ; c'est pourquoi les hommes
« sont tenus de renoncer à ce qui est incertain, et de se confesser
« seulement aux prétres ayant charge d'ámes , et ce, sous peine de
« péché mortel. Quoique les fréres admis aient pouvoir d'absoudre
« et d'entendre les confessions, cependant le peuple sujet n'a pas
« droit d'aller aux mendiants admis sans la permission de son
« propre prétre. Les frères qui demandent des priviléges pour en-
« tendre les confessions et pour avoir des sépultures sont en péché
« mortel, et les pontifes romains qui accordent ou qui confirment de
« tels priviléges aux mendiants sont en péché mortel, et par consé-
« quent ils ne sont point et n'ont jamais été pasteurs; ce sont des
« voleurs, des larrons et des loups. Le prétre curé, qui donne aux
« mendiants la permission d'entendre les confessions , la donne avec
« plus de droit, selon le statut Omnis utriusque sexûs , que le pape
« donnant cette permission auzdits fréres selon la forme de la décré-
« tale Dudàm; considérant qu'il serait pernicieux de soutenir, de
« défendre et d'enseigner les anciens articles ci-dessus désignés, con-
« damnés et réprouvés avec tant de prudence et de solennité par ledit
« Jean , notre prédécesseur, et les articles nouveaux de méme nature
« également condamnés par nous comme erronés et contraires aux-
« dits canons, et voulant aviser à un remède salutaire, nous avons, de
« concert avec nos fréres les cardinaux de la sainte Église romaine,
« vu et examiné lesdits nouveaux articles avec toute la maturité
304 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
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licenciam mendicantibus juxta formam decretalis Dudum;
nos vero attendentes quod nimis | perniciosum esset anti-
quos dudum, ut premittitur, per eumdem Johannem prede-
cessorem cum tanta sollempnitate et maturitate dampnatos et
reprobatos, et eciam hujusmodi novos articulos per nos, veluti
erroneos et eciam eisdem canonibus contrarios, tenere,
astruere, vel docere; nec non in hac parte salubriter provi-
dere volentes , eosdem novos articulos et quos nos eciam una
cum fratribus nostris sancte Romane. Ecclesie cardinalibus
mature, prout tanti negocii qualitas exigit, vidimus et exami-
navimus, nec non eciam per plerosque in sacra theologia
magistros ac quosdam doctores in jure canonico recenseri
fecimus diligenter; per quam quidem examinacionem repe-
rimus eciam novos articulos fuisse et esse falsos, confictos et
erroneos, et eisdem canonibus contrarios , et propterea ipsos
ut tales de eorumdem fratrum consilio condempnamus et
reprobamus, volentes quod, si quis deinceps predictos arti-
culos asserere, aut in scolis aut alibi glosare, deffendere, seu
tenere aut predicare presuinpserit, tanquam hereticus sit
censendus et excommunicacionis sentenciam ipso facto incur-
rat, a qua nisi per summum pontificem , preterquam in arti-
culo mortis , non possit absolvi.
« Quo circa universitati vestre per appostolica scripta dis-
tricte precipientes mandamus, quatinus universi et singuli
vestrum, convocato clero civitatis et dyocesis vestrarum , eis
premissa omnia et singula, per vos et alios, ubi et quando
super hoc et per eosdem fratres vel ipsorum aliquem seu ali-
« quos fueritis requisiti, auctoritate nostra sollempniter publi-
« cetis; ac eciam per rectores ipsarum parrochialium ecclesiarum
« civitatis et dyocesis predictarum in hujusmodi parrochialibus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 305
« nécessaire dans une affaire si grave , et nous les avons fait revoir avec
« soin par plusieurs docteurs en théologie et en droit canon. Cet exa-
« men nous a convaincu que lesdits nouveaux articles étaient et sont
« faux, mensongers, erronés et contraires auxdits canons. En con-
« séquence, d’après le conseil de nosdits frères , nous les condamnons
« et réprouvons comme tels, voulant que quiconque à l'avenir osera
« mettre en avant lesdits articles, les commenter, défendre , soutenir
« ou précher dans les écoles ou ailleurs, soit regardé comme héré-
« tique et encoure de fait la sentence d'excommunication, dont il ne
« pourra être absous que par le souverain pontife, sauf le cas où il
« serait à l'article de la mort.
« C'est pourquoi nous enjoignons formellement et mandons par
« lettres apostoliques à votre université que, tous et chacun de vous,
« convoquant le clergé de vos ville et diocése, vous lui fassiez con-
« naitre solennellement en notre nom toutes et chacune des choses
. « susdites, par vous ou par d'autres, où et quand vous en serez
« requis par lesdits fréres ou par quelqu'un d'entre eux, et que
« vous les fassiez publier dans les églises paroissiales par les pasteurs
« desdites églises dans les ville et diocése susdits. Et si par hasard
« xous trouvez que quelques-uns d'entre eux soutiennent, défendent
IV. 39
306 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX.
« ecclesiis publicari faeiatis. Et si quos forsan hujusmodi arti-
« culos dampnatos, novos et veteres, aut eorum aliquem seu
« aliquos astruere vel tenere seu predicare reperietis, contra
« illos communiter vel divisim tanquam hereticos seu de catho-
« lica fide suspectos procedere, nec non ipsos et eorum quem-
« libet, juxta tantorum excessuum qualitatem, per censuram
« ecclesjasticam et alia juris opportuna remedia auctoritate
« predicta compescere, nec non ad observandum dictam con-
« stitucionem prefati Bonifacii predecessoris nostri juxta ejus
« tenorem compellere racione previa studeatis , contradictores
« per censuram ecclesiasticam, appellacione postposita , com-
« pescendo, invocato ad hoc, si opus fuerit, auxilio brachii
« secularis, non obstante predicta, que incipit Omnis utriusque
« sexus , et aliis constitucionibus appostolicis contrariis quibus-
« cunque, seu si aliquibus communiter vel divisim a sede appos-
« tolica indultum existat, quod interdici, suspendi vel excom-
« municari non possint, per litteras appostolicas non facientes
« plenariam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi men-
« cionem. — Datum Pisis, quarto idus octobris, pontificatus
« nostri anno primo; et copia data fuit Mercurii vicesima men-
« sis novembris. »
Quamvis non sic amplum esset concessum privilegium, sicut
vulgo ferebatur, quia tamen in bullis illis pretacta et forsitan
a quibusdam collacionis gracia alias alleguata sub tantis gravi-
bus penis mendicantes procuraverant prohibenda, fratrum
tamen predicatorum Universitas statuit excusaciones audire in
processione sollempni , dominica prima mensis marcii , in eccle-
sia sancti Martini de Campis celebrata. Ibi quidam ejusdem
ordinis ad populum de sollempnitate diei sermonem faciens,
dixit bullam insciis fratribus suis impetratam, nec eamdem
e
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 307
« ou préchent lesdits articles condamnés, nouveaux et anciens, vous
« procéderez contre eux soit en général, soit en particulier, comme
308 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XXX.
approbabant, eisque sufficiebat uti privilegiis concessis ante
summum pontificem nunc ad apicem assumptum summi gradus
ecclesiastici, et ideo supplices exorabant matrem Universi-
tatem, ut, sicut sibi obtemperabant humiliter, sic eos gratos et
ordinem recommandatum haberet. Horum eciam exemplum
fratres beate Marie de Carmelo postea sequti sunt. Et quia
ceteri mendicantes se tenuerunt obstinati, Universitate procu-
rante, auctoritate regia , ante domicilia eorum lituis personan-
tibus, ad ignominiam majorem, voce preconia, sub amissione
bonorum temporalium prohibitum est curatis et viris eccle-
siasticis, ne quemquam eorum sinerent in ecclesiis suis predi-
care, confessiones audire nec absolucionis sacramentum mi-
nistrare.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX.
309
CHRONICORUM
KAROLI SEXTI
312 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
CAPITULUM Il.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 313
CHAPITRE II.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI.
315
316 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
parte destruxisset, et ulterius in comitatum progredi statuisset,
videns quod id baronibus patrie displicebat, ad locupleciorem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 347
Aes nine imnortantes naseaasinns dn anmte. La ville avant été rasde loe
348 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
vicibus repetitis sollempnia celebraverunt consilia, que quamvis
in principio secreta extiterint, ut cunctis tamen postmodum
notum fuit, tria principaliter tacta sunt , que circa regis et regni
regimen versabantur.
Dux namque Biturie, a cujus imperio aliorum sentencia
dependebat, regni justiciam conculcatam multipliciter ac lesam,
statum regis non honeste continuatum, ut deceret, ac domi-
nacionem ejus in multis diminutam, et primo per innocentum
irracionabilem necem, per frequentancium regiam vilipenden-
dam concionem, ac parvipensionem regalis progeniei, pro-
lixiori sermone et luculenter ostendit. Addidit et assistentes
cognacionis jure et fidelitatis regi debite obligari ut predicta
reformarentur in melius, multis mediis persuadens, ut erat
facundissimus super omnes aurea lilia deferentes, ut propter
hoc mutuas inirent confederaciones cum juramentis firmatas,
et quod starent contra quoscunque viventes qui remedium
apponendum in predictis conarentur impedire.
In oculis omnium assistencium sermo bonus visus fuit,
oblatoque a singulis sagittariorum numero et armatorum ad
unguem, pactum federis juraverunt, et quod cum exercitu
congregando, cernentibus cunctis, cujuscunque preeminencie
essent, villam Parisiensem intrarent, et regi super hiis deli-
berata intimarent,
A regnicolis ómnibus procul dubio sperabatur quod ad per-
sequendum hostes regni hanc expedicionem bellicam prepa-
rarent, asserentes et quod propter istam causam dux eciam
Burgundie suos subditos ac feodales nunciis et apicibus evo-
cabat , mutuoque inde exultabant, cum ex reformacionibus ante
tactis erarium regale satis munitum crederent pro stipendiis
solvendis. Tribus mensibus jam exactis, ad hoc opus domini
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 319
avaient traité trois points principaux qui concermaient le gouverne-
ment du roi et du royaume.
320 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
constituti a collectoribus et servitoribus regiis aliisque in-
dignis, et nuper ultra meritum premiatis, immensas exege-
rant peccunias trecentorum milium scutorum auri; sed nil
in gazis regiis intulerant, ut ordinatum fuerat. Quapropter de
eonsilio Parisiensis prepositi accumulandi peccunias dux Bur-
gundie aliam viam invenit. Sub pretextu sane Franciam defen-
dendi contra ducem Lencastrie, tunc regem Anglie nomi-
natum , qui jam, ut publice ferebatur, bellatores adunabat ad
inquietandum Franciam, ex civitatibus regni quosdam cives
summe auctoritatis Parisius evocavit, et ipsis modum inven-
tum ad habendum pro pugnatoribus stipendia competencia
intimavit. Hiis omnibus taxum villis impositum dedit in cedu-
lis, precipiens ut sine dilacione collectum prima die maii Pari-
sius mitteretur. Et ut lecius fieret et sine murmure, in ipsis
addiderat quod exactionum regiarum collectores summam pec-
cunialem singulis civitatibus restituere tenerentur.
Super petitis modica deliberacione habita, omnes unani-
miter responderunt urbes regni satis oneratas esse regiis exac-
tionibus, posseque se de reformacionibus inchoatis quod
requirebat supplere. Indeque recedentibus civibus, ne inde
exosus dux Burgundie ipsis esset, ad dominum ducem Guienne
accedens, quia rex infirmitate solita laborabat, supplicavit ne
illud accommodatum colligeretur, asserens quod aliam viam
ad habendum peccunjas reperiret. |
CAPITULUM VIl.
De morte Alexandri pape et electione Johannis vicesimi tercii.
Hiis diebus, universalis Ecclesie summum pontificem domi-
num Alexandrum quintum fere octogenarium gravis arripuit
322 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
egritudo; qua ingravescente, cum lecto decubuisset et dominos
cardinales accivisset, eos mestos dulciter consolatus est dicens :
« Ascendo ad patrem meum et patrem vestrum, et ideo non
« debetis contristari. » Themna sumptum, more suo, profun-
dissime deducens, et postulans pro se Christum exorari ut
ad eum valeret ascendere in spiritu contrito et humiliato, pie
ac religiose fidem Christi articulatim disseruit , eosque duleiter
monnit ut unionem Ecclesie continuare studerent; verbisque
finem faciens, rogavit ut Franciam et Universitatem Parisien-
sem recommendatam haberent, que nephandissimum scisma
sic studuerant pro posse extirpare, omnibusque vale dicens,
mensis maii exacta tercia die, circa noctis medium, inter verba
oracionis spiritum reddidit Creatori. Cujus corpus, sicut vivens
statuerat, ad ecclesiam fratrum minorum delatum est, ut ibi
sepeliretur, prius tamen observanciis servatis in morte sum-
morum pontificum consuetis. Die igitur sequenti, inter missa-
rum sollempnia, ad recommendacionem defuncti, fratrum mi-
norum generalis Æssumptus est in celum sumens pro themnate,
et inter celos primum, secundum et finale deducens, ostendit
ut in primo, scilicet Universitate Parisiensi, ex predicatoribus
Petrus de Tarentesia, Petrus quoque de Palude Jherosolimi-
tanus patriarcha, de minoribus vero Alexander de Halis et
Alexander papa tunc presens velud stelle lucidissime clarue-
rant. Procedensque ad secundum, cum eum virtutes singulas
conservasse viciaque declinasse, velut jubar et speculum om-
nium mortalium, multis mediis probasset, tandem pro celo
tercio ipsum glorificandum dignum duxit, concludens verbum
assumptum, quod assumptus est in celum.
Ab obitu vero ejus domini cardinales Neapolitanus, Alba-
nensis, Viviariensis, Aniciensis, episcopi, Laudensis, Yspalen-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 323
d'une grave maladie. Lorsqu'il vit que son état empirait, il assembla
messeigneurs les cardinaux prés de son lit de mort, et chercha à les
consoler avec douceur du chagrin qu'ils éprouvaient : « Je remonte
324 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
sis, Ravanatensis, Tudertinensis, Meletensis, de Ursinis, Burde-
galensis, presbyteri, de Brancassiis, Hariensis, Bononiensis,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 3925
et du Puy, les cardinaux prétres de Lodi, de Séville, de Ravenne, de
Todi , de Malte, des Ursins et de Bordeaux, et les cardinaux diacres
de Brancace, d'Aire, de Bologne, de Colonna, de Saint-Ange, .de
Challant, de Palestrine, de Thury, de Saluces, de Fieschi et de Bar
attendaient, conformément aux usages romains, que neuf jours se
fussent écoulés depuis la mort du pape pour procéder à une nouvelle
élection. Après ce terme, et lorsque les funérailles eurent été célé-
brées avec toute la pompe possible, lorsqu'on eut dit une messe pour
l’…âme du défunt et une messe du Saint-Esprit, enfin lorsque son
éloge funébre fut achevé, les cardinaux furent bumblement priés et
requis de s'assembler pour élire d'un commun accord et selon Dieu
un seul et unique pasteur de l'Église universelle. Ils acquiescérent à
ce vœu, et entrérent en conclave le 44 dudit mois, avant la fin du
jour, dans le palais qu'habitait monseigneur Alexandre'pendant son
pontificat. Trois jours aprés, à la septiéme heure du jour, ils élurent
monseigneur Balthazar ', cardinal diacre du titre de Saint-Eustache
et légat de Bologne, personnage de noble extraction et de grande expé-
rience dans les affaires , qui prit le nom de Jean XXIII.
CHAPITRE VIII.
Les ducs de Berri et d'Orléans , les comtes de Clermont, d'Alencon et d'Armagnac
lèvent des troupes pour combattre le duc de Bourgogne.
On s'étonnait avec d'autant plus de raison de voir les illustres ducs
de la maison de France lever de tous cótés des gens de guerre dans les
diverses provinces du royaume et dans les pays étrangers, qu'on savait
que les Anglais, ennemis du royaume, n'avaient pas paru, et que
les bruits qui avaient couru jusqu'alors sur leur arrivée prochaine
n'avaient aucun fondement. Mais lorsqu'on apprit que les prépa-
ratifs qui étaient poussés de part et d'autre avec tant d'ardeur étaient
' Balthazar Cossa , Napolitain.
326 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
prolem, audierunt, circumspecti anxiosa suspiria pectoribus
eduxerunt ab ymis, et inde regni intollerabile dampnum presa-
gierunt futurum. Ut hanc sentenciam sequar inclinat animus,
addens et quod sequencia inde pocius tragedorum essent depro-
menda boatibus , quam hystorice retexenda; libensque manus
calamum retraxisset, nisi que regno contingent commendabi-
lia vel note subjacencia dare posteris suscepisset. Ex officio igi-
tur veniens ad narranda, et mente sepius illud evvangelicum
revolvens, quod omne regnum in se ipso divisum desolabitur,
dampnabam utique degenerem miliciam gallicanam , quia
inexpiabili odio velud furiis agitata arma vertere in regni
viscera disponebat.
Mirum dictu et a seculo tunc vivencium inauditum, non
sine ejus adversariorum mercenario conductu utrobique nego-
cium parari sciebatur. Nam auctoritate ducis Biturie, ut Aqui-
tanos, Vascones, Britanos, Normanos et Aurelianenses per-
transeam, et presens affuit comes de Divite Monte, obediens
fratri suo duci Britanie cum Anglicorum copia et sagittariorum
patrie. Nec minori subsidio regnicolarum vallatus dux Bur-
gundie ex multis nacionibus regno malivolis Brabantinos,
Lothoringos, Alemanos aggregaverat et Flandrenses. Et unde
multi nec immerito stupebant, uterque dux astruebat se aucto-
ritate regia et ob honorem et tuicionem regni pugiles congre-
gasse, quos tamen non ignorabant ejus tritticeas messes habun-
danciores solito subsequentesque vindemias proximas vasta-
turos. Michi autem sedulo inquirenti hiis qui secretis consiliis
ex officio assistunt quomodo sic dicti duces dissidentes tanta
auctoritate pollere poterant, responsum est : « Dux Burgundie,
« rector regni, ardua queque disponit ad libitum, sibique
« obtemperare cupiunt cum consiliariis regiis fortunam viri
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 321
destinés à une guerre civile et presque domestique entre des princes
unis par les liens du sang et appartenant à la maison de France,
les personnes de savoir et d'expérience témoignèrent une profonde
douleur en songeant aux maux intolérables qui allaient fondre sur le
royaume. Leurs appréhensions ne furent que trop justifiées, et le récit
des faits qui suivent conviendrait mieux aux accents de la muse tra-
gique qu'au style de l'histoire. Aussi aurais-je volontiers déposé la
plume, si je ne m'étais fait une loi de transmettre à la postérité les
événements heureux ou malheureux survenus dans ce royaume. Mais
en poursuivant mon récit, je me rappelais souvent ces paroles de
l'Évangile : Tout royaume divisé en lui-méme sera désolé, et je mau-
dissais l'aveuglement de la chevalerie frangaise, qui égarée par les
transports d'une haine implacable se disposait à tourner ses armes
contre le sein de la patrie.
C'était en effet une chose étrange et inouïe de voir les armements
qu'on faisait de part et d'autre en appelant à son secours et en sou-
doyant ouvertement les ennemis du royaume. Le duc de Berri, qui
avait à sa solde des Aquitains, des Gascons, des Bretons, des Normands
et des Orléanais, se ménagea l'assistance du comte de Richemont, qui
vint ep France à l'instigation de son frère le duc de Bretagne, avec un
corps d'Anglais et d'archers du pays. Le duc de Bourgogne, qui n'avait
pas moins de Français sous ses ordres, y avait joint des troupes levées
chez les nations hostiles à la France, des Brabancons, des Lorrains,
des Allemands et des Flamands. Ce qui surprenait le plus tout le
monde, c'est que les deux ducs prétendaient avoir fait ces levées au
nom du roi , dans l'intérét et pour la süreté du royaume. Personne
n'ignorait cependant que leurs dégâts allaient anéantir l'espoir qu'on
ayait concu d'une abondante récolte et d'une belle vendange. Je m'en-
quis auprès de ceux à qui leurs charges donnaient entrée aux conseils
secrets comment i] se faisait que lesdits ducs eussent un te] pouvoir.
Voici oe qui me fut répondu : « Le duc de Bourgogne, en sa qualité de
« régent du royaume, gouverne à sa fantaisie , et ses volontés sont une
« loi non seulement pour les conseillers qui se sont attachés à sa for-
« tune, mais aussi pour ceux qui sont chargés de la garde du sceau
328 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
« sequentibus eciam qui jussa regia habent corroborare sigillo.
« Alios ardor tenet, et avidius optant regem informare super
« quibuscunque arduis, queque ducunt racionabilia et justi-
«cie consona, ejus nomine utentes, sacramentis sese mutuo
«astrinxerunt quod hec ipsi in villa Parisiensi intimabunt,
« addentes et cum armatorum agminibus congregatis. »
Universorum judicio, pactum sic juramento firmatum sine
detrimento et direpcione bonorum regnicolarum effectum sor-
tiri minime videbatur. Quapropter rex, circa medium jullii,
corporalem incolumitatem assequtus , illustrium suorum , ducis
quoque Burgundie usus consilio, misit duci Biturie litteras con-
tinentes : « Dilectissime patrue, desideramus vos videre et
« audire et eos qui vobiscum sunt. Ideo pugnatores remit-
« tentes, ne nostris subditis molesti sint, acceleretis venire. »
Sed mandato regio minime obtemperavit, respondens quod
omnes sui cognati et benivoli humiles ardenter desiderabant
commodum et honorem persone sue ac regni; ideo supplica-
bant ut permitterentur accedere cum illis quos adduxerant,
sicut duci Burgundie permittebat. Omnibus tunc notum fuit
quod inter ambos principes effusa erat contencio et quod
utrinque inexpiabili odio laborabant.
Quod ne in regni discrimen verteretur, consiliarii regii decre-
verunt principiis periculosis obstare, et apices regios ad urbes
regni mittere , formam similem in substancia continentes. Post
salutem regiam consuetam , insertum erat et sub pena criminis
lese majestatis ut ubique milites et armigeri, arma deponentes
et de municipiis exeuntes, illorum custodiam ad hoc nuper
deputatis relinquerent; qui si perlustrantes regnum predas ali-
quas exercerent, regiis injungebant justiciariis ut criminaliter
punirentur. Additum est iterum ut nullus, cujuscunque preemi-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 329
« royal. Ses adversaires sont jaloux de son autorité, et n’ont rien plüs
« à cœur que d'informer le roi de tout ce qui se passe, et de lui faire
« connaître ce qui leur parait raisonnable et juste. Sous prétexte de le
« servir, ils se sont engagés entre eux par serment à venir à Paris pour
« lui notifier leurs résolutions, décidés, disaient-ils, à les soutenir par
« la force des armes. »
Tout le monde était d'avis que ce pacte, scellé par des serments
solennels , ne pouvait être exécuté sans qu'il en coûtât cher aux habi-
tants du royaume, dont les biens seraient livrés au pillage. Aussi le roi,
ayant recouvré la raison vers le milieu de juillet, envoya au duc de
Berri , d'aprés le conseil des principaux seigneurs et du duc de Bour-
gogne, un message concu en ces termes : « Trés cher oncle, nous dési-
« rons vous voir et vous entretenir, vous et ceux qui sont avec vous.
« Licenciez vos troupes, pour qu'elles ne soient pas à charge à nos
« sujets, et venez en toute háte nous trouver. » Le duc n'obéit point à
cet ordre, et répondit au roi que tous ses cousins et humbles sujets
désiraient ardemment le bien et l'honneur de sa personne et du
royaume; qu'en conséquence ils le suppliaient de permettre qu'ils
vinssent avec leurs hommes d'armes comme le duc de Bourgogne en
avait obtenu l'autorisation. Chacun put voir alors que la guerre était
déclarée entre les deux princes et qu'ils étaient animés l'un contre
l'autre d'une haine implacable.
Afin de prévenir les malheurs qui pouvaient s'ensuivre pour le
royaume et d'étouffer ces discordes à leur naissance, les conseillers
du roi envoyérent aux principales villes de France des lettres royales,
dans lesquelles, aprés la formule ordinaire de salut, il était enjoint à
tous les chevaliers et écuyers, sous peine d'étre réputés criminels de
lése-majesté, de déposer les armes et de sortir des places fortes qu'ils
occupaient , pour en remettre la garde à ceux qui avaient été délégués
naguére à cet effet. Si lesdits hommes d'armes se mettaient à courir et
à piller le royaume, il était ordonné aux justiciers du roi de les punir
criminellement. Les lettres portaient en outre que nnl, de quelque
IV. 42
330 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
nencie esset, de discordia consanguineorum suorum se intro-
mitteret néc arma sumeret. Et si post novendium a publicacione
regiarum litterarum quis inobediens existeret, rex volebat ut
castra sua et domicilia a suis occuparentur ministris, a quibus
eciam destruerentur funditus, si obstinati remanerent ‘. Sed
huic mandato regio a neutralibet parte obtemperatum est.
CAPITULUM IX.
De translacione corporis sancti Clari,
Ad honorem tocius celestis curie, et precipue gloriosi mar-
tiris sancti Clari, mensis jullii .....* die, corpus ejus, quod in
prioratu monasterii Sancti Dyonisii super Epte fluvium quiesce-
bàt, a venerabili abbate ejusdem monasterii Philippo transla-
tum est de capsa lignea in aliam sumptuosissime deauratam ,
quam laudabilis religiosus frater Johannes Foquenbarge, de
Abbatis villa oriundus, propriis sumptibus fabricari fecerat,
posteris religiosis dans exemplum parsymoniam servandi sicut
ipse, ut loca sancta decorent.
CAPITULUM «X.
De bello rapacium avium alias inaudito.
. Circa hujus mensis inicium, in Hanonie comitatu rem pere-
grinam et alias inauditam innumerabili * rapacium avium
inter se compugnancium rostris et ungulis processisse fama
vulgalis referebat. Quamvis autem.specie dissimiles essent, ac si
* Var. : n° 5959, fol. 102 v. , si obstinatus — * ll faut supposer ici l'omission d'un mot
remaneret. tel que rrultitudine.
' Dl y a une lacune d'un mot dans le ma-
nuscrit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI, —LIV. XXXI. 394
rang qu'il fût, ne devait s'entremettre dans la querelle des cousins du
roi, ni prendre les armes à cette occasion , et que, si neuf jours après
la publication il s'en trouvait qui n'eussent pas encore obéi, leurs
cháteaux et résidences seraient occupés par les gens du roi, et détruits
de fond en comble au cas qu'ils persistassent dans leur désobéissance.
Mais cet ordre ne fut exécuté ni de part ni d'autre.
CHAPITRE IX.
Translation du corps de saint Clair.
Le ..... juillet eut lieu une pieuse cérémonie en l'honneur de tous
les saints en général et de saint Clair en particulier. Le corps de ce
glorieux martyr qui reposait dans le prieuré de Saint-Clair-sur-Epte,
dépendant de l'abbaye de Saint-Denys, fut transféré par le vénérable
abbé Philippe d'une chásse de bois dans une magnifique chásse d'or,
que le digne frére Jean de Fauquemberg, originaire d'Abbeville,
religieux de ladite abbaye, avait fait fabriquer de ses propres deniers.
C'était léguer un bel exemple à ses frères, que de leur apprendre à
consacrer ainsi leurs épargnes à la décoration des lieux saints.
CHAPITRE X.
Combat extraordinaire entre des oiseaux carnassiers.
Au commencement du méme mois, il arriva, dit-on, dans le comté
de Hainaut un événement étrange et jusqu'alors inoui. Une immense
quantité d'oiseaux carnassiers se livrérent bataille entre eux à coups
de becs et de serres. Bien qu'ils fussent d’espèces différentes, on eût
pu croire qu'ils s'étaient ligués les uns contre les autres. Les cigognes
jointes aux hérons et aux pies attaqnérent les corneilles, les corbeaux
et les geais, La mélée &'engagea au milieu de eris aigus et de croasse-
ments effroyables. Aprés un long combat, la victoire resta enfin aux
332 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
tamen disposuissent mutuo se juvare, ciconie cum heronibus
et picis contra corniculas, corvos et graculos non sine croci-
tacione et clamore terribili bellum rostris et unguibus commit-
tentes in finalibus vicerunt, et utrinque ex numero cadaverum
occumbencium avium duo quarri impleri potuissent. Inde non-
nulli circumspecti et scientifici viri periculosa prelia in brevi
presagiebant futura vel peracta, et in vanum eos credidi non
loqutos. Nam nundum elapso mense, ex multis partibus ad
regem missi fuerunt nuncii, qui ad propositum sequencia
retulerunt.
CAPITULUM XI.
Gallici infauste pugnaverunt.
Cum enim rex Sicilie Ludovicus, pape pugil precipuus, co-
pias disposuisset mittere, ut ipsi summo pontifici iter redde-
rent securum usque Romam, cum Lendislao, qui se dicebat
regem Sicilie, navale prelium infeliciter commiserunt et victi
succubuerunt, sexcentis ex eis interfectis, amissis quoque opi-
bus, quas domino suo susceperant conservandas.
CAPITULUM XII.
De tutore regis Hyspanie.
' Patruus regis Hyspanie, qui curam persone sue et regni gere-
bat, cum adhuc impubes esset , litteras ad regem misit congra-
tulacionis gracia, continentes quod eo duce et auspice contra
regem Granate et regnicolas, qui tributa antiqua solvere recu-
sabant, gloriosum obtinuerat triumphum, quo triginta milia
Sarracenorum referebantur occisa.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 333
334 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. KXXI.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI.
CHAPITRE XIII.
Défaite des chrétiens en Prusse.
| 335
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 337
telle, et eût jeté l'épouvante parmi leurs adversaires, s'ils se fussent
arrétés quelque temps pour reprendre haleine. Mais, emportés par
une folle ardeur et par le désir de signaler leur vaillance, ils poursui-
338 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
intulisses utique : « Nune, proc dolor! degenerans gallica mili-
cia predale regnum efficit. »
Hane autem nequam libenciam solito acrius excrescentem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 339
chevalerie française, dégénérant de ses ancêtres, met le royaume à
feu et à sang. »
Le roi, voulant couper court per une juste rigueur à cette licence
funeste qui croissait de jour en jour, fit publier à Paris, d'aprés le con-
340 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
consilio ad id prefatam dominam vallidis inclinaverunt preci-
bus. Sequenti eciam die claves castri per prepositum prefatum
regi obtulerunt, qui et ipse ut remitteretur offensa supplicavit.
Id tamen rex non annuit; sed eo precipiente, ballivus Silva-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 34
ils firent offrir au roi les clefs du cháteau par ledit prévót, qui demanda
aussi grâce pour les coupables. Le roi ne voulut pas leur pardonner,
et par son ordre le bailli de Senlis traina ignominieusement à Paris le
342 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
perlectis litteris ducem ipsum respondisse nepotem bene con-
sultum , cum Universitas Parisiensis, cives quoque et commu-
nitas secum starent; sciret tamen se regis patruum et cognatos
ejus mutuo confederatos, ipsi utique fideles et obsequiosos,
velle cum eodem loqui super quibusdam arduis personam suam
et regni commodum tangentibus, et jurasse ad eum Parisius
accessuros cum sua comitiva in conspectu ommium id volen-
cium intueri.
Gratis auribus responsum non audivit dux prefatus , nec sibi
placitum erat ut cum sua comitiva ad regem accederet. Qua-
propter, palatinis et consiliariis regiis in ejus presencia consti-
tutis, deliberatum extitit quod sibi insignes et notabiles persone
mitterentur, quas caras sibi sciebant, que propositum ejus, si
possibile esset , immutarent. Viri ergo merito nominandi Autis-
siodorensis episcopus, inclitus comes Marchie, magnus prior
de Rodis, Guillelmus de Tygnonvilla et dominus Gonterus
Colli, regis secretarius, regia legacione functi, Pictavis magnis
itineribus contendentes, a duce ipso Biturie in castro suo honori-
fice et amicabiliter sunt recepti. Cumque de regis salute, regine,
domini ducis Guienne, fratrum et sororum ejus diligenter inqui-
sisset, desingulorum incolumitate gavisus, die sequenti, videlicet
decima et octava augusti, in presencia Alenconii, Clari Montis,
Armeniaci, Augi et Bresne comitum, nec non Rothomagensis et
Bituricensis archiepiscoporum , episcoporum eciam de Maleses,
Lussoniensis, Pietavensis et Carnotensis , abbatum vero sancti
Maxencii et sancti Guillani, domini eciam Parteniaci , senescalli
Pictavie, domini de Bellavilla et plurium aliorum usque ad
viginti et quatuor numerum, eisdem graciam fecit dicendi
quidquid placeret.
Autissiodorensis episcopus propositum susceperat peroran-
-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 343
de Berri, aprés en avoir pris connaissance, avait répondu que son
neveu ne manquait pas de bons conseillers, puisque l'Université de
Paris, les bourgeois et la commune étaient pour lui , mais qu'il croyait
devoir le prévenir que lui, oncle du roi, et ses alliés, qui étaient aussi
de la famille royale, tous également fidèles et dévoués à sa majesté,
désiraient entretenir ledit roi sur plusieurs choses importantes qui tou-
chaient à la süreté de sa personne et au bien du royaume, et qu'ils
avaient juré de l'aller trouver à Paris en compagnie de leurs hommes
d'armes à la face de tous ceux qui voudraient en étre témoins.
Cette réponse causa un vif déplaisir au duc de Bourgogne; il ne lui
convenait pas que son rival vint trouver le roi avec ses gens de guerre.
ll assembla aussitót les conseillers du roi avec les officiers du palais
pour en délibérer. Il fut décidé qu'on députerait vers le duc d'illustres
et notables personnages, qu'on savait lui étre chers, pour le faire chan-
ger de résolution, s'il était possible. L'évéque d'Auxerre, le noble
comte de la Marche, le grand-prieur de Rhodes, Guillaume de Tignon-
ville et messire Gontier Col, secrétaire du roi, furent chargés de cette
mission, et se rendirent à Poitiers en toute diligence. Le duc de Berri
les reçut en personne à son château avec toutes sortes d'égards et de
prévenances ; il s'enquit avec intérêt de la santé du roi, de la reine,
de monseigneur le duc de Guienne, de ses fréres et de ses soeurs, et
témoigna qu'il était ravi d'apprendre qu'ils se portaient bien. Le len-
demain, 18 août, il leur donna audience en présence des comtes
d'Alencon, de Clermont, d'Armagnac, d'Eu et de Braine, des arche-
véques de Rouen et de Bourges , des évêques de Maillezais, de Luçon,
de Poitiers et de Chartres, des abbés de Saint-Maixent et de Saint-
Guislain, du sire de Parthenay, sénéchal de Poitou, du sire de Belle-
ville et de plusieurs autres seigheurs au nombre de vingt-quatre.
L'évéque d'Auxerre devait porter la parole; mais comme il était
344 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
dum; sed, quia gravi egritudine tunc laborabat, dominus
Guillelmus de Tygnonvilla miles, vir utique litteratus et face-
tus, vicem supplens, post impensum singulis assistentibus
debitum salutacionis affatum, cum salutaciones regias premi-
sisset, credencie oblatis litteris, legacionis intentum, ut prius
articulatim dux scribi jusserat , disertissime recitavit. Ex scrip-
tura prelibata, que salutacione premissa, ad certificandum
deinceps de statu mutuo regis et ducis dulciter incitabant,
sumens inicium :
« Regie, inquit, majestati, illustrissimi principes , notum est
« iniquos assentatores majores regni de regio sanguine pro-
« creatos ad intestinas discordias incitasse; qua de causa pacta
« et confederaciones cum nonnullis ejusdem generis statuerunt.
« Confederatos dominos certum est ad regem accedere velle cum
« comitiva armata, et ob hoc non modo in dominiis suis milites
« et armigeros congregasse, sed et in confinio ubi rex degit ad
« presens, quod non consuetum est in regno nec debet fieri
« sine ejus licencia, ut alias, excellentissime princeps, in con-
" « sistorio regali et presencia baronum regni luce clarius voce
« ostendistis. Rex autem, previdens oculo perspicaci , quod , si
« continuentur incepta , alii de regali progenie procedentes ad
« similia agenda inducentur, et ut coram eo in statu simili com-
« pareant, congregaciones dictas displicencius quam credi posset
« attendit, cum clarissime pateat quod ad destructionem regni
« et per consequens persone sue ac prolis regie tendant. Nam
« cum regnicolis evocandis eciam evocarentur exteri, qui non
gratum habent regnum, sed ipsius felicitati invident ac de
« principum divisione letantur. Et esto quod suppeditaretur
« una pars, altera nunquam secura maneret, sicque regnum
A
« inter guerrarum procellas perpetuo fluctuaret, nec obediretur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 345
alors gravement malade, il fat remplacé par messire Guillaume de
Tignonville, personnage renommé pour son esprit et son savoir. Après
avoir adressé à toute l'assistance les compliments d'usage, et offert les
salutations du roi, il présenta ses lettres de créance, et lut, article
par article, à haute et intelligible voix, les instructions des ambassa-
deurs, telles que le duc les avait fait rédiger par écrit. Aprés cette
lecture, qui le conduisait tout naturellement à parler des rapports du
roi et du duc, il s'exprima ainsi :
« Trés illustres princes, le roi sait que ce sont de perfides courti-
« sans qui ont allumé la guerre civile entre les grands du royaume
« issus de son sang ; il n'impute qu'à leurs conseils les pactes et les
« alliances conclus entre plusieurs d'entre eux. Il sait aussi que les
« princes confédérés veulent venir le trouver avec leurs gens de guerre,
« et qu'ils ont fait en conséquence des levées de chevaliers et d'écuyers,
« non seulement dans leurs propres terres , mais jusque dans le pays où
« està présent le roi. C'est ce qui ne se pratique point dans ce royaume,
« c'est ce qui ne doit point se faire sans l'autorisation du roi, comme
. « vous l'avez vous-méme, trés excellent prince, si clairement démontré
« autrefois dans un conseil royal, en présence des barons du royaume.
« Or le roi, qui craint, dans sa prévoyante sollicitude, que de tels
« abus, s'ils ne sont pas réprimés, n'encouragent les autres princes du
« sang à former des entreprises semblables et à se montrer à la cour
« en pareil équipage, voit avec un extréme déplaisir ces rassemble-
« ments de troupes qui menacent évidemment la süreté du royaume
« et par conséquent celle de sa personne et de son fils. Car il est cer-
« tain qu'outre les habitants du royaume on appellerait aussi sous les
« armes les étrangers, qui sont mal intentionnés pour la France, qui
« portent envie à sa prospérité et se réjouissent de la discorde des
« princes. Quand même l’un des partis triompherait à l’aide de ces
« secours étrangers, il ne serait point pour cela en sûreté ; le royaume
« serait ainsi continuellement en proie aux orages de la guerre civile, et
« la majesté royale ne serait plus obéie comme elle doit l'étre, parce que
IV, 44
346 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
« regie majestati ut deceret propter diminutam ejus potenciam ;
« dubitaretur iterum ne tam nobilissimum regnum adversarii
« occuparent. Est et alia racio displicencie regie. Nam et si inter
« partes pactum induciale aut aliud iniretur, eciam non sine in-
« tollerabili dampno expellerentur extranei, ut alias visum fuit.
'« Sic regnicolarum bona diriperentur penitus, agri manerent
« inculti, mercium cessaret devexio, hinc et inde oriri posset
« rebellio, vel clamorem popularem posset Deus exaudire, et in
« detrimentum illorum qui talia paterentur. Sic luce clarius
« patet quod, si congregaciones fiende exequcioni darent quod
« mente conceperunt, verteretur in destructionem regni. Nam
« si revolvantur annales, multe destructiones regnorum ex divi-
' « sionibus processerunt. Et id summa veritas universaliter con-
« cludit in Evvangelio dicens : Omne regnum in se ipso divisum
« desolabitur. » |
Qui loquebatur , rogans inde assistentes aurea lilia deferentes
ut ab odiis intestinis abstinerent, addidit regem domini ducis
Biturie personam et honorem hucusque cordialiter dilexisse,
cum antiquior de domo Francie descendentibus existat , exceptis
eciam liberis sibi propinquior, ipsumque cum duce Burgundie
dive memorie * ab infancia educaverit benigne et instruxerit in
agendis, postquam agere cepit in sceptris; nec ignorare quod
attendens bonum regni in obediencia et unione principum con-
sistere ad hoc pluries elaboraverit, eciam snis sumptibus, et ad
finem res prudenter perduxerit; idque in presenti actu sperabat
amore sui et regni, quorum commodum et honorem sciebat se
indubitanter optare. « Hinc est quod legatos suos dirigens ad
« dilectissimum patruum, excellentissime princeps, vobis sub
« fidelitatis juramento, racione generis et hominii debiti, et si
* War. : n° 5959 fol. 103 v., digne memorie.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 347
« son autorité serait affaiblie. y aurait aussi à craindre qu'un si beau
« royaume ne tombât au pouvoir de ses adversaires. Le roi éprouve
« encore un autre sujet de déplaisir en pensant que, quand même les
« deux partis en viendraient à une trêve ou à quelque accommodement,
« on ne parviendrait à chasser les étrangers qu'avec de grands dom-
« mages, comme cela a déjà eu lieu. Les biens des habitants serasent.
« livrés au pillage, les campagnes resteraient incultes, le commerce
« cesserait, la révolte éclaterait partout, ou bien Dieu exaucerait les
« cris du pauvre peuple , et ferait tomber sa colère sur ceux qui souf-
« friraient de tels excés. Il est donc prouvé jusqu'à l'évidence que les
« troupes qui doivent étre levées, ne pourraient mettre leur projet à
« exécution qu'en causant la ruine du royaume. Consultez les annales,
« et vous y verrez que la plupart des états ont péri par les divisions
« intestines. C'est ce que Dieu, qui est la vérité méme, vous apprend
« par ces paroles de l'Évangile : Tout royaume divisé en lui-méme
« sera désolé. »
L'orateur, s'adressant alors aux princes des fleurs de lis qui se trou-
vaient là, les pria de renoncer à leurs haines intestines. Hl ajouta que
le roi avait toujours eu fort à cœur les intérêts de moriseigneur le duc
de Berri et qu'il l'avait toujours chéri, tant parce qu'il était le plus âgé
des princes de la maison de France et son plus proche parent aprés ses
enfants, que parce qu'il avait veillé à son éducation conjointement
avec le duc de Bourgogne de pieuse mémoire, et l'avait éclairé de ses
conseils depuis son avénement au tróne; qu'il n'ignorait pas que ledit
duc , considérant que la tranquillité d'un état dépend de l'obéissance et
de l'union des princes , avait maintes fois travaillé à amener ce résultat,
méme à ses propres dépens, et qu'il y avait réussi par sa prudence;
que, dans la conjoncture présente, il n'attendait pas moins de son
amour pour le roi et pour le royaume, aux intéréts et à l'honneur
desquels il le savait entièrement dévoué. « Voilà pourquoi, dit-il, très
« excellent prince, le roi a député des ambassadeurs vers vous, son oncle
« bien aimé; il vous demande et vous requiert , au riam de la fidélité
« que vous lui aveo jurée:et que vous lui devez comme parent et comme
348 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
«
A
^
sibi optatis in aliquo complacere, postulat et requirit ut
omnes evocati pugnatores ad solum natale remittantur, et ad
hoc obligat nepotes et consanguineos vestros, qui secum sunt.
Hii Deum utique et celicolas in testes evoeant, contestantur
quod nunquam vestrum procuraverunt dedecus, sed vobis
promittunt servicium, amorem et honorem impendere, ad
que de jure cognacionis tenentur, indubitanter sperantes quod
remittere potestis armatorum agmina congregata, ne regno
inferant intollerabile dampnum vel gravamen. Premissis igitur
que non modo vos Deo regnicolisque gratum reddent, sed et
regi , qui excelsum submittens animum, vos requirit ut ad eum
cum familia communi accedentes, principalis post ipsum in
regni regimine sitis, et arbiter discordie inter lilia deferentes
orte. Et ne locorum distancia vos excuset , propius accedatis,
ut sic familiarius et cicius suos nuncios vobis mittat, et super
agendis liberius deliberare possitis. Nam indubitanter sperat
« od r prudenciam vestram consanguineorum suorum so-
gu
«
«
piri poterit discordia, rexque faciet pro posse quod omnes
contentabuntur de ipso. »
CAPITULUM XVI.
De responsione ducis Biturie.
Ad prelibata redacta in viginti articulis, quos, ut potui,
compendiose recollegi, ne attediarent lectorem, dux Biturie
archiepiscopum Bituricensem cancellarium suum statuit respon-
dere. Qui, quamvis doctor famosissimus existens, facundissi-
mus eciam reputaretur inter ceteros prelatos, legatorum tamen
judicio , prolixiori sermone, verba solum curialia protulit, ideo
breviter retexenda. Primo dixit ducem merito regraciari regi
CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXI. 349
« vassal, et en tant que vous désirez lui complaire, de renvoyer dans
« leurs foyers tous les gens de guerre que vous avez assemblés; il y
« oblige également vos neveux et vos cousins qui sont auprés de lui.
« Ceux-ci prennent à témoin Dieu et les saints, jurant qu'ils n'ont
« jamais travaillé à votre déshonneur, et promettant de vous servir, de
« vous aimer et de vous honorer, comme ils y sont tenus par les liens
« du sang. Ils espérent que vous voudrez bien licencier vos hommes
« d'armes, de peur qu'ils ne fassent retomber sur le royaume des maux
« et des dommages intolérables. En agissant ainsi, vous vous rendrez
. « agréable à Dieu, aux habitants du royaume, et particulièrement au
« roi, qui dans sa magnanimité daigne vous requérir de venir auprés
« de lui avec votre maison ordinaire , pour occuper la premiére place
« aprés lui dans le gouvernement du royaume, et devenir l'arbitre de
« la querelle qui a éclaté entre les princes des fleurs de lis. Afin que la
« distance qui vous sépare ne vous serve pas d'excuse, il vous invite à
« vous rapprocher de lui de maniére à ce qu'il puisse vous envoyer ses
« ambassadeurs plus familiérement et plus vite, et s'entendre plus faci-
« lement avec vous sur ce qu'il faut faire. Il a le ferme espoir que gráce
« à votre prudence la discorde qui régne entre les princes du sang
« pourra être assoupie , et il fera de son côté tous ses efforts pour que
« chacun soit content de lui. »
CHAPITRE XVI.
Réponse du due de Berri.
Le duc de Berri chargea l'archevéque de Bourges, son chancelier,
de répondre à cette requéte, qui était rédigée en vingt articles, et
que j'ai rapportée le plus sommairement que j'ai pu, pour ne pas fati-
guer le lecteur. C'était un trés fameux docteur, renommé pour son
éloquence entre tous les prélats du royaume. Cependant, au dire
des ambassadeurs, le long discours qu'il prononca ne contenait que des
paroles et des compliments de cour; aussi me contenterai-je de le
résumer trés succinetement. Il dit d'abord que le duc remerciait trés
350 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
humillime, cum, memor persone sue, in signum dilectionis
singularis, suam prosperitatem corporalem, regine et libero-
rum eorum certificare dignabatur, sciretque ipsum semper sibi
fidelem et obedientem extitisse et pro viribus procurasse per-
sone sue ac regni commodum et honorem : « Et in hoc, inquit,
« perseverare vita comite promitüt, ut jure cognacionis et
« hominii tenetur. » Finemque verbis faciens : « Et regiis, inquit,
« obtemperando mandatis, Turonis in brevi tendet cum multis
. « dominis de progenie regali, et tunc per suos nuncios super
« tactis articulis sic intendit tespondere, quod ipsi regi, domino
« Guyenne et toti mundo sufficiet, quoniam tunc percipient
« bonam intencionem quam gerit ad honorem et utilitatem
« regis atque regni. »
CAPITULUM XVII.
Ducem Biturie dux Burgundie statuit impedire.
Ut autem duci legati regii vale dicto responsionem ipsius 4n
regali consistorio retulerunt, indirecta omnium judicio visa
fuit nec sufficienter correspondens articulis. Quapropter, con-
sensu assistencium, dux Burgundie, velut ad resistendum
patruo et impediendum ejus votum, statuit quod sequitur.
Prima illi cura fuit ex evocatis copiis pugnatorum circum circa
Parisius Sequane pontes munire, et ejus profundis gurgitibus
aaves aptas mercibus, equis et quarris transmeandis submergi ,
ne ad eum quis adverse partis posset sine licencia transire vel
transmeare. Attendensque ducem Biturie dixisse pluries quod
eo volente vel invito cum agregata comitiva regem visitaret
Parisius, portas urbis a parte sua constructas, dumtaxat tri-
bus exceptis, muris obstrui precepit, excubiasque noeturnas
CHRONIQUE DE CHARLES VI, — LIV. XXXI. 351
humblement le roi de s'étre souvenu de sa personne, et de lui avoir
donné une preuve toute particuliére d'affecuon , en daignant lui faire
savoir qu'il était en bonne santé ainsi que la reine et ses enfants; qu'il
protestait avoir toujours été un sujet fidéle et soumis, et avoir eu
autant que possible en vue le bien et l'honneur du roi et du royaume,
et qu'il promettait de persévérer toute sa vie dans les mémes senti-
ments, comme il y était tenu par les liens du sang et par ceux de
l'hommage. Il termina ainsi : « Conformément aux ordres dn roi, le
« duc se rendra bientôt à Tours avec phasienrs princes de la famille
« royale, et alors il compte répondre au sujet desdits articles par l'en-
« tremise de ses envoyés, de. facon à satisfaire le roi, monseigneur de
« Guienne et tout le monde, et à prouver les bonnes intentions dont il
« est animé pour le bien et pour l'honneur du roi et du royaume. »
CHAPITRE XVII.
Le duc de Bourgogne se dispose à déjoner les projets du duc de Berri.
Les ambassadeurs du. roi , ayant pris congé du duc, rapportérent sa
réponse au conseil. On la trouva généralement équivoque et insuffi-
sante en ce qui concernait les articles proposés, et du consentement
de tous, le duc de Bourgogne prit des mesures ayant pour but de
résister à son oncle et de déjouer ses projets. Son premier soin fut
de faire garder tous les ponts de la Seine aux environs de Paris par
les hommes d'armes qu'il avait rassemblés, et couler à fond tous les
bstemix propres an transport des marchandises, des chevaux et des
voitures, afin qu'aucun de ses adversaires ne pût entrer dans la ville,
soit par terre, soit par eau, sans son autorisation. Considérant ensuite
que le duc de Berri avait annoncé à plusieurs reprises qu'il viendrait
trouver le roi à Paris, bon gré, mal gré, en compagnie de ses gens
de guerre, il fit murer toutes les portes du cóté par oà le duc pou-
vait arriver, à l'exception de trois, établit des sentinelles pour la
nuit sur les murs et dans l'intérieur de la ville, ainsi qu'une garde
352 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
super muros et in urbe stacionesque diurnas in portis ab
armatis continuari civibus, ne quis nisi cognitus ingrede-
retur civitatem. Centenariis eciam ville, quinquagenariis et
decanis quibus id preceperat evocatis, persuasit ut capita-
neum haberent, sub cujus regula predicta exercerent. Sed :
omnes, nullo dissenciente , responderunt nuper ducem Biturie
ductum amore civium onus hujus officii acceptasse et diu illud
laudabiliter exercuisse, ideo alterum novum capere indignissi-
mum reputabant. Jussit iterum idem dux voce preconia et
auctoritate regis, ut omnes feodales ejus, quotquot deinceps
convenirent, preposito Parisiensi juramenta prestarent, quod
sub eo vel sub duce, quociens opus esset, militarent; quod et
multi recusaverunt facere, ipsum prepositum reputantes tanto
honore indignum.
Non segnius pars alia se preparabat ad bellum domesticum,
et utrinque discursiones hostiles exercentes in cunctis hostium
more dampnificabant regnicolas, dumtaxat exceptis cedibus et
incendiis, intollerabilibusque rapinis vexabant ecclesias, monas-
teria et loca Deo dicata. In tanta adversitate viri ecclesiastici
humili cum plebe conversi ad Dominum in celebris processio-
nibus et missarum sollempniis orabant devotissime dicentes :
« Domine Jhesu Christe, parce populo tuo, et ne des regnum
« Francie in perdicionem, sed dirige in viam pacis principes. »
Quorum vota Dominus non exaudivit , quia forsitan pro quibus
effundebantur digni gracia non erant.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 353
bourgeoise aux portes pendant le jour, avec défense de laisser entrer
aucune personne inconnue. H manda aussi les centeniers , les cinquan-
teniers et les dizainiers de la ville, qu'il avait chargés du soin de faire
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — HV. XXXI.
CHAPITRE XVIII.
Le duc de Berri publie,un manifeste pour faire connaître ses intentions.
356
356 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
niaci Anglicos, Vascones et extraneos congregatos ad depre-
dacionem urbis modis omnibus anhelare.
CAPITULUM XIX.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 357
d'Armagnac,, ainsi que les Anglais, les Gascons et les étrangers qu'il
amenait avec lui, n'aspiraient qu'au pillage de la capitale.
CHAPITRE XIX.
368 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
ut remitteret pugnatores congregatos, ne regnum dampnifica-
rent, ducem dixit et consanguineos suos majestati regie sup-
plicare ut libere ad ipsam possent accedere, addens in calce
verborum, quod tunc luculenter sibi ostenderent justiciam
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 359
était violée de mille manières, son état et sa puissance grandement
diminués : « Trois choses, dit-il, trés excellent prince, qu'ils ne peu-
« vent supporter plus long-temps. »
Ce discours achevé, le roi ne mit pas l'affaire en délibération,
comme c'était son habitude. Il répondit sur-le-champ à l'arche-
véque : « Nous nous étonnons que notre oncle bien aimé ait concu
« une telle pensée. Dites-lui que nous ne le recevrons qu'autant
« qu'il se décidera à mettre bas les armes. » Le roi de Navarre et le
duc de Bourgogne se jctaut à ses pieds le remerciérent de cette résolu-
tion. Le roi, d'aprés leur conseil, fit dresser de ce qu'il avait dit des
lettres scellées de son sceau , qu'il expédia aux villes, aux chátelains
et aux chátellenies les plus éloignés, défendant à tous, sous les peines
réservées à la tráhison, de faire pubher les lettres de son oncle et de
ses alliés, et leur enjoignant de les envoyer ou de les apporter à son
chancelier à Paris, dés qu'elles leur parviendraient; Aprés quoi, il
congédia les députés du duc, et chargea une nouvelle ambassade com-
posée de l'archevéque de Reims, de monseigneur Simon Cramaut,
de messire Pierre de Navarre, du comte de Saint-Pol et de plusieurs
autres illustres personnages, de se rendre auprés dudit duc pour l'en-
gager à venir sans ses hommes d'armes, et pour lui dire que le roi le
lui commandait et l'en priait; mais cette tentative échoua comme la
précédente.
Au bout de trois jours, le duc de Berri, qui avait quitté Chartres
aprés l'avoir laissé piller par ses troupes, et qui s'était rendu à Étampes,
répondit aux envoyés : « Retournez auprès de monseigneur le roi,
« présentez-lui nos humbles salutations et priez-le de permettre que
« ses cousius et son oncle aillent le trouver, comme ils ont juré de le
« faire; car ils sont trés affectionnés à sa personne, et n'ont en vue,
360 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
« referant vulgares, nisi ad honorem regni et regie majestatis. »
Iterum ad persuadendum predicta et immutandum ducis pro-
positum, Francie venerabilis regina elaborare statuit per se
ipsam; sed cum quinque diebus id frustra temptasset, confe-
derati domini eam vale dicentes rogaverunt, ut cum ipsis in
oppinione condescendens regi supplicaret ne suis fidelibus et
humilibus amicis denegaret quod extranei facile impetrarent.
CAPITULUM XX.
Qualiter se habuerunt consiliarii regis inter tot vicissitudines rerum.
Dux Burgundie et cum cancellario Francie regales consiliarii,
attendentes se frustra hiis dissuasivis legacionibus laborasse ad
pacem, ut parti adverse timorem incuterent, edicto regio et
voce preconia Parisius fecerunt promulgari ut omnes indiffe-
renter feodati nobiles et ignobiles, quotquot loricati poterant
comparere, prompti essent sub vexillo regio militare, quociens
id juberetur. Hujus autem edicti generalis consultores sibi
modicum acquisierunt honorem; rem quoque a seculo tunc
omnium vivencium inauditam universi reprobando mirabantur.
Ideo perpauci obtemperaverunt precepto, et quotquot arma
sumpserunt libere protestabantur ubique quod sub quocunque
principe nisi sub rege minime militarent.
Quorumdam circumspectorum judicio, rex vexillum suum
sibi precepit afferri in ecclesia beati Dyonisii conservatum vo-
catum auriflamma. Nam dicebant unam partem contendencium
humiliari posse eciam sine conflictu, si videret quod alteri
adhereret, vel utramque, si neutri favorem daret, et tunc
utrique jubere posset libere arma deponere et contra se stare
' Far. : n° 5959 fol. 105 r., coram se.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 361
« quoi qu'on en dise, que l'honneur du royaume et de sa royale ma-
« jesté. » L'auguste reine de France essaya elle-méme de persuader ledit
duc et de changer sa détermination. Mais pendant cinq jours elle fit
à cet effet d'inutiles tentatives, et les princes confédérés, en prenant
congé d'elle, la suppliérent d'entrer dans leurs sentiments et d'inter-
céder auprés du roi , pour qu'il ne refusát point à d'humbles et fidéles
sujets et amis ce que des étrangers obtiendraient sans difficulté.
CHAPITRE XX.
Comment les eonseillers du roi se conduisirent au milieu de ces conjonctures critiques.
Le duc de Bourgogne, le chancelier de France et les conseillers du
roi, considérant l'inutilité de leurs efforts pour rétablir la paix, réso-
lurent d'intimider leurs adversaires et firent publier à Paris par la voix
du héraut et à son de trompe une ordonnance royale, portant que
tous les vassaux du roi sans distinction, nobles ou non, qui étaient
en état de prendre les armes, se tinssent préts à venir se ranger sous
la bannière royale, toutes les fois qu'ils en seraient requis. Cette ordon-
nance fit peu d'honneur à ceux qui l'avaient conseillée; c'était une
chose tout-à-fait inouie, qui étonna beaucoup et qui fut universelle-
ment réprouvée. Aussi peu de personnes y obéirent, et ceux méme qui
prirent les armes protestérent hautement en tous lieux qu'ils ne com-
battraient que sous les ordres du roi.
D'aprés l'avis des gens les plus sages, le roi se fit apporter sa ban-
niére, dite oriflamme, qui était déposée dans l'abbaye de Saint-Denys.
On pensait que l'un des deux partis, en voyant cette banniére dans les
rangs opposés, se soumettrait sans tirer l'épée, ou que le roi les rédui-
rait l'uii et l'autre à faire leur soumission, s'il demeurait neutre entre
eux, et qu'alors il pourrait facilement leur enjoindre de mettre bas
les armes, et les forcer au besoin de s'en référer à lui de leur diffé-
rend. Mais les principaux membres du conseil et le chancelier repous-
IV. 46
362 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
judicialiter, si placeret. Id tamen in consilio presidentes cum
cancellario contempserunt , et dissuadentes multis viis arma in
consanguineos movere, eos suo debere dimitti arbitrio et quod
discordia eorum regiam majestatem non tangebat.
O utilitatis rei publice conservatores solliciti, quam incon-
sulto pectore protulistis odium inexpiabile consanguineorum
regis ipsum non tangere, cum, propter aviditatem regiam gu-
bernandi ortum , jam in ejus vestibulis arma hostilia minentur,
ut cernitis. Nec potestis ignorare quin hec fiant in regni direp-
cionem predalem. Ex cunctis oris Francie, tam ab exteris quam
a domesticis hostiliter occupatis, agrestes accole jam continuis
clamoribus regias aures pulsant, et seviciam concionum milita-
rium * excecrantes, se bonis omnibus destitutos lacrimabiliter
conqueruntur et redactos ad mendicitatem odibilem. Videtis et
matrem urbium circumquaque per viginti miliaria sic copiis
militaribus obsessam , quod in ipsam neque in vicinas urbes
aliquid nequit inferri, nec per terram neque amnes famosas,
nisi peccuniis redimatur, vel furtive vel violenter id fiat. Nec
ignoratis frustra exteros subsidiarios tarditatem et pusillanimi-
tatem gallicane milicie irridere, regnicolasque ducibus publice
maledicentes et absque erubescencie velo profiteri quod ab hos-
tibus Anglicis dulcius et modestius se credidissent tractandos
quam sub ipsis. Si ergo, prestantissimi domini, rex dictus est
a regendo et protegendo subditos cum dextera prepotenti, non
video quod hec mente recolligens possit siccis oculis vel sub
dissimulacione pertransire, nisi assentatorum more fortunam
conteridencium attendentes quam detrimentum patrie id ipsum
docuissetis. Utensque breviloquio, animum in consultando libe-
rum non habuistis, dum tam diu utrobique maluistis compla-
* War. : n° 5959 fol. 105 r., militancium.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 363
serent cet expédient et cherchèrent par toutes sortes de moyens à dis-
suader le roi de prendre les armes contre ses cousins, disant qu'il
devait les laisser vider eux-mémes leur querelle, et que leurs dis-
cordes ne touchaient en rien sa royale majesté.
O gardiens vigilants des intéréts publics, vous avez fait preuve de
grande inconséquence en déclarant que la haine implacable des cousins
du roi ne le touchait en rien, lorsque vous étes témoins que cette
haine, qui n'a d'autre motif que l'ambition de gouverner, fait retentir
jusqu'aux portes du Palais le bruit menacant des armes. Vous ne pou-
vez ignorer que ces préparatifs ne tendent qu'à la ruine du royaume.
N'entendez-vous pas s'élever de toutes les provinces de France,
dévastées par les étrangers et par les Français, les cris de détresse
des malheureux habitants des campagnes, qui ne cessent de maudire
la cruauté des gens de guerre et qui se plaignent les larmes aux yeux
d'étre dépouillés de tous leurs biens et réduits à la plus affreuse
misére? Ne voyez-vous pas la capitale méme cernée de tous cótés
dans un rayon de vingt lieues, et si étroitement bloquée qu'on n'y
peut rien introduire ni par terre ni par eau, non plus que dans les
villes voisines, à moins qu'on n'en achéte le droit, ou qu'on n'ait
recours à la ruse ou à la violence? Ne savez-vous pas que les mer-
cenaires étrangers insultent impunément à l'inaction et à la pusil-
lanimité de la chevalerie francaise, et que les habitants du royaume
maudissent hautement les ducs et proclament sans crainte qu'ils
seraient traités avec plus d'égards et de ménagements par les An-
glais, leurs ennemis, que par eux? Or, trés illustres seigneurs, si
un roi est institué pour gouverner et protéger ses sujets de toute
sa puissance, je ne vois pas comment il pourrait, pour peu qu'il
songe à ses devoirs, fermer les yeux sur tant de maux et les con-
templer d'un œil sec; il faudrait croire alors que vous préoccupant,
comme font les flatteurs, du succès des partis rivaux plutôt que
des intéréts de la patrie, vous l'avez vous-même détourné du droit che-
min. En un mot, vous n'avez pas délibéré en toute liberté d'esprit,
puisque vous avez mieux aimé pendant si long-temps complaire à l’un
364 €HRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
cere, quam auctoritatem regiam ad refrenandum mala emer-
gencia et hucusque subsequuta ' excitare. Ideo horum omnium,
veritatis timidi transgressores , noxios vos merito reputabo, et
revera ad omnium vestrum dedecus et opprobrium sempi-
ternum. |
CAPITULUM XXI.
Dux Burgundie gentes suas armatas Parisius introduxit, et Brabantini villam
Sancti Dyonisii predati sunt.
Interim dum cum Britanis, Normanis, Picardis et domes-
ticis Gallicis Aquitani, Lothoringi cum Sabaudiensibus, Bra-
bantinis, Burgundionibus, Anglicis et Flandrensibus per
viginti miliaria circumcirca Parisius patriam devastarent, por-
tas urbis Parisiensis hucusque a civibus custoditas ne quis in-
grederetur vel egrederetur incognitus, dux Burgundie auctori-
tate regia jussit cunctis introeuntibus libere reserari. Ibidem
octies mille pugiles cum, majoribus capitaneis sui exercitus
evocavit, statuens ut domiciliis. civium locarentur. Quod non-
nulli summe auctoritatis et ex generosis proavis ducentes origi-
nem impacienter ferentes de villa cum mobilibus clandestine
recesserunt, et se Meldis, aliis quoque urbibus transtulerunt.
Dux ibi residens et attendens quod, quantum pugilum ad-
auctus erat numerus, tanto majore peccunia in stipendium
opus erat, sibique deesset facultas ad hoc competens, preposi-
tum Parisiensem ordinavit , qui collectam peccunialem ab uni-
versis burgensibus levaret et ad libitum, cujus minor summa
non minus quani ad sex auri scuta descenderet. Et hec fuit tam
rigorose collecta, quod, si quis solucionem distulisset, donec
impositum taxum persolvisset, in domicilio clientes regii pone-
* Far. : n° 5959 fol. 105 r. , subsequencia.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 365
ou à l'autre parti que de faire servir l'autorité royale à arréter les
maux qui nous ont affligés et ceux qui nous afiligent encore. C'est
pourquoi , láches transgresseurs de la vérité, je ne crains pas de vous
déclarer coupables et de transmettre à la postérité le souvenir de votre
honte et de votre infamie.
CHAPITRE XXI.
Le duc de Bourgogne fait entrer ses gens d'armes dans Paris. — Les Brabançons
pillent la ville de Saint-Denys.
Pendant que les Áquitains avec les Bretons, les Normands, les
Picards et ceux de l'Ile-de-France d'une part, et les Lorrains avec les
Savoyards , les Brabançons, les Bourguignons, les Anglais et les Fla-
mands d'autre part, ravageaient les environs de Paris dans un rayon
de vingt lieues, le duc de Bourgogne ordonna aü nom du roi que les
portes de la ville, qui avaient été gardées jusqu'alors par les bourgeois
avec défense de laisser entrer ou sortir aucun inconnu , fussent ouvertes
à tout venant. En méme temps il manda à Paris huit mille hommes de
ses troupes avec ses principaux capitaines, et les logea chez les bour-
geois. Quelques personnes notables et d'illustre famille, mécontentes
de cette mesure, sortirent secrétement de la ville avec tous leurs biens
et se transportérent à Meaux ou ailleurs. Le duc de Bourgogne, consi-
dérant d'un autre cóté que, plus il augmentait ses forces, plus il avait
besoin d'argent pour l'entretien de ses gens de guerre, et qu'il n'avait
point de quoi les payer, ordonna au prévót de Paris de lever sur les
bourgeois un impót général, dont ledit prévót fixerait le taux à son
gré, pourvu que la moindre taxe ne füt pas au-dessous de six écus d'or.
Cette imposition fut levée avec une extréme rigueur. Si quelqu'un
différait de payer, on mettait chez lui des gens du roi , qu'il était tenu
d'héberger tous les jours jusqu'à ce qu'il eüt acquitté ce qu'on exi-
geait de lui. On assure que sur la somme qui fut ainsi recueillie le
prévót ne distribua aux chevaliers et aux écuyers qu'environ six mille
vingt écus d'or, et qu'il en garda la plus grosse part pour lui. Ce qui
donnait quelque vraisemblance à cette imputation, c'est qu'il y avait
366 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
bantur, quibus quereret stipendia et cotidianas expensas. Ex
hac summa nonnisi sex milia et viginti aureorum preposi-
tum distribuisse militibus et armigeris certum est. aui et sihi
368 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
indisciplinatis concionibus precipere a consuetis rapinis absti-
370 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
genitores amore tanti martiris super omnes alias singulariter
servasse , et revera ad eius vituperium sempiternum.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI.
CHAPITRE XXII.
314
372 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
Post gratam responsionem cum sibi vale dixissent , iterum
coram rege et suis illustribus adepta audiencia, statum regni
dolorosum disertissime declarando et ad pacem exhortando,
bellum consanguineorum multis dissuaserunt mediis, ad memo-
riam reducentes quot potentissimorum extiterint exterminium
finale. « Et si vera pocius quam dictu speciosa, inquiunt, alle-
« gentur, ad hoc urget ambos illustres principes inexpiabile et
« exprobrandum odium, quod, sicut cunctis notum est, ex
« cupidine regnum regendi procedit; qua auctoritate et utrum-
« que excludendum, et ad sua tuendum dominia remittendum
« jussu regio censemus. Sic possunt, et non alias, regnum
« reddere pacatum, et revera ad laudem perpetuam primi rece-
« dentis. Quod si acquiescant facere, in locum eorum ex trino
« statu eligantur viri prudentes, experti, timentes Deum , et qui
« zelum ad rem publicam habeant; nam indubitanter speramus
« quod sic regi atque regno cuncta prospere succedent. »
= Verba ista sermone prolixiori prolata attente recollegerunt
assistentes, et consequenter ad ea septembris vicesima quarta
die rex Navarre, vir utique eloquens et circumspectus, in Pala-
cio regali, coram rege, domino duce Guienne, Burgundie et
Brabancie ducibus, necnon comite Marchie, conestabulario
Francie, consiliariis regiis , Universitate et civibus Parisiensi-
bus , in hanc sentenciam verba fecit.
« Ante presidenciam regie majestatis, inquit, et sibi assisten -
cium, ego, duces quoque Burgundie et Brabancie, sui humiles
« consanguinel et servitores fideles, comparentes, quoniam
« vulgo dicitur quod ambicio dominandi et thesaurizandi cupi-
« ditas est causa dissencionis nostre et cognatorum nostrorum,
« regno utique periculosa nisi breviter sopiatur, quod mente
« conceperunt ad exaltacionem dominii et justicie ipsius, hoc
A^
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 313
- Les députés, charmés de cette réponse, prirent congé du duc, et
allérent trouver le roi, qui leur donna audience en présence des sei-
gneurs de sa cour. Ils exposérent trés éloquemment l'état déplorable
du royaume, lui remontrérent combien il était intéréssé à la paix et à
la réconciliation des princes, et le priérent de se rappeler que les dis-
cordes civiles avaient souvent causé la ruine des plus puissantes monar-
chies. « S'il faut, ajoutérent-ils, faire entendre ici la vérité plutôt que
« des paroles spécieuses, ce qui anime les deux illustres princes l'un
« contre l'autre, c'est une haine implacable et funeste qui n'a d'autre
« motif, comme chacun sait, que l'ambition de gouverner le royaume.
« C'est pourquoi nous pensons qu'il serait à propos que votre royale
« majesté les exclüt tous deux dudit gouvernement et les renvoyát dans
« leurs domaines. Il n'y a pas d'autre moyen de rendre la paix au
« royaume, et celui des deux qui se retirera le premier acquerra une
« gloire éternelle. S'ils consentent à s'éloigner, vous pourrez alors
« choisir dans les trois états, pour les remplacer, des hommes sages,
« éclairés, craignant Dieu, et dévoués au bien public, et nous espé-
« rons qu'ainsi tout ira bien pour le roi et pour le royaume. »
L'assemblée écouta avec attention ces remontrances de l'Université,
qui furent longuement développées. Le roi de Navarre, prince re-
nonimé pour son éloquence et pour sa sagesse, se chargea d'y répondre
dans une audience qui eut lieu le 24 septembre au Palais, eu présence
du roi, de monseigneur le duc de Guienne, des ducs de Bourgogne et
de Brabant, du comte de la Marche, du connétable de France, des
conseillers du roi, de l'Université et des bourgeois de Paris. Il s'ex-
prima à peu prés en ces termes :
. « Les ducs de Bourgogne et de Brabant, et moi, qui sommes les
« humbles cousins du roi et ses fidéles serviteurs, nous nous présen-
« tons devant sa royale majesté et les seigneurs de sa cour, pour ré-
« pondre aux bruits accrédités parmi le peuple que l'ambition de com-
« mander et le désir d'amasser des richesses sont la cause de la discorde
« qui règne entre nous et nos cousins, discorde qui peut devenir, dit-on,
« trés préjudiciable au royaume, si elle n'est promptement assoupie.
« Nous demandons à faire connaitre le projet que nous avons concu
374 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
« depromere dignum ducunt. Non equanimiter sane sufferentes
« famam suam falsa suspicione denigratam, dicunt non ambi-
« cione nec cupiditate ducti hucusque in Palacio mansisse , sed
« Sincero amore regis et regni, quod equidem et de aliis consan-
« guineis eorum sperandum est. Verbisque fidem facere cupien-
« tes, subsidiis nunc hucusque in terris suis dono regio per-
« ceptis abrenunciant penitus, ut deinceps ad utilitatem regni
« secundum regis beneplacitum convertantur. Ánnuas eciam
« pensiones ex erario regali persolvi consuetas, si sic et aliis
« placeat, dignum ducunt remittere, regi quoque in omnibus
« suis sumptibus servire; cui et si placuerit quod partes suas
« repetent, juxta Universitatis judicium, ut laudem sibi acqui-
« rant, prompti sunt primi exire, dum tamen assecurati sint
« quod alii eamdem viam teneant. In sentenciam iterum Uni-
« versitatis transeuntes , dicunt et racioni consonum ut de trino
« statu prudentes et non suspecti eligantur, qui regni ardua
«secundum Deum et justiciam disponant, nec ad hoc deinceps
« contendencium aliqua pars admittatur, supplicantes ut, si qua
« pars aliquid precedencium recuset, auctoritate regia graviter
« puniatur. »
Finemque verbis faciens, ut de novo accommodate peccunie
Parisius civibus restituerentur, cum inde gravati essent, agres-
tibusque accolis graviter dampnificatis propter guerram immi-
nentem aliquid de subsidiis relaxaretur consuetis, et ut cuncta
que dixerat duces prenominati approbarent supplicavit. Vive
vocis oraculo dux Burgundie hoc affirmans, indignum se repu-
tavit regimine tanti regni, ut erat regnum Francie.
In oculis omnium circumstancium boni sermones visi sunt
prelibati, et tunc cum rex regi Navarre de bona intencione sua
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 375.
« pour relever la puissance et la justice du roi. Vivement offensés des
.« imputations calomnieuses par lesquelles on dénigre notre réputa-
« tion, nous affirmons que ce n'est ni l'ambition ni la cupidité qui nous
« a retenus jusqu'à présent à la cour, c'est uniquement notre amour
« sincére pour le roi et pour le royaume, et nous aimons à croire qu'il
« en est de méme des autres princes du sang. Voulant donner plus de
« crédit à nos paroles, nous renoncons entiérement aux subsides que
« la munificence royale nous a permis jusqu'à ce jour de percevoir dans
« nos terres, afin que cet argent soit appliqué désormais aux besoins du
« royaume suivant le bon plaisir du roi. Nous sommes disposés méme,
« si nos adversaires y consentent aussi, à abandonner les. pensions
a annuelles qui nous sont payées sur le trésor royal, et à servir le roi
« à nos dépens. Pour lui complaire encore davantage, nous retourne-
« rons dans nos domaines , conformément à la requéte de l'Université,
« et nous aurons la gloire et le mérite de partir les premiers, pourvu
« que nous soyons assurés que nos adversaires en feront autant de leur
« côté. Il est encore un point sur lequel nous adoptons le sentiment
« de l'Université. Nous pensons comme elle qu'il est raisonnable de.
« choisir dans les trois états des personnes sages et intégres, pour
« régler les affaires du royaume selon Dieu et selon la justice, et
« de n'admettre désormais au gouvernement aucun des deux partis
« rivaux, et nous demandons avec instance que quiconque repoussera
« ces propositions soit sévérement puni au nom du roi. »
Le roi de Navarre termina en suppliant qu'on rendit aux bourgeois
de Paris les sommes qu'on leur avait tout récemment empruntées et
dont ils avaient grand besoin, qu'en raison des maux et dommages
dont les habitants de la campagne étaient accablés à l'occasion de la
guerre on diminuát quelque chose des subsides qui pesaient sur eux,
enfin que lesdits ducs approuvassent tout ce qu'il avait dit. Le duc de
Bourgogne déclara qu'il y adhérait et qu'il se reconnaissait inca-
pable de gouverner un royaume aussi grand qu'était le royaume de
France.
Toute l'assistance applaudit à ces paroles, et le roi remercia le roi
de Navarre de ses bonnes intentions. Aprés quoi, l'on fit retirer tout
376 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
regraciatus fuisset, ceterisque expulsis, in consistorio soli prin- .
cipes remansissent , id solum conclusum fuit? oblaciones facte
duci Biturie referrentur. Ut autem cognitum fuit ipsum ducem
die lune ante festum beati Dyonisii ad domum suam de Win-
cestre solo miliari a Parisius distantem pervenisse, et per cir-
cuitum copias pugnatorum collocasse, rex et ejus consilium
ad eum mitti legaciones ex variis et notabilibus personis decre-
verunt.
Quas comi fronte inolita benignitate recipiens, et facta
dicendi gracia quod placeret, vento verba commisisse et enar-
rasse pfedicta idem reputavit, addens in responsione quod, sí
et regni regimen trino statui subderetur, ipsemet inter nobiles
annumerari volebat. Hac repulsa nuncii non contenti, cum eo
usque ad Omnium Sanctorum festum multa continuaverunt
secreta consilia. Durante quoque spacio, regnicolarum animos
ad spem pacis erigebant; sed nil penitus profecerunt, quamvis
media ad propositum tacta sunt que sequntur. Frustra siqui-
dem oblatum est ut dux uterque quingentis tantum associatus
armatis ad regem accederet, rex vero secum haberet mille et
quingentos , et sub hac condicione quod, durante pacis collo-
quio, justicia exerceretur in villa non per prepositum Parisien-
sem, quem dux exosum habebat, sed per dominos Parlamenti,
comes eciam Marchie et conestabularius villam custodirent, ad
subitos motus, si emergerent, comprimendos. Incassum eciam
temptatum est ut, durante pacis colloquio, rege apud Corbo-
lium residente, ambo duces in parte dextera et sinistra cum
suis legionibus residerent; sed quia patria jam alimentis omni-
bus destituta tantis exercitibus sufficere minime valuisset, id
dux Biturie noluit acceptare.
# Far.: n° 5959 fol. 106 r. , id solum concluserunt quod, -
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 371
le monde, excepté les princes qui tinrent conseil entre eux, et déci-
dérent qu'on donnerait avis au duc de Berri des propositions qui
étaient faites. Mais on apprit bientót que ledit duc était venu s'établir
le lundi avant la féte de Saint-Denys à son cháteau de Bicétre, qui
n'était qu'à une lieue de Paris, et qu'il avait logé ses hommes d'armes
aux alentours. Áussitót le roi et son conseil résolurent de lui envoyer
"une ambassade composée de plusieurs personnages notables.
Le duc recut ces députés avec son affabilité et sa courtoisie ordi-
naires , et leur permit d'exposer l'objet de leur mission. Mais il tint
peu de compte de leurs paroles, et répondit que, si le gouvernement
était confié à des représentants des trois états, il demandait à faire
partie de ceux de la noblesse. Les députés ne se rebutérent pas; ils
eurent avec lui plusieurs autres conférences secrétes jusqu'à la Tous-
saint, et durant cet intervalle les habitants du royaume concurent
quelque espérance de pacification. Mais les divers expédients auxquels
on ent recours pour arriver à ce but n'eurent aucun succès. Ainsi,
vainement fut-il proposé que les deux ducs vinssent trouver le roi
avec une escorte de cinq cents hommes d'armes seulement, le roi en
ayant quinze cents en sa compagnie, sous la réserve que, pendant les
pourparlers, la justice serait rendue dans la ville, non par le prévót
de Paris, que le duc de Berri haissait, mais par messieurs du Parle-
ment, et que le comte de la Marche et le connétable veilleraient à la
tranquillité publique, et réprimeraient les séditions qui pourraient
éclater. Vainement aussi fut-il demandé que, le roi résidant à Corbeil
pendant les conférences , les deux ducs s'établissent avec leurs troupes,
l'un sur la rive droite de la Seine, l'autre sur la gauche. Le duc de
Berri refusa, sous prétexte que le pays était dépourvu de vivres et de
provisions et ne pourrait suffire à l'entretien de tant de troupes.
Iv. 48
378 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
Durante spacio antedicto, aliqui utrobique quietis impa-
cientes et qui corda juvenilia sequebantur, nunc portarum civi-
tatis Parisiensis inquietantes custodes, aut recuperando pecus
raptum vel victum per Sequanam missum, multas occursiones
hostiles et parva prelia commiserunt, in quibus et multi non
interfecti sunt, sed victis cum camisiis solum redire conces-
sum est. ,
CAPITULUM XXIII.
De tractatu composito inter duces.
Jam jamque utrinque evocatas legiones tedebat tam diu inef-
ficaciter mansisse in pago Parisiaco, quem eciam spacio quin-
que ebdomadarum ducenta milia militum , scutiferorum, gre-
gariorum et balistariorum sustinuisse non immerito stupebant,
et quod incredibile hucusque procul dubio ab universis extiterat.
Videntes autem principes quod, consumptis omnibus alimen-
tis, eciam hyemis inclemencia intollerabilis imminebat , infecto
negocio pro quo venerant, ingloriose statuerunt redire, prius
tamen tali quali tractatu composito, quem et diviserunt in
decem articulos qui sequuntur.
« Et primo quod omnes domini de progenie regali existentes,
excepto comite de Mortaing, fratre regis Navarre, ad partes
suas redirent cum suis militaribus copiis; una et eadem die
dictas copias remittent, et poterit dux Biturie apud Gyen super
Ligerim manere, secum eciam retinere comitem Ármeniaci tan-
tum quindecim dierum spacio. Rex Navarre ibit ad ducatum
suum de Nemours, et dux Brabancie ducissam Burgundie soro-
rem suam poterit visitare. |
« Item et quod nullus dominorum per terram alterius domini
transibit cum suis militaribus copiis, ne inde dampnificetur, et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 379
Durant ces négociations, quelques jeunes gens des deux partis, fati-
gués de leur inaction et entrainés par leur bouillante ardeur , se firent
une guerre d'escarmouches, les uns poussant jusqu'aux portes de Paris,
pour tácher de pénétrer par surprise dans la ville, les autres faisant
des sorties pour recouvrer le bétail qu'on leur enlevait, ou pour assu-
rer les convois qui descendaient la Seine. Ces combats étaient peu
meurtriers; on se contentait de dépouiller les vaincus et de les ren-
voyer en chemise.
CHAPITRE XXIII.
Traité couclu entre les ducs.
Les troupes qu'on avait rassemblées de part et d'autre dans les
environs de Paris commencaient à se lasser de leur longue inaction,
et l'on s'étonnait avec raison que le pays eüt pu suffire pendant cinq
semaines à la subsistance de deux cent mille hommes, tant chevaliers
qu'écuyers, arbalétriers et gens de pied. C'était en effet une chose
vraiment incroyable. À la fin, les princes, voyant que les vivres étaient
épuisés et qu'on était menacé d'un hiver trés rigoureux, résolurent
de renoncer à leur entreprise et de se retirer sans bruit, aprés avoir
toutefois conclu un traité tel quel. Ce traité était divisé en dix articles,
ainsi qu'il suit :
« Premiérement, tous les princes du sang royal, à l'exception du
comte de Mertain, frère du roi de Navarre, retourneront dans leurs
domaines avec leurs geus de guerre , qu'ils licencieront tous ensemble
le méme jour. Le duc de Berri pourra rester à Gien sur la Loire, et
retenir auprés de lui le comte d'Armagnac , mais pendant quinze jours
seulement. Le roi de Navarre se rendra dans son duché de Nemours,
et le duc de Brabant pourra aller voir la duchesse de Bourgogne sa
soeur. E
« Jtem , aucun desdits seigneurs ne passera avec ses hommes d'armes
sur les terres d'un autre, afin qu'elles n'aient à souffrir aucun dom-
380 CHRONICORUM KARGLI SEXTI LIB. XX XI.
si oporteat de necessitate transire, erit sine faciendo moram,
et cum minimo dampno quod poterit perpetrari.
« Item, quod omnia oppida et municipia regis solum depu-
tatis ab antiquo custodibus committentur, nec ponentur in
ipsis alie nove copie, et id domini litteris suis confirmabunt,
et commissario regio hoc jurabunt, et similiter capitanei ab
ipsis dominis deputati.
« Iterum et, si opus fuerit, rex mittet milites suos cum illis
qui recedent, ne moram faciant petendo natale solum , et cum
minimo dampno quod fieri poterit.
« Item, et quod prefati domini non revertentur ad regem,
nisi prius fuerint evocati per patentes litteras suo sigillo robo-
ratas et conclusas in magno regis consilio, et quod hoc requirat
urgens necessitas. Nec reditum suum domini procurabunt, et
id eciam jurabunt et promittent commissario regio. Super hoc
eciam rex sub suis litteris confirmabit quod hoc ordinavit. Et
si contingeret regem unum ex hiis evocare, ipsa et eadem die
alterum eciam evocabit.
« Item, in manu commissarii regalis dicti domini jurabunt,
quod a die Pasche anni millesimi quadringentesimi et undecimi
usque ad aliud Pascha anni sequentis , per viam factr, rigoris,
vel vituperii verbalis unus contra alterum non procedet; et
inde littere regie fient, certas penas, si opus fuerit, continentes
contra transgressores hujusmodi juramenti. |
Item, et quod rex eliget quosdam probitate conspicuos viros,
non suspectos, nec pensionibus nec juramento cuicunque
astrietos nisi sibi, qui eidem agsistent in consiliis, nomina-
que electorum prefatis dominis ostendentur et super electione
proferent vota sua. | |
« Îtem, et prefati domini Biturie et Burgundie duces, quamdiu
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 381
mage, et s’il faut de toute nécessité les traverser, ce sera sans s’y
arrêter et avec le moins de dégât que faire se pourra.
« Jtem, les garnisons des villes et places fortes appartenant au roi
seront remises sur l'ancien pied, et il n'y sera point ajouté de nou-
velles troupes. Les seigneurs confirmeront par lettres cette disposition,
et jureront par-devant un commissaire royal de s'y conformer; les
capitaines nommés par eux en feront autant.
« Jtem, s'il est besoin, le roi enverra quelques-uns de ses chevà-
liers pour veiller à ce que les troupes desdits seigneurs, en retour-
nant dans leur pays, ne séjournent pas trop long-temps sur les terres
d'autrui, et y commettent le moins de dégát que faire se pourra.
« Jtem , lesdits seigneurs ne reviendront auprés du roi qu'autant
qu'ils seront mandés par lettres patentes scellées de son sceau et con-
firmées par son conseil, et en cas de nécessité urgente. Ils ne cherche-
ront pas à se faire rappeler; ils s'y engageront et en feront serment
par-devant le commissaire royal. Le roi confirmera par lettres qu'il
l'a ainsi ordonné, et s'il arrive qu'il mande l'un d'eux, il devra le
méme jour mander l'autre également.
« Jtem , lesdits seigneurs jureront entre les mains du commissaire
royal que, depuis le jour de Páques de l'an mil quatre cent onze jus-
qu'au jour de Páques de l'année suivante, ils ne procéderont l'un contre
l'autre ni par vo'e de fait ou de rigueur ni par paroles injurieuses ;
et de ce il sera dressé des lettres royales portant certaines peines, s'il
est nécessaire, contre les transgresseurs de ce serment.
« {tem , le roi choisira pour former son conseil certaines personnes
probes et intégres, qui ne seront liées à nul autre qu'à lui par pen-
sions ou par serments, et les noms desdites personnes seront commu-
uiqués auxdits seigneurs qui feront connaître ce qu'ils en pensent.
« Jtem , lesdits ducs de Berri et de Bourgogne, pendant tout le temps
' 382 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
absentes erunt, regimen domini ducis Guienne committent
Anahne militihne eihi œratie nra inaie ot naminihne eornm ot
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 383
de leur absence , remettront le gouvernement de monseigneur le duc
de Guienne à deux chevaliers de leur choix, qui seront leurs repré-
sentants et agiront en leur nom; et comme le duc de Berri n'avait pas
obtenu de lettres au sujet dudit gouvernement , il lui en sera délivré.
« Jtem , le prévót de Paris sera privé de la prévóté et de tous les
. pouvoirs qui lui ont été conférés, et le roi disposera desdits emplois
selon son bon plaisir.
« Jtem , il ne sera fait, soit à présent, soit à l'avenir, aucun tort ni
par le roi , ni par lesdits seigneurs , aux chevaliers ou écuyers qui ont
fait partie des corps de troupes rassemblés par lesdits seigneurs, ou
qui ont refusé de s'y joindre , non plus qu'à leurs héritiers; et ils pour-
ront obtenir à ce sujet des lettres du roi et desdits seigneurs. »
Cet accommodement fut à peine conclu entre les ducs , que les che-
valiers et les écuyers engagés à leur service, qui avaient vécu jus-
qu'alors dans le luxe et la bonne chère à Paris, considérant qu'ils
étaient écrasés de dettes, résolurent de partir furtivement l'un aprés
l'autre. Ils auraient ainsi frustré leurs créanciers, si ceux-ci n'y avaient
mis bon ordre. Voici ce qu'ils firent. Ils dressérent un état des sommes
qui leur étaient dues, et le remirent aux bourgeois armés qui étaient
chargés de la garde des portes , et auxquels il fut ordonné de ne laisser
sortir les gens de guerre qu'autant qu'ils montreraient leurs quit-
tances. La plupart d'entre eux furent ainsi obligés de mettre en gage
leurs armes et les objets précieux qu'ils avaient en leur possession.
Alors le nombre des étrangers commença à diminuer de jour en jour;
plusieurs d'entre eux s'en retournérent avec un immense butin, des
trésors considérables et un riche mobilier, tout en blámant les len-
teurs et les irrésolutions des ducs, et en regardant le traité qu'ils
avaient conclu comme une honte pour eux. Il y en eut qui parlérent
favorablement de la conduite du duc de Berri , et qui le louérent fort
d'avoir obligé son neveu à sortir de Paris; d'autres au contraire firent
un mérite au duc de Bourgogne d'avoir résisté à son oncle, et de
384 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
fuerat urbem, quod modis omnibus affectaverat et juraverat
cum suis confederatis. Quidquid tamen rei exordium, pro-
gressus et exitus laudis contineat, circumspectorum relinquo
judicio. Finem tamen narracionis faciens, ut condictum fuerat
inter duces, una et eadem die, videlicet octava mensis novem-
bris , recedentes, ut equaliter distarent de villa Parisiensi, dux- -
Biturie Dordanum, et alter Meldis peciit; non sine publicis
maledictionibus plebis.
CAPITULUM XXIV.
De hiis qui ad gubernandum regnum electi sunt.
Quod conclusum fuerat in tractatu rex cupiens adimplere,
id quisbusdam viris injunxit circumspectis, qui ex viris eccle-
siasticis Remensem archiepiscopum , Sanctique Flori et Novio-
niensem episcopos , cum dominis eciam de Offemonte, de Mal-
liaco, de Rambure, de Blaru, novem alios milites elegerunt,
quorum industria regnum prudencius solito regeretur. Cum
eisdem , de consensu Biturie atque Burgundie ducum, rex potes-
tatem liberam et generalem administracionem super regnum
universum , ut et in pace et guerra, intus et foris, super majores
et minores, plenamque jurisdictionem instituendi et destituendi
regios exactores et resdituum regni concessisset, mox preposi--
tum Parisiensem dominum Petrum de Essartis, duci Biturie
sibique confederatis exosum, deposuerunt, et dominum Bru-
nellum de Sancto Claro substituerunt loco ejus.
CHRONIQUE DE CHARLES VI: — LIV. XXXI. 385
l'avoir empéché d'entrer dans la ville avec ses gens de guerre , comme
il le désirait si ardemment et comme lui et ses alliés l'avaient juré. ,
Je laisse aux sages le soin de décider ce qu'il y a de louable dans toute
cette affaire; je dirai seulement, pour terminer mon récit, que les
ducs, conformément à ce qui avait été convenu entre eux, partirent
le méme jour, c'est-à-dire le 8 novembre, accompagnés des malé-
dictions du peuple, et se rendirent , le duc de Berri à Dourdan, le duc
de Bourgogne à Meaux, afin de se trouver l'un et l’autre à une égale
distance de Paris.
CHAPITRE XXIV.
De ceux qui furent choisis pour gouverner le royaume.
Le roi, voulant mettre la derniére main à l'exécution des clauses
du traité, chargea quelques gens sages de lui désigner de nouveaux
ministres. Il choisit, d’après leur avis, parmi les membres du clergé,
l'archevéque de Reims et les évéques de Saint-Flonr et de Noyon,
parmi les laiques , les sires d'Offemont, de Mailly, de Rambures et de
Blaru, et neuf autres chevaliers sur l'habileté desquels il se reposa de
l'administration du royaume. Il leur donna, du consentement des
ducs de Berri et de Bourgogne, une pleine et entière autorité sur tout
le royaume, le droit de commander à tous les officiers grands et
petits, en temps de paix et en temps de guerre, au dedans et au de-
hors, et tout pouvoir d'instituer ou de destituer les exacteurs royaux.
Le premier acte de leur autorité fut de déposer le prévót de Paris,
messire Pierre des Essarts, qui était hai du duc de Berri et de ses
alliés; ils nommérent à sa place messire Bruneau de Saint-Clair.
jv. | | 49
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI.
387
388 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
nana amiesinnis annnanis at hanmem m na smie mahilis menta
\
4
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 389
obtenu à cet effet une autorisation spéciale, délivrée et accordée par
les conseillers du roi, pour la défense de l'état ou de sa majesté; qu'il
était permis à tous les habitants du royaume de défendre leur pays
contre les dévastations des brigands, et de tuer les agresseurs, sans
CHRONICORUM
CHRONIQUE
392 : CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Fidelitatem quoque regis multis laudibus commendans, cum
vexillum Ecclesie deferendum tradidisset cum observanciis
consuetis, concomitante benedictione paterna, sibi et suis
pugnatoribus vale dicens, precepit ut ad debellandum Lendis-
laum, qui suam patriam per tyrannidem occupabat, et Grego-
rium intrusum, quem hucusque secum tenuerat, maturaret.
Dignum credo et presenti satis convenire hystorie, ut poste-
rorum -mandetur memorie quod tunc summe auctoritatis
domini nominandi Ludovicus de Lognyaco, Paulus Ursini,
Anthonius insignis marchio de Contron, senescallus Augi, Tri-
tannus de la Jaille, Guido de Laval, Henricus de Picqueton ,
Petrus de Beauno, dominus de Boscagio , et Johannes Capucii
in exercitu armorum et strenuitate pollebant. Et hii omnes
cum magnis itineribus ad hostes contenderent, nec ab eis nisi
quatuor leucis distarent, mox Lendislaus ad regem nuncium
litteras diffidencie ferentem destinavit; qui eum cum donis
remuneratum remisisset, quemdam capitaneum in armis stre-
nuum Drache vocatum premisit, qui vias et itinera ad hostes,
cum quantis bellum administraretur copiis, qui tractus castro-
rum queque forma esset, sub quibus regerentur ducibus,
exploraret, et cicius quod posset ipsum de hiis redderet doctio-
rem. Sed cum ipse jam Perusium cum mille et quingentis tan-
tum bellatoribus attigisset , cuidam famoso capitaneo, Tartaille
nomine, qui anteguardiam Lendislay conducendam eum duobus
mille pugnatoribus susceperat , quem et occasione simili premi-
serat, obviavit; cum quo atrox prelium commisit de suorum
consilio, tandemque hinc inde multis occisis et letaliter sau-
ciatis triumphum obtinuit gloriosum.
Faustum eventum cum exuberanti leticia rex audivit, et
tunc ad concionem militibus evocatis : « Nunc, inquit, arram
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL — 393
principal champion et protecteur de la sainte Église. Puis, aprés avoir
fait le plus pompeux éloge de la fidélité de ce prince, il lui remit
394 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« bravii tenentes, commilitones optimi, hostes stare in vicino
« ambiguum vobis non est, quos et non censeo timendos, cum
« sub signis adulterinis et usurpatis militantes anathematis
« vinculo subjaceant, et lesas erga Deum et celicolas deferant
« consciencias. »
Inter loquendum tamen, antequam dominum Ludovicum de
Logniaco, cui primam aciem commiserat , constituisset preire,
a longe percipiens hostes cum fastu maximo accedentes , addi-
dit : « Et nunc , carissimi, in instanti negocio , facto non con-
« silio opus est; quantum audaces geratis animos nunc pateat,
« et precipue Jhesu Christo rei exitum commendantes spem
« victorie in eum reponatis. » Et hec dicens cum lituorum
sonitu agrediendi signum dedit, die sancti Yvonis. Hoc instanti
utrobique clamores dissoni in vicino aere multipliciter echo-
nizaht, instar grandinis aerem occupat sagittarum dempsitas.
Inde spretis humanitatis legibus, tanquam in feras immanis-
simas ardentibus studiis et odio insaciabili, gladiis, ensibus,
asciis ac omnis generis instrumentis bellicis prope vesano
impetu utrinque decertatum est. Non cum astucia aliqua nostri
continuaverunt conflictum, sed a leva et a dextra ictus cum lacer-
tis ingeminantes hectoreis, cum eos haud secus quam pestifero
sydere icti adversarii paverent, tandem emarcuit virtus oinnis.
Quod percipiens Lendislaus, animo consternatus , mox fugiens
castrum propinquum Ruppis Sicca nominatum peciit indilate,
ex tribus milibus quos secum traxerat paucis evadentibus.
Ex remanentibus edita est strages ingens, cum decem comitibus
eciam multis captis, ut subirent redempcionis jugum odibile;
victores equis et spoliis usque ad nauseam ditati sunt. Sed Len-
dislay et intrusi Gregorii vexilla ibi relicta ad summum pon-
tificem in signum victorie transmiserunt. Que cum exuberanti
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 395
« nous avons maintenant un gage certain.de la victoire. Réjouissons-
« nous donc de ce que les ennemis sont si prés de nous; car ils sont,
« à mon avis, d'autant moins à craindre qu'ils combattent sous la
« banniére d'un bátard et d'un usurpateur, qu'ils ont été frappés
« d'anathéme et que leur conscience n'est pas sans reproche à l'égard
« de Dieu et des saints. »
Comme le roi de Sicile achevait ces paroles et donnait le signal
du départ à messire Louis de Logny, qui était chargé du comman-
dement de son avant-garde, il apercut de loin l'ennemi qui s'avan-
cait insolemment : « Mes amis, ajouta-t-il, il n'est plus temps de
« délibérer, il faut agir. C'est maintenant qu'il convient de déployer
« tout votre courage. Invoquez l'assistance de Jésus-Christ, et repo-
« sez-vous sur lui du succès. » Aussitôt il fit sonner l'attaque. C'était
le jour de la Saint-Yves. Au méme instant des cris terribles, poussés
par les deux armées, firent retentir les échos d'alentour, et l'air fut
obscurci par une gréle de traits. Les combattants, animés d'une
haine implacable , et oubliant toutes les lois de l'humanité , se jetèrent
les uns sur les autres comme des bétes féroces avec le plus cruel achar-
nement, et s'attaquérent à coups d'épées, de poignards, de haches et
de toutes sortes d'armes. Dans cette mélée furieuse, les nótres n'eu-
rent pas recours à la ruse; ils assaillirent si vigoureusement leurs
adversaires, en frappant sur eux à droite et à gauche, qu'ils jetèrent
l'épouvante et la consternation dans leurs rangs; on eût dit qu'ils
étaient atteints par le feu du ciel. Ladislas voyant les siens en déroute
fut lui-méme saisi d'effroi, et s'enfuit:en toute hâte vers un château
voisin nommé Rocca Secca. Des trois mille hommes qu'il avait avec lui
fort peu échappérent. On fit un horrible carnage du reste ; dix comtes
et beaucoup d'autres seigneurs furent faits prisonniers et mis à rangon.
Une grande quantité de chevaux et un immense butin tombérent au
pouvoir des vainqueurs. Le roi de Sicile envoya au pape, comme
témoignage de sa victoire, les banniéres de Ladislas et celles de l'intrus
Grégoire, qui étaient restées sur le champ de bataille. Le pape recut
ce don avec une joie inexprimable; pour rendre gráces à Dieu, i] célé-
bra une procession solennelle le jour de l' Ascension, et aprés la messe
396 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
leticia recipiens , inde peracta processione sollempni cum actio-
nibus graciarum, die Ascensionis Domini, post missarum sol-
lempnia, in signum prodicionis ipsa signa in eminenciori loco
palacii ex transverso suspendi et inde per urbem trahi pre-
cepit, ubique populo acclamante : Vivat summus pontifex et
victor rex Sicilie Ludovicus !
CAPITULUM II.
De connubio regis Cypri et domicelle de Marchia.
Unum quod millesimo quadringentesimo nono anno jam
exacto Janus, Cypri, Jerusalem et Armenie rex inclitus, mul-
torum judicio forma egregius et virtutibus commendandus,
regem postulaverat et lilia aurea deferentes , memini nunc asse-
quutum non sine Francigenarum gaudio, cum in regni hono-
rem et gloriam redundaret. Sane ad memoriam reducens suos
progenitores reges a generosa Francorum prosapia traxisse
originem, ut iterum ad antiquum cognacionis titulum per pro-
ductionem carnalem successores reduceret, magnum precepto-
rem Cypri et priorem sancti Johannis Tholose, dominum Ray-
mundum de Lescure, ordinis sancti Johannis Jerusalem, suos
principales consiliarios, de quorum industria plurimum con-
fidebat, ob hoc ad regem dignum duxerat destinare.
Quorum adventu comperto, et quod strenui in armis exis-
tentes ex generosis proavis nuncupatis de Lescure in Rouarge
Ruthenensis partibus trahebant originem, eos propensius
statuit honorare et comi fronte exceptos jussit ut, quamdiu
manerent, sumptibus regiis reficerentur habunde. Factaque
dicendi gracia que placerent, in consistorio principum, post
debitum regie salutacionis affatum, se missos dicunt ut socie-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 397
il ordonna que lesdites bannières fussent suspendues en travers dans
l'endroit le plus élevé de son palais, comme un monument de tra-
hison. Puis il les fit promener par la ville, au milieu des acclamations
du peuple, qui criait : Vive le souverain pontife et le victorieux Louis,
roi de Sicile !
CHAPITRE II.
Mariage da roi de Chypre avec la fille du feu comte de la Marche.
Cette année fut signalée par un événement honorable et glorieux
pour le royaume et qui causa beaucoup de joie aux Francais. L'illustre
roi de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie, Janus', prince non
moins remarquable par sa beauté que par ses vertus , obtint la main
d'une princesse qu'il avait déjà demandée , l'an mil quatre cent neuf,
au roi et aux princes du sang. Se souvenant que les rois ses aïeux
tiraient leur origine de l'illustre maison de France, il avait voulu
contracter une alliance qui lui permit de renouer ces antiques liens
de parenté, et il avait député à cet effet vers le roi le grand-maître
de Chypre et le prieur de Saint-Jean de Toulouse, messire Raymond
de Lescure, tous deux de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ses prin-
cipaux conseillers dans l'habileté desquels il avait grande confiance.
Le roi, instruit de leur arrivée, et informé que ces deux braves
chevaliers étaient issus de la noble famille des Lescure dans la province
du Rouergue, résolut de les traiter avec des égards tout particuliers.
Il les accueillit courtoisement, et voulut que pendant toute la durée
de leur séjour en France ils fussent entretenus largement à ses frais.
Lesdits ambassadeurs obtinrent audience dans le conseil des princes.
' Janus ou Jean II, fils du roi Jacques I*, royaumes de Chypre, de Jérusalem et d'Ar-
avait succédé à son père en 1308 dans les ménie.
398 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
| tatem connublumque alicujus de ejus progenie peterent, que
regi suo in matrimonio, in societate fortunarum omnium regni-
que, et, quo nichil carius humano generi sit, liberorum junge-
retur. Addentesque satis sciri opes ei non defuturas, cum
orassent humiliter ne gravaretur cum eo genus miscere, rex
peticioni annuens de consilio suorum illustrium, eis liberam
auctoritatem concessit hospicia omnium consanguinearum per-
scrutandi, et quam convenientem ad id reperirent eisdem non
denegaret.
Quod cum illi diligenti studio peregissent, tunc habita deli-
beracione matura, dominam Carlotam de Borbonio, ex recta
linea et viciniori beatissimi Ludovici procedentem, regis filio-
lam, filiam quondam comitis Marchie, Vindocini et de Castris,
sororemque de Marchia et Vindocini comitum , aliarum estima-
tis moribus et meritis, elegerunt. Si quis eciam tunc formosi-
tatem ejus attendisset, dixisset : « Hec est vere verus pulcri-
tudinis radius, quam natura studio multo depinxit, nilque in
ea erravit nisi quod mortalem statuit. » Et certe speciem ejus
particularibus explanare sermonibus labor esset inutilis, cum
ejus forma quasi omnium aliarum precelleret speciem adhuc
integrum retinencium signaculum puellare.
Ejus autem depictam effigiem cum, regi et principibus
vale dicto, regi Cypri obtulissent, et ejus nature dotes excellen-
ciamque generis retulissent, iterum eos ad regem, matrem,
fratres consanguineosque puelle mox remisit; qui omnes una-
nimiter consenserunt ut prenominatus preceptor, more pro-
curatorum regum, cum ea matrimonium contraheret in facie
Ecclesie et sponsali anulo decoraret. Inde in anno sequenti,
ex munificencia regia eidem in baptismate promissa prepa-
rantur virgini tanto culmini destinande immensorum sump-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 399
Aprés avoir offert au roi l'hommage de leurs salutations, ils exposé-
rent qu’ils étaient venus demander pour leur maître la main d'une
princesse de la race royale , afin qu'elle partageát avec lui sa fortune
et son tróne, et qu'elle lui donnát ce que les hommes ont de plus
cher au monde, des enfants. Ils ajoutérent qu'ils n'avaient pas besoin
de parler des richesses qui l'attendaient, et priérent humblement le roi
de consentir à cette alliance. Le roi, de l'avis de son conseil, acquiesca
à leur demande, et leur permit de rendre visiteà toutes les princesses
du sang royal, leur promettant de leur accorder celle dont ils auraient
fait choix.
Les envoyés du roi de Chypre s'acquittérent de leur mission avec
zèle; aprés un mr examen et une étude attentive du caractère et du
mérite de chaque princesse, ils fixérent leur choix sur madame Char-
lotte de Bourbon, qui descendait en droite ligne de Saint-Louis,
filleule du roi, fille du feu comte de la Marche, de Vendóme et de
Castres, et sœur des comtes de la Marche et de Vendôme. En consi-
dérant les agréments de sa personne, on pouvait dire: « C'est bien
un vrai trésor de beauté ; la nature s'est plue à l'entourer de charmes;
mais elle s'est trompée en la créant mortelle. » Aucune parole ne
pourrait donner une idée de tant de gráce; il suffit de dire qu'elle
était sans contredit la plus belle de toutes les princesses de son âge.
Les ambassadeurs, ayant pris congé du roi et des princes, retour-
nérent vers leur maitre , lui remirent le portrait de madame Charlotte
et lui racontérent tout ce qu'ils avaient appris de ses brillantes quali-
tés et de son illustre origine. Le roi de Chypre les renvoya aussitót
vers le roi de France, vers la mère, les frères et les parents de la jeune
princesse, qui tous d'un commun accord consentirent à ce que le :
grand-maitre de Chypre l'épousát par procuration pour le roi, sui-
vant la coutume, en face de l'Église, et lui remit l'anneau nuptial.
L'année suivante, le roi, voulant accomplir les promesses qu'il avait
faites au baptême de la jeune fiancée, fit préparer pour elle avec une
400 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
tuum ornamenta , ut murenule, spinteres et perichelide, anuli,
torques et serta ex auro purissimo et gemmis cum omnimoda
supellectile, quorum omnium opera suum predicarent exces-
sum, et regium luxum facile superarent. Quibus omnibus pre-
paratis, ut honorificencius Francie vale diceret, eam Francie
venerabilis regina, domina Ysabelis, in curru aureo et arcuato
per urbem Parisiensem usque ad ecclesiam beate Marie con-
duxit, ubi devocione peracta , cum regi, regine et consangui-
neis se dulciter recommendasset, prefati nuncii decima quarta
apprilis isto anno ipsam usque Venecias honorifice perduxe-
runt, ubi et regem repperit, qui ejus desideratum prestolabatur
adventum. |
CAPITULUM III.
: De dissencione ducum Aurelianis et Burgundie.
Dum agebantur pretacta , nec dum diebus transactis Paschali
sollempnitati deditis, in domo regia sancti Pauli rex consilio
generali cum viris ecclesiasticis et suis illustribus super dispo-
nendis arduis celebrato, duces Aurelianis et Borbonii, Alen-
conii quoque et Ármeniaci comites audivit edictum regale in
fine anni transacti promulgatum voce preconia et sub penis
gravissimis penitus neglexisse. Non arma deposuerant , ut jus-
sum fuerat, sed armatos homines retinebant, qui nec suis
parcentes dominíis vicinos eciam bonis omnibus spoliabant,
et quicquid hostís in hostem consuevit, dumtaxat cedibus
et incendiis exceptis, excercentes, et adhuc longius residenti-
bus inferre dampna solito majora minabantur. Qui secretis
colloquiis regi ex officio assistunt, referunt in hoc instanti
regem ducis Burgundie litteras recepisse continentes quod pre-
nominati domini, .apud Carnotum et Wincestre prope Parisius
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 401
munificence toute royale des ornements d'une richesse et d'une somp-
tuosité dignes du haut rang qu'elle allait occuper, des pendants
d'oreilles, des bracelets, des chaines, des anneaux, des colliers,
des couronnes d'or rehaussées de pierreries et des meubles de toute
espéce , dont la magnificence devait prouver sa générosité et éclipser le
luxe des autres princes. Quand tont fut prét, l'auguste reine de France
madame Isabelle la conduisit par la ville dans un carrosse doré jus-
qu'à l'église de Notre-Dame, pour qu'elle fit ses adieux à son pays avec
plus de solennité. La jeune princesse y fit ses dévotions, et aprés s'étre
recommandée affectueusement au souvenir du roi, de la reine et de
ses parents, elle partit le 44 avril de cette année et fut conduite avec
les plus grands honneurs par lesdits envoyés jusqu'à Venise, où elle
trouva le roi, qui attendait impatiemment son arrivée.
CHAPITRE III.
Mésintelligence entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne.
Vers le méme temps et pendant les fétes de Páques, le roi, ayant
assemblé un conseil général des prélats et des grands de son royaume
pour délibérer sur les affaires de l’État, apprit que les ducs d'Orléans et
de Bourbon , ainsi que les comtes d'Alencon et d'Armagnac n'avaient
pas obtempéré à l'ordonnance royale qui avait été publiée l'année
précédente par la voix du héraut, et dont l'observation avait été pres-
crite sous les peines les plus sévéres. Ils n'avaient pas en effet mis bas
les armes, ainsi qu'il leur avait été enjoint, et continuaient à entre-
tenir des gens de guerre, qui dévastaient la campagne sans épargner
méme les domaines du roi, commettaient toutes sortes d'hostilités à
l'exception du meurtre et de l'incendie, et menaçaient de porter plus
loin leurs ravages et de faire pis encore. Sur ces entrefaites, le roi, à
ce que m'ont assuré ceux à qui leurs fonctions donnent entrée au con-
seil, reçut une lettre du duc de Bourgogne, qui lui annonçait que les-
dits seigneurs, au mépris des traités jurés à Chartres et à Bicêtre,
se préparaient à venir trés prochainement troubler son repos et celui
Iv. 51
402 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
juratos parvipendentes tractatus , sibi et ville Parisiensi inten-
debant modis omnibus et in proximo nocere. Sibi autem in
finalibus offerens sui suorumque auxilium supplicabat, si eo
non indigeret, auctoritatem tamen daret comitatum filie sue de
Charoloys ac sua patrimonia defendendi, que in brevi, ut vera
relacione didicerat, statuerant depopulanda penitus et devas-
tanda. |
Fuerunt et tam turbido statu rerum cum comite Sancti Pauli
competitores alii, qui lucris propriis inhiantes custodiam civi-
tatis Parisiensis supplices pecierunt; sed summe auctoritatis
cives super hoc evocati libere responderunt, quod alium cus-
todem recusabant preter ducem Biturie, ab eo nuper de con-
sensu omnium liliatorum constitutum, supplicantes ut ipsimet
more solito villam custodirent, donec pax firma fieret inter
duces discordantes.
CAPITULUM IV.
De predonibus victis.
Dum super deliberandis duraret colloquium, et edicto regio
parvipenso arma non deponerentur, ex Hyspanis, Ytalicis exte-
risque ex furtivo concubitu generatis et exulibus proscriptis,
quedam nephanda concio octingentorum predonum, sub Poli-
fer Radingo Philippoque de Spina ac nonnullis aliis ex sordido
genere ortis capitaneis, audaciam temerariam sumpsit acrius
solito inquietandi regnum. À recessu namque Biturie atque Bur-
gundie ducum per pagum Carnotensem et adjacentem patriam
continue grassantes hostiliter, mercatores pertranseuntes, qui
merces peregrinas aut communes ad villam Parisiensem lucri
faciendi gracia afferebant, crudeliter spoliabant, et si quos ex
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 403
de la ville de Paris par tous les moyens possibles. Le duc lui offrait
en méme temps son secours et celui de ses amis, le suppliant, s'il n'en
avait pas besoin, de l'autoriser du moins à défendre les terres de la
comtesse de Charolais sa fille et ses propres domaines, que ces mémes
seigneurs , lui disait-on, avaient résolu de mettre à feu et à sang.
Au milieu de ces agitations, le comte de Saint-Pol et quelques
autres, qui ne cherchaient que des occasions de satisfaire leur cupidité,
sollicitérent avec les plus vives instances le commandement de la ville
de Paris. Mais les principaux bourgeois, consultés à ce sujet, répon-
dirent hardiment qu'ils ne voulaient point d'autre capitaine que le duc
de Berri, que le roi avait naguère délégué à cet effet du consentement
de tous les princes du sang, et demandérent qu'on leur laissát le soin
de veiller eux-mémes à la garde de la ville comme par le passé, jus-
qu ce que la paix fût solidement rétablie entre les ducs.
CHAPITRE IV.
Défaite d'une bande de brigands.
Pendant qu'on délibérait encore sur les affaires de l'État et que les
princes persistaient à rester en armes, au mépris des ordres du roi,
une bande de huit cents brigands, composée d'Espagnols, d'Italiens
et d'étrangers, pour la plupart gens sans aveu et sans familles, avait
osé infester le royaume , sous la conduite de Polifer Radingen , de Phi-
lippe de l'Épine et d'autres capitaines d'obscure naissance. Depuis le
départ des ducs de Berri et de Bourgogne, ces misérables couraient
le pays Chartrain et les environs, détroussaient sans pitié les marchands
qui faisaient le commerce d'échange avec Paris, et extorquaient de
grosses sommes d'argent de tous les bourgeois ou paysans qu'ils ren-
contraient. Ils se disaient enrólés sous les bannières du duc d'Orléans
et des seigneurs de France, et lorsqu'ils passaient dans les villages,
-X — — Mtt
404 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
ruricolis aut civibus obvios haberi contigisset, ab eis ingentes
peccunias extorquebant. Asserentes se eciam sub signis ducis
Aurelianensis et dominorum Francie militare, cum villas cam-
pestres peragrabant, aut illas cogebant jugum redempcionis
subire odibile, aut domorum penetralia effringentes quicquid
predari poterat auferebant, addentes quod in laborum remune-
racionem , refectionem expensarum et ob debitum peccuniale
stipendium eis talia licebant.
Intollerabiles continuatos excessus rex impacienter audiens,
et sepius regnicolarum querimoniis pulsatus, eis succurrere
volens, ut decebat, deliberacione habita, cum a duce Aurelia-
nensi, comite quoque de Alenconio et duce Borbonii litteris
sciscitasset si ad dampnificandum regnum concionem evocäve-
rant prefatam, omnesque negative respondissent, mox ad
eorum exterminium finale mentem vertit. Comiti itaque Sancti
Pauli et Boussicaudo, Francie marescallo, ac domino Brunello de
Sancto Claro, Parisiensi preposito, commisit negocium peragen-
dum. Qui, sine cunctacione accitis quingentis pugnatoribus et
multis balistariis; die martis ultima mensis apprilis, circa quar-
tam horam post meridiem de Parisius exeuntes, quamvis plu-
viarum intemperies perduraret, de consilio tamen Boussicaudi,
qui moram penitus arguebat, illuc noctu dieque magnis itine-
ribus contenderunt. In villa de Clayes decem et octo lencis a
Carnoto distante tunc hospitati et consuetas predas perpe-
trantes Francorum ignorabant adventum , cum duo ex conso-
dalibus raptis equis velocissimis cursu precipiti de Bonnevalle
recedentes id eis nunciaverunt. Sed vix loricas et galeas sumere
potuerunt, cum.nostri laxis habenis in eos insurrexerunt, cum
jam se in parte maxima infra quoddam cymiterium retraxissent.
Atrox commissum est prelium; diu tamen non duravit. Nam
CHRONIQUE DE CHARLES VE — LIV. XXXII. 405
ils les ranconnaient de la facon la plus odieuse, ou bien ils entraient
de force dans les maisons et y prenaient tout ce qu'ils pouvaient
emporter, sous prétexte qu'on ne leur avait point payé leur soide et
qu'ils avaient le droit de s'indemniser de leurs fatigues et de leurs
dépenses.
Le roi apprit avec le plus vif mécontentement ces excès intolérables,
et sur les plaintes réitérées de ses sujets, il résolut d'y porter remède.
Aprés en avoir délibéré avec son conseil, il écrivit au duc d'Orléans,
au comte d'Alencon et au duc de Bourbon, pour leur demander si
c'étaient eux qui avaient ameuté ces bandes contre le royaume. Leur
réponse ayant été négative, il se disposa aussitôt à exterminer tous les
brigands jusqu'au dernier, et confia cette mission au comte de Saint-
Pol, au maréchal de France Boucicault et à messire Bruneau de Saint-
Clair, prévót de Paris. Ceux-ci rassemblérent en toute háte cinq cents
hommes d'armes et un grand nombre d'arbalétriers et partirent de
Paris le mardi, dernier jour d'avril, vers quatre heures aprés midi.
Malgré une pluie continue, ils marchérent jour et nuit, faisant toute
diligence, d'aprés les conseils de Boucicault, qui regardait le moindre
retard comme trés funeste. Les brigands étaient alors cantonnés dans
la ville de Claye, à dix-huit lieues de Chartres , et ils exercaient dans
les environs leurs brigandages accoutumés, lorsque deux de leurs
compagnons, qui revenaient de Bonneval, accoururent de toute la
vitesse de leurs chevaux pour leur donner avis de l'arrivée des Fran-
çais, à laquelle ils étaient loin de s'attendre. Ils eurent à peine le
temps de prendre leurs cuirasses et leurs casques; nos gens fondirent
sur eux à bride abattue. Ils s'étaient retranchés pour la plupart dans
un cimetiére. Là s'engagea une lutte sanglante qui fut de courte durée.
Lorsque les brigands se virent attaqués si vigoureusement et sur le
point d'étre enveloppés par les chevaliers, les écuyers et tous les
paysans qui étaient accourus des villages voisins, le souvenir de leurs
406 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
impetu in eos facto, videntes quod a militibus , armigeris, cete-
risque ruricolis qui ex vicinis villagiis accurrerant, poterant
circumveniri, et attendentes iniquitates perpetratas, et quam
lesas ferebant consciencias, cum jam multi gladiis cecidissent ,
animo consternati deficiunt et vincuntur. Ex illis qui remanse-
rant quidam ad vicina fugerunt nemora, quos marescallus a
suis insequi jussit. Multi qui amnem vicinum transnatare ut
evaderent conabantur, capitaneum suum Philippum de Spina
sequentes, submersi sunt, et ex aliis centum capti die quarta
mensis maii Parisius adducti carceribus teterrimis retruduntur.
Ex quibus multis submersis, qui nundum decimum quintum
annum attigerant publice virgis cesi exilio releguantur, et cum
Polifer et Radingo, septem quoque aliis capitaneis fere triginta
alii; ut meruerant, vitam suspendio adjudicati sunt finire.
CAPITULUM V.
Rex duces ad pacem conatur reducere.
Ad cohercionem ceterorum predonum sic dampnatis consor-
tibus, eorum precipue assensu unanimi, quos in partem sollicitu-
dinis regni rex secum sumpserat, et qui viam facti ducum con-
tendencium penitus reprobabant, ut-concordie zelator, ad ipsos
duces Biturie et Aurelianis archiepiscopum Bituricensem, iterum
ad eosdem episcopum Novioniensem, Philippum de Callevilla,
militem, Symonem de Nantodoro, et ad Burgundie ducem misit
ut mediatores existerent tractatus pacifici. Apicibus regiis men-
tem suam apperiens in substancia scribebat se transquilitatem
regni et regnicolarum post anime sue salutem summo studio
affectare, et precipue ut unitatem mutuam in pacis vinculo de
regali sanguine procreati custodirent; ideo nuncios suos spe-
408 CHBONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
ciales misisse, quos sciebat fideles et industrios, ad discordias
sedandas ; iterum graviter pertulisse pet apparatus bellicos con-
sanguineorum jam reiteratis vicibus regnum intollerabiliter gra-
vatum; unde querimoriiis subditorum pie, ut regium est, con-
dolens, edictali lege statuisse eos arma deponere et remittere
bellatorum agmina congregata; idque et adhuc jubere et hor-
tari, si timebant offendere regiam majestatem, et sub pena
amissionis bonorum. « Et quoniam, emergentibus arduis, am-
« plioribus , inquit, peccuniis indigemus, quam erarium regale
« pati possit, subsidia, inquit, vobis regali munificencia huc-
« usque concessa ad tempus reposcimus, statuentes ut arbitrio
« dilecte consortis nostre regine, patrui quoque nostri ducis
« Biturie, inter vos mota discordia sopiatur, octo mittentes ex
« familiaribus vestris circumspectos, qui ambos dirigant in
« agendis. »
CAPITULUM VI.
De responsionibus ducum.
Qui missi fuerant dux Burgundie recepit comi fronte, sub
compendio respondens se pro tantis nunciis sibi directis regi
regraciari dulciter, cui et in omnibus promptus erat obedire
tanquam suo domino naturali, a quo et tantam graciam rece-
perat, quod liberos suos suis dignatus fuerat connubio mutuo
copulare; sciretque cognati sui ducis Aurelianis amorem et
concordiam affectuose optare, dum tamen quod ageretur utrin-
que non obstaret tractatibus apud Carnotum ac Wincestre anno
exacto compositis et ab omnibus aurea lilia deferentibus jura-
tis, quos et ipse intendebat inviolabiliter custodire; . sed si illis
rex aliquid. addere vellet, id libentissime compleret. Ad resti-
l
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 409
qu'il avait appris avec peine tous les maux causés à plusieurs reprises
dans le royaume par leurs préparatifs de guerre; que pour faire droit,
ainsi qu'il le devait, aux plaintes de ses sujets, il leur avait enjoint
par ordonnance royale de mettre bas les armes et de licencier leurs
gens de guerre; qu'il les y invitait et exhortait encore , en tant qu'ils
craignaient d'offenser la majesté royale et sous peine de la confiscation
de leurs biens. « Et comme dans ces circonstances difficiles, ajoutait-il,
« nous avons besoin de plus d'argent que ne pourrait nous en fournir
« le trésor royal, nous vous redemandons pour un temps les subsides
« que nous vous avions abandonnés jusqu'à ce jour par un effet de
« notre munificence royale. Nous confions à la reme, notre épouse
« bien aimée, et à notre oncle le duc de Berri le soin d'assoupir vos
« différends, et vous enjoignons d'envoyer vers eux huit des plus sages
« de vos familiers, que vous chargerez de la défense de vos intéréts. »
CHAPITRE VE.
Réponses des ducs. .
Le duc de Bourgogne fit un gracieux accueil aux envoyés du roi ; il
répondit en peu de mots qu'il remerciait affectueusement le roi d'un
si honorable message, qu'il était prét à lui obéir en toutes choses
comme à sou seigneur naturel, qu'il n'avait pas oublié que par une
insigne faveur le roi avait daigné unir leurs deux familles par des ma-
riages entre leurs enfants; qu'il souhaitait ardemment vivre en paix
et en bonne amitié avec son cousin le duc d'Orléans, pourvu que les
arrangements qu'on prendrait de part et d'autre ne continssent rien
de contraire aux traités conclus l'année précédente à Chartres et à
Bicétre et jurés par tous les princes du sang; que pour lui il avait
l'intention de les observer scrupuleusement, que néanmoins il sousCri-
rait volontiers aux changements que le roi voudrait y faire. Quant
aux dommages causés par ses gens, il offrit avec empressement de les
IV. 5a
419 CHRONICORUM KAROLI SEX'TÍ LIB. XXXI.
tucionem autem dampnorum evidencium a suis gentibus illa-
torum promptum se offerens, addidit et congregatos bellatores
se libenter remissurum, si id agerent ceteri; nam sciebat regem
nolle quod ab eis inopinate circumveniretur et incaute, quod
summo studio conabantur. Áccomodata eciam remittens sub-
sidia et sua offerens ad beneplacitum regis , quod tamen se sub-
mitteret regine et duci patruo, durum sibi esse dixit novum
tractatum intrare, sed si sciret quod non prejudicaret aliis, ex
suis libenti animo quatuor prudentes viros, ut rex statuerat,
mitteret ad deliberandum cum ipsis. |
Sic ambassiatoribus vale dicto, cum ducem Biturie adiissent,
hoc solum àb eo responsum habuerunt : « Prius dilectissimum
« nepotem nostrum ducem Aurelianensem adeuntes, sibi votum
« regium intimetis, et cognito diligenter quid in animo senciat
« redeatis. » Antequam tamen ad ipsum possent redire, circa
finem maii dux Aurelianis patentes litteras responsivas ad
regem, reginam, dominum ducem Guyenne et Universitatem
Parisiensem direxit continentes quod regi regraciabatur de
litteris sibi missis per prefatos sollempnes nuncios, in quibus
statum suum prosperum intimabat, quem procul dubio affecta-
bat sic perpetuo mansurum. Quod autem egre ferebat regnum
multipliciter gravatum per pugnatores congregatos, precipiens
ut ipsi duces armis depositis et ad concordiam redeuntes ipsos
remitterent et arbitrio regine ac ducis Biturie se submitterent,
rescripsit id obedienter se facturum, si justicia de multis fieret
proditoribus, qui ejus regiam cotidie frequentabant, quos et
tunc publice nominavit. Cum autem dominum Johannem de
Nyelle, domini ducis Guyenne cancellarium , et dominum de
'Hely militem iterum. instantissime nominasset, poscebat ut de
dominis Karolo de Savosyaco, de Courcellis, vicedomino Ambia-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — A44!
réparer, et ajouta qu'il était disposé à licencier les troupes qu'il avait
rassemblées , si ses adversaires en faisaient autant; car il savait bien
que le roi ne voulait pas l'exposer à étre surpris par eux sans défense,
comme ils en avaient le désir. Il déclara qu'il consentait aussi à aban-
donner les subsides dont il avait joui jusqu'alors; que ses biens méme
étaient à la disposition du roi; que, pour ce qui était de se soumettre
à l'arbitrage de la reine et du duc son oncle, il lui paraissait dur d'en-
tamer un nouveau traité ; mais que, s'il avait l'assurance que ce traité
ne préjudicierait en rien aux autres, il enverrait volontiers, suivant le
désir du roi, quatre personnes sages pour en délibérer avec eux.
Les ambassadeurs, ayant pris congé du duc de Bourgogne, se ren-
dirent auprès du duc de Berri, qui se contenta de leur répondre :
« Állez d'abord trouver notre bien aimé neveu le duc d'Orléans,
« informez-le des intentions du roi et revenez me dire quelles sont
« ses dispositions. » Mais vers la fin de mai, avant qu'ils fussent de
retour auprés dudit duc de Berri, le duc d'Orléans adressa des lettres
patentes au roi, à la reine, à monseigneur le duc de Guienne et à
l'Université de Paris pour faire connaitre sa réponse". Il remerciait
le roi du message qui lui avait été apporté par lesdits ambassadeurs,
se félicitait de le savoir en bonne santé, et formait des voeux pour la
durée de cet heureux état. Quant à ce que le roi voyait avec un vif dé-
plaisir que les gens de guerre fissent souffrir toutes sortes de maux au
royaume, et enjoignait aux ducs de mettre bas les armes, de licencier
leurs troupes, et de vivre désormais en bonne intelligence apres avoir
soumis leurs différends au jugement de la reine et du duc de Berri,
il répondit qu'il était tout prêt à obéir, si le roi faisait justice de cer-
tains traitres qui hantaient journellement sa cour. Il désignait nom-
mément. comme tels messire Jean de Nesle, chancelier de monsei-
gneur le duc de Guienne, et messire dc Helly, chevalier, et demandait
qu'on mit en jugement messire Charles de Savoisy, le sire de Cour-
celles, le vidame d'Amiens, Antoine de Craon, le sire de Fontenay,
' Ces lettres patentes sont rapportées tout au long dans Monstrelet.
12 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
nensi, Antonio de Crodonio, de Fonteneyo, Anthonio de
Essartis et Moriseto de Ruilliaco judicium fieret secundum
informacionem tradendam, non adinventa sed probata eorum
nephandissima scelera continentem. L
CAPITULUM VII.
De hiis que rex statuit observare.
" Ut autem regales nuncii redeuntes duces intractabiles repe-
risse retulerunt, rex cum duce Guienne, consiliariis suis domi-
nis Parlamenti, nonnullis episcopis ac Universitatis scientificis
viris, nec non et quibusdam summe: auctoritatis eivibus com-
municato consilio, quod successivis diebus deliberatum extitit,
post festum sancti Johannis Baptiste, lituis precinentibus
Parisius statuit publice promulgari, ut observaretur ab omni-
bus. Et primo ne quis amborum contendencium ducum Parisius
permitteretur ingredi ; et si qui eis favebant, mox ex urbe egre-
derentur inermes et sub capitali pena; ne quis ex generosis
proavis ducens originem pro quocunque domino arma sumere
auderet, nisi de precepto regis, qui et eos de fidelitate promissa
alteri, cujuseunque preeminencie esset , dispensabat. Ut autem
rex securius in villa manere posset, portas ipsius precepit arma-
tis eivibus solito diligencius custodiri, et quod nullus ensem
ferret, gladium vel loricam, nisi de curia regis vel de villa
existeret; omnesque sub multa voluntaria inferenda prompti
essent arma capere, quociens opus esset; nullus autem ignotis .
advenientibus arma vendere auderet, sine regis licencia, nec
cuicunque domum suam conduceret, nisi vicinis vel ruricolis ,
quin cito nomina hospitum preposito Parisiensi intimaret.
^
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 413
Antoine des Essarts et Moriset de Reuilly, aprés une enquête qui
démontrerait que les crimes dont il les accusait n'avaient rien d'ima-
ginaire et n'étaient que trop avérés.
M4 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
CAPITÜLUM VIII.
De tempestate horrenda,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII.
CHAPITRE VIII.
Affreux orage.
A5
M6 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Flandrie se transtulerat indilate, ceteri vero, quasi aspides
surde, illud negligebant, addidit cancellarius, qui propositum
sumpserat explicandum, ideo reginam apud Meledunum mis-
sam, cum duce Biturie venturo loquuturam, et iterum id eis per-
suasuram benigne. « Et quia, inquit, non speramus ducem et
« comites secum existentes ipsum salubre consilium accepturos,
« judicetque eonsilium tantam inobedienciam viribus vindican-
« dam, et erarium regale insufficiens sit pro stipendiis, addunt
« et quod cum regnicólis viri eciam ecclesiastici et Universi-
« tatis Parisiensis peccuniis regem debeant juvare. »
Id consensiit Remensis archiepiscopus pro prelatis assisten-
tibus verbum sumens. Stipendia eciam quingentorum pugilum
pro tribus mensibus cives Parisienses obtulerunt, quociens
urgeret evidens necessitas. Universitatis autem deputati delibe-
racionem super hoc pecierunt atque diem redeundi. Ad quam
cum ad regis presenciam iterum acoessissent, et cancellarius
Nostre Domine Parisiensis pro clero responsionem suscepisset
proferendam , statum et victum omnium cotidianum exponens
tenuem , dixit eis non suppetere facultates ut accomodarent
aliquid; cunctis eciam constare quod mense quolibet aureorum
ducenta milia reponi poterant in erario regali, sicque regem
non indigere peccuniis alienis, si manus ejus prodiga non fuis-
set justo munificencior, et cunctis postulantibus dominis
prompta esset; sciretque ecclesiastica patrimonia admortizata
ab antiquo accomodacionibus minime subjacere; nec reges
digne vocari, si exactionibus injustis opprimant populum
suum, sed quod eos deposicione dignos possent racionabiliter
reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere.
| Ob hanc audicionem finalem cum cancellario Francie non-
null decuriones insignes ceperunt obloqui contra ipsum,
P d
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 447
Flandre, tandis que les autres princes s'étaient montrés tout-à-fait
sourds à cette injonction; qu'en conséquence le roi avait envoyé la
reine à Melun, pour en conférer avec le duc de Berri qui devait s'y
rendre également, et pour chercher à les ramener à leur devoir par
la persuasion. « Mais, continua-t-il, comme nous n’espérons pas que
« le duc et les comtes ses partisans adoptent une résolution si sage, le
« conseil étant d'avis qu'il faut réprimer par la force une telle dés-
« obéissance, et les finances du roi ne pouvant suffire aux frais de cette
« expédition, il est indispensable que le clergé et les membres de
« l'Université contribuent avec les autres habitants du royaume à four-
« nir l'argent nécessaire. »
L'archevéque de Reims répondit au nom des prélats ‘qui se trou-
vaient là qu'ils y consentaient; les bourgeois de Paris offrirent de
payer la solde de cinq cents hommes pour trois mois, toutes les fois
qu'il y aurait nécessité urgente. Mais les députés de l'Université de-
mandèrent qu'on leur accordát du temps pour en délibérer et firent
renvoyer l'affaire à une autre audience. Au jour marqué, ils se présen-
térent de nouveau devant le roi. Le chancelier de Notre-Dame de
Paris , portant la parole au nom du clergé, remontra qu'ils n'avaient
pour vivre que de faibles ressources, et qu'il n’était pas en leur pou-
voir de faire aucun prêt ; que chacun savait qu'il pouvait entrer tous
les mois deux cent mille écus d'or dans le trésor royal, et que le roi,
n'aurait pas besoin de recourir à des emprunts, s'il n'avait dissipé son
argent en folles largesses et comblé de faveurs tous les seigneurs qui
l'assiégeaient de leurs sollicitations; que les biens ecclésiastiques, étant
amortis depuis long-temps, ne pouvaient être soumis à aucun emprunt ;
que c'était se montrer indigne du titre de roi que d'écraser ses sujets
d'exactions injustes, et que l'histoire des temps passés prouvait qu'en
pareil cas on aurait droit de dire qu'un prince avait mérité d'étre
déposé. ——
Cette conclusion de l'orateur souleva contre lui un vif méconten-
tement. Le chancelier de France et quelques seigneurs: l'aceusérent
Jv. | 53
4
D
448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXH.
ferentes eum dixisse regem posse destitui a suis subditis. Sed
.eum die dicta propter hoc comparuisset, a peritis in jure cano-
nico et divino, visa ejus proposicione scriptis data, dictum fuit
et in regis presencia quod id exemplariter referebat.
CAPITULUM X.
De litteris regi atque regnicolis a duce Aurelianensi missis , et quomodo conqueritur
super morte dolorosa patris sui , et super justicia sibi penitus denegata.
Dum agebantur predicta , et regiis obtemperando mandatis
dux Burgundie quietus in Flandria resideret cum suis illustri-
bus, nec mencio haberetur quod congregasset agmina bellato-
rum, undique ex regni provinciis, immixto Alemanorum et
exterorum mercenario conductu, milites et armigeri ad ducem
Aurelianensem confluebant, qui ut hostes in regnicolas sevie-
bant, dumtaxat cedibus et incendiis exceptis. Attendens autem
dux prefatus quod inde penes modestos et prudentes graviter
criminabatur, nec erubesceret in eum plebs maledicta publice
jaculari, quodque rex cum summa displicencia id perferret ,
ad eumdem , dominum ducem Guienne, Universitatem et cives
Parisienses patentes litteras destinavit, ut causam justam red-
deret tanti bellici apparatus. Possem attediare lectorem, si quam
diffuse genitorem nequiter interemptum recolens, reiterata
ducis Burgundie execrabatur perjuria, transgrediendo tracta-
tus, scriptis redigerem. Compendiose tamen tangendo media de
hiis sub apicibus suo sigillo signatis, regem sic dignum duxit
informare. |.
« Vobis, domine noster metuendissime, nos Karolus Aure-
« lianis et Valesii dux, Blesensis atque Bellimontis comes, et
« Couciacy dominus, Philippus et Johannes Virtutum et Engole-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 4419
d'avoir dit que le roi pouvait étre déposé par ses sujets. Mais lorsqu'il
comparut au jour fixé pour répondre à ce grief, les docteurs en droit
canon et divin, ayant examiné sa proposition, qu'il avait rédigée par
écrit, déclarérent en présence du roi qu'il n'avait voulu citer que des
exemples.
CHAPITRE X.
Le duc d'Orléans écrit au roi et aux habitants du royaume ; il se plaint de ce que
.son pére a été cruellement assassiné et de ce qu'on refuse de lui faire justice.
Pendant que ces choses se passaient, que le duc de Bourgogne,
conformément aux ordres du roi, se tenait en repos dans ses états de
Flandre avec les seigneurs de sa cour, et qu'on ne parlait plus de
levées de gens de guerre faites par lui , le duc d'Orléans avait rassemblé
autour de sa personne un grand nombre de chevaliers et d'écuyers de
toutes les provinces du royaume, et il y avait joint des mercenaires
Allemands ou autres étrangers, leur laissant pleine liberté de com-
mettre toutes sortes d'hostilités contre les habitants du royaume, à
l'exception du meurtre et de l'incendie. Mais voyant que les gens
sages et modérés lui faisaient un .érime de cette conduite, que le
peuple l'accablait publiquement de ses malédictions et que le roi
témoignait contre lui un vif mécontentement , il adressa des lettres
patentes au roi, au duc de Guienne, à l'Université et aux bourgeois
de Paris, pour justifier ses préparatifs de guerre. Je craindrais de
fatiguer le lecteur en rapportant tout au long le récit qu'il faisait
de l’assassinat de son père, et des parjures réitérés du duc de Bour-
gogne, qu'il accusait d'avoir enfreint les traités. Je me contenterai
d'exposer sommairement le contenu de ces lettres que le duc avait
scellées de son sceau. Voici comment il s'adreseait au roi :
« Trés redouté seigneur, nous, Charles duc d'Orléans et de Valois,
« comte de Blois et de Beaumont et sire de Coucy, Philippe comte
« de Vertus et Jem comte d'Angouléme, vos fils et neveux, avons
420 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
A
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«
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«
sime comites, vestri filius et nepotes, significare deliberavimus,
quod, quanquam non ignoremus crudelem pieque condolen-
dam necem domini genitoris nostri, unici fratris vestri ger-
mani, cordialiter retinere, addimus et pietatis officium, san-
guinis instinctus, nature debita, jura divina, canonica et
civilia vos monere ipsam lamentabiliter recordari et ad fines
qui sequuntur. | |
« Notum est, metuendissime domine, universis quemdam
nuncupatum Johannem, dictum ducem Burgundie, ob latens
odium cordialiter conceptum, pessimam invidiam, cupidita-
tem et ambicionem dominandi singulariter in regno, ut luce
clarius cunctis constat, anno Domini millesimo quadringen-
tesimo septimo, vicesima tercia die novembris, occidi jussisse
patrem nosttum in villa vestra Parisiensi de nocte insidiose
per iniquissimos proditores ad hoc mercede conductos, non
sibi notificando prius aliquam conceptam malivolenciam , ut
confessus est publice dictus pessimus et detestabilis homicida.
Hog scelere nullum abhominabilius in se ipso reperietur in
scriptis. Nam in conjunctum federe naturali et cognatum ger-
manum parricidium commisit, cui jura sufficientem penam
non dant; cui eciam sub sigillo et juramentis prestitis ad
sancta evvangelia promiserat non dampnum aliquod directe
vel indirecte, sed fraternam fidelitatem eciam bellicis expe-
dicionibus, quod vinculum summe nobiles astringit, in
signumque amicicie indissolubilis torques aureas mutuo com-
mutaverant , quas et diu publice detulerunt. Quid plura? fra-
ternam amiciciam mutua conversacione fingens, eumdem
detentum ultima egritudine visitavit, et cum eo incolumitati
dato in: presencia. principum :pocula gratulabunda recepit,
acquievitque die sequente dominica convivari. Sed iniqui-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 421
« résolu de vous noûfier ce qui suit. Bien que nous sachions que vous
« n'avez point oublié la cruelle et déplorable fin de notre seigneur
« et pére, votre frére unique, nous venons vous rappeler que la ten-
« dresse paternelle, les liens du sang, les droits de la nature, les lois
« divines, canoniques et civiles vous font un devoir d'en garder un
« douloureux souvenir.
« C'est une chose qui n'est que trop notoire, trés redouté seigneur,
' « qu'un nommé Jean, qui se dit duc de Bourgogne, poussé par une
« baine implacable et cachée, par une détestable jalousie, par la
« cupidité et le désir de dominer seul dans le royaume , a fait trai-
« treusement assassiner notre pére en votre bonne ville de Paris, le
« 23 novembre de l'an mil quatre cent sept, pendant la nuit, par d'in-
« fames meurtriers qu'il avait soudoyés à cet effet, sans lui avoir
« laissé soupconner les mauvais desseins qu'il avait concus contre lui,
« ainsi qu'il l'a publiquement confessé, le déloyal et exécrable homi-
« cide..On chercherait en vain des exemples d'un crime plus abomi-
« nable; car celui contre lequel il a commis un parricide que les lois
« ne sauraient frapper d'une peine assez sévére était son parent, son
« cousin germain; il avait promis par un serment scellé de son sceau
« et sur les saints évangiles de ne lui faire aucun mal ni directement
« ni indirectement, et de lui étre toujours uni par cette fraternité
« d'armes, qui est un lien indissoluble pour la noblesse; ils avaient
« méme échangé leurs colliers d'or en signe d'amitié et long-temps
« ils-les portèrent en public. Bien plus, le traître, affichant pour son
« cousin une affection fraternelle, feignit de se plaire en sa compagnie
« et le visita assidüment pendant sa dernière maladie; après son réta-
« blissement, il prit le vin et les épices avec lui en présence des
« princes, et accepta à diner chez lui pour le dimanche suivant. Mais
« les scélérats qu'il avait choisis pour instruments de ses infámes
« machivations n'attendirent pas ce jour et l'assassinérent avec une
« cruauté inexprimable. Est-il quelqu'un qui aurait eu le cœur assez
« dur pour ne pas frémir d'horreur en voyant le frére du roi, enve-
422 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« tatis concepte exequutores sceleratissimi anticipantes termi-
«num, ipsum inhumanius oeciderunt quam posset scriptis
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notari. Quis tam ferrei pectoris fratrem regium circumventum
insidiis, excerebrato capite, manu brachioque mutilatum,
plagis undique confossum letalibus, et inde ad fetidissimum
lutum tractum non abhorruisset vidisse? Id de abjectissimo
viro mundi omnes de regio sanguine procreati doluissent; et
ideo impacientissime perferunt quod detestabile facinus per-
petratum tamdiu remanet impunitum. Et quid. post facinus
egit abhominabilis interfector? Vestem lugubrem assumpsit,
mesticiamque fingens, cum aliis lilia deferentibus quem neci
dederat ad sepulturam conduxit. Inde videns quod ad lucem
scelus incipiebat venire, illud regi Sicilie et duci Biturie con-
fessus est se instiguante dyabolo perpetrasse. Sed ut culpam
in innoxium patrem nostrum retorqueret , famam ejus conatus
est perpetuo denigrare per falsas, mendaces et adinventas
accusaciones, ut vobis alias patuit evidenter. |
« Metuendissime domine, sic genitore ignominiose assumpto,
mater nostra miserabiliter desolata vestre serenitati suppli-
cavit ut nos recommendatos habentes sibi contra iniquissi-
mum proditorem apperietis viam justicie, quod tenemini
complere sine accepcione personarum, cum ad id constituti
sint a Deo principes. Que post dilaciones plurimas in presen-
cia domini ducis Guienne et regine serenissime domine au-
dienciam, sicut preceperatis , adepta est. Finitoque proposito,
idem dux et assistentes accusaciones mendaces adversarii fri-
volas reputantes, excusaciones et justificaciones domini nostri
genitoris gratas et acceptabiles dixerunt, promittentes ex ore
domini ducis Guienne, ut supplicatum fuerat, quod crimi-
nalis regius procurator nobiscum. adjungeretur; sed hoc non
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 423
« loppé par une bande d'assassins, sa cervelle jaillissant sur le pavé,
« sa main et son bras mutilés , son corps percé de mille coups mortels
« et trainé dans la boue? C'est un spectacle qui eüt ému de pitié tous
« les princes du sang royal, lors méme qu'il se füt agi du dernier des
« hommes. Aussi voient-ils avec peine qu'un si détestable attentat
« reste encore impuni. Et le crime commis, qu'a fait cet exécrable
« meurtrier? ll a pris des habits de deuil, et affectant des airs de
« tristesse il a assisté avec les autres princes aux funérailles de celui
« auquel il avait donné la mort. Voyant ensuite que la vérité com-
« mençait à se faire jour, il a avoué au roi de Sicile et au duc de
« Berri que c'était lui qui avait commis le meurtre à l'instigation du
« diable. Mais, afin de faire retomber l'odieux de son crime sur notre
« père innocent , il a cherché à flétrir sa mémoire par des accusations
« fausses, mensongéres et controuvées , comme on vous l'a clairement
« démontré ailleurs.
« Trés redouté seigneur, notre pére ayant été ainsi ignominieuse-
« ment mis à mort, notre mére désolée supplia votre sérénissime
« majesté de nous avoir pour recommandés et de lui faire justice d'un
« si abominable forfait, ainsi que vous étes tenu de le faire sans accep-
« tion des personnes ; car les princes ont été délégués par Dieu à cet
« effet. Aprés been des délais, elle obtint enfin audience , par votre
« ordre, en présence de monseigneur le duc de Guienne et de madame
« la reine. Quand les faits eurent été exposés, ledit duc et les assis-
« tants, convaincus du peu de valeur des accusations calomnieuses de
« notre adversaire, agréèrent et approuvérent les excuses et justifica-
« tions de notre pére, et promirent, par l'organe de monseigneur le
« duc de Guienne, ainsi qu'on l'avait demandé, que le procureur cri-
« minel se joindrait à nous pour la poursuite du coupable; mais le
« perfide meurtrier a été jusqu'à ce jour assez puissant pour entraver
"-
424 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
«
fuit completum, obstante potencia impii interfectoris. Nam
« videns animum vestrum ad faciendum justiciam inclinatum,
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vestris litteris ac mandatis vilipensis, villam vestram Parisien-
«sem ingressus est in apparatu bellico et pugnatorum copia
^
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^
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ex exulibus proscriptis et furtivo natis concubitu. Quorum
adventum impacientissime perferentes, inde cum domina
regina, domino duce Guyenne et consiliariis vestris recessistis
et Turonis perrexistis. At ubi vobis constitit propter absen-
ciam vestram regnicolas dampnificari graviter a prefatis
pugnatoribus, qui ubique hostiliter grassabantur, Carnotum
coactus fuistis redire, ut tractatum ab iniquissimo viro com-
positum firmaretis, per quem statuit vitare ne officiales vestri
scelus suum cognoscerent; quem tamen tractatum nullius
valoris dicimus et propter causas sequentes.
« Die enim juxta suum velle dicta accedens ad ecclesiam
cathedralem, per quemdam proponi fecit quod propter com-
modum vestrum atque regni interfici fecerat fratrem vestrum,
rogans quod, si aliquam indignacionem ob id conceperatis
contra ipsum, de animo yestro placeret deponere et sibi
totum indulgere. O quam arrogantissimum et indecentissi-
mum modum tenuit procedendo abhominabilis interfector,
qui tantum vos ad iracundiam provocaverat quod non posset
exprimi sono vocis, et qui secundum jura non erat indulgen-
cie capax , nec cui licitum erat coram vobis comparere, nec
alium pro se ipso presentare! Et esto si de inolita benignitate
vestra id sibi permiseritis, eum omni humilitate venire debe-
bat et confiteri peccatum ; quod contrarium tamen fecit, per-
severando in iniqua obstinacione sua. Nam sepe repetens
addit et vos minime displicenciam habuisse de scelere perpe-
trato, quod est verbum erroneum, nec modo presentibus sed
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 425
« l'exécution de cette promesse. Voyant que vous étiez disposé à nous
« faire justice, il a osé, au mépris de vos lettres et de vos ordres,
« entrer dans votre bonne ville de Paris en appareil de guerre et à la
« téte d'une armée composée de proscrits et de bátards. Indigné de
« tant d'audace, vous avez quitté Paris avec madame la reine, mon-
« seigneur le duc de Guienne et vos conseillers, et vous vous étes
« retiré à Tours. Mais quand vous avez su que votre absence laissait
« les habitants exposés aux déprédations desdits gens de guerre, qui
« se livraient à toutes sortes d'hostilités, vous avez cru devoir aller
« à Chartres, pour y ratifier le traité que ce perfide avait conclu, et
« au moyen duquel il avait voulu sonstraire la connaissance de son
« crime à vos officiers; lequel traité nous déclarons nul et de nulle
« valeur pour les causes ci-aprés exposées.
« Un certain jour, qu'il avait fait fixer à son gré, il s'est rendu à la
« cathédrale et a chargé je ne sais quel homme de vous dire que c'était
« dans votre intérêt et dans l'intérêt du royaume qu'il avait fait tuer
« votre frére, et qu'il vous priait de baunir de votre coeur le res-
« sentiment que cette mort vous causait et de vouloir bien lui par-
« donner. Est-il rien de plus insolent, de plus scandaleux que le pro-
« cédé de cet abominable traître, qui avait mérité votre courroux
« à un point qu'on ne saurait dire, qui n'avait aucune espéce de droit
« à l'indulgence, et qui n'aurait dû ni se présenter devant vous, ni
« charger personne de comparaitre pour lui? Mais puisque, par un
« effet de votre excessive bonté, vous lui en aviez accordé la permis-
« sion, il devait venir en toute humilité et confesser son crime; cepen-
« dant il a fait tout le contraire, et persévérant dans son obstination
« coupable, il a poussé l'audace jusqu'à répéter plusieurs fois que
« vous n'en aviez éprouvé aucun déplaisir; ce qui est faux et impri-
« merait une tache ineffacable à votre nom dans le présent et dans
« l'avenir, si l'on trouvait un jour écrit dans l'histoire qu'une telle
« parole est sortie de votre bouche. N'est-ce pas outrager directement
Jv. 54
426 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
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et futuris abhominabile, cum litteris legent auttenticis quod
hoc verbum ab ore vestro exierit, cum directe tendat in
dedecus regie majestatis, quod tam ignominiose occiderit
fratrem vestrum , nec vobis displicuerit, et quod sine contri-
cionis signo sibi pepercistis; quod est contra jus divinum,
et sic. tractatum censemus invallidum.
«Iterum continet errorem manifestum, dedecus persone
vestre, tocius rei publice, et contradietionem apertam, cüm
se dixit bene egisse et inde debere remunerari, et addit quod
indulgenciam coricessistis, que non cadit bona opera exer-
cendo.
« Et cum nil tunc ordinatum fuerit concernens salutem
anime interfecti nec satisfactionem partis lese, tractatum
firmare non valetis nec debetis , quia, si sic fieret , esset contra
principia juris, justicie et eciam racionis.
« Addimus et nequam interfectorem violatorem tractatus
directe et multis modis extitisse; nam obtemperans preceptis
vestris juravit quod deinceps, amicicia mutuo sollidata, ad
displicenciam nostram, prejudicium, dampnum vel dedecus
minime laboraret; sed id ut fedifragus pessimus non comple-
vit. Nam hospicii vestri rectorem precipuum, fidelem utique
virum, incarceratum tormentis affici fecit, infidelium sevi-
ciam superans, ut aliqua, que mendaciter patri nostro injuste
imposuerat, fateretur. Sed ad decollandum ductus sub peri-
culo anime sue dixit eumdem ac semetipsum semper preceptis
vestris obtemperasse fideliter, et si aliquid dixerat quod con-
trarium sentiret, id fuerat violencia tormentorum, et in hoc
perseveravit usque ad mortem, presentibus multis militibus
et notabilibus personis. Venit et contra promissa et jurata,
quia exequutores nephandissimi sceleris, divina et humana
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 427
« votre royale majesté, que de supposer que vous n'avez ressenti ancun
« déplaisir de la mort ignominieuse de votre frére, et que vous avez
« pardonné à son assassin sans qu'il ait donné aucune marque de repen-
« tir? Cela est contre le droit divin, et c'est pourquoi nous regardons
« le traité comme nul et de nulle valeur.
e.
« Ce traité contient encore une erreur manifeste et une contradic -
« tion évidente, qui pourraient tourner à la honte de votre personne
« et de tout le royaume. Ledit traître prétend qu'il a bien agi et qu'il
« mérite récompense ; puis il ajoute que vous lui avez accordé son par-
« don, comme si l'on avait besoin de pardon quand on fait une bonne
« oeuvre.
« Rien n'ayant été réglé d'ailleurs touchant le salut de l'àme du
« défunt et la satisfaction qui doit étre donnée à la partie lésée, vous
« ne pouvez ni ne devez ratifier ledit traité ; ce serait chose contraire
« à tous les principes du droit, de la justice et méme de la raison.
« Nous ajoutons que cet infáme meurtrier a enfreint le traité direc-
« tement et de plusieurs maniéres. Conformément à vos ordres, il
« avait juré que, respectant désormais les liens d'amitié qui nous unis-
« saient, il ne ferait rien qui pût nous causer déplaisir, préjudice,
« dommage ou déshonneur; mais il a déloyalement et perfidement
« violé toutes ces promesses. Il a fait jeter en prison le grand-maître
« de votre hótel, un de vos plus fidéles serviteurs, et l'a fait mettre à
« la torture avec une cruauté sans exemple méme chez les infidéles,
« afin de lui arracher des aveux qui vinssent à l'appui de ses calom-
« nieuses accusations contre notre pére. Cependant ledit grand-mattre,
« lorsqu'on le conduisit au supplice, déclera, sur le salut de son
« âme, que notre père et lui avaient toujours obéi fidèlement à vos
« ordres, et que, s'il avait jamais dit le contraire, c'est qu'il y avait
« été contraint par la violence des tourments; il persista jusqu'a la
« mort dans cette déclaration, en présence d'un grand nombre de
« chevaliers et de personnes notables. Ledit duc a encore violé ses
« promesses et ses serments, en soutenant et protégeant, malgré les
428 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« animadversione dignos et in tractatu exclusos, adhuc fovet et
« sustentat, ceteris prebens exemplum ut audaciores fiant ad
« similia perpetranda. Persequtus est et officiarios fratris vestri
« et privavit regiis officiis contra juramentum factum ad sancta
« Dei evvangelia. Iterum, ne iniquum scelus suum punicioni
« debite subjaceret, auctoritatem vos et regnum vestrum re-
« gendi usurpavit, fideles et circumspectos familiares vestros
« expulit, ignotos et minus sufficientes loco eorum subrogavit,
« qui ad singulare commodum vestras convertunt financias,
« sicque omnibus horis et momentis lateri vestro assistunt,
« quod nil vobis potest dici ob utilitatem regni sine eorum
« licencia, quod cunctis consanguineis vestris indecentissimum
« procul dubio videtur.
« Occasione predictorum metuendissimus avunculus vester
« dux Biturie, dux Borbonii, Alenconii, Divitis Montis, Arme-
« niaci comites, et ego Karolus cum ipsis volentes vobis fide-
« litatem promissam servare, sicut tenemur, ut vestri humiles
« consanguinei, anno exacto, convenimus simul, ad vos pos-
« tulavimus accessum ut ostenderemus predicta, dampnabile
« regimen regni vestri, ejus destructionem imminentem, si
« diu in tali statu manéat, et ad videndum si qui essent qui
« vellent contradicere dictis nostris. Vos, metuendissime do-
« mine, per deliberacionem vestri consilii, consanguineorum
« vestrorum, prelatorum, baronum et circumspectorum homi-
« num regni vestri assistencium in tali numero qui vobis pla-
« cuisset, remedium apposuissetis inconvenientibus futuris, et
« que cito forsan evenirent, providendo libertati et securitati
« persone vestre, domini nostri Guienne, regimini regni vestri,
« rei publice atque justicie vestre, ut lacius continebatur litteris
« nostris vobis missis, cum eramus prope Parisius. Et quamvis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 429
« termes du traité, les instruments de son exécrable attentat, ces
« monstres dignes de l'animadversion de Dieu et des hommes; funeste
« exemple qui ne peut qu'encourager de semblables parricides. Il a
« persécuté les officiers de votre frére et les a privés de leurs offices
« royaux en dépit du serment qu'il avait fait sur les saints évangiles.
« En outre, afin d'échapper au chátiment que méritait son horrible
« forfait, il a usurpé l'autorité souveraine sur vous et sur votre
« royaume; il a chassé les plus fidéles et les plus sages d'entre vos
« familiers , pour mettre à leur place des gens obscurs et incapables,
« qui détournent à leur profit les finances de l'État, qui à toute heure,
« à tout moment vous obsédent à tel point qu'on ne peut rien vous
« dire dans’ l'intérét de votre royaume sans leur permission; ce qui
« parait tout-à-fait scandaleux à tous les princes du sang.
« À ce propos, votre trés redouté oncle le duc de Berri, le duc de
« Bourbon, les comtes d'Alencon, de Richemont et d'Armagnac, et
« moi Charles, voulant vous donner une preuve de la fidélité que nous
« vous devons, comme vos humbles sujets et proches parents, nous nous
« sommes réunis l'année derniére et vous avons demandé une entrevue :
« pour vous exposer les faits sus-mentionnés, le mauvais gouverne-
« ment de votre royaume, et la ruine prochaine dont il était menacé,
« S'il restait long-temps en cet état, et pour voir si quelqu'un vou-
« drait soutenir le contraire. Trés redouté seigneur, en soumettant
« l'affaire aux délibérations de votre conseil, de vos proches, des
« prélats, barons et personnes sages de votre royaume, rassemblés
« en tel nombre qu'il vous aurait plu, vous auriez porté reméde aux
« désordres qui menacaient d'éclater prochainement, et vous auriez
« pourvu en méme temps à la liberté et à la süreté de votre personne
« et de monseigneur le duc de Guiennc, au gouvernement de votre
« royaume, au bien de l'État et au maintien de la justice, comme il
« était dit plus au long dans les lettres que nous vous avons adressées,
« quand nous étions prés de Paris. Bien que nous n'eussions alors
« autour de nous que nos sujets, qui vous sont tous dévoués, et que
430 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
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tunc associati essemus subditis nostris vobis benivolis, et
venissemus ad serviendum vobis, nosmet obtulimus ad vos
accedere eum societate moderata; sed audienciam non potui-
mus adipisci, obstantibus impedimentis per illum dictum
proditorem homicidam appositis, qui semper lateri vestro
astabat, impediendo tantum nostrum bonum propositum,
nimia ambicione motus et ne perderet auctoritatem singu-
lariter dominandi. Sie nos opportuit redire ad partes nos-
tras et remittere gentes nostras, ne dampnificarent regnum,
ut ceteri articuli per vos et consilium vestrum scriptis redacti
continebant. Quos tamen nequam predictus de Burgundia
minime observavit, cum in hiis continentur .quod solum
vobiscum remanerent suspicione carentes, et qui pensionarii
non essent unius sive alterius partis. Nam suos familiares
relinquit, qui vos regunt, regnum et ducem Guienne, et sibi
in cunctis favent ac si personaliter presens esset. Iterum
formam tractatus non servans, a prepositura Parisiensi Pe-
trus de Essartis destituendus erat; sed per vestras litteras
ab illo de Burgundia impetratas sedem judicialem repetere
conatus est,.quod non potuit adimplere. Et cum per eam-
dem formam Johannes de Guarencheriis, qui nobis faverat,
de Cadonio recuperasset custodiam, eum in odium nostri
cito destituit; et sic patet quod nunquam mente voluit quod
juraverat complere. |
« Metuendissime domine, dilectissima mater nostra reiteratis
vicibus requisivit ut justicia fieret de illo detestabili homi-
cida. Consequenter justicie litteras michi dari diu supplicavi
justiciariis regni vestri dirigendas, ut noxii tanti sceleris
secundum demerita criminaliter punirentur; et fere per qua-
tuor annos ad id elaboravimus, nec aliquam provisionem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 431
« nous ne fussions venus que pour vous servir, nous avons offert de ne
« paraître devant vous qu'avec une suite peu nombreuse. Mais nous
« n'avons pu obtenir audience, à cause des obstacles suscités par ce
« perfide meurtrier, qui était sans cesse à vos cótés, entravant nos
« bonnes résolutions par l'effet de son ambition et dans la crainte
« de perdre cette autorité sans partage qu'il avait usurpée. Il nous a
« donc fallu retourner chez nous et licencier nos troupes pour empé-
« cher qu'elles ne causassent quelques dégâts dans le royaume, ainsi
« que le prescrivaient les articles du traité rédigé par vous et par
« votre conseil. Mais ledit duc de Bourgogne ne s'est nullement con-
« formé audit traité. Il était stipulé en effet qu'il ne resterait auprès
« de vous aucune personne suspecte, aucun pensionnaire de l'un ou
« de l'autre parti. Et cependant il vous a entouré de ses familiers, qui
« vous gouvernent, vous, le royaume et le duc de Guienne, et qui
« veillent à ses intéréts comme s'il était là en personne. Contraire-
« ment encore à la teneur du traité, Pierre des Essarts, qui avait dà
« être destitué de la prévóté de Paris, a essayé de rentrer en possession
« de sa charge, moyennant des lettres que ledit duc de Bourgogne
« avait obtenues de vous; mais il n'a pu y réussir. En vertu du méme
« traité, Jean de Garenciére, qui était un de nos partisans, avait
« recouvré la capitainerie de Caen; il l'en a bientôt dépouillé en
« haine de nous. Il est donc évident qu'il n'a jamais eu l'intention
« réelle d'accomplir ce qu'il avait promis.
« Trés redouté seigneur, notre mére bien ajmée a demandé à plu-
« sieurs reprises qu'il füt fait justice de ce détestable homicide. C'est
« pourquoi, moi Charles d'Orléans je vous ai supplié si long-temps de
« lui octroyer des lettres de justice, pour faire poursuivre par les justi-
« ciers de votre royaume tous ceux qui ont trempé dans cet assassinat
« et pour les faire punir suivant leurs démérites; nous y avons travaillé
« pendant prés de quatre ans, sans avoir pu encore rien obtenir. Je
432 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
«
«
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potuimus obtinere. Credo quod abjectiori viro tocius regni
vestri non denegate fuissent in cancellaria vestra. Sed vestris
cotidianis assistunt consiliis noxii sceleris perpetrati, qui
hoc impediunt, bonum regimen et pacem regni vestri, et im-
pedient quamdiu vobiscum erunt. Sicque promptus eram
acceptare quod michi scribebatis et respondere taliter quod
toti mundo suffecisset. Sed super hoc nil potui obtinere.
« Ideo, metuendissime domine, supplicamus quod , attentis
tam homicidio enormi quod non possit litteris satis dampnari,
confessione partis facta in judicio et extra, publice, coram
domino duce Guienne et consanguineis vestris, que secun-
dum jura ita manifesta est quod nunquam admitti debet ad
: dicendum contrarium, nec debet fieri processus ordinarius
contra ipsum, sed prompta exequcio justicie debet sequi;
attenta eciam diligencia matris nostre et nostra eciam, et
quod hucusque per tres annos expectavimus, nec potuimus
adipisci provisionem justicie, quod omnes inhonestum et
dolorosum reputant, et quomodo ab illo homicidio ecclesie
regni et regnicole universi intollerabilibus dampnis oppri-
muntur ; quatinus de gracia speciali officium vestrum debita
exequendo et obediendo Deo creatori, ex quo directe depen-
det omnis justicia, ut cunctis postpositis eam exequcioni
'dari jubeatis, et id vobis instantissime et humiliter supplica-
mus. Et cum secundum jura nobis licitum sit et permissum
‘ut totis viribus laboremus ad tantj facinoris reparacionem,
ad honorem domini genitoris nostri, cui parcat Altissimus,
et ad id simus obligati sub pena infamie incurrende, et quod
non debeamus reputari ejus filii legittimi ; iterum supplicamus
ut ad repellendum obstinacionem adversarii et intencionem
pessimam, quam gerit contra nos, nobis dignemini opem
«
«
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 433
crois que ces lettres n'auraient pas été refusées dans votre chancel-
lerie au dernier de vos sujets ; mais il y a parmi vos conseillers ordi-
naires des complices de l'attentat, qui s'opposent à notre demande
et entravent le bon gouvernement et la paix de votre royaume, et
il en sera ainsi, tant qu'ils seront prés de vous. J'étais tout prét à
accepter ce que vous m'écriviez et à vous répondre de maniére à
satisfaire tout le monde; ce qui m'en a empéché , c'est que je n'ai pu
obtenir qu'il füt fait droit à aucune de mes requétes.
LS
« En conséquence, très redouté seigneur, vu l'énormité d'un atten-
tat que l'histoire ne saurait trop flétrir, et les aveux faits publique-
ment par la partie adverse en justice et hors justice, en présence
de monseigneur le duc de Guienne et des autres princes du sang,
aveux si manifestes selon le droit, qu'ils exigent une prompte répa-
ration , et qu'il est impossible d'admettre jamais notre adversaire à
les démentir, et inutile d'instruire un procés ordinaire contre lui ,
vu les démarches de notre mére et les nótres, et la patience avec
laquelle nous attendons depuis trois ans sans pouvoir obtenir jus-
tice, au grand scandale et au grand regret de tous; vu en outre les
maux intolérables qui résultent de cet homicide pour les églises de
votre royaume et pour tous vos sujets, nous demandons que, par
gráce spéciale, et conformément à votre devoir et à la volonté de
Dieu, de qui dépend directement toute justice, vous mettiez de cóté
toute autre considération et que vous nous donniez satisfaction ; nous
vous en supplions instamment et humblement. Et comme il nous
est licite et permis en droit d'employer tous nos efforts à obtenir
réparation de ce crime, pour l'honneur de notre pére, dont Dieu
veuille avoir l'àme, et que nous y sommes obligés sous peine de
nous exposer à l'infamie et de ne plus étre considérés comme ses fils
légitimes, nous vous conjurons aussi de daigner nous préter votre
assistance, pour que nous triomphions de l'obstination de notre
adversaire et de ses mauvais desseins, et d'étendre généreusement et
ouvertement sur nous, ainsi que vous y étes tenu, la protection de
votre bras puissant. En témoignage de quoi j'ai apposé mon sceau à
Iv. | 55
434 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« ferre, et magnificencie vestre brachium in nostrum auxilium
« commendabiliter et potenter, prout expedit, extendatis. In
«testimonium quarum litterarum sigillum meum in illis appo-
« sui, Jargleau super Ligerim, decima quarta die jullii, anno
« Domini millesimo quadringentesimo undecimo. »
À nonnullis circumspectis et scientificis viris, qui ad longum
apices cum maturo studio pluries perlegerunt, audivi ipsos
racionabilia continere, dumtaxat uno excepto, quod secundum
jura divina et humana nequam et exemplum pessimum reputa-
bant, cum suis confederatis non prece hurnili sed viribus justi-
ciam sibi fieri postulabat, et capitalibus adversariis regni
comitatus.
CAPITULUM XI.
Ducem Burgundie dux Áurelianensis diffidavit.
Ut cunctis innotesceret se ad vindictam justissime aspirare,
ad urbes famosiores regni similes misit apices, nec omittens
cerimonias guerrarum , de confederatorum suorum consensu
unanimi, ducem hostem capitalem agredi noluit, donec diffi-
dencias misisset sub hac forma :
« Karolus, Aurelianensis et Valesii dux , de Blesis, de Bello-
« monte comes, et Couciaci dominus, Philippus et Johannes,
« Virtutum et Engolesime comites, tibi Johanni, qui te dicis
« ducem Burgundie. Propter homicidium horribile per te pro-
« ditorie, concomitantibus premeditatis insidiis, et per assuetos
« homicidas commissum in persona metuendissimi domini
« genitoris Ludovici, ducis Aurelianensis, regis unici fratris
« germani, nostri et tui metuendissimi et summi domini, non
« obstantibus juramentis, confederacionibus , fidelique socie-
« tate armorum cum eo habitis, nec non et propter prodi-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 435
436 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« ciones, dedecora, et malignitates alias in dictum dominum
« nostrum et nos modis pluribus perpetratas, notum facimus
« quod ab hac hora et deinceps modis omnibus et ex toto nostro
« conamine tibi nocebimus, et contra infidelitatem tuam et
« prodicionem Deum et omnes probos homines mundi in nos-
- « trum auxilium invocamus. Et in testimonium veritatis, ego,
« Karolus prenominatus, sigillum meum hiis litteris apponi feci,
« decima octava die jullii, anno millesimo quadringentesimo
« undecimo. »
CAPITULUM XII.
De diffidenciis ducis Burgundie.
Ignominiosam scripturam leta fronte dux Burgundie susci-
piens in villa sua Duaci , decima die augusti , sibi aliam confor-
mem tanquam mendaci proditori et nequam, proditoris patris
imitanti vestigia, per suum equitatorem direxit sub hac forma.
« Johannes, dux Burgundie, comes Flandrie, Artesii et Bur-
« gundie, palatinus, et dominus Salinarum, tibi, Karole, qui
« te dicis ducem Aurelianis , tibi, Philippe, qui te dicis comitem
« Virtutum, et tibi, Johannes, qui te dicis comitem Engolesime,
« qui de recenti diffidenciarum litteras nobis transmisistis ,
« notum facimus et notum fieri volumus universis, quod ad
« humiliandum vel reprimendum magnas et horribiles prodi-
« ciones per malignitates maximas et premeditatas insidias
« nequiter machinatas, et in dominum regem metuendissimum,
«et summum dominum nostrum et vestrum, et generosam
« generacionem suam per Ludovicum patrem vestrum multis
« variisque modis commissas, nec non et ad impediendum
« ipsum iniquum et infidelissimum proditorem, ne perveniret ad
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 437
« ourdies de mille manières contre notredit seigneur et contre nous-
« mémes, nous te faisons savoir que dorénavant nous te nuirons de
« toutes nos forces et par tous les moyens possibles ; et nous appelons
« à notre aide contre ta déloyauté et ta trahison Dieu et tous les gens
« de bien de ce monde. En foi de quoi, moi, Charles ci-dessus
« nommé, ai fait apposer mon sceau auxdites lettres, le 48 juillet de
« l'an mil quatre cent onze. »
CHAPITRE XII.
Dé& du duc de Bourgogne.
Le duc de Bourgogne reçut avec joie ce cartel injurieux en sa ville
de Douai , le 10 août, -et répondit au duc d'Orléans sur le méme ton,
en le traitant de menteur et de traítre qui suivait les traces de son per-
fide pére. Voici en quels termes était concu son message, qu'il lui
envoya par un de ses courriers.
« Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois et de
« Bourgogne, palatin, et seigneur de Salins, à toi Charles, qui te dis
« duc d'Orléans, à toi Philippe, qui te dis comte de Vertus, et à toi
« Jean, qui te dis comte d'Angoulême, qui tout récemment nous avez
« transmis des lettres de défi, faisons savoir et voulons que chacun
« sache que pour punir et réprimer les grandes et horribles trahisons,
« méchamment machinées par félonie et guet-apens et diversement
« commises par Louis, votre pére, contre le roi notre trés redouté
« et souverain seigneur et le vótre, et contre ses nobles enfants,
« comme aussi pour empécher ce méchant et déloyal traître de con-
« sommer le détestable attentat qu'il avait concu contre eux , attentat
« si inique et si notoire, qu'aucun fidèle sujet du roi ne devait le
« laisser vivre plus long-temps, et particuliérement nous , qui sommes
« cousin de notredit seigneur le roi, doyen des pairs et deux fois pair,
438 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« exequcionem detestabilem attemptatam eontra eos, tam ini-
« quam et notoriam quod nullus fidelis homo ipsum pati vivere
^
A^
R
A
«
non debebat, et maxime nos cognatus dicti domini nostri,
decanus parium et bis par, ipsi amplius astricti et sue proli
nobili quam quicunque alter consanguineus vel subditus, non
debebamus tam falsum, infidelem , crudelem et nequam pro-
ditorem amplius relinquere super terram; ideo, ne conscien-
cia tanta mole premeretur, fidelitatem servando, ut tenemur,
erga metuendissimum dominum nostrum et insignem genera-
cionem suam, mortem debitam tam iniquo proditori man-
davimus exequcioni dare, et in hoc placitum Deo fecimus,
fidele servicium exhibuimus domino nostro regi, et exequti
fuimus quod racionabile erat. Et quia tu et fratres tui, geni-
toris iniquissimi sequaces, ad infidelissimos fines ad quos ten-
debat venire nitimini, diffidencias cordialiter recepimus; sed
de contentis in ipsis vos impiissimos mendaces dicimus et
iniquissimos proditores. Et ideo, cum adjutorio Dei, qui novit
integram fidelitatem, amorem et veram intencionem, quam
et quos habuimus , habebimus quamdiu vixerimus, erga domi-
num nostrum regem, prolem suam et utilitatem regni, vos
ad punicionem racionabiliter et in finalibus tantis infidelibus
debitam et inobedientibus iniquis deducemus. In cujus rei
testimonium litteras istas sigillo nostro corroborari fecimus
in villa nostra de Duaco, decima tercia die augusti, anno
Domini millesimo quadringentesimo undecimo. »
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL — 439
« nous qui étant uni plus étroitement à sa royale personne et à sa
« noble famille qu'aucun autre prince du sang et qu'aucun de ses
« sujets, ne devions pas laisser sur la terre ce faux, déloyal, cruel et
« infáme traitre; enfin pour ne pas charger notre conscience d'un
«tel poids ni manquer à la fidélité que nous devons à notre très
440 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
CAPITULUM XIII.
Ad reginam frustra mittuntur nuncii. — Custodia ville Parisiensis comiti Sancti
Pauli committitur, qui in parte sollicitudinis sue quosdam vilissimos viros urbis
exaltavit.
Jam jamque a mensis jullii principio dux Biturie et regina
super reconsiliacione ducum multa simul habuerant secreta
colloquia, sicut rex ordinaverat; et tandem circa finem jullii
ipsum rogaverunt, ut ex consiliariis suis secularibus atque eccle-
siasticis viris, nec non ex gremio alme Universitatis Parisien-
sis quosdam mitteret cum civibus quibus confidenter possent
apperire que mente gerebant. In cedula super hoc ipsi missa,
conestabularius, cancellarius et marescallus Francie, balista-
riorum , regii hospicii; nemorum et aquarum magistri, domini
de Olmonte, de Offemonte et Collardus de Callevilla , episcopi
eciam Lemovicensis, Lexoviensis, et magister Philippus de Cor-
beya nominatim habebantur. Nec prenominatis content, episco-
pum Silvanetensem, magistrum Johannem Manson, theologos,
magistros eciam Johannem de Creppon et Johannem Guioti
decretistas, unum de presidentibus Parlamenti regii cum tribus
eisdem assistentibus , totidem et de compotorum camera, cum
preposito mercatorum Parisiensium et duobus burgensibus
iterum nominaverunt. Hos omnes reputabant circumspectos et
prudentes. Pacis et concordie rex amator eis misit, cum cancel-
lario jam vergente in senium paucis dumtaxat exceptis, qui le-
gittimam excusacionem habuerunt, sperans per eos posse paci-
ficari principes, cum regine atque duci Biturie cari essent. Ex
hac tamen ambassiata nil utilitatis processit, nec quid laudis sibi
acquisierunt nuncii. Nam de Meleduno ad regem redeuntes,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII.
CHAPITRE XIII.
4M
4^2 CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXI.
veluti jussi fuerant, nil aliud retulerunt quam processum ducis
Aurelianis jam scriptum. et finem intencionis ipsius. Sub com-
pendio perstringens prolata diffusius, nuper regine et duci
referunt ipsum ducem Aurelianensem graves querimonias super
condolenda nece et ignominiosa genitoris intulisse. Addunt et
piam genitricem ad judicialem vindictam tam nephandissimi
sceleris majestatem regiam frustra pluries excitasse , ner. justi-
ciam.inde instantissime petitam potuisse. assequi. Addunt et
injustissimum videri duci Biturie, si ob hoc regem impediatur
adire.
Relacionem aulici indignantissime audierunt; at ubi ad aures
regnicolarum pervenit, sic suspectos nuncios habuerunt, ut
publice et absque .erubescencie velo eos proditores pessimos
nominarent. Quapropter ne furibunde in eos desevirent, pro-
pria domicilia petentes ad tempus curiam relinquerunt. Abhinc
et dux Biturie Parisiensium. favorem erga se hucusque conti-
nuatam amisit, ac si consuluisset urbem destruere ; et id solum
in ore maxime partis civium vertebatur : « [s dux sub simulatis
« verbis pacem querit; sed Armeniacos in urbem nititur collo-
« care, ut hii pastis annuis assueti predalem faciant civitatem. »
Qui ejus curiam et confederatorum suorum aulas frequentabant
super hiis cives assidue et precipue notos et affines reddebant
doctiores, certificantes quod ad id omnes modis omnibus ane-
labant, quiequid vulgalis oppinio in contrarium alleguaret. Et
tunc introitus urbis solito diligencius dignum duxerunt servare,
et ignotos éxeuntes scrütari si arma gererent sive litteras
suspectas , sibi vel regi nocivas ; utque in ville compitis securius
nocturnas agerent vigilias, cathenas ferreas sursum per trans-
versum Secane extendi preceperunt, ne quis latenter ingredi
posset ir urbem. Item et cum, consiliariis convenientes regiis,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 443
déduisirent fort longnement, savoir que naguère ledit duc s'était plaint
amérement à la reine ei au duc de Berri dé la mort déplorable et
ignominieuse de son père; que la duchesse sa mère avait à plusieurs
reprises vainement demandé vengeance au roi d'un si horrible atten-
tat, et n'avait pu encore, malgré toutes ses instances, obtenir satis-
faction; enfin que le duc de Berri trouvait trés injuste qu'on empé-
chát le duc d'Orléans de voir le roi pour lui dénoncer ce déni de
justice.
En entendant ce rapport, les seigrreurs de la cour montrérent
quelque mécontentement; mais le peuple alla plus loin : il prit les
députés en telle défiance, qu'il ne craignit pas de les traiter publique-
ment de traitres infâmes. Afin d'échapper à la fureur populaire,
ceux-ci quittérent la cour pour un temps et se retirérent chez eux.
Dès ce moment aussi le duc de Berri perdit la faveur des Parisiens
qu'il avait conservée jusqu'alors; il semblait qu’il eût conseillé la ruine
de la ville. On entendait dire de tous côtés : « Ce duc fait semblant
« de chercher la paix ; mais il travaille à faire entrer dans Paris les
« Ármagnacs, afin de livrer la ville aux dévastations de ces pillards. »
Les familiers du prince et ceux de ses alliés avaient eux-mémes répandu
ce bruit parmi les bourgeois et particuliérement parmi leurs parents
et leurs amis, auxquels ils répétaient qu'on travaillait par tous les
moyens possibles à l'exécution de ce projet, quoiqu'on fit circuler dans
le public des rumeurs contraires. Aussi jugea-t-on à propos de faire
garder plus soigneusement que de coutume les entrées de la ville et de
faire fouiller tous les inconnus qui en sortiraient, pour s'assurer s'ils
ne portaient point d'armes ou de lettres suspectes, capables de causer
quelque préjudice au roi ou aux habitants. On établit aussi des postes
pour la nuit dans les carrefours, et afin qu'ils fussent à l'abri de toute
surprise, on tendit des chaines de fer en travers de la Seine, de sorte
que personne ne pouvait entrer secrétement dans la ville. En outre,
les bourgeois qui jusqu'alors s'étaient toujours refusés à prendre pour
,
444 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
quod repetitis recusaverant vicibus annuerunt, ut scilicet Sancti
Pauli comes loco ducis Biturie constitueretur custos ville.
Qua potitus preeminencia diucius affectata , sic partem ducis
Burgundie statuit reddere forciorem. Non enim, quod repre-
hensibile visum est universis, viros a priscis claris civibus
ducentes originem , sed ex immunda Parisiensi publica carni-
ficina , macellarii regii tres liberos ipsi duci favorabiles, cogno-
minatosle Goues, viros utique rixosis sedicionibus aptos, et
quos ultima expedicione bellica humanum fundere non abhor-
rere cruorem cognoverat, in partem sue sollicitudinis assumpsit.
Ipsis quidem et multis aliis sibi similibus, non sine displicen-
cia multorum , concedi fecit auctoritate regia ut super quingen-
tos alios consodales, quos eligerent et qui se subsidiarios regios,
civitatis tamen sumptibus vel stipendiis, nominarent, libere
per civitatem armati possent incedere, notare eciam illos qui
duci Aurelianensi favebant, et ut supplicaciones civium in con-
siliis regis promoverent. Id ultimum repetitis vicibus tam inso-
lenter egerunt, quod reprehensi de nimio conveniencium
numero responderunt se alias majori multo reversuros. Et si
differebatur aliquantulum quod petebant, mox assistentes minis
generalibus terrebant. Quapropter cum archiepiscopo Remensi,
magistro Symone Cramaut, multi, relicta regia domo, ad sua
domicilia redierunt. Ex tunc nephas reputantes sibi in aliquo
contradici vel dissuaderi placencia, cum audissent episcopum
Xantonensem in consistorio optasse ut dux Burgundie pacem |
veniam petens obtineret, ut proditori notorio sibi mortem.
minati sunt, scelusque in actum produxissent, nisi latenter auxi-
lio comitis Santi Pauli eorum manus sacrilegas evasisset. Effre-
nis eis concessa licencia, inter plurimos quos pariebat abusus,
ille permaximus erat, quod si quis in aliquem odium concepisset
EN
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 445
capitaine de la ville le comte de Saint-Pol, consentirent, d'accord avec
les conseillers du roi, à ce qu'il füt nommé à la place du duc de Berri.
Le comte, se voyant en possession d'un poste qu'il avait si long-
temps ambitionné , songea à fortifier le parti du duc de Bourgogne.
Mais au lieu de s'entourer de gens honorables pris parmi d'anciennes
familles de la bourgeoisie, il choisit ses conseillers, au grand scandale
de tous, dans les derniéres classes dela ville, parmi les bouchers de
Paris, et s'adjoignit entre autres les trois fils du boucher du roi, les
fréres Legoix, hommes dévoués au duc, qui étaient d'habiles artisans
de troubles, et qui avaient prouvé dans la derniére guerre qu'ils ne
se faisaient aucun scrupule de verser le sang humain. Il leur fit accor-
der, de par le roi, à eux et à beaucoup d'autres gens de leur espéce,
au grand déplaisir de tous les habitants, le droit de commander une
troupe de cinq cents bouchers choisis par eux qui devaient s'appeler
milice du roi, bien qu'ils fussent payés par la ville; on leur permit
de parcourir les rues les armes à la main, de prendre note des parti-
sans du duc d'Orléans et de présenter les suppliques des bourgeois
aux conseils du roi. Ces gens usérent de ce dernier droit à plusieurs
reprises avec beaucoup d'insolence. On leur reprochait un jour d'ame-
ner avec eux trop de monde; ils répondirent qu'ils reviendraient une
autre fois en bien plus grand nombre. Pour peu qu'on différât d'ac-
quiescer à leurs requétes, ils adressaient aux membres du conseil les
plus terribles menaces. Aussi l'archevéque de Reims, maître Simon
Cramaut, et plusieurs autres quittérent la maison du roi et s'en retour-
nérent chez eux. Dés lors ces misérables regardérent comme un crime
toute contradiction , toute opposition à leurs désirs. Ayant appris que
l'évéque de Saintes avait exprimé dans le conseil le voeu que le duc de
Bourgogne fit amende honorable afin d'obtenir la paix, ils le meua-
cérent de mort comme traître notoire, et l'effet eût suivi la menace,
si le comte de Saint-Pol n’eût fait évader secrètement le prélat pour
le soustraire à leurs mains sacriléges. Ün des plus grands abus enfantés
par la licence sans bornes dont ils jouissaient, c'est que quiconque
avait encouru leur haine et avait été désigné par eux comme Árma-
guac, était, sinon mis à mort, du moins jeté en prison et dépouillé de
4^6 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
et eum publice Armeniacum vocasset, et si non occidébatur,
carcerem tamen non vitabat, et protinus a prevenientibus bona
ejus distrahebantur libere sine auctoritate cujuscunque. Unde
multi notabiles viri a diviciarum culmine ad odibilem egesta-
tem, proc dolor, corruerunt. Deinceps non modo consiliariis
regiis sed et summe auctoritatis civibus terrori. esse ceperunt ;
et ideo cum preposito mercatorum Karolo Cudoe trecenti et
amplius de civitate recesserunt, quia judicio omnium quotquot
sequaces habebant ad similia perpetranda prompti erant, et ap-
ciores ad commociones civiles excitandas quam sedandas vide-
bantur; et id precipue nec immerito timebatur. In urbe namque
divisa nec vota conveniebant civium, sed inexpiabili odio labo-
rantes, dum sibi conviciando mutuo qui duci favebant Aurelia-
nensi ceteros .Burgundiones vocabant, ab eisdem viceversa
infideles Armeniaci dicebantur, quod valde vitüperabile quisque
reputaret cum prodicionem sonaret. Jam ubique regnicole
eorum morem sectantes, mox ut isti super nece perfida geni-
toris hujus ducis justiciam dignum ducebant petendam. Non
deerant majori longe numero stultiloqui homines et ad queque
adinventa credendum nimis precipites, qui hunc sic digne
luisse attemptatam perfidiam in regem et generacionem ejus *.
CAPITULUM XIV.
De supplicacionibus factis regi super securitate sua et civium.
Cives sepius interloquendo predicta, alter alteri mortem
ignominiosam et proditoribus dignam minabatur, si dux sibi
predilectus meliorem calculum reportaret obtenta victoria.
Quod attendens comes Sancti Pauli, in consilio regali, pre-
' ]l faut supposer l'omission d'un mot tel que dicebant.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 447
ses biens , que le premier venu pillait librement sans en demander la
permission à personne. Beaucoup de personnes riches et notables
furent ainsi réduites à la plus affreuse misére. Bientót la troupe des
Legoix devint la terreur non seulement des conseillers du roi , mais
aussi des principaux bourgeois, qui s'enfuirent de Paris au nombre de
plus de trois cents avec le prévót des marchands, Charles Culdoé.
Chacun pensait en effet que ces bandits étaient disposés à commettre
toutes sortes d'excés semblables, et plus portés à exciter des troubles
quà les apaiser; les craintes qu'ils inspiraient n'étaient pas sans fon-
dement. Car la division régnait dans la ville; les bourgeois, loin de
saccorder entre eux, étaient animés les uns contre les autres d'une
haine implacable et se prodiguaient toutes sortes d'injures. Les parti-
sans du duc d'Orléans appelaient Bourguignons ceux du parti con-
traire , qui les traitaient d'Armagnacs, et chacun d'eux se tenait pour
cruellement offensé de ces dénominations qui impliquaient le reproche
de trahison. Bientót les habitants du royaume suivirent tous cet
exemple; les uns demandaient qu'on tirát vengeance de l'horrible
meurtre du pére du duc d'Orléans. D'autres, en plus grand nombre,
gens stupides et préts à croire toutes les calomnies, prétendaient que
cette mort était le juste chátiment de ses perfides machinations contre
le roi et sa famille. |
CHAPITRE XIV.
Supplique adressée au roi au sujet de sa sûreté et de celle des habitants.
Souvent les bourgeois , en s'adressant les uns aux autres les qualifi-
cations susdites, se menacaient réciproquement de la mort ignomi-
nieuse réservée aux traitres, dans le cas où le duc dont ils avaient
embrassé la cause aurait le dessus. En conséquence, le comte de Saint-
Pol demanda dans un conseil présidé par le duc de Guienne en l'ab-
sence du roi qui était malade, que l'on prit des mesures efficaces
448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
sente duce Guienne, quoniam rex solita egritudine laborabat,
supplicavit ut istis motibus providerent de remedio opportuno.
Qui tunc presentes aderant pro securitate tam regis quam
civium octo de consiliariis regiis, et in numero equali ex gre-
mio Universitatis Parisiensis suppositis, cum totidem burgen-
sibus elegerunt, qui post maturam deliberacionem ad dominum
ducem Guyenne augusti vicesima sexta die redeuntes suppli-
citer postulaverunt et assequti sunt que sequentur. Et primo
ut ex domo regia Sancti Pauli, utique subjacenti inopinatis et
forsitan venturis insidiis, cum in fine civitatis et quasi extra
clausuram existeret, ad castrum Lupare rex et dominus dux
Guyenne adducerentur, ibi manere possent securius; secundo
ut regina per sollempnes nuncios rogaretur redire Parisius ;
quod si abnueret, dominam ducissam Guienne ad dominum
ducem cum fratre suo domino comite Pontivensi ac duabus ejus
sororibus huc illuc adduci pateretur, utque Biturie et Burgun-
die ducibus discordantibus civitatis excluderetur ingressus, ne,
sicut anno exacto, circumadjacentis patrie militares copie agres-
tes dampnificarent accolas. Ut clausuram civitatis ad intra pos-
sent libere circuire, dum excubias nocturnas persolvebant,
iterum obtinuerunt ut muri domus Nigelle procinte urbis con-
juncti rumperentur, et muro obstrueretur porta domus, que
liberum iter ad agros prebebat, quamvis scirent quod duci
Biturie plurimum displiceret. Concessum est eciam ut, merca-
torum preposito Karolo Cudoe destituto, cum multis suspectus
esset, cives summe auctoritatis burgenses sex domino duci pre-
sentarent ; de quorum numero Petrum dictum Genciam , virum
utique prudentem et ex generosis proavis ducentem originem,
per regis consilium admisit ad officium exequendum. Quosdam
eeiam nominatos qui, ut publice ferebatur, conspiraverant
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIT. 449
pour réprimer de semblables désordres. Huit des conseillers du roi,
un pareil nombre de suppóts de l'Université de Paris et autant de
bourgeois furent chargés par les membres qui assistaient à ce conseil
de pourvoir à la süreté du roi et de la ville. Aprés en avoir mürement
délibéré, ils se rendirent le 26 aoüt prés de monseigneur le duc de
Guienne, lui présentérent une humble requête, et obtinrent qu'il fût
pris diverses mesures. On convint d'abord que le roi et monseigneur
le duc de Guienne quitteraient l'hótel royal de Saint-Paul, qui, étant
placé à une extrémité de la ville et presque en dehors de l'enceinte,
se trouvait trop exposé aux surprises et aux coups de main, et qu'ils
iraient habiter le cháteau du Louvre, afin d'y étre plus en süreté; en
second lieu, qu'on enverrait des ambassadeurs à la reine pour la prier
de revenir à Paris, et qu'en cas de refus de sa part, on exigerait du
moins qu'elle laissát venir madame la duchesse de Guienne auprés de
monseigneur le duc avec son frére monseigneur le comte de Ponthieu
et ses deux soeurs; que l'entrée de la ville serait fermée aux ducs de
Berri et de Bourgogne, tant que dureraient leurs discordes, afin que
leurs troupes ne dévastassent point, comme l'année précédente, le pays
d'alentour. Il fut stipulé aussi qu'on abattrait les murs de l'hótel de Nesle
qui touchaient à l'enceinte, afin que les bourgeois pussent faire des
rondes autour de la ville pendant la nuit, et qu'on murerait la porte
dudit hótel qui donnait sur la campagne, bien qu'on sát que cela devait
déplaire beaucoup au duc de Berri. Il fut en outre réglé que le prévót
des marchands, Charles Culdoé, qui était devenu généralement sus-
pect, serait destitué, et qu'on soumettrait au choix du duc pour le
remplacer une liste de six bourgeois notables. Le duc, d’après l'avis
du conseil, désigna pour cette charge Pierre Gentien, personnage
. d'une grande habileté et d'une illustre naissance. Il fit aussi rechercher
certaines gens qu'on lui avait désignés comme ayant conspiré contre
la ville et comme ayant menacé d'y introduire secrétement les troupes
du duc d'Orléans, et donna ordre qu'on les mit en prison et qu'on les
punit selon toute la rigueur des lois, s'ils étaient trouvés coupables.
Il fut décidé en dernier lieu que, pour prévenir les émeutes et les sédi-
tions populaires, dont on était menacé chaque jour depuis deux mois
IV. ||. 5,
450 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
contra villam, et minati fuerant gentes ducis Aurelianis in eam
introducere latenter, dux querere jussit, in ergastulis detineri
et judicialiter puniri, si sontes reperti essent. Tandem et sup-
plicaverunt, ad vitandum commocionem civilem et sedicionem
mortalem , que a duobus mensibus diebus singulis dubitabatur
imminere , et quod optabant emuli civitatis ut occasio daretur
eam spoliandi, ut auctoritate regia in compitis ejus lituis con-
crepantibus et voce ediceretur preconia, quod ducum Biturie,
Aurelianis et Alenconii officiales, eisdem quoque faventes , sub
pena amissionis vite et bonorum ab urbe discedentes, alibi se
transferrent. Multis feriis successivis super id ultimum delibe-
ravit dominus dux, cum in injuriam consanguineorum verte-
retur. Sed tandem victus vallidis precibus et habitancium cla-
moribus, qui cum prenominatis Goues sepius ad consilium
confluebant et importune instabant, id concessit. Nam reite-
rabant frequenter quod alias pacatam nequibant reddere civi-
tatem. | |
*.
CAPITULUM XV.
De dampnis a gentibus ducis Aurelianis illatis in Picardia.
.. À disposicione rerum civilium ad militares cohortes ducis
Aurelianensis a sequenti die diffidenciarum premissas reducam
calamum , scripturus que in Viromandia, plaga uberrima, que
convicinis provinciis consuevit habundanter tritticum minis-
trare, regi sine medio subdita, egerunt et convicinis finibus. A
summe auctoritatis incolis sequencia didici, qui ad dominum
ducem Guienne et regis consiliarios accedentes dixerunt:
« Jam, excellentissime princeps, sex ebdomadarum spacio adeo
« infestam cireumadjacentem planam patriam reddiderunt,
« quod quasi omnes agrestes accolas pavidos de suburbiis cum
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIl. — 454
et que les ennemis de la ville appelaient de tous leurs voeux pour avoir
une occasion de piller, on ferait publier dans les rues au nom du roi,
à son de trompe et par la voix du héraut, que les officiers des ducs
de Berri, d'Orléans et d'Alençon et leurs partisans eussent à sortir de
la ville et à se transporter ailleurs sous peine de mort et de confisca-
tion de leurs biens. Monseigrieur le duc délibéra pendant plusieurs
jours sur cette derniére demande, parce qu'elle était fort injurieuse
pour ses parents. Mais enfin il céda aux sollicitations et aux clameurs
des habitants, qui venaient souvent au conseil avec les Legoix l'obsé-
der de leurs instances, et qui répétaient sans cesse que c'était le seul
moyen d'assurer le repos de la ville.
CHAPITRE XV.
Ravages commis en Picardie par les gens du duc d'Orléans. |
Je passe des décisions prises par le conseil au récit des hostilités
commises par les troupes que, dés le lendemain de son défi, le duc
d'Orléans envoya dans le Vermandois, riche contrée relevant immé-
diatement du roi, d'où les provinces voisines tiraient du blé en abon-
dance. Je tiens ces faits de la bouche des principaux habitants, qui
allérent trouver monseigneur le duc de Guienne et les conseillers du
roi , pour leur exposer leurs plaintes : « Trés excellent prince , dirent-
« ils, depuis six semaines les gens de guerre exercent de tels ravages
« dans les environs, que les paysans ont été presque tous réduits à
« quitter les faubourgs avec leur gros et menu bétail et tout leur
« mobilier, pour se réfugier dans des lieux cachés ou dans les villes
452 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
« gregibus et armentis ac omni supellectile abdita loca vel villas
« muratas petere opportuit, velut ab ictibus choruscancium
« fulgurum fugientes. Et sicut sunt mente dissimiles , sic variis
« intenti studiis. Quosdam pestis familiaris adeo precipitavit
« libido, ut alienis injuriam inferentes matrimoniis jura conju-
« galia absque erubescencie velo ubique violaverunt, nonnullas
« juvenculas adhuc signaculum puellare integrum retinentes
« constuprando. Plurimi, non modo spretis sed et violatis hos-
« pitalitatis legibus, spoliatis hospitibus, huc illucque discur-
« rentes domorum penetralia non cessant effringere, ut queque
« preciosa rapiant que repererint; nec mercatores, qui merces
« peregrinas vel communes lucri faciendi gracia alicubi defe-
« runt, depredari publice non verentur. Iterum et multos de
« Parisius et villis faventibus regi occiderunt; et quociens rura-
« les sive burgenses, soluta peccuniali redempcione, ad eum
« nudos remittunt, in eum linguas virosas laxando, sepius repe-
« tunt : Jte ad regem vestrum vesanum , inutilem et captivum.
« Hiis et nephandioribus contumeliis majestatem regiam blas-
« phemantes, quod horribile visu fuit, multos in ejus contemp-
« tum naribus, oculis et auriculis privaverunt addentes : 7te et
« vos consiliarüs ejus iniquis et proditoribus pessimis ostendatis.
« Nec contenti sic planam patriam hostili vastacione perva-
« gasse, quin ymo per regionem multis succensis domibus vil-
« lam clausam de Roya, regi sine medio subditam, villam utique
« populosam et cunctis bonis refertam violenter ingressi sunt
« predeque exposuerunt. Ex Vasconibus iterum confederatis
. « Anglicis ab antiquo, et qui sub comitis Ármeniaci et cones-
« tabularii Francie militabant, Bernardus Dalebret, ejus cogna-
« tus, vir agilis et strenuus in agendis, cum quingentis pugna-
« toribus villam de Han, sub dominiis ducis Aurelianensis et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV.
XXXII.
453
1
454 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XH.
« comitis Niverniensis consistentem , eciam viribus occupavit ;
« et inde nephandiora quam diximus patrie inferre statuit, nisi
« celeriter provideatur de remedio competenti. »
Constabat eciam universis quod quotquot militaria ejus
signa atque prefati comitis ex Vasconibus sequebantur, stu-
debant modis omnibus venturis Burgundionibus et Flammingis
viribus obviare. Et ideo eligendo ad hoc receptacula secura,
non modo Montem Diderii, sed et alias villas muratas viribus
occupassent, nisi rex eis misisset auxilium, vel indigene fideliter
restitissent, -
Dux autem Aurelianensis, velut immemor hostilis agres-
sionis premisse, et nunc de Couciaco Meledunum per Valesium
tendens, et iterum quasi recreacionis gracia pagum Suessoni-
cum repetens, gentibus suis Montem Leherii munivit, idem-
que de Crobolio et pontibus vicinioribus ville Parisiensis
fecisset, nisi resistenciam repperisset. Unde mult qui ipsum
oderant publice asserebant, quod plus optabat nocere civitati
quam hosti jam diffidato. Eundo et redeundo sic suis confede-
ratis et maxima copia bellatorum comitatus, cum subditorum
bona omnia comestibilia consumpsissent, de Claro Monte, Bello
Monte et convicinis urbibus eos fugere opportuit, non sine
compassione omnium intuencium, et villas regias petere; in
quibus tamen cum difficultate magna suscepti si sunt, quia omnes
duci Burgundie adherebant.
CAPITULUM XVI.
De collectione Brigantinorum ruralium,
À fugitivis edocti qui citra Secane et Ysare flumina mora-
bantur quod eis dampna majora inferre assidue minabantur,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 455
456 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
inde non immerito territi regis consilium et Parisiensem prepo-
situm, reiteratis vicibus, supplicacionibus et importunis queri-
moniis pulsaverunt, inquirentes qualiter tot malis emergentibus
obviarent. Quotquot resditus et proventus extra urbem Pari-
siensem possidebant, eisdem faventes nil aliud remedii sibi
videri dixerunt pro tempore, nisi quod armis accincti violen-
cias inferendas auctoritate regia viribus propulsarent, nec
noxe imputaretur, si quis ex predonibus venturis aliquos
interficeret.
Ut autem ad ruricolarum hec licencia pervenit noticiam,
jussu prepositi Parisiensis, spreto agriculture studio, modum
militancium effigiant; crucem albam transversalem , in medio
flore lilii decoratam, consuunt humeris, seseque turmatim
aggregantes vexilla in quibus scriptum erat vieat rex! dignum
duxerunt portare, et se ipsius amicos fidelissimos nominare.
Memini me in annalibus Francorum reperiisse alias agrestes
accolas ad ulcionem hostium regni evocatos, quos, et Brigan-
tinos nominant. Sed quia hii omnes baculos habentes acutissi-
mas ferreas cuspides deferebant, qui piques gallice dicebantur,
inde iterum piquegnarü vel geropiqui iterum nominati sunt.
Et quamvis eorum nonnulli cum arcubus ligneis, quibus vix
passer ictus deperiisset, ensibus quoque sordidis et rubigine
opertis incederent, sicque hostibus primo habiti fuerunt in
derisum , robustos tamen rurales sequebantur qui postmodum
sepius de nemoribus erumpentes eos interficiebant, et potis-
sime cum subjugalibus et jumentis huc illucque pabula perqui- .
rebant. Ipsorum tamen major pars inde predis assueta, quam-
diu guerra duravit, nil ad aliud vacare studuit quam insidiari
viatoribus tam notis indifferenter quam ignotis; nullusque per
loca ausus fuit nemorosa pertransire nisi de comitiva securi.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. — 457
s'alarmérent avec raison, et portérent plainte à plusieurs reprises au
conseil du roi et au prévót de Paris, en:les suppliant instamment
d'aviser aux moyens de prévenir les malheurs qui allaient fondre sur
eux. Ceux qui possédaient des biens et des terres hors de la ville de
Paris soutinrent leur requéte , et déclarérent qu'ils ne voyaient qu'un
458 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
CAPITULUM XVII.
Duci Burgundie rex demandavit ut regno et regnicolis contra ducem Aurelianis
opem ferret.
Ut ad noticiam pervenit domini ducis Guienne quad subsi-
diarii dicti dueis Aurelianis sic intollerabiliter vexabant regni-
colas, sepius linguas virosas laxantes in contumeliam regie
majestatis, more solito genitoris consiliarios evocavit, qui super
hoc feriis successivis multa argumentosa colloquia mutuo
habuerunt. Referunt et qui secreta consilia ex officio audiunt
cum cancellariis Francie et Guienne tres episcopos, cum comite
Sancti Pauli, nonnullisque baronibus, ex cameris compotorum
et Parlamenti duodecim ipsi duci assistisse, et remedii diffi-
cultatem duci Burgundie faventes tetigisse, cum universis no-
tum esset gallicanam jam miliciam agregatam in duas partes
divisam inexpiabili odio et ad exterminium finale mutuo labo-
rare; seque moleste non immerito perferre unam partem, edic-
tis regiis parvipensis, militares copias in regno hucusque
tenuisse, que dampna irreparabilia regnicolis, urbibus quoque
regiis intulerant, et in sceptris nunc jure successionis agentem
accumulasse opprobria: « Quante clades, quante jam ruine,
« quanta publica et privata mala ab eis sint jam illata , non vale-
« remus, inquiunt, enarrare; » hinc merito ad vindictam acce-
lerare debere. Et id quidem impossibile visum est eis, nisi se
determinans ad unum contendencium, et ad virium supplemen-
tum ducem Burgundie advocans, exoraret ut collectis pugna-
torum agminibus cum prepotenti dextera de regno rebelles
expelleret et inobedientes predictos.
Cumque in hanc sentenciam assistentes convenissent, et,
460 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
ut referunt, inviti, dignumque duxissent nobiles qui neutri
parti favissent nunciis accersiri, ut ad presenciam domini ducis
Guienne vicesima die mensis septembris comparerent, tunc
regios apices duci Burgundie transmiserunt sub hac forma :
«
«
«
^
A
^
A
A
« Karolus , Dei gracia Francorum rex, Johanni duci Burgun-
die, cognato nostro carissimo, salutem et dilectionem. Cum
certum sit eos lese majestatis crimen committere, non modo
si quos tanta vis furoris exagitet ut ausu nephario in vitam,
salutem et honorem nostros presumant aliquid attemptare,
verum eciam si impietatis mortales machinas in regnum et
regnicolas putaverint erigendas, censemus inde impacienter
ferendum nonnullos ex regnicolis exterisque nacionibus
usque ad interiora regni nostri armis infestis penetrasse ;
quorum temeritatis audaciam regia nostra auctoritate repri-
mere cupientes, jussimus ut recederent. Sed imperia edic-
tumque cum verbis ignominiosis contempnentes in subditos
nostros hucusque crudeliter sevierunt. Dolentes equidem
referimus jam hinc inde cives nostros aut resistendo gladiis
interemptos, aut se dedendo misera servitute depressos ; illinc
virgines in ipsis parentum conspectibus raptas, et matronas
post ornamenta : direpta ludibrio habitas deflentesque vene-
rabile fedus conjugii fedissimo gentis libidine violatum. Quid
plura? per villas nostras muratas predis expositas, per agres-
tium virorum domicilia flamma voraci consumpta, ex fumo
suffocatorio speluncis apposito, quibus agrestes accole conse-
quende salutis se contulerant gracia, ut ultimum spiritum
exalarent, ostendunt ad exterminium regni nostri procul
dubio aspirare. Id vobis, care cognate, litteris notificamus,
per fidelitatem erga nos hucusque inviolabiliter servatam, per
amorem quem erga nos et prolem nostram geritis postulantes
462 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« ut sine cunctacione cum vestris legionibus accedentes de regno
« predictos inobedientes et rebelles viribus expellatis, ut nos-
« tram possitis graciam ulterius promereri. — Datum Parisius,
« augusti mensis die vicesima octava. » |
CAPITULUM XVIII.
De novis ordinacionibus factis in consilio regali.
Ut divulgatum est ubique regem ducem Burgundie per con-
silium sibi faventem in suum evocasse auxilium, id civibus
Parisiensibus ceterisque regnicolis gratum fuit; et abhinc
urbes et civitates muratas solito diligencius ceperunt custodire
et nocturnas continuare excubias, ne insidiis subsidiariorum
ducis Aurelianensis caperentur. Ipsique Parisienses mox cum
macellariis vilibus cognominatis le Goues, in presencia domini
ducis Guienne regios consiliarios adeuntes, peticionibus cla-
mosis et importunis more suo pocius quam humilitate refertis
adepti sunt ut libere in servientes dicti ducis et confederatorum
suorum sibique favencium valerent insurgere, ut contra inobe-
dientes et rebelles. Iterum non eis denegatum est ut eorum
bona mobilia a preoccupantibus libere distrahi possent, et si
pro quacunque causa eos arma sumere et urbem egredi oppor-
teret, sub vexillis comitis Sancti Pauli, domini David de Revil-
liere, Anthonii de Crodonio, vel Inguerranni de Bornovilla
militarent. Litteris inde jussu eorum sub celeritate confectis,
septembris undecima die proclamatum est voce preconia et
concrepantibus lituis quod omnes sequentes ducem et suos con-
federatos cunctis possessionibus suis auctoritate regia priva-
bantur, et ad fiscum devolvebantur regale, cum inobediendo
regis imperio commisissent crimen lese majestatis. Inde rectori-
464 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
bus, ballivis et justiciariis urbium et provinciarum regni datum
fuit in mandatis ut, auctoritate qua supra, collectores fideles
resdituum et proventuum omnium et singulorum statuerentur,
eciam si viri ecclesiastici vel regulares existerent. Et inde occa-
sionem habuerunt, velud exules proscriptos, solito caucius se
adunatos tenere, ut noverunt omnes civitates regni ad extermi-
nium eorum aspirare.
Feriis eciam successivis consiliarii predicti dum expedirent
préscripta , inter illos, quos sciebant posse suis machinacioni-
bus, dominum de Hangest jam vergentem in senium, utique
ex fidelibus proavis trahentem originem, a magisterio balista-
riorum decreverunt merito deponendum propter litteras quas
asserebant repertas ducis Borbonii sibi missas, que monebant
ut cum balistis catapultas, ut promiserat, mitteret duci Aure-
lianensi. Nec modo in prenominatum absentem militem sed et
in archiepiscopum Senonensem, dictum de Monte Acuto, quia
hucusque ducis Aurelianensis extiterat consiliarius principalis,
nescio si recte dixerim, habenas rigoris vel racionis laxantes,
sue ecclesie temporale nec non et spirituale in manu regia
posuerunt, idemque dignum duxerunt fieri de fratre suo Pari-
siensi episcopo, utique simplice viro et quieto, qui quasi exul
proscriptus a concione suorum civium jam auctoritate regia
separatus nil nisi condempnacionem fratris sui domini Johannis
de Monte Acuto, quondam magistri principalis hospicii regalis,
sepius cum mesticia deflebat et reputabat injustam. Iterum in
consistorio regali dominus Karolus Dalebret, conestabularius
Francie, ab ipsis dignus deposicione dictus fuit, quia ducem
Aurelianensem sequebatur in dampnum regis et regni. Sed
quia, jure successionis paterne in pago Burdegalensi et citra
multa oppida possidens, regis consobrinus erat, occasione
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 465
sans épargner méme ceux du clergé ni des ordres réguliers. Les par-
tisans du duc, se voyant ainsi poursuivis comme des proscrits, son-
gèrent À se tenir plus étroitement unis, et veillèrent à leur sûreté
avec d'autant plus de précaution qu'ils avaient appris que toutes les
villes du royaume conjuraient leur perte.
466 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
generis non sic propere sibi subrogatus est successor. Addide-
runt tunc et sedicionum principes astantes nuper ducem Bitu-
rie juste et racionabiliter privatum a regimine Guienne, cum
ceteris principibus bellum persuasisset gerere. Ideo, ipso inscio,
dominus Sancti Georgii cum quodam episcopo, qui porcio-
nem illam regni uberrimam auctoritate regia et domini ducis
Guienne deinceps gubernaret, constitutus est gubernator.
CAPITULUM XIX.
De destructione ville de Han in Viromandia.
Hiis violenter et contra racionem adeptis, regis et ducis
Guienne apices opem poscentes dux Burgundie reverenter jam
prima die septembris susceperat, gaudensque se justum titu-
lum hostilis congressionis sic adeptum, mandatis obtemperare
studuit a Duaco educens ad campestria convocatorum agmina
bellatorum. Quibus statutum fuerat numerum omnium recen-
seri, duo mille et quingentos milites et scutiferos octo milibus
ad unguem loricatis concomitatos referunt reperisse ; . quos
quinquaginta milia virorum pedestrium, balistariorum et edu-
cencium arcum, et qui obsidionalia conducebant instrumenta
cum mille quarris et vehiculis precedebant. In hiis machinas
jaculatorias ingentis magnitudinis , omnis generis obsidionalia
instrumenta , victui quoque necessaria deferebant, et fessos ex
itinere vel infirmos. Diebus quoque singulis, mox ut castra
metati fuerant, ipsis cathenis ferreis invicem colligatis se clau-
debant propter hostium inopinatos agressus. In recessu a duce
edictum exierat quod omne furtum, quantumcunque modicum,
puniretur suspendio ; et ideo contra morem castra sequencium
a rapinis abstinentes, tanta ipsis victualium et rerum venalium
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 467
guerre aux autres princes. En conséquénce, messire de Saint-Georges
fut délégué conjointement avec un évéque, pour goyverner cette
468 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
a vicinis et remotis partibus afferebatur copia, ut se haberent
in tabernaculis quibuslibet, sicut domi se consueverant habere.
Pervenientes igitur ad villam insignem de Han in Viroman-
dia, duci Aurelianensi et comiti Niverniensi subditam, ut dux
Burgundie hanc occupatam audivit a Bernardo Dalebret, famoso
milite et inter Aquitanos strenuissimo, quingentis eciam con-
comitato armatis ad unguem, mox ibi vires suorum statuit ex pe-
riri. Jam dux premiserat qui auctoritate regia dedicionem
imperaret; quam non modo prenominatus Bernardus arrogan-
ter et cum injuriosis verbis denegavit, sed ad probitatis titulum
acquirendum cum suis exiens in Flamingos,.antequam castra
metati fuissent, insurrexit, et ex ipsis plurimos interfecit. Sed,
ne mole superveniencium pedestrium opprimeretur, suos retro-
duxit ad urbem.
Hii autem die sequenti Flamingorum reiteratos assultus
potentissime pertulerunt, qui arcubus et balistis et quolibet
missilium genere utentes, eciam machinis jaculatoriis ingentis
ponderis molares lapides emittebant non sine oppidanorum
terrore, quod sic ecclesiarum campanilia et turres, et specia-
liter matris ecclesie ville, et aleiora urbis loca destruebant. De
assultibus laudabiliter gestis cum Flamingos dux singulariter,
transmeato fluvio, qui per villam delabitur, ipsam obsidiona-
libus machinis ambiretur!, Picardi argumentose multum restite-
runt, dignum ducentes ut adhuc sequeutem diem integrum
expectarent, qua et assultus similes obsessi poteritissime sicut
prius pertulerunt. At ubi eis constitit discordantes naciones
in unum convenisse, easque nocte sequente operam dare sen-
serunt ut machine per circuitum collocarentur locis aptis,
animo consternati deficiunt; resistendi audacia omnis emarcuit.
* Le texte est défectueux dans plusieurs endroits de cette phrase.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 469
470 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
Et mox Bernardus suis commilitonibus accersitis : « Que mente
« agitem sub compendio audite, inquit, amici. In eo statu res
« sunt nostre, ut vobis ego magis necessitatis vestre index quam
« consilii auctor sim. Nam postquam spes urbis tuende nobis
non est, unica nobis salus est hinc abire, cum sciam vos
A
« minime ignorare quod, si ad manus hostium veniamus, exter-
« minium finale subiemus. » |
Quod cum omnibus placuisset, mox intempeste noctis silen-
cio incolas per posteriorem portam non obsessam emiserunt ;
indeque loco cedere statuentes, circa solis ortum in apparatu
bellico apud .Chauviniacum, cum prius eundo et redeundo
juxta muros effigiassent resistencium avidam voluntatem , aufu-
gerunt. Hostium fuga duces Burgundie et Brabaneie diu non
latuit. Ideo villam predalem statuerunt, et ut manubie et cuncta
ibi desiderabilia reperta bellatoribus in laborum remuneracio-
nem et refusionem expensarum omnino cederent, edicto tamen
publico promulgantes ut, nec preter armatos quemquam vio-
lantes, ab incendiis eciam abstinerent. Effrenes tamen et indis-
ciplinate phalenges parvipenderunt mandata , et ex eis quidam
timore Dei postposito et sacrilegiis assueti ecclesias effrin-
gentes, cum ipsas bonis omnibus spoliassent, multas matronas
et virgines, que se ibi consequende salutis gracia contulerant,
rapuerunt; quas, cum prefati duces cognovissent , ne stuprum
committeretur aut venerabile fedus violaretur conjugii, ad
maritos et parentes remiserunt. Alii autem, sine differencia
etatis vel ordinis ex inermi vulgu et viris ecclesiasticis multis
interfectis, cum domorum aditus reserantes et eorum peniciora
loca effringentes predis onusti fuissent usque ad nauseam,
ignem ipsis injecerunt, et maximam partem edificiorum ville
flamma voraci consumpserunt et redegerunt in favillam. Refe-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 4714
«.seils. Nous ne pouvons plus espérer de défendre la ville, et notre
« unique moyen .de salut est de sortir d'ici; vous n'ignorez pas sans
« doute que, si nous tombons entre les mains de l'ennemi, c'est fait
« de nous. »
Tous goûtérent cet avis, et profitant du silence de la nuit, ils firent
sortir les habitants par une porte de derriére qui n'était pas assiégée,
et se disposérent eux-mémes à quitter la place. Aprés avoir trompé
leurs ennemis en allant et venant dés le point du jour sur les remparts,
comme s'ils se fussent préparés à uhe vigoureuse résistance, ils s'en-
fuirent à Chauny avec armes et bagages. Les ducs de Bourgogne et de
Brabant s'apercurent bientót de leur départ; ils livrérent la ville au
pillage et permirent à leurs gens de guerre de prendre tout ce qu'ils
trouveraient de précieux pour s'indemniser de leurs fatigues et de leurs
dépenses. Ils leur enjoignirent toutefois par une ordonnance de ne
maltraiter personne, excepté ceux qui auraient les armes à la main,
et de ne mettre le feu nulle part. Mais ces bandes sans frein et sans
discipline ne tinrent aucun compte de cet ordre. Il y en eut qui fou-
lant aux pieds toute crainte de Dieu, et ne reculant pas devant le
sacrilége , forcèrent les églises, y enlevérent tous les objets sacrés et
en arrachérent les femmes et les filles qui s’y étaient réfugiées pour
échapper à la mort ; mais lesdits ducs, en ayant eu connaissance, les
sauvérent du déshonneur en les renvoyant à leurs maris et à leurs pa-
rents. D'autres tuérent, sans distinction d’âge ni de rang, grand nom-
bre d'habitants inoffensifs et d'ecclésiastiques, forcèrent l'eutrée des
maisons, pénétrérent dans les appartements les plus secrets, et mirent
le feu partout, aprés s'étre gorgés de butin. jusqu'à satiété. L'incendie
se propagea rapidement et réduisit en cendres la plus grande partie
de la ville. Je tiens de témoins oculaires que le partage du butin devint
Je sujet d'une violente contestation entre les Picards et les Flamands;
les premiers voulant s'attribuer la meilleure part, les seconds s'y oppo-
472 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
runt tamen presentes ob distractionem prede, cujus uberiorem
partem cum sibi Picardi efferre viribus conarentur, et si reni-
terentur Flammingi, improperantes absque erubescencie velo
quod ob eorum tarditatem hostes recesserant, mortalem tunc
discordiam ortam ; et abhinc ambe naciones odium tam inexpia-
bile mutuum conceperunt, quod avidius in se ipsos arma bellica
convertissent quam in hostes, quamdiu sub duce militaverunt
ista vice.
CAPITULUM XX.
Villa de Monte Rubeo a comite Niverniensi capta fuit.
Sic urbe fugatis defensoribus destructa, dux Burgundie
fratrem suum comitem Niverniensem, ducem Lothoringie et
dominum Johannem de Cabilone, principem Orengie, ad se
accelerare mandavit, qui tunc cum Burgundionibus et Lotho-
ringis per patriam comitis Tonitrui hostiliter grassabantur ob
infidelitatem sequentem. Nam nuper dictus comes, agitatus
fede libidinis flamma, quamdam speciosissimam puellam do-
mini Poncii, dicti Perillux, incliti militis Arragonensis, de
domo ducisse Burgundie sue consanguinee rapuerat, eamque
sibi in matrimonio copulaverat vir prophanus, propria adhuc
uxore vivente; quod delictum in eo tantum reprehensibilius
fuit quanto ipse genere preclarior erat. At ubi inde percepit
ducem Burgundie ad indignacionem maximam provocatum,
cum sic domum fedasset dilectissime consortis, timens ne ab
injuriis ad vindictam properaret, spreta sibi fidelitate debita ,
adversario suo duci Aurelianensi se conjunxit, eidem suum
subdens comitatum. Cum autem vallidis precibus domini Johan-
nis de Cabilone avunculi sui et aliorum consanguineorum suo-
rum redire penitus recusaret, quamvis sibi promitterent, nec
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 473
sérent et leur reprochérent hautement d'avoir été cause, par leurs
lenteurs, que l'ennemi leur avait échappé. 1l s'ensuivit que les deux
nations concurent dès-lors l'une contre l'autre une haine implacable,
et que pendant toute cette campagne elles furent plus disposées à se
battre entre elles qu'avec leurs ennemis. '
CHAPITRE XX.
Prise de la ville de Rougemont par le comte de Nevers:
Le duc de Bourgogne ayant'ainsi détruit la ville de Ham, que ses
défenseurs lui avaient abandonnée, manda en toute hâte son frère le
comte de Nevers, le duc de Lorraine et messire Jean de Chálons,
prince d'Orange, qui ravageaient alors le pays du comte de Tonnerre
à la téte d'une armée de Bourguignons et de Lorrains, pour punir
ledit comte d'une trahison dont il s'était récemment rendu coupable.
Égaré par une passion criminelle pour une fort belle fille du sire de
Ponce, dit Périlleux, illustre chevalier d'Aragon, ledit comte l'avait
enlevée de la maison de la duchesse de Bourgogne, sa cousine, et avait
porté l'audace jusqu'à l'épouser, bien que sa femme vécüt encore.
L'éclat de son rang rendait son crime encore plus condammable.
Voyant que le duc de Bourgogne était vivement irrité de l'affront fait
à la duchesse, sa femme bien aimée, et craignant les effets de sa ven-
geance , il s'affranchit de la fidélité qu'il lui devait et s'allia à son rival
le duc d'Orléans, auquel il fit hommage de son comté. Ni les instances
de messire Jean de Chálons, son oncle, et de ses autres parents, ni la
religior «u serment qu'il avait prété ne purent le détourner de son
projet. Quoique le repentir füt pour lui le seul moyen de conserver ses
domaines et les bonnes gráces du duc, il persista dans sa révolte. Alors
* Monstrelet ajoute que la prise de Ham décida la soumission des villes de Cbauny,
de Nesle, d'Athies et de Roye.
IV. 6o
i
à
ATA CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
pacto, cumque sic terram suam et ducis graciam valeret impe-
trare, nec vellet resipiscere ab inceptis, comes Niverniensis
prefatus comitatum cum bellatoribus subintrans, urbem opu-
lentam et populosam de Monte Rubeo, subditam ipsi comiti,
longua obsidione fatigatam cepit et depopulatus est cum tribus
adjacentibus oppidis. Sicque negocio peracto feliciter, quamvis
duobus milibus militibus et scutiferis tunc concomitatus esset,
ut tunc audivit ducem Aurelianis Montem Argi attigisse, ut ad
ipsum expugnandum solum mille et quingentis pugnatoribus :
festinaret, loco cedere statuit ut ad fratrem rediret, duci Lotho-
ringie vale dicto, qui tunc coactus est redire, ut terram suam a
suis hostibus jam inquietate occupatam tueretur. Quod vero
comes Niverniensis timore territus aufugisset sub signis ducis
Aurelianis militantes publice divulgaverunt, et tanquam arram
victorie jam tenerent, preceperunt ut in scriptis ignominiosa
ejus fuga notaretur. .
CAPITULUM XXI.
Dux Burgundie Ánglicos ut sibi auxiliarentur evocavit.
Celeritas prosequendi modernas instantes rerum vicissitu-
dines unum michi abstulit quod prius scribi poterat, et quo-
modo , nundum exacto jullio mense anni, ambo duces conten-
dentes ad regem Anglie miserant et remiserant, velut auxilium
petituri; quod, quia inconsuetum et alias inauditum, ideo
regnicole inde necimmerito mirabantur. Michi legacionum cau-
sam ex officio sollicite sciscitanti responsum est ducem Aure-
lianensem solum regem Anglie sollicitasse , et jure cognacionis
a genitrice procedentis, ne adversarium juvaret, sed ipsum
finalibus respondisse timore regnicolarum id non potuisse
—
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 475
le comte de Nevers entra dans le pays du comte de Tonnerre à la téte de
ses troupes, s'empara aprés un long siége de la riche et populeuse cité
de Rougemont, appartenant audit comte, et la livra au pillage ainsi
que trois autres places voisines. Áprés ce succés, il apprit que le duc
d'Orléans s'était avancé jusqu'à Montargis avec quinze cents hommes
pour le combattre. Bien qu'il eût sous ses ordres deux mille cheva- |
liers et écuyers, il résolut de se retirer et de retourner vers son frère ;
il prit donc congé du duc de Lorraine, qui fut alors obligé de s'éloi-
gner aussi et d'aller défendre ses terres menacées par l'ennemi. Les
gens du duc d'Orléans s'empressérent de publier partout que le comte
de Nevers avait láchement pris la fuite, et comme s'ils eussent été sürs
de la victoire, ils voulurent que cette fuite honteuse füt consignée
par écrit.
CHAPITRE XXI.
Le duc de Bourgogne appelle les Anglais à son secours.
En me hátant de poursuivre le récit de ces derniers événements,
j'ai omis de mentionner une particularité dont j'aurais pu parler plus
tót: c'est que dans le courant du mois de juillet, les deux ducs rivaux
avaient envoyé plusieurs messages au roi d'Angleterre pour lui de-
mander du secours. Cette démarche étrange et inouie surprit avec
raison les habitants du royaume. Je me suis enquis soigneusement,
comme c'est mon devoir d'historien , de l'objet de ces négociations,
et l'on m'a assuré que le duc d'Orléans , faisant valoir auprés du roi
d'Angleterre la parenté qui existait entre eux par sa mére, lui avait
demandé seulement de ne point assister son adversaire, et que le roi
lui avait répondu qu'en raison des offres du duc de Bourgogne ,'il
476 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
negasse duci Burgundie, attentis oblacionibus ab eodem sibi
factis. Quidquid autem vulgus super. hoc senserit estimandum,
tunc certum est ducem cum prefato rege de connubio filie sue
cum suo primogenito nunciis et apicibus proloquutum; quod et
concordatum fuit sub hoc pacto, quod rex comitem de Arun-
del, octingentos pugnatores et mille sagittarios sibi mitteret
adjutores.
Indignissimum visum fuit regnicolis auxilium ab hostibus
capitalibus expeciisse; et tunc in aula regia et alibi publice
divulgatum est ducem Burgundie in prejudicium regni regi
Anglie introitus famosiores Flandrie, videlicet portus Escluse,
Diquemue, Dunquarque et de Gravelinis concessisse. Addebant
ulteriu$ ipsum regi Anglie fidelitatem promisisse de comitatu
Flandrie, pactamque secum firmasse super restitucione sibi
facienda pro viribus de ducatu Normanie et Aquitanie a suis
progenitoribus amissis. Sed litteras ab eodem duce domino
duci Guienne in castro Lupare missas legi contrarium conti-
nentes. Mendaces talium rerum adinventores nominans, regi et
duci Guienne regraciabatur quod ipsis nunc et alias in simili-
bus non crediderant, frivolis et adinventis, nunquam precogi-
tatis, promittens, quamdiu vitam duceret in humanis , fidelis
existeret erga regnum, regem et suam sobolem contra quos-
eunque viventes. De villa autem de Han faciens mencionem :
« Venimus, inquit, ante illam et assultus contra rebelles reite-
« ravimus. Át ubi viderunt obsidionalia instrumenta per circui-
« tum aptari, aufugerunt. Ideo ad debellandum ceteros jam hac
« die septembris duodecima ad iter accinte sunt quas nobis-
« cum traximus legiones. »
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 477
n'avait pu lui refuser son secours de peur de mécontenter ses sujets.
Quelle que soit l'opinion généralement recue à cet égard, il est cer-
tain que ledit duc de Bourgogne négocia par messages et par lettres
le mariage de sa fille avec le fils ainé dudit roi, et que cette alliance
AT8 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
GAPITULUM XXII.
Ad custodiam ville Sancti Dyonisii Parisienses ordinantur.
Inde gavisus multipliciter dux Guienne, rogatu Parisiensium,
domino Petro de Essartis, ab ipsis honorifice suscepto, officium
prepositure Parisiensis restituit, monens dulciter dominum Bru-
nellum de Sancto Claro, magistrum regalis hospicii, ut destitu-
tus ministerium suum primum fideliter, ut semper consueverat,
exerceret.
Persuadente eciam novo preposito, ex septingentis decaniis
repertis Parisius, que singule sub se sexaginta loricatos viros
habebant, balistariis exceptis, octingenti ad custodiam poncium
Credolii super Ysaram, Sancti Clodoaldi , Charentonii et ville
Corbolii super Secanam mittuntur, qui curarent ut victualia
mercesque peregrine et communes libere ad civitatem afferren-
tur. Eo interim consulente, villam Sancti Dyonisii et ecclesiam,
non competenter muratas nec defensoribus munitas, custodie
insignis militis Roberti de Castillione, auctoritate regia, regis
consiliarii commiserunt ; cui et de numero predictorum Pari-
siensium adjunxerunt, et precipue ex hiis qui mechanicis inser-
vientes operibus hucusque armorum non audierant fragorem.
Hii sane habitantibus et religiosis amplius valde molesti
fuerunt; et cum essent commessacionibus et ebrietatibus , ludo
quoque taxillorum plus dediti quam rebus bellicis vel custodiis
castrorum, nundum tribus exactis nocturnis excubiis, cum por-
tam qua pergebatur ad agros obstruxissent muro , addentes ne
monachi Armeniacos evocarent, diciores eorum depredari una-
nimiter concluserunt, si stipendiis sufficientibus fraudarentur.
Anteastatutum fuerat ut subsidiarii regii dicerentur, et peccuniis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 479
CHAPITRE XXII.
Un corps de Parisiens est chargé de défendre la ville de Saint-Denys.
Le duc de Guienne reçut ce message avec joie, et, sur la demande
des Parisiens, il rendit la charge de prévót de Paris à messire Pierre
des Essarts, qui avait été accueilli dans la ville avec les plus grands
égards. Il rétablit messire Bruneau de Saint-Clair dans ses fonctions
de grand-maître d'hótel, et en lui annonçant cette nouvelle décision
il lui recommanda affectueusement de servir le roi avec la fidélité dont
il avait toujours fait preuve.
Par le conseil du nouveau prévôt, on choisit huit cents hommes
dans les sept cents dizaines de Paris, qui fournissaient chacune un con-
tingent de soïxante hommes d'armes, sans compter les arbalétriers,
et on leur confia la garde des ponts de Creil-sur-Oise, de Saint-Cloud,
de Charenton et de Corbeil-syr-Seine, pour veiller au libre transport
des approvisionnements et des marchandises qui venaient à Paris des
villes et des campagnes. D’après son avis aussi, les conseillers du voi
chargèrent un illustre chevalier, Robert de Châtillon, d’aller défendre
la ville et l'abbaye de Saint-Denys, qui n'étaient protégées ni par des
murailles assez fortes ni par une garnison suffisante; ils lui adjoignirent
a cet effet un certain nombre de Parisiens, pris surtout dans la classe
des artisans, qui n’avaient jamais entendu le bruit des armes. Tous
ces gens, plus habitués aux débauches, aux orgies et au jen de dés
qu'au métier des armes et à la garde des places, furent fort à charge
aux habitants et aux religieux. La troisiéme nuit aprés leur arrivée,
ils murérent la porte de l'abbaye qui donnait sur la campagne, pour
empécher, disaient-ils, les moines d'appeler les Armagnacs; puis ils
résolurent entre eux d'un commun accord qu'ils pilleraient les plus
riches du couvent, si on ne les payait pas convenablement. Il avait été
décidé avant leur départ qu'ils seraient considérés comme milice royale
et entretenus aux frais des bourgeois de Paris. Mais au bout de six
jours , comme l'entretien des gens de guerre promis au roi et au duc
480 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Parisiensium civium alerentur. Sed sex exactis diebus, civibus
necessitatis, cum numerum bellatorum regi et duci Guienne
promissorum, ad custodiam fluviorum et poncium mittendo-
rum, nuper oblate peccunie summam transcenderet, opportuit
ut ecclesia in centum libris parisiensibus alleviaret tantum onus.
' Hic adiciam regios consultores non ad memoriam priscos reges
reduxisse, qui per se ipsos vel suis sumptibus predilectam sibi
ecclesiam beati Dyonisii , regni peculiaris patroni , non modo ab
incursionibus paganorum, sed et christianorum hostium, quo-
ciens opus fuit, defensarunt, ut in annalibus Francorum sepius
repperitur. Sed michi causam varietatis sciscitanti a quibusdam
circumspectis responsum est : « Sic opportet civitati suffragari
« et complacere civibus, qui alios fere omnes excitaverunt regni-
« colas ad servandum fidelitatem erga regem et suam generacio-
« nem eciam usque ad mortem, ut percipiunt universi. »
CAPITULUM XXIII.
Dux Aurelianensis contra ducem Burgundie duxit exercitum , et pons Belli Montis
captus fait.
Non modo Parisienses, sed et cuncti regnicole, qui solum
regem recognoscebant dominum, et oderant et timebant ducis
Aurelianensis agmina bellatorum, que et tendentes ad hostem ex
clausis urbibus et oppidis cum balistis et machinis jaculatoriis
infestabant, omnes alte nominantes, dum transibant, absque
erubescencie velo Armeniacos rebelles et exules proditores. Ex
hiis tamen solus armiger strenuus Inguerrannus de Bornovilla,
custos auctoritate regia Silvanetensis civitatis, cum suis portas
exiens in extremum eorum agmen insurrexit, atrocique peracto
eonflictu, quo et suum nepotem tunc doluit corruisse et multos
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 481
de Guienne, et destinés à la garde des rivières et des ponts, dépassait
les dépenses qu'on avait prévues, et que les bourgeois ne pouvaient y
subvenir, il fallut que l’abbaye y suppléât par une taxe de cent livres
parisis. Je ferai remarquer ici que les conseillers du roi perdirent de
vue en cette circonstance l'exemple ‘des anciens rois, qui, en toute
occasion, ainsi que les annales de France en font foi, ont toujours
défendu soit par eux-mémes soit à leurs dépens, contre les incursions
des paiens et contre les attaques d'ennemis chrétiens, cette église
consacrée à saint Denys, patron particulier de la France, et qui a tou-
jours été l'objet de leurs plus chéres affections. Quelques gens sages à
qui je demandai la cause de ce changement me répondirent : « On a
« recours à cette mesure pour se ménager l'affection de Paris et pour
« plaire aux bourgeois qui, comme chacun sait, donnent à presque
« tous les autres habitants du royaume l'exemple de la fidélité et les
« engagent ainsi à servir le roi et ses enfants jusqu'à la mort. »
CHAPITRE XXIII.
Le duc d'Orléans marche avec son armée contre le duc de Bourgogne. —
Prise du pont de Beaumont.
Non seulement les Parisiens, mais encore tous les habitants du
royaume, qui ne reconnaissaient que le roi pour seigneur, haissaient
et craignaient les gens de guerre du duc d'Orléans ; ils les harcelaient
sur leur passage et faisaient pleuvoir sur eux du haut des remparts de
leurs villes closes et de leurs places fortes une gréle de projectiles de
toute espéce, les traitant hautement d'Armagnacs, de rebelles, de trai-
tres et de proscrits. Il n'y eut qu'un seul écuyer, le brave Enguerrand
de Bournonville, commandant au nom du roi dans la ville de Senlis,
qui fit une sortie à la téte des siens et fondit sur l'arriére-garde des
Orléanais ; aprés un combat sanglant, dans lequel il eut la douleur de
perdre un de ses neveux et où il tua beaucoup de monde à l'ennemi, il
IV. 6i
482 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
partis adverse: interemit ‘et vehicula 'eorum sarcinis onerata
lucratus jure bellorum in urbem intromisit. Cum autem urbem
transissent qui similibus conducendis incumbebant, iterum in
itinere multas passi sunt a Brigantinis mortales insidias. Quod
cum ad noticiam sequencium signa comitis Ármeniaci pervenis-
set, quociens loca nemorosa petebant, quasi. sub obtentu inse-
quende venacionis, eos sicuti agrestes feras vibratis insequeban-
tur gladiis, et per hunc modum quadam. die ex hiis:septingentos
interfecerunt.
Dux vero Aurelianis cum Viermes, Dompnum Martinum,
indeque per Bellimontis pontem super fluvium Ysare transisset,
recensito suorum numero, octo milibus militibus et armigeris
loricatis ad unguem, duodecimque aliis pugnatoribus, balista-
riis et gregariis non numeratis , se concomitatum repperit, qui
sufficientes judicio numerancium videbantur ad delendas multas
barbaras naciones. Tunc seniorum divisioni acquiescens, pri-
mam aciem comiti Ármeniaci,:extremam comiti de Alenconio
commisit, ipseque mediam tenens , alas statuit militare sub sig-
nis ceterorum principum et sic ad iter accingi. Quod utique
benedicendum judicassem ab omnibus, si contra adversarios
regni vel Crucifixi processissent. Custodiam tamen pontis Belli-
montis cuidam commisit militi, ut, si-penuria victualium aut
pabulorum premerentur, redeundo ad uberrimum Parisiacum
pagum inde valerent afferri. Audito tamen recessu, mox prepo-
situs Parisiensis municionem Parisiensium ad custodiam ville
Sancti Dyonisii ordinatam illuc misit cum quodam secretario
fulto auctoritate regia. Cui cum imperanti auctoritate qua supra
oppidum sibi reddi sine. resistencia obtemperatum fuisset, qui
secum ierant, pontis stratam regiam illico confringentes, transi-
tum custodiendum sumpserunt sub militari vexillo incliti mili-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 483
rentra dans la ville avec un grand convoi de chariots et une immense
quantité de butin, fruit de sa victoire. Les Orléanais n'eurent pas
plus tôt passé au-delà de la ville avec le reste de leurs bagages, qu'ils
eurent aussi beaucoup à souffrir des embuscades que les Brigands leur
dressérent à plusieurs reprises; mais les soldats du comte d'Arma-
gnac, en ayant eu connaissance, entrérent dans les bois qui servaient
d'asile à leurs ennemis, les traquérent comme: des bétes fauves, et
les poursuivirent l'épée dans les rems; ils en tnérent en un jour sept
cents de cette maniére.
Cependant le duc d'Orléans, aprés avoir passé par Viarmes, Dam-
martin et le pont de Beaumont-sur-Oise, fit la revue de ses troupes, et
trouva qu'il avait sous ses ordres huit mille chevaliers et écuyers et
douze mille hommes d'armes, sans compter les arbalétriers et les
gens de pied, armée qui, au dire des personnes chargées du dénom-
brement, aurait suffi pour exterminer plusieurs nations étrangères.
Le duc, selon l'avis exprimé par les plus anciens capitaines, confia
l'avant-garde au comte d'Ármagnac, l'arriére-garde au comte d' Alen-
con, se réserva le principal corps de bataille et remit le commande-
ment des deux ailes aux autres princes; puis il ordonna qu'on se mit
en marche. Il y aurait eu véritablement lieu de louer l'habileté de ces
dispositions, s'il se füt agi d'aller combattre les ennemis du royaume
ou de la croix. Toutefois le duc laissa à un de ses chevaliers la garde du
pont de Beaumont , afin que, si l'armée venait à manquer de vivres
ou de fourrage, elle pût en tirer des riches campagnes du Parisis. Le
prévót de Paris, informé du départ des Orléanais, envoya aussitôt vers
ce pont la milice parisienne qui tenait garnison à Saint-Denys, avec
un secrétaire du roi muni de pleins.pouvoirs. Celui-ci ayant sommé les
ennemis de se rendre, on ne fit aucune résistance. Les Parisiens
rompirent aussitót la grande arche du pont et s'établirent en cet en-
droit sous la conduite du vidame d'Amiens, chevalier fameux, pour
garder le passage. Mais deux jours aprés leur chef décampa furtive-
ment au grand étonnement de tous. Ils en rejetérent sur lui tout le
blâme et l’accusèrent d'avoir causé une. terreur: panique en fuyant
484 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
tis vicedomini Ambianensis, qui tamen non sine ammiracione
multorum clam recessit, biduo non exacto. Sane culpam in capi-
taneum subsidiarii Parisienses retorquentes ipsum dicebant
cunctis terrorem non immerito incussisse, quia intempesta nocte
nec vale dicto fugerat; et id ad salvacionem sui respondebat,
quod cum indisciplinatis viris et ineptis ad paciendum labores
militares sibi tediosum fuerat tamdiu remansisse.
CAPITULUM XXIV.
De inglorioso recessu amborum ducum.
Discordancium ducum bellicum apparatum jam tetigi, et cum
quanta bellatorum copia Gallicorum, Britonum, Normanorum,
Guasconum et Alemanorum Aurelianis dux hostem agredi
intendebat. Quos cum usque ad Montem Diderii circa finem
septembris perduxisset, adversarium repperit ad resistendum
paratum associatumque Burgundionum, Sabaudiorum et Fla-
mingorum multitudine copiosa. Utrinque copiis agregatis, cum
fere per novendium non nisi decem miliaribus distarent'abin-
vicem, discursibus et occursibus bellicis particulares congres-
siones acte sunt non sine armigerorum et gregariorum finali
discrimine. ——
Rumor publicus diebus singulis referebat tempus congressio-
nis mutue principes acceptasse, et id multis gratum erat optan-
tibus ut victor post regem precipuus dominaretur in regno; ad
quod uterque contendens modis omnibus aspirare luce clarius
constabat. Optabant tamen dissimilem sequentes sentenciam ne
bellum imminens intestinum, bellum civile, bellum domesticum,
utique inter fratres, consanguineos, compatriotas et notos
tanta tamque electa milicia regnum Francie privaret; et id ad
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 485
pendant la nuit sans rien dire à personne. Le vidame allégua pour se
justifier qu'il lui était devenu impossible de rester plus long-temps
avec des troupes indisciplinées, qui n'étaient pas accoutumées aux
fatigues de la guerre.
CHAPITRE XXIV.
Retraite honteuse des deux ducs.
J'ai déjà parlé des préparatifs de guerre des deux princes ennemis
et du grand nombre de gens de guerre frangais, bretons, normands,
gascons et allemands, à la tête desquels le duc d'Orléans se disposait
à attaquer son rival. Arrivé à Montdidier vers la fin de septembre,
il trouva le duc de Bourgogne prét à le recevoir avec une nombreuse
armée de Bourguignons, de Savoyards et de Flamands. Les deux par-
tis restérent environ neuf jours en présence l'un de l'autre, et n'étant
séparés que par un intervalle de dix lieues. Il y eut seulement entre
eux diverses escarmouches et rencontres qui coütérent la vie à plus
d'un écuyer et d'un soldat.
Chaque jour le bruit courait que les princes avaient pris jour pour
une bataille décisive, et bien des gens s'en réjouissaient dans l'espé-
rance que celui des deux qui triompherait de l'autre deviendrait pai-
sible possesseur du souverain pouvoir aprés le roi ; ce qui était évidem-
ment l'objet de l'ambition des deux compétiteurs. Cependant ceux qui
ne partageaient point ce sentiment désiraient que cette guerre civile,
ou plutót cette guerre domestique , qui allait éclater entre des fréres,
des parents, des compatriotes et des amis, ne privát point le royaume
de France de l'élite de sa chevalerie. Leurs vœux furent remplis;
486 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
votum successit, sed revera nec ad landem vel gloriam amborum
contendencium. Alias tam pteclaram militum apgregacioneïñ fine
tam obscüro divisam non memini; quod contingit, quia in
ducis Aurelianis consiliis super aggressione hostium celebratis
facta est assistencium votorum dissonancia, et totum spacium
dictum in consiliis inutilibus consumpserunt. Argumentosa
eciam deliberacione durante, cum juniores parem numerum
parcium mecientes dignum ducerent in hostes sine cunctacione
insurgendum directe et festinanter, antiquioribus vero insidiis
et assiduis erupcionibus in eos uti placeret, interim ut illos loco
cedere velle audierunt, idque notis et amicis mox innotue-
runt sic scribentes : « À facie dominorum nostrorum proditores
« adversarii aufugerunt. » | |
Ducem Burgundie primo retrocessisse verum est; sed michi
ab adversariis sciscitanti causam quare, responsum est quia
unitum non habebat exercitum, et propter inequalem divisio-
nem prede de Han Picardi contra Flandrenses mortali odio dis-
sidebant. Addebant et ipsis Flandrensibus ducem pluries per-
suasisse ne paucitatem anteguardie hostium formidarent; cujus
tamen apparatum et numerum cum explorari fecissent, animo
consternati, omnis eorum virtus emarcuit, et mox miserunt ad
ducem qui dicerent quod hostes amplius non expectarent, et
quod spacium exercicii militaris jam exegerant promissum. Hiis
dictis, sine cunetacione, nemine persequente, die sanctorum
Cosme et Damiani fugam arripiunt. Quod percipientes Picardi
et accinti ad vindictam inveterati odii eorum sarcinas et vehi-
cula usque ad nauseam rapuerunt. Unde plurimum ditati, mox
duci Burgundie vale dicto, ad solum proprium magnis itine-
ribus contenderunt.
In banc sentenciam ibant in milicia experti quod si alterius
CHRONIQUE DE CHARLES VI.— LIV. XXXII. — 487
mais ce na. fut ni à la louange ni à l'honneur des deux rivaux. Je ne
me souviens pas d'avoir jamais oui dire qu'une si belle réunion de gens
de gnerre se füt dissipée si honteusement. Cela vint de ce que les offi-
ciers du duc d'Orléans ne purent s'accorder au sujet du plan d'attaque
et perdirent tout le temps en débats inutiles. Les plus jeunes, consi-
dérant que les forces étaient égales de part et d'autre, voulaient qu'on
marchát droit à l'ennemi, sans hésitation ni délai quelconque; les
plus ágés étaient d'avis qu'il fallait user de surprise et harceler les
Bourguignons par des attaques continuelles. Pendant ces orageuses
discussions, .ils apprirent que leurs adversaires se préparaient à la
retraite, et ils en dounérent avis aussitôt à leurs amis et à tous ceux
de leur connaissance en leur écrivant : « Nos perfides ennemis ont fui
devant nos seigneurs. »
Ce fut en effet le duc de Bourgogne qui abandonna la place le pre-
mier. Je demandai à ceux du parti contraire quels pouvaient étre les
motifs de cette retraite; on me répondit qu'elle avait pour cause la
discorde qui régnait dans son armée et la haine mortelle qu'avait fait
naítre entre les Picards et les Flamands le partage inégal du butin de
"Ham. Le duc, ajouta-t-on , avait cherché plusieurs fois à rassurer les
Flamands en leur répétant..que l'avant-garde des ennemis était peu
considérable; mais ceux-ci, ayant pris des renseignements sur la valeur
numérique et sur la force de cette avant-garde, avaient été saisis de
frayeur et avaient perdu courage; ils avaient aussitót, envoyé dire au
duc qu'ils n'attendraient pas plus long-temps l'ennemi, et que le
temps de leur service était expiré. Puis ils avaient pris la fuite en toute
háte , le jour de saint Cosme et saint Damien, sans étre poursuivis par
personne. Les Picards voyant cela avaient profité de l'occasion pour
satisfaire leur haine et leur vengeance; ils étaient tomhés sur les cha-
riots et les bagages abandonnés par leurs compagnons, et s'étaient
gorgés de butin; prenant ensuite congé eux-mémes du duc de Bour-
gogne, ils étaient repartis à grandes journées pour leur pays.
Les capitaines les plus expérimentés m'ont assuré que, si les ducs
488 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.-
partis duces et principes contractas militares copias utique
prede avidas spoliis fugiencium ditari permisissent, et eórum
sequi vestigia, quos sciebant non posse nisi per longum trac-
tum temporis proximum Sommene fluvium transmeare , expe-
dicionem bellicam fine laudabili terminassent. Sed post reces-
sum hostium, seniorum consilio dicencium : « Transeundum
« inde est, principes, ad majora et cunctis commodiora », sine
prosequcione aliqua ad Verberiam redeuntes, et pontem lig-
neum factum super fluvium Ysare, de rippa ad rippam usque
protensum, aptum curribus, equis et vehiculis transmeandis
transeuntes , versus Parisius magnis itineribus contenderunt, ac
si pocius optarent ingredi civitatem quam hostem insequi,
quem hucusque reputaverant capitalem. Sane sic omnes spera-
bant domos et possessiones suas ab officiariis regiis jam deten-
tas sibi restitui, et pro mobilibus ablatis posse recuperare
centuplum per detencionem et spoliacionem sibi notorum
civium. Nec loquor sompnianti similis, quia id sine difficultate
posse fieri publice jactitabant. |
Quod ut ad civium pervenit noticiam et quod jam cathenis
ferreis ville cuidam militi concessis, potencioribus dominis
captivandos diciores burgenses assignabant, ceterosque aliis
singulis, secundum uniuscujusque statum, solito studiosius se ad
resistendum aptaverunt; initoque colloquio generali in domici-
lio ville, unanimiter concluserunt quod magis optabant mori
quam antiquam urbis perdere libertatem, vel quod tam dirum
dedicionis jugum subeuntes, urbe in parte destructa, quod
adversarii optabant sine dubio, ut vulgo referebatur, bonis
omnibus privarentur. |
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 489
A
et les princes du parti d'Orléans avaient permis à leurs troupes si
avides de butin de poursuivre: les fuyards et de recueillir leurs dé-
pouilles, ils auraient remporté une victoire décisive et mis fin aux
hostilités; car il fallait beaucoup de temps à leurs adversaires pour
traverser la Somme. Dés qu'ils eurent battu en retraite, les anciens du
conseil furent d'avis qu'il fallait songer à quelque entreprise plus im-
portante et plus avantageuse pour toute l'armée. Les Orléanais retour-
nérent donc directement à Verberie, traversérent l'Oise sur un pont
de bois qu'on avait jeté d'une rive à l'autre afin de passer les chariots,
les chevaux et les équipages de toute espéce, et marchérent sur Paris
à grandes journées, comme s'ils eussent eu plus à cœur d'entrer
dans cette ville que de poursuivre ceux qu'ils avaient toujours tenus
pour leurs plus mortels ennemis. Ils espéraient en effet se faire
rendre leurs maisons et leurs propriétés qui avaient été saisies par les
officiers du roi, et s'indemniser au centuple de toutes leurs pertes par
la détention et la spoliation de certains bourgeois qui leur étaient
connus. Et je ne m'abuse point en avancant ce fait, car ils se van-
taient publiquement que cela ne souffrirait aucune difficulté.
Lorsque les bourgeois furent instruits de ces dispositions, et qu'ils
apprirent que déjà les chaines de fer de la ville avaient été remises à
un chevalier, que l'on se proposait de livrer les plus riches d'entre eux
comme prisonniers aux principaux seigneurs, et que les autres sei-
gneurs devaient se partager les dépouilles du reste des bourgeois, cha-
cun suivant son rang, ils se préparérent à résister avec une nouvelle
vigueur. Dans une assemblée générale qui se tint à l'hótel-de-ville,
on décida unanimement qu'il valait mieux mourir que de sacrifier les
anciennes libertés de la ville et de se mettre à la merci d'un ennemi
qui voulait détruire, ainsi qu'on le disait, une partie de la ville, et
les priver de tous leurs biens.
IV. 62
490 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
CAPITULUM XXV.
Ville et ecclesie Sancti Dyonisii dominus Jobannes de Cabilone custos efficitur.
Vix ad campestria per pontem ligneum dux Aurelianensis
traduxerat legiones, cum ei nunciatum est illustrem militem
Johannem de Cabilone, dominum Darly et principem Orengie,
jam Luparas attigisse cum quadringentis lanceis, ut duci Bur-
gundie opem ferret; quem tamen ignorabat sic dedecorose
recessisse. At ubi comperit per exploratorem dictus miles ad
eum expugnandum jam accelerare gentes ducis et quod par
viribus non erat nec numero, mox cum prope villam Sancti
Dyonisii pertransiens frustra ville expeciisset ingressum, Pari-
sius citato cursu contendit. Ibi a duce Guienne, consiliariis
regiis et summe auctoritatis civibus exoeptus comi fronte,
attendentes civitatem competenter defensoribus munitam ,
ipsum custodie ville Sancti Dyonisii prefecerunt, prius prestito
juramento quod nec quempiam ingredi pateretur, nisi super
hoc mandatum regium et speciale accepisset. Summam gerebant
sollicitudinem ne in eorum prejudicium duci Aurelianensi, tunc
reputato hosti publico, redderetur. Quapropter Parisiensis pre-
positus illuc eum adducens tercia die octobris, que fuit dies sab-
bati, auctoritate regia claves ville sibi tradens ecclesiam eidem
principaliter commendavit; quam et personaliter protegendam
suscepit. Deinde undecim suos commilitones collocans, Theo-
baldo de Novo Castro portam versus Pontisaram, domino
Jacobo de Vienna portam Sancti Remigii, Philippo de Vienna
portam Parisiensem, et spacium quod ab illa porta usque ad
turrim Juratam, criminosorum condempnatorum habitaculum,
interjacet domino Matheo de Bonnay commisit custodiendas.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 494
CHAPITRE XXV.
Messire Jean de Chálons est préposé à la garde de la ville et de l'abbaye de Saint-Denys.
A peine le duc d'Orléans avait4l fait passer l'Oise k ses troupes sar
le pont de bois, qu'on vint lui annoncer que l'illustre chevalier Jean
de Châlons, sire d'Árlay et prince d'Orange, était arrivé à Louvres
avec quatre cents lances qu'il amenait au secours du duc de Bour-
gogne. Ledit chevalier ignorait la honteuse retraite de ce prince; mais
informé par un espiou que le duc d'Orléans s'avancait pour le com- :
battre, et qu'il avait des forces bien supérieures, il se replia sur la
ville de Saint-Denys, et n'ayant pu s'en faire ouvrir les portes, il se
réfugia en toute háte à Paris. Le duc de Guienne, les conseillers du
roi et les principaux bourgeois l'accueillirent avec beaucoup d'égards,
et considérant que la ville avait assez de défenseurs, ils le préposérent
àla garde de Saint-Denys, en lui faisant jurer qu'il n'y laisserait
entrer personne sans un ordre spécial du roi. Ils avaient fort à coeur
que cette ville ne tombát point entre les mains du duc d'Orléans,
qu'ils avaient déclaré ennemi de l'état; ce qui leur aurait causé beau-
coup de préjudice. En conséquence le prévót de Paris y conduisit le
sire de Chálons le 3 octobre, qui était un samedi, lui remit au nom
du roi les clef de la ville, et lui recommanda particulièrement
l'abbaye. Ledit chevalier promit de la défendre en personne , y établit
aussitôt one de ses hommes d'armes, et confia à Thibaud de Neuf-
châtel la porte de Pontoise, à messire Jacques de Vienne la porte de
Saint-Remi, à Philippe de Vienne la porte de Paris, et à messire
Mathieu de Bonnay tout l’espace compris entre cette porte et la tour
Jurée, séjour des criminels condamnés. Quant à la partie de l'en-
ceinte qui s'étendait depuis la porte de Paris jusqu'à celle de Seine et
qui était plus que tonte autre exposée aux assauts, il en confia Ia défense
a Jean de Beauvoir, et recommanda aux habitants de faire le guet à
tour de rôle jour et nuit, et de remplir de pierres des tonneaux qu'on
placerait le long des murs. Il veilla à ce que cet ordre fût ponctuelle-
492 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Productum autem spacium muris clausum, sed plus inferendis
aptum assultibus de porta Parisiensi usque ad illam Secane
Johanni de Belevoir commisit custodiendum, habitantibus pre-
cipiens ut vicarias nocturnas diurnasque staciones persolventes
ex lapidibus aggregatis implerent dolia que per circuitum eri-
gerentur murorum. Mandato studuit obtemperare celeriter ;
nam quasi presagasset futura , sequenti luce dux Aurelianis cum
septem instructis aciebus ante villam pertransiens et egre ferens
sibi negatum ingressum, in modum obsidionis se et suos in villa
Sancti Audoeni et quatuordecim villagiis contiguis ville Pari-
siensis locavit. | |
CAPITULUM XXVI.
De litteris missis regi et duci Guyenne.
Fide dignorum relatu tunc audivit dominum Vinetum Despi-
nensem, picardum, familiarem suum, jam exacta ebdomada
capitalem subiisse sentenciam, quia Pontisare depopulato sub-
urbio ubique predas agere licitum cunctis dixerat, sibique con-
federatos principes id solum mente gerere confessum fuisse ut
inter se divisis dominiis gallicanis ipsum in regni solio subli-
marent. Hanc tamen tante prodicionis notam testimonio sibi
assistencium militum purgare cupiens, omnium aliorum nomine
comes Rouciacensis, Johannes dominus de Hangest, magister
balistariorum Francie , Gaufridus le Maingre dictus Boussicaut,
dominus de Montbason, Aymedius de Salesburia, Guillelmus
Buticularii, Gadifer de Aula, Johannes de Malestrait, dominus de
Cambour, Johannes dominus de Fontibus, Guillelmus dominus
de Braquemont, Hugo Damboise, dominus de Chaumont, Fran-
ciscus Daubiscourt, Franciscus de Hospitali, Baudrain de la
Heuse, Guillelmus Bataille, Robertus de Bonnay, Ludovicus de
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 493
ment exécuté; il semblait qu'il eüt prévu ce qui devait arriver. Dés
le lendemain, le duc d'Orléans se présenta devant la ville, à la téte de
sept escadrons, et irrité de voir qu'on lui en refusait l'entrée, i] s'éta-
blit avec ses troupes à Saint-Ouen et dans quatorze autres villages
voisins de Paris, pour faire le blocus de Saint-Denys.
CHAPITRE XXVI.
Lettres adressées au roi et au duc de Guienne.
Sur ces entrefaites, le duc d'Orléans apprit de source certaine que
messire Vinet d'Epineuse, chevalier picard, l'un de ses familiers,
avait été décapité la semaine précédente, pour avoir pillé le faubourg
de Pontoise, et qu'il avait déclaré que le duc avait permis à tous les
siens de faire main basse sur tout ce qu'ils trouveraient, et que les
princes ses alliés n'avaient d'autre but que de se partager les seigneu-
ries de France et. de l'élever sur le tróne. Il résolut de repousser un
tel reproche de trahison par le témoignage des seigneurs qui étaient
auprés de lui. En conséquence, le comte de Roucy, Jean, sire de
Hangest, grand-maitre des arbalétriers de France, Geoffroy le Maingre
dit Boucicault ', le sire de Montbazon, Amédée de Salisbury, Guil-
laume le Bouteiller, Gadifer de la Salle, Jean de Malestroit, le sire
de Combourg, Jean sire des' Fontaines, Guillaume sire de Braque-
mont, Hugues d'Amboise, le sire de Chaumont, Francois d'Auber-
chicourt, Francois de L'Hópital, Baudrain de la Heuse , Guillaume
Bataille, Robert de Bonnay, Louis de Culän, Louis de Bourdon, Jean
| Frère du maréchal Boucicault.
494 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Culanto, Ludovicus de Bourdon, Johannes de Drocis, Galoys
Dacy Radulphus dominus de Gaucourt, Guillelmus de Trya,
Petrus de Morneyo dictus Gauluet, dominus de Guitry, humiles
excusatorias litteras, singulorum sigillis roboratas, regi et
domino duci Guienne nona die hujus mensis per duos preco-
nes triumphorum transmiserunt. In eisdem falsos, mendaces et
adinventores pessimos nominantes qui eorum auribus suggere-
bant ducem Aurelianis et dominos confederatos convenisse in
detrimentum regie auctoritatis, asserebant id nunquam exco-
gitasse pro certo, quia semper intendebant erga ipsos fidelita-
tem, ut tenebantur, servare. Attendentes eciam se predictis ad
id solum suum servicium obtulisse ut mortem ducis Aurelia-
nensis tam ignominiosam et scandalosam toti regno vindica-
rent, et ut, rege a servitutis jugo liberato, honor ejus et
justicia reformarentur in melius, supplicabant ne talibus pro-
ditoribus et falsis assentatoribus aures accomodarent benignas.
Apices non comi fronte prepositus Parisiensis recepit ; sed si
eos quibus mittebantur obtulerit, id ignoro; scio tamen quod
nunciis non accesserunt boni vultus , eosque remittens cum inju-
riosis verbis et insidiatores pessimos eos vocans sub intermina-
cione amputacionis capitis prohibuit ne tante temeritatis auda-
ciam amplius attemptarent. |
CAPITULUM XXVII.
Villam Sancti Dyonisii subsidiarii ducis Aurelianensis capere temptaverunt.
Ut prius dictum est, dum milites et armigeri castra prope
Parisius metarentur, quidam Britones ad villam Sancti Dyonisii
venerunt, et Sancti Remigii suburbio violenter effracto et viri-
bus occupato, progredientes ulterius ad portam magnum assul-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 495
de Dreux, Galoys d'Acy , Raoul sire de Gaucourt, Guillaume de Trie,
Pierre de Mornay dit Gauluet, et le sire de Guitry adressèrent, au
nom de tout leur parti, le 9 de ce mois, au roi et à monseigneur le
duc de Guienne, d'humbles lettres justificatives, scellées du sceau de
chacun d'eux, et les leur firent porter par deux hérauts d'armes. Ils
y traitaient de perfides, de menteurs et d’infâmes calomniateurs ceux
qui insinuaient que le duc d'Orléans et les seigneurs ses alliés avaient
conspiré contre l'autorité royale, et assuraient qu'ils n'en avaient
jamais eu la pensée, et que leur intention avait toujours été de garder
à leursdits seigneurs la fidélité qu'ils leur devaient. Ils protestaient
qu'ils n'avaient. offert leurs services audit duc qu'afin de venger la
mort du feu duc d'Orléans, qui était un déshonneur et un scandale
pour tout le royaume, de délivrer le roi du joug d'une honteuse ser-
vitude, de relever son honneur et de rétablir la justice. Ils les sup-
pliaient donc de ne point préter l'oreille aux perfides insinuations
de ces traítres. ,
Le prévót de Paris reçut ce message avec déplaisir. J'ignore s'il le
remit à ceux auxquels il était adressé; ce que je sais, c'est qu'il ne fit
pas bon accueil aux envoyés, qu'il les renvoya en les accablant d'in-
jures, en les traitant de traitres et d'espions, et qu'il leur défendit,
sous peine d'étre décapités, de se charger une seconde fois d'une mis-
sion semblable.
CHAPITRE XXVII.
Tentative des troupes du duc d'Orléaus contre la ville de Saint-Denys.
Pendant que les chevaliers et les écuyers du parti d'Orléans cam-
paient prés de Paris, comme nous l'avons dit plus haut, quelques Bre-
tons se présentérent devant la ville de Saint-Denys, emportèrent de
force le faubourg de Saint-Remi, et poussant plus avant, livrérent un
rude assaut à la porte de la ville; mais ils furent repoussés vigoureu-
496 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
tum fecerunt ; sed a domino Jacobo de Vienna et suis commili-
tonibus viriliter sunt repulsi. In expensarum remuneracionem
et sumptuum omnes optabant ditari de ville spoliis; ideo die
sequenti intra portam Parisiensem et portam Secane in appa-
ratu bellico convenerunt, et dum utrinque tractus continuatur
mutuus, dux Johanni de Cabilone per quemdam armorum pre-
conem jussit ut villam redderet ad dedicionem veniens, aut
luce proxima ad resistendum se aptaret. Tunc noctem ducens
insompnem, velut miles strenuus et expertus, muris portas
. obstrui imperavit, balistarios et instrumenta obsidionalia de-
bite collocari et specialiter in debiliori porta, que ducit ad
Secanam, nilque relinquit intemptatum quod ad resistendum
valebat ; ad quod opus eciam nobiles et ignobiles animavit.
Impossibile dicebant circumspecti tam numerosam multitu-
dinem obsidencium posse diu sustineri; sed cooperante divina
clemencia, cui nil est impossibile, et ut firmiter creditur, preci-
bus beate Marie, beati Dyonisii ac ceterorum celicolarum incli-
nata, dempsa et a multo tempore inaudita pluviarum inundacio
obnubilavit totum diem, et obsessores sub tectis tenuit, sicque
villam et ecclesiam ab imminenti periculo liberavit. |
Sic adversarii a desiderio fraudati ista vice, strenuis pugna-
toribus in Capella et Monte Martirum collocatis preceperunt ut
incessanter villam Parisiensem totis viribus infestarent, obsidio-
nem ville et ecclesie Saneti Dyonisii Britonibus committentes ;
qui successivis feriis ad portam Secane, que ceteris erat debi-
lior, multos assultus mortales intulerunt. Nec aliquid intempta-
tum obsessoribus consuetum obmittentes, omnia ligna Indicti
afferri fecerunt, et inde omnis generis propugnacula, portas
quoque gestabiles, quas catos vel vineas vocant, construi, qui-
bus ictus obsidionalium instrumentorum vitarent, et sic liberius
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 497
sement par messire Jacques de Vienne et ses compagnons. Les Orléa-
nais avaient à coeur de s'indemniser des frais de la guerre par le pil-
lage de la ville. Le lendemain donc, ils réunirent toutes leurs forces
entre la porte de Paris et la porte de Seine, et, pendaut qu'on se
préparait à combattre de part et d'autre, le duc d'Orléans envoya un
héraut d'armes à Jean de Chálons pour lui dire qu'il eüt à se rendre et
à lui livrer la ville, ou qu'il se disposát à soutenir un assaut le lende-
main. Jean de Chálons, comme un brave et habile capitaine, passa
toute la nuit en préparatifs de défense, fit murer les portes, garnit
les remparts d'arbalétriers et de machines de guerre, particuliére-
ment la porte de Seine, qui était le cóté le plus faible, et ne négligea
rien de ce qui pouvait servir ses projets de résistance, encourageant
les nobles et le menu peuple à le seconder.
Au dire des gens les plus sages, il était impossible de se défendre
long-temps contre un si grand nombre d'essiégeants. Mais, par un
effet de la clémence divine, à qui rien n'est impossible, et gráce aussi,
on n'en peut douter, à l’intercession de la Vierge Marie, de saint
Denys et des autres saints, des torrents de pluie tels qu'on n'en avait
pas vu depuis long-temps tombérent toute la journée, et forcérent les
assiégeants à rester sous leurs tentes; la ville et l'abbaye furent ainsi
sauvées d'un péril imminent.
Le duc d'Orléans, frustré pour cette fois dans ses espérances, enjoi-
gnit à ses hommes d'armes qui étaient campés à La Chapelle et à
Montmartre d'attaquer Paris avec vigueur et de ne lui accorder aucun
reláche; il laissa aux Bretons le soin de continuer le siége de la ville
et de l'abbaye de Saint-Denys. Ceux-ci livrérent pendant plusieurs
jours des assauts terribles à la porte de Seine, qui était plus faible que
les autres. Voulant ne négliger aucun des moyens d'attaque dont ils
pouvaient disposer, ils firent apporter toutes les charpentes du Lendit,
et en construisirent toutes sortes de machines, entre autres des portes
roulantes qu'on appelle chats ou mantelets, pour se mettre à l'abri des
projectiles lancés par les batteries des assiégés et pour pouvoir combler
Iv. 65
498 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
fossata possent implere et ad murum attingere ut manutentim
pugnarent. Iterum ut obsessi famis inedia premerentur, Clo-
daldi fluvii cursum molendina volventem auferentes , quia ejus
fluxus ville magnam clausure partem inaccessibilem reddiderat,
terram effodientes ad yma, pedem muri aquas tenentis frangere
temptaverunt ut evanescerent penitus.
Dum laborioso insisteretur operi, ad dominum Johannem de
Cabilone Aymedius Salberiensis accedens, et indecentissimum
reputans quod ingressum ville duci Aurelianensi denegasset,
quem sciebat ad utilitatem regis et regni exercitum invincibi-
lem adduxisse, seque mirari adjunxit cur sub tam criminoso
duce Burgundie militare decrevisset; monere ideo ut cum suis
commilitonibus libere exiens villam relinqueret, quam diu tueri
non valebat. At ubi responsum dedit se non a duce sed a rege
missum, cui et de conservanda villa prestiterat fidelitatis jura-
mentum, quod et transgredi licite non valebat, Aymedio vale
dicens, et ad resistendum solito forcius se adaptans, statuit ut
quociens assiliendi lituis signum daretur, centum ex suis ad pla-
team communem convenirent, qui locis debilioribus mitteren-
tur, quociens opus esset. Jam jamque Parisiensibus innotuerat
ut sibi balistarii, machine jaculatorie cum pulveribus mitteren-
tur, que tamen per Secanam advecta navigio in villam non
potuerunt immitti, cum undique obsessoribus clausa esset.
Nundum ipsi Parisienses contra hostes in Capella et Monte
Martirum locatos insurrexerant, quod modis omnibus affecta-
bant; sed balistarios per portam Sancti Clodoaldi transmise-
rant, qui ex rippa Secane usque ad Sanctum Audoenum vecti
navigio equos exercitus ducis vulnerabant, quociens adaqua-
bantur. Ultra milites et armigeros in villis campestribus locatos,
trecentos iterum loricatos ad unguem trans fluvium in tentoriis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 499
les fossés, escalader les remparts et combattre corps à corps. Ils réso-
lurent aussi de réduire les assiégés par la famine; à cet effet ils détour-
nérent le cours de la rivière de Crould, qui alimentait les moulins
de la ville et rendait inaccessible une grande partie des murs d'en-
ceinte, creusérent la terre à une grande profondeur et essayérent de
détruire la digue qui retenait les eaux, afin de les faire écouler entiè-
rement.
Pendant qu'on s'occupait avec ardeur de ces travaux, Amédée de
Salisbury s'aboucha avec Jean de Chálons, et lui fit entendre qu'il
avait eu grand tort de refuser l'entrée de la ville au duc d'Orléans,
quand il savait bien que c'était dans l'intérét du roi et du royaume
que le duc avait amené une armée si nombreuse. Il ajouta qu'il était
étonné de le voir dans le parti d'un homme aussi criminel que l'était
le duc de Bourgogne, et qu'il l'engageait à quitter librement avec ses
compagnons une place qu'il ne pouvait défendre long-temps. Jean de
Chálons répondit qu'il avait été envoyé, non par le duc, mais par le
roi, auquel il avait juré de garder fidélement la ville, et qu'il n'avait
pas le droit de violer ce serment. Ayant ensuite congédié Amédée, il
se disposa à une résistance énergique. Il régla que, toutes les fois qu'on
entendrait sonner les trompettes pour l'assaut, cent de ses hommes
d'armes se réuniraient sur la place publique pour se porter au besoin
vers les endroits les plus menacés. Il avait déjà demandé aux Parisiens
de lui envoyer des arbalétriers, des piéces d'artillerie et de la poudre:
tout cela lui fut expédié en bateau par la Seine; mais rien ne put lui
parvenir, parce que la ville était bloquée de tous côtés par les assié-
geants.
Les Parisiens, malgré le désir qu'ils avaient de se mesurer avec leurs
ennemis campés à La Chapelle et à Montmartre, n'avaient encore fait
aucune sortie contre eux. Ils envoyaient seulement par la porte de
Saint-Cloud des arbalétriers, qui, descendant la Seine en bateau jus-
qu'à Saint-Ouen, blessaient les chevaux de l'armée du duc toutes les
fois qu'on les conduisait à la rivière pour s'abreuver. De plus, ils
avaient, outre les chevaliers et les écuyers établis dans les villages,
trois cents hommes d'armes qui campaient au-delà du flenve, et qui
502 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
« una parte, et dominum Johannem de Cabilone, dominum
« Darlay et principem Orengie, dominum Jacobum de Vienna,
« dominum de Ruffy, Philippum de Vienna, dominum de
« Rolant, Matheum de Longvi, dominum de Raon, Ymbertunmi
« de Very, dominum de la Cueille, Guillelmum Doyseber ,
« dominum de Clenan, Theobaldum, dominum de Novo Castro,
« Johannem de Cousant, dominum Beauboys, Johannem, domi-
« num de Rubeo Monte, qui se securos fecerunt de omnibus
« militibus, scutiferis et bellatoribus in sua comitiva existen-
« tibus, quorum nomina dictus princeps tradidit sub suo
:« sigillo domino duci Aurelianensi, et de omnibus aliis servi-
« toribus suis secum residentibus in villa sancti Dyonisii, et
« de omni eorum comitiva, ex altera parte, in modum qui
« sequitur : |
« Videlicet quod dictus princeps Orengie et prenominati
« domini, nomine suo et omnium suorum supradictorum, jura-
« verunt, promiserunt in manibus dominorum Aymedii de
« Salesburia, de Braquemont, Francisci Daubissecourt, sicut
« in manibus domini ducis Aurelianis et aliorum supradicto-
« rum dominorum, et adhuc jurant et promittunt per presentes
« quod ipse princeps et omnes secum manentes recedent de dicta
« villa sancti Dyonisii, et reddent claves dicte ville domino duci
« Aurelianis et aliis dominis supradictis infra finem diei mer-
« curii proxime instantis, et tendent directe in patriam suam
« non dampnificando villam in recessu, nec jam parata ad for-
« tificacionem ville destruent aliqualiter.
« Ulterius promiserunt et juraverunt, jurant et promittunt
« quod usque ad instans festum Natalis Domini predicti nec
« eorum auxiliari pugiles dampnum inferent domino duci
« Aurelianis nec predictis dominis vel confederatis ipsorum nisi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 503
« Philippe de Vienne, sire de Rolant, Mathieu de Longwy, sire de
« Raon , Imbert de Véry, sire de Lacueille, Guillaume d'Oyseber, sire
« des Glénans, Thibaud, sire de Neufchátel, Jean de Cousant, sire de
« Beaubois, et Jean sire de Rougemont, se faisant caution pour tous
« les chevaliers, écuyers et hommes d'armes de leur suite, dont ledit
« prince d'Orange a donné les noms sous son sceau à monseigneur le
« duc d'Orléans, ainsi que pour tous leurs autres serviteurs résidant
« avec eux en la ville de Saint-Denys et pour tous leurs gens, d'autre
« part.
« Ledit prince d'Orange et lesdits seigneurs, en leur nom et au nom
« de tous ceux qui ont été désignés ci-dessus, ont juré et promis
« entre les mains de messire Amédée de Salisbury, de messire de
« Braquemont, et de messire François d'Auberchicourt, comme
« entre les mains de monseigneur le duc d'Orléans et des autres sei-
« gneurs ci-devant nommés, et jurent et promettent encore par les
« présentes que ledit prince et tous ceux qui sont avec lui en ladite
« ville de Saint-Denys en sortiront et en remettront les clefs à mon-
« seigneur le duc d'Orléans et aux autres seigneurs susdits, mercredi
« prochain avant la fin de la journée, etretourneront directement dans
« leur pays sans faire en partant aucun dommage à la ville, et sans
« détruire aucun des travaux déjà exécutés pour la fortification de
« ladite ville.
« Ils ont en outre promis et juré, jurent et promettent que, jusqu'à
« la prochaine fête de Noël, ni eux ni leurs gens de guerre ne cherche-
« ront à nuire en aucune facon à monseigneur le duc d'Orléans ni
« auxdits seigneurs ou à leurs confédérés , sauf le cas où ceux-ci vien-
504 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« in casu quod dampnum inferre conarentur in dominiis eorum
« vel ducatu Burgundie, quo casu hiis licebit vim vi repellere.
« Simili quoque modo prefati domini duces Biturie et Aure-
« lianis, nec alii domini confederati et benivoli non inferent
« aliquod dampnum principi neque consodalibus suis quoquo-
« modo usque ad Natale Domini.
« In cujus rei testimonium nos Johannes de Cabilone et pre-
« nominati domini volumus et promittimus per juramentum
« corporaliter prestitum et per honores nostros quod firmiter
« tenebimus et adimplebimus omnia que scripta sunt; et tracta-
« tum istum sigillavimus sigillis singulorum, die lune undecima
« octobris, anno Domini millesimo quadringentesimo unde-
« cimo. »
CAPITULUM XXIX.
Burgundiones de villa Sancti Dyonisii recedentes ipsam duci Aurelianensi reddiderunt,
Ipsa et eadem die, iterum predicto tractatui generalia tan-
genti unum alium specialia tangentem addiderunt et suis denuo
roboraverunt sigillis, videlicet quod duces et comites in sua
protectione ecclesiam recipientes cum villa , Burgundiones rece-
dentes creditoribus suis satisfacerent de expensis, nec arma nec
aliquid quod ad defensionem ville adaptaverant auferrent.
Quamvis insciis religiosis. et eorum irrequisito assensu pre-
fati domini pactum pepigerint, audientes tamen Johannem de
Cabilone et ejus commilitones id juramento firmasse, eisdem
super fideli et diligenti custodia ‘exhibita regraciari decreve-
runt; et procul dubio alias notam ingratitudinis incurrissent.
Nam cum terrore nimio admissi fuerant; quod rapacissimi
omnium castra sequencium Burgundiones publice dicebantur,
recedentes tamen nullum ecclesie dampnum quodcunque modi-
506 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
cum. intulerunt; sed reliquias ipsius et jocalia secretissime
abscondisse et eadem sine stipendiis servasse justum et accep-
tissimum reputabant. Sene si adinventis mendaciis obloquen-
cium popularium credidissent, pluries asserencium : « Vobis,
« domini, caveatis, quoniam religiosi per subterraneos meatus
« hostes intromittent; arma secretissime servant que vobis de-
« negant ministrare; in vos mortali odio laborant, et vobis
« insidiantur, » utique in eos insurrexissent. Sed attendentes
hec impossibilia et vana , recedendo habitantes multis injuriis
et conviciis lacessendo multum dampnificaverunt, religiosis
vero benigne vale dicentes, perpetuum et fidele servicium ipsis
grato animo obtulerunt, monentes omnes et singulos ut a per-
versitate habitancium sibi sedulo caverent. Revera id solum
displicencie eisdem religiosis intulerunt, quod fere per noven-
dium statuerunt januis clausis et sine sollempni pulsacione
divina celebrare, causam tamen assignantes ne per sonum
campanarum impedirentur sese mutuo colloqui vel ad auda-
ciam excitare , quociens reiterarentur assultus.
Sicut condictum fuerat, Burgundiones ipsi in apparatu bel-
lico, hora prime, quamvis usque ad vesperum distulisse potuis-
sent, de villa et ecclesia Sancti Dyonisii recesserunt, quas pre-
nominati duces et comites conservare sine violencia vel dampno
juraverunt et suis roboraverunt sigillis, auctoritate regis et
ducis Aurelianensis voce preconia prohibentes ne quis sub capi-
tali pena, quacunque preeminencia fulgeret, ipsas ingredi
attemptaret. Minime ignorabant Britones prede avidos, Vas-
cones et Alemanos ad depopulacionem ville modis omnibus
anhelare. Quapropter archiepiscopum Senonensem ejus consti-
tuerunt custodem principalem; qui cum quadringentis pugna-
toribus loricatis ad unguem pedestri ordine ipsam ingressus,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 591
sement leurs reliques-et leurs joyaux, qu'ils les avaient aidés à garder
sans vouloir étre payés de ce service. Et certes, ils auraient pu faire
bien du mal, s'ils avaient ajouté foi aux mensonges et aux calomnies
qu'on débitait sur le couvent : « Soyez sur vos gardes , messeigneurs,
« leur répétait-on; les religieux introduiront l'ennemi par des sou-
« terrains; ils ont caché des armes qu'ils refusent de vous livrer; ils
« vous haïssent mortellement et vous trahiront. » Mais persuadés que
c étaient de vaines et frivoles allégations, ils en firent porter la peine
aux habitants , qu'ils accablèrent en partant d'injures et d'outrages et
auxquels ils favent souffrir tontes sortes de maux. Ils prirent congé
des religieux au contraire avec beaucoup d'égards , et leur offrirent
avec empressement leurs fidéles services en toute occasion , les enga-
geant à se tenir en garde contre la méchanceté des habitants. Le seul
déplaisir qu'ils causérent aux religieux, ce fut que pendant prés de
neuf jours ils les obligérent à célébrer l'office divin à huis-clos et sans
solennité , parce que, disaient-ils , le son des cloches les eût empéchés
de s'entendre ou de s'exciter les uns les autres à combattre courageu-
sement , lorsque l'ennemi montait à l'assaut.
Les Bourgtignons, ainsi qu'il avait été convenu, quittèrent lu vitle
et l'abbaye de Saint-Denys avec ermes et bagages à l'heure de prime,
quoiqu'ils eussent pu différer leur départ jusqu'au soir. Les ducs et
comtes ci-dessus nommés jurérent de préserver les habitants et les
religieux de toute violence et dommage, et scellérent cette promesse
de leurs sceaux. Ils firent aussitót proclamer par la voix du héraut,
au nom du roi et du duc d'Orléans, qu'il était défendu sous peine de
mort à toute personne , de quelque rang qu'elle füt, d'entrer dans la
' ville ou dan8 l'abbaye. Hs n'ignoraient pas que les Bretons, les Gas-
cons et les Allemands, avides de butin, ne désiraient rien tant que
de piller la ville. Aussi en remirent-ils la garde principale à l’arche-
véque de Sens, qui y entra avec quatre cents hommes d'armes à
pied et qui ordonna que les gens de guerre recevraient aux portes
508 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
precepit ut in introitibus portarum pugilibus necessaria minis-
trarentur pro prompta solucione.
At ubi ad Parisiensium noticiam ville pervenit dedicio, et
vulgo divulgatum est, falso tamen , id ope et consensu habitan-
cium processisse, ira inexpiabili stimulati in eos tantum odium
conceperunt, quod in destructionem ville et abbacie, spoliacio-
nem quoque ac occisionem habitancium unanimiter conjura-
runt. Multum hucusque timuerant ne ad dedicionem veniens
matri urbium regni dilecta filia suffragari desisteret, et modo
consueto pisces marinos ex Normania et Picardia advectos,
ligna combustibilia, ex villagiis quoque propinquis panum et
mercium communium habundanciam administrare cessaret.
CAPITULUM XXX.
Pons Sancti Clodoaldi captus fuit.
Dum in habitantes autem et religiosos frementes dentibus et
in minas mortales sepius erumpentes Burgundionum detesta-
rentur tractatum, luce sequenti nuncius superveniens indigna-
ciohem auxit, addens in presencia domini ducis Guienne pon-
tem Sancti Clodoaldi sine resistencia a ducis Aurelianensis
gentibus occupatum. « Ab hinc, inquit, metuendissime domine,
« per Burgundiam, Britaniam et Normaniam possunt libere
« grassari, Secane fluvium transire et faciliter impedire ne
« inde merces peregrine aut communes valeant ad Parisiensem
« urbem afferri. » Dampnosum et inopinatum casum dum mira-
rentur assistentes et operis processum sciscitarentur sollicite :
« Addam, inquit, nunc verificatum quod omnis potestas impa-
« ciens consortis sit, et Colinum de Puisex, nuper ad custodiam
« pontis deputatum, ad id auctoritate regia Guillelmum de
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 509
mémes de la ville tout ce qui leur serait nécessaire, moyennant qu'ils
paieraient comptant.
Cependant les Parisiens, ayant appris que la ville avait capitulé, et
croyant, sur de faux rapports , que c'était de l'aveu et du consentement
des habitants, entrérent dans une violente colére et concurent une
telle haine contre eux, qu'ils jurérent unanimement de détruire la
ville et l'abbaye, de dépouiller tous les habitants et de les mettre à
mort. Ils avaient toujours craint que si cette ville, qui était comme la
fille chérie de la capitale, venait à se rendre, elle ne cessát de fournir
à Paris le poisson de mer qui arrivait de Normandie et de Picardie, le
bois à brüler, le pain et les provisions de toutes sortes qui venaient
en abondance des villages voisins.
CHAPITRE XXX.
Prise du pont de Saint-Cloud.
Pendant que les Parisiens, frémissant de rage, exhalaient des me-
naces de mort contre les habitants et les religieux de Saint-Denys, et
maudissaient le traité conclu par les Bourguignons, une autre nouvelle
vint mettre le comble à leur indignation. Le lendemain de la capitula-
tion, un messager annonca en présence de monseigneur le duc de
Guienne que les gens du duc d'Orléans s'étaient emparés sans coup
férir du pont de Saint-Cloud : « Maintenant, trés redouté seigneur,
« dit-il, ils peuvent courir en toute liberté la Bourgogne, la Bretagne
« et la Normandie, passer la Seine, et intercepter les convois destinés
« à Paris. » Les assistants, surpris d'un événement si préjudiciable à la
ville et si inattendu, demandérent avec empressement quelques dé-
tails au messager. « Cette circonstance prouve, ajouta-t-il, la vérité
« de ce proverbe, qu'on doit éviter tout partage de pouvoir. Colin de
« Puiseux, qui avait été naguére préposé à la garde du pont, n'a pu
« voir sans mécontentement qu'on eüt désigné pour ce poste, au nom
« du roi, Guillaume de Beaumont; en conséquence il a négligé à des-
510 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« Bellomonte constitutam indignantissime pertulisse; ideo pon-
« tis custodiam ex certo proposito neglexisse. Si sine peccuniali
« pacto processerit, quod nec parvulum adolescentem solum
« nocte vigilare permiserit, id ignoro; scio tamen quod sine
« vocum dissono transeuncium tumultu miles insignis et ex
« generosis proavis ducens originem, Johannes dictus de Gau-
« court, cum trecentis pugnatoribus utramque rippam Secane
« cordarum auxilio.ante diei sequentis auroram transmeavit. Ex
« tunc :non sine fragore magno vir quidam Vaseo agilis eum
«'seala pontem ligneum attingens , ejusque seras confringens,
« ingressum ceteris dedit. Sed Colinus, dissimulanti similis,
« suis impetus retorquens violentos, lectum petere cum male-
« dictionibus sepius imperavit. Sie adversarii secretissime in-
« tromissi et camerarum ostia fictis aperientes clavibus, ipsum
« captum inter amplexus uxoris libere abire permiserunt ad
« fratrem sue conjugis, qui duci Aurelianis serviebat; ceteris-
«:que:ad. redempcionem captis et ibi relicto securo subsidio,
« mox ad armigeros et burgenses, qui hucusque domum Sancti
« Audoeni machinis jaculatoriis pro posse destruxerant, inva-
« dendos eodem contextu magnis itineribus contenderunt.
« Inermes et imparatos, cum nichil sibi timerent, inopinato
« agressu difficile non fuit et sine magno cruore expugnare.
« Ideo qui repugnare statuerant aut fuge presidio se salvarunt,
« aut odibile jugum redempcsonis subierunt, tentoriis , instru-
« mentis obsidionalibus amissis et omni supellectile; unde et
« procul dubio victores usque ad nauseam ditati sunt. »
Infortunium suorum, ut publice ferebatur, dominus dux
Guienne egre tulit, timens ne dominus Antonius de Crodonio,
ceteri quoque milites, qui Genevillare, Asnerias, Columbas,
Nantodorum et cetera villagia occupabant, simile pertulissent,
CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXII. — 544
« sein le service qui lui était confié. l'iguore s’il s'est laissé corrompre
« à prix d'or, et si c'est pour cela qu'il n'a pas méme voulu qu'un
« enfant fit le guet la nuit; ce que je sais, c'est que le lendemain,
« avant le jour, un brave chevalier d'illnstre raaison, nommé Jean de
« Gaucourt, a passé la Seine à l'aide de cordes, avec trois cents hommes
« d'armes dans le plus. profond silence. Puisun.soldat gascon a.escaladé
« lestement le pont de bois, en a brisé la serrure et livré l'entrée à
« ses compagnons. Cela ne s'est point passé sans bruit. Cependant Colin
« a fait semblant de ne pas.s'en. apercevoir. ll a méme contenu l’ardeur .
« de ses gens et leur a enjoint plusieurs fois avec des jurements de
« retourner se coucher. Ainsi nos adversaires, introduits secrète-
« ment, ont ouvert les portes des chambres avec de fausses clefs, l'ont
« surpris dans son lit auprés de sa femme et lui ont permis de se retirer
« chez son beau-frère, qui est du parti du duc d'Orléans. Ils ont mis
« les autres à rançon, et aprés avoir laissé bonne garde au pont, sont
« partis aussitót pour aller tout de ce pas tomber sur les hommes
« d'armes et les beurgeois qui continuaient à battre en brèche avec
« leurs machines la maison de Saint-Quen. Ceux-ci étaient sans armes
« et ne s'attendaijent point à étre attaqués; aussi n'ont-ils pu résister
« à un choc si imprévu; ils ont été vaincus, sans qu’il ait été versé
« presque une goutte de sang. Ceux qui songeaient à résister ont été
« réduits à chercher leur salut dans la fuite, ou obligés de payer ran-
« con, après avoir perdu leurs tentes, leurs machines de siége et
« tous leurs bagages. Les vainqueurs se sont gorgés de butin. »
Monseigneur le duc de Guienne fut, dit-on, d'autant plus affligé de
ce désastre, qu'il craignait que messire Antoine de Craon , et les autres
chevaliers qui occupaient Gennevilliers, Asnières, Colombes, Nan-
terre et les villages voisins n'eussent éprouvé le méme sort. Mais il eut
512 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
donec comperit universos fuga citissima predictas insidias
evasisse.
GAPITULUM XXXI.
De dampnis et violenciis a subsidiariis ducis Aurelianensis circa Parisius et villam
beati Dyonisii perpetralis. : .
At ubi Britonibus, Vasconibus et Alemanis cum duce Aure-
lianensi residentibus innotuit consortes ultra Secanam tran-
situm occupasse, lucri ducti cupidine, mox villas campestres
predictas omni supellectile spoliantes, agrestes accolas; quot-
quot obvios habuerunt, multis tormentis afflictos submerse-
runt, suspenderunt aut ad multam peccunialem omnimodam
sane facultatem excedentem eciam coegerunt. Capellam vero
sancti Dyonisii et villagia ville Parisiensi eontigua occupantes ,
quotquot inde percipiebant exire, vinculis et compedibus alli-
guatos et variis tormentorum generibus affectos jugulabant,
nisi vitam peccuniis mercarentur ; idque se merito inferre asse-
rebant , quia adversariis ducis Aurelianensis favebant.
Convicaneorum et vicinorum injuriis populares semiarmati
commoti, et qui loco lancearum baculos gestabant longuas cus-
pidas habentes, et qui piquenarii propter hoc dicebantur,
comitem Sancti Pauli, Parisiensem capitaneum, reiteratis vicibus
rogaverunt ut in adversarios ad unguem loricatos exirent et
contra eos pugnarent. Id autem, armorum et armatorum inex-
pertorum quoque contra expertos attendens differenciam , huc-
usque denegaverat; sed tandem importunis querimoniis victus
ex ipsis quadringentos emisit, qui cum ad molendinum ad ven-
tum. pervenissent, insidias hostiles repererunt, contra quas
bello inito victi fugam arripuerunt velocem , prius tamen ex eis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 513
bientót l'assurance qu'ils avaient tous échappé par une prompte fuite
aux suites de cette trahison.
CHAPITRE XXXI.
Violences et cruautés commises par les gens de guerre du duc d'Orléans
dans les environs de Paris et de Saint-Denys.
Lorsque les Bretons, les Gascons et les Allemands du parti d'Orléans
apprirent que leurs compagnons avaient passé la Seine, leur cupidité
se réveilla ; ils se mirent aussitôt à dévaster les villages ci-dessus nom-
més et à exercer toutes sortes de cruautés contre les paysans qu’ils
rencontrérent, noyant les uns, pendant les autres, ou exigeant d'eux
des rancons exorbitantes. Quant à ceux qui occupaient la Chapelle
Saint-Denys et les villages voisins de Paris, ils arrétaient les gens
qui en sortaient, leur mettaient les fers aux pieds et aux mains, les
appliquaient à la torture et les égorgeaient ensuite ,^s'ils ne rachetaient
leur vie à prix d'argent. Ils disaient, pour justifier ces violences, que
ces gens-là favorisaient les ennemis du duc d'Orléans.
Les paysans des environs s'émurent des excés commis envers leurs
compatriotes et leurs voisins. Quoiqu'ils ne fussent qu'à demi armés
et qu'ils eussent au lieu de lances des bátons terminés par de longues
peintes en fer, ce qui leur avait fait donner le nom de Piquiers, ils
demandérent à plusieurs reprises au comte de Saint-Pol, capitaine de
Paris , la permission de faire une sortie contre l'ennemi et de le com-
battre. Mais le comte, considérant combien la lutte serait inégale
entre des gens mal armés et sans expérience de la guerre et des troupes
aguerries, se refusa long-temps à leurs demandes. Cependant à la
fin, cédant à leurs plaintes importunes, il laissa partir quatre cents
d'entre eux, qui tombérent dans une embuscade dressée par leurs
ennemis prés d'un moulin à vent. Ils en vinrent aux mains, furent
Iv. 65
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514 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
interfectis, pusillanimitatem ipsius verbis terribilibus exce-
crantes. Et quia dictus comes non succurrerat eisdem, ceteri
qui redierunt stomacati, in verba injuriosa non sine maledic-
tionibus erumpentes, vexillum ejus super portam Sancti Dyo-
nisii elevatum in frusta confractum in fossata ignominiose
projecerunt; indeque communis populus in majores volebat
insurgere, eorum pusillanimitati ascribentes quod sic se ab
hostibus inquietari. permittebant. Sediciosus tumultus procul
dubio imminebat, nisi comites Niverniensis et de Pentievre
cum insignium virorum comitiva advenissent; qui omnes leni-
bus verbis ad concordiam revocantes voce preconia et auctori-
tate regia divulgari fecerunt per civitatis compita quod rex
comitem, quem infidelem vocabant, fidelissimum reputabat.
In tanto turbine rerum, die qua beati Dyonisii celebrabantur
octave, illustres Aurelianis et Borbonii duces, comites quoque
Virtutum, Armeniaci et de Alenconio cum militum insigni co-
mitiva ad ecclesiam gracia peregrinacionis accesserunt ; ibique
missa sub silencio audita et deosculatis reliquiis, jejuno stoma-
cho ad Sanctum Audoenum redierunt. Et id notanter infero ad
destruendum errorem popularem tunc mendaciter adinventum.
Nam tunc obloquencium relatu mox Parisienses seducti inter se
divulgaverunt religiosos ecclesie ipsum ducem Aurelianensem
sceptro, dvademate, infulis quoque regiis insignitum in throno
regio sublimasse et eidem vexillum regium, quod auriflamma
dicitur, cum consuetis observanciis tradidisse; indeque sic
exacerbati fuerunt, ut ipsis reliziosis mortem ecclesieque des-
tructionem minarentur. Multis feriis successivis in nos insontes
sine causa minis talibus usi sunt, cum testes innocencie nostre
ad eos mittere non possemus ob militares cohortes que vias et
itinera strictis gladiis sic servabant, ut moderni antiquiores ad
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 915
défaits et s'enfuirent en toute hâte, aprés avoir perdu beaucoup de
monde. À leur retour, ils reprochérent violemment au comte de ne
les avoir point secourus , l'accusérent de lácheté, et vomirent contre
lui toutes sortes d'injures et de malédictions; puis ils mirent en piéces
sa banniére qui était arborée sur la porte Saint-Denys et la jetérent
ignominieusement dans les fossés. Le menu peuple, excité par cet
exemple , était sur le point de se soulever contre les grands, à la pusil-
lanimité desquels il attribuait tous les maux dont il était accablé par
l'ennemi. Une sédition allait éclater, lorsque les comtes de Nevers et
de Penthiévre accoururent avec une suite d'illustres chevaliers. Ils
calmérent l'agitation du peuple par de douces paroles, et firent pro-
clamer au nom du roi, par la voix du héraut, dans les carréfours de
la ville, que le roi tenait pour trés-fidéle le comte, qui était publi-
quement accusé de déloyauté.
Au milieu de tous ces bouleversements , les illustres ducs d'Orléans
et de Bourbon, les comtes de Vertus, d'ÀÁrmagnac et d'Alencon vin-
rent en pèlerinage à l'église de Saint-Denys avec un brillant cortége
de chevaliers, le jour de l'octave de la féte du glorieux martyr; ils
entendirent une messe basse, baisérent les saintes reliques et retour-
nérent à Saint-Ouen sans avoir rien mangé. Je mentionne à dessein
cette particularité , afin de détruire une erreur qui fut alors faussement
accréditée parmi le peuple. Les Parisiens, abusés par des rapports
calomnieux, prétendirent que les religieux de l'abbaye avaient remis
au duc d'Orléans le sceptre, le diadéme et les insignes de la royauté,
l'avaient fait monter sur un tróne et lui avaient donné avec les céré-
monies accoutumées l'étendard royal, qu'on appelle oriflamme, et
leur exaspération en vint au point qu'ils manifestérent l'intention de
massacrer les religieux et de détruire l'abbaye. Ils renouvelérent ces
menaces contre nous pendant plusieurs jours malgré notre innocence;
nous ne pouvions leur envoyer personne pour nous justifier, tous les
passages et les chemins étànt étroitement gardés par les gens de guerre.
Si bien que les hommes de nos jours affirmaient avoir entendu souvent
répéter aux vieillards , comme une espéce de dicton, ces paroles pro-
516 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
instanti tempore sepius perduxisse assererent et quasi pro pro-
verbio in ore habuisse : « Omnium guerrarum tunc maxima
vigebit, cum quis de Sancto Dyonisio Parisius tendere non
audebit. » |
Quamdiu prenominati principes villam Parisiensem obses-
sam citra Secanam tenuerunt, ad destructionem civium totis
viribus anhelantes, a subsidiariis suis cedes, rapinas et incendia
illata sigillatim narrare non sufficerem. Dicam tamen quod cum
sceleribus dictis nephanda sacrilegia exercendo infidelium sevi-
ciam superarunt. Summatim tamen perstringens hostiles dis-
cursiones, qui pabulandi curam cotidianam susceperant, ut
eisdem , equis et subjugalibus vite necessaria ministrarent, areis
congestis frugibus evacuatis ac.promptuariis vino, necnon
undique captis armentis et gregibus contenti, colonos ubique
repertos, tanquam vilia mancipia, alliguatos vinculis adduce-
bant, ut redempcioni peccuniali aut submersioni aquarum vehe-
mencium subjacerent. Persepe, cum sex milibus procedentes, a
Piquenariis seu Brigantinis de silvis et locis erumpentibus abdi-
tis vincebantur ; qui tamen, ut verum fatear, indifferenter erga
hostes et regnicolas se habebant, cum nil aliud optarent quam
ditari de spoliis et diviciis alienis. Vicibus successivis hostiles et
mutuos continuando discursus plus quam quingentos et mille ex
adversariis occiderunt; nec inde territi qui remanserant, sed ad
deteriora conversi , spoliare adjacentes ecclesias adgressi sunt,
unde sui remunerarentur labores , hujus verbi apostolici imme-
mores : Qui templum violaverit, disperdet illum Deus..
Michi ex officio inquirenti sollicite qui motores principales
tantorum scelerum extitissent, cireumspectorum et fidelium
virorum relacione didici quod Britones Armorici. Nam, in-
quiunt, in multis illarum effractis valvis ingressi, calices, cruces,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 517
phétiques : « La plus terrible des guerres régnera dans le royaume,
quand on n'osera plus aller de Saint-Denys à Paris. »
Il me serait impossible de raconter en détail les massacres, les bri-
gandages et les incendies dont les gens de guerre desdits princes se ren-
dirent coupables, tant que ceux-ci restérent en decà de la Seine pour
bloquer Paris, et qu'ils s'acharnérent à la ruine des habitants. Je puis
dire toutefois qu'ils joignirent le sacrilége à tous leurs crimes et surpas- :
sérent en infamies tout ce qu'on aurait pu attendre méme des infidèles.
Je me contenterai de rapporter sommairement les actes d'hostilité
auxquels ils se livrérent. Ceux qui étaient chargés d'approvisionner
l'armée de vivres et de fourrages pour les hommes, pour les che-
vaux et les bétes de somme, pillaient les greniers, les granges et les
celliers, et non contents de faire main basse sur le gros et le menu
bétail, saisissaient les habitants qu'ils rencontraient et les emmenaient
garrottés comme de vils esclaves, pour les ranconner ou les jeter à
l'eau. Mais souvent, quoiqu'ils ne sortissent qu'avec une escorte de
six mille hommes, il leur arrivait d'étre surpris et vaincus par les
Piquiers ou. Brigands qui s'élancaient des bois et des foréts oü ils se
tenaient cachés. Ceux-ci , il est vrai, attaquaient indistinctement enne-
mis et habitants, parce qu'ils ne cherchaient. qu'à s'enrichir des biens
et des dépouilles d'autrui. Ils tuérent en diverses rencontres plus de
quinze cents Orléanais. Mais loin de s'en effrayer, les Orléanais n'en
devinrent que plus cruels, et se mirent à dévaster les églises voisines,
afin de s’indemniser de leurs fatigues. Ils oubliaient ces paroles de
l'apótre : Dieu anéantira celui qui aura violé son temple.
Je me suis enquis soigneusement, comme c'est mon devoir, de ceux
qui avaient été les principaux auteurs de tant de crimes, et plusieurs
personnes recommandables et dignes de foi m'ont assuré que c'étaient
les Bretons Armoricains. Suivant ce qui m'a été rapporté, ils enfon-
518 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
ornamenta et cuncta utensilia officiis divinis deputata manibus
abstulerunt sacrilegis. Sarracenicam iterum sectantes nequi-
ciam, sacrum christianorum viaticum, corpus dominicum multi
sordidissimis dentibus dilaceraverunt, ad eorum dampnacio-
nem perpetuam detraxerunt aut de pixidibus argenteis con-
temptibiliter projecerunt, ut ipsis potirentur. Et cum de
corporalibus benedictis sibi caputegia fecissent, confractis
baptisteriis sacrum crisma in pavimentum effuderunt. Unde
in parrochia Argentolii quemdam puerulum materno utero
prodeuntem, ut renasceretur in Christo, opportuit ad villam
Sancti Dyonisii deportare. Quid plura? in ecclesia dicte conti-
gua, Virgini matri Domini dicata, et quam ipsa miraculorum
frequencia solita fuerat honorare, sanctorum reliquiis pedibus
conculcatis, ut ad adornatum argentum circumpositum cicius
distraheretur, hunc prioratum bonis spoliaverunt omnibus, et
redeuntes se penitere dicebant quod locum non cremaverant,
quia, ad ostium turris ecclesie flamma voraci injecta, quosdam
exire coegerant Brigantinos.
De excecrabilibus furtis et vere in parte maxima capitaneis
exercitus summe auctoritatis allatis perpauca fuit restitucio
facta. Unde cum inde mirarer, et sepius domino archiepiscopo
Senonensi familiariter loquens sceleratorum inexpiabilem cupi-
ditatem dampriarem, is consequenter inferebat : « Et ob hoc
« procul dubio res nostre pessimo fine claudentur. » Mente
eciam quod gerebat, ut erat benignus et affabilis, apperiens: « Et
« si Britones et Vascones, inquiebat, non adessent, sacius, sicut
« Spero, prosequeremur intentum. Ipsi enim non honoris sed
« utilitatis gracia vires exercere.solent, et ut fide occulata tibi
« constat, aliud nil intendunt, quam rapinis et redempcionibus
« violentis eciam habitancium in hac villa suam suorumque
« jnopiam relevare. »
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 519
cérent les portes de la plupart des églises où ils pénétrèrent, et enle-
vérent d'une main sacrilége les calices, les croix, tous les ornements
et les objets destinés au culte. Il y en eut méme qui, rivalisant d'im-
piété avec les Sarrasins, osérent déchirer à belles dents le sacré via-
tique des chrétiens, le corps de Notre-Seigneur, le profanérent au
risque de leur damnation éternelle, ou le jetérent à terre afin d'em-
porter les ciboires d'argent. Ils se firent des coiffures avec les corpo-
raux bénits, brisérent les fonts baptismaux et versérent le saint chréme
sur le pavé; cequi obligea des gens de la paroisse d'Argenteuil d'appor-
ter à l'église de Saint-Denys un enfant nouveau né pour qu'il y recüt
le baptéme. Que dis-je? Dans une église voisine de l'abbaye et con-
sacrée à la sainte Vierge, mére de Dieu, qui y avait fait éclater sa pro-
tection par de fréquents miracles, ils foulérent aux pieds les reliques
des saints, pour arracher plus facilement les ornements d'argent qui
entouraient les chásses, et dévastérent le prieuré; ils disaient en
partant qu'ils se repentaient de n'avoir pas tout brülé, parce qu'il
sy trouvait des brigands qu'ils avaient forcés de sortir en mettant le
feu à la porte de la tour de l'église.
La plupart des objets volés furent apportés aux principaux capitaines
de l'armée, qui n'en restituérent que trés peu. Comme j'en témoi-
gnais mon étonnement à monseigneur l'archevéque de Sens, et que
dans un de mes entretiens familiers avec lui je m'élevais contre l'in-
fáme cupidité de ces brigands : « Cela sera cause, me dit-il, que nos
« affaires finiront mal. » Puis m'ouvrant son coeur avec confiance, ce
prélat, si plein de bienveillance et d'affabilité , ajouta : « Si nous
« n'avions ici ni Bretons ni Gascons, je crois que nous ménerions
« notre entreprise à honne fin. Mais c'est moins pour l'honneur que
« pour le profit que ces gens-là se battent, et, comme vous pouvez le
« voir par vous-méme, ils n'ont d'autre but que de s'enrichir eux et
« les leurs en pillant et ranconnant de toutes façons méme les habi-
« tants de cette ville. »
520 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Tam dampnosam licenciam dux Aurelianis cupiens refrenare,
lege edictali jussit habitantibus in villa ut ad instar suorum
pugnatorum stolam albam transversalem a scapula et usque
ultra zonam protensam deportarent. Sed quia timore predo-
num adhuc villam egredi non audebant, in ambitu fere per
miliaria quatuor in parte maxima vindemias avibus et ventis
vindemiandas relinquerunt; agros quoque seminare inviti
neglexerunt. Quamvis et tunc exercitui victus sufficientes sup-
peterent, quia tamen ad Secane surrectum sive descensum
navigare aliquis non audebat, propter defectum lignorum com-
bustibilium post quarumdam domorum utensilia , earum tecta,
vinearum paxillos, filices et fructiferas arbores igne consump-
serunt, ad frigoris inclemenciam declinandam.
Dum sic algore nimio multi premerentur, ad custodiam
Capelle sancti Dyonisii deputatos Parisienses requiescere non
sinebant; sed reiteratis vicibus die noctuque lituis concre-
pantibus territos nunc palam, nunc insidiis, cum balistis et
obsidionalibus instrumentis invadebant. Infestacionem autem
continuam cum amplius ferre nollent, principum unanimi
consensu decretum est ut alternatis vicibus capitanei pugiles
ministrarent , qui spacio trium dierum successive labores intol-
lerabiles precedencium supplerent. |
Fuerunt tamen qui, dum vario eventu parvi continuarentur
conflictus, apud Bagnolet et alibi in domiciliis Parisiensis
prepositi ignes injecerunt. Unde quidam ex Parisiensibus indi-
gnati cum quodam vocato le Goues, macellario, ducis Biturie
hospicium sollempne, Wincestre nuncupatum, flamma voraci
in parte maxima consumpserunt , duabus tamen parvis cameris
exceptis, que miro opere et sarracenico subtiliter sculpte
erant. Tante temeritatis audaciam egre merito tulerunt graves
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 524
Le duc d'Orléans, désirant mettre un frein à une licencesi désastreuse,
enjoignit par un édit aux habitants de la ville de porter, comme ses
gens de guerre, une écharpe blanche placée transversalement autour
du corps. Mais cela ne suffit pas pour les rassurer. N'osant point, par
crainte des pillards, sortir de la ville, ils laissérent leurs vendanges
à la merci des oiseaux et des vents, et négligérent, bien qu'à regret,
d'ensemencer leurs terres dans un rayon de prés de quatre lieues.
L'armée n'en eut pas moins des vivres en abondatce. Mais, comme
on n'osait ni monter ni descendre la Seine, les habitants manquérent
de bois à brûler, et pour se soustraire à la rigueur da froid , ils brà-
lérent des meubles et des charpentes de maisons, puis des échalas de
vignes, des fougéres et des arbres fruitiers.
Pendant ces froids rigoureux , les Parisiens ne laissaient pas en repos
la garnison cantonnée à la Chapelle Saint-Denys. Ils lui donnaient
des alertes jour et nuit en sonnant de la trompette, et l'attaquaient
tantôt à force ouverte, tantôt par trahison, avec leurs batteries et
leurs machines de siége. Comme elle ne pouvait résister plus long-
temps à ces assauts continuels, les princes décidèrent d’un commun
accord que les capitaines de l'armée fourniraient alternativement des
hommes d'armes de leurs compagnies pour relever la garnison de trois
jours en trois jours et la soulager de ses excessives fatigues.
. Pendant qu'on se battait ainsi de part et d'autre avec des chances
diverses, un parti d'Orléanais incendia les maisons que le prévót de
Paris possédait à Bagnolet et en plusieurs autres endroits. Les Pari-
siens en furent tellement irrités, qu'ils allérent, sous la conduite du
boucher Legoix, mettre le feu à l'hótel de Bicétre, qui appartenait
au duc de Berri. Cette riche habitation fut tout entiére dévorée par les
flammes, à l'exception de deux petites chambres remarquables par
les arabesques d'un travail merveilleux dont elles étaient ornées. Les
hommes sages et modérés furent vivement affligés de cet acte de bar-
IV. 66
522 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
et modesti viri. Nam, quamvis grata composicione domus ista
multas similes haberet, ejus tamen aulam mediam aurum purum
preciosis immixtum coloribus venustabat, quod oculis introeun-
cium grato blandiebatur aspectu. Facies eciam et effigies corpo-
rales Clementis pape defuncti, cardinalium sibi assistencium,
dum vivebat, regum eciam Francorum et principum, nec non
et imperatorum Romanorum et Grecie proprie representabant,
uec eruditissimorum pictorum judicio tam sumptuosum nec
tam acceptissimum opus in regno poterat repperiri.
CAPITULUM XXXII.
Dux Burgundie cum Anglicis villam Parisiensem intravit.
Dum agebantur predicta, vulgus a vero non dissenciens
ducem Burgundie asserebat filiam primogenito regis Anglie
Wallie principi in connubium promisisse sub tali condicione,
quod cum comite Darundel octingentos Anglicos cum mille
educencium arcum secum adduceret ducemque Aurelianensem
et suos confederatos expugnaret. Anglicos, regni adversarios
capitales, et qui a sexaginta annis citra illud sibi viribus vin-
dicare mille modis temptaverant, et velut vermes inquieti in
sinu suo marino, orbis angulo ultimo, sepius erumpentes, illud
inquietabant incessanter, in auxilium evocasse indecentissimum
et inauditum et impossibile alias dux Aurelianensis et ejus con-
federati reputabant, nisi interveniente aliquo proditorio con-
tractu. Idque presagientes futurum, mox per archiepiscopum
Senonensem publicare statuunt sub tali condicione ducem
pactum confirmasse, quod regi Anglie homagium fecerat de
comitatu Flandrie, eidemque promiserat quod Nermanie et
Aquitanie ducatus sibi restitui procuraret et ad securitatem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 523
barie; non que l'édifice n'eüt son pareil pour l'élégance de la con-
struction, mais parce que la grande salle était toute embellie de
dorures et de peintures précieuses qui charmaient agréablement les
regards. On y voyait entre autres tableaux les portraits du feu pape
Clément et de ses cardinaux , ceux des rois et des princes de France,
et ceux des empereurs romains et grecs. C'était, de l'zvis des artistes
experts, la plus riche et la plus précieuse collection qu'on pàt trouver
dans le royaume.
CHAPITRE XXXII.
Le duc de Bourgogne entre à Paris avec un corps d'Anglais.
Cependant on disait partout, et ce bruit n'était pas sans fondement,
que le duc de Bourgogne avait promis sa fille en mariage au prince
de Galles, fils aîné du roi d'Angleterre, à condition que ledit roi lui
enverrait le comte d' Arundel avec huit cents Anglais pour combattre
le duc d'Orléans et ses confédérés. Le duc d'Orléans et les princes de
son parti avaient déclaré précédemment qu'il était étrange, inoui,
impossible, à moins d'un contrat infime, que quelqu'un appelát à son
secours les Anglais, ces ennemis mortels du royaume, qui depuis
soixante ans cherchaient tous les moyens de s'en emparer, et qui,
sortant comme une nuée d'insectes de leur repaire maritime, situé à
l'extrémité du monde, infestaient sans cesse la France. Lorsqu'ils soup-
connérent cette trahison, ils firent publier par l'archevéque de Sens
que le duc avait traité avec le roi d'Angleterre sous la condition de lui
faire hommage de son comté de Flandre ; qu'il lui avait promis de lui
faire rendre les duchés de Normandie et d'Aquitaine, et que, pour
gage de sa promesse, il avait remis à la garde des Anglais les quatre
principaux ports de la Flandre, Gravelines, l'Écluse, Dixmude et
Dunkerque.
524 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
majorem promissorum quatuor portus Flandrie principales,
scilicet Gravelingues, Esclusam, Diquemue et Dunquarque,
commiserat custodie Anglicorum.
Ut regnicolarum et precipue civium favorem alienarent a
duce, hec adinventa sompnia, ut rei exitus probavit, pro rebus
notissimis asserebant. At ubi nunciatum est ipsum Pontisaram,
duodecim tantum miliaribus a villa Sancti Dyonisii distantem,
attigisse, dignum duxerunt mutua inire consilia, ut sciretur
quid inde agendum esset. Qui secretis colloquiis ex officio
assistunt , a comite Ármeniaci, ad cujus nutum sentencia prin-
cipum dependebat, cum etate, prudencia et facundia precelleret
universis, referunt tunc quesitum si obsidione cingeretur vel
impediretur viribus ne Parisius intraret, indeque militum
consedencium votorum dissonanciam subsequtam. Quotquot
juventus mobilis, quietis impaciens, ad strenuitatis titulum
adipiscendum incitabat, et ducem ipsum perpaucis concomi-
tatum attendebant, non deserendo inchoata utrumque quod
propositum fuerat sine cunctacione consuluerunt agredi, ante-
quam augmentaretur ejus numerus pugnatorum. « Ad id, in-
« quiunt, principes, satis suppetunt, ut nostis , copie militares;
« quas et si senserit accelerare ad ipsum et iter ejus obstruere,
« ut speramus, et pontem deserens non audebit Parisiensibus
« suffragari, sicque villa optato duce privata, divisionibus et
« sedicionibus agitata, marcescet et deficiet in seipsa, quod huc-
« usque optavimus. » Viam alteram domini de Gäulia, de Fon-
tibus cum Guillelmo Buticularii et senioribus ceteris assisten-
tibus tenuerunt. « Nam, inquiunt, obsidionem propter Ysare
« fluvium intermedium impossibilem reputantes, nec exercitum
« censemus dividendum, ut occurratur ipsi duci, scientes quod;
« si ingrediatur urbem, pro duobus unicum hostem habebitis,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. 8925
C'était dans le but de-rendre le duc de Bourgogne odieux au peuple
et surtout aux bourgeois de Paris, que les Orléanais affirmaient comme
faits notoires ce qui u'était, ainsi qu'on le vit plus tard , que de pures
inventiorts. Mais lorsqu'ils apprirent que ledit duc était arrivé à Pon-
toise , qui n'est qu'à douze milles de Saint-Denys, ils tinrent conseil
pour savoir ce qu'il y avait à faire. Ceux à qui leurs fonctions don-
naient entrée à ce conseil m'ont assuré que le comte d'Armagnac,
dont l'avis était prépondérant, parce qu'il était le premier de tous
par son âge, sa prudence et son éloquence, demanda si on irait assié-
ger le duc ou si on l'empécherait seulement d'entrer à Paris, et que
les opinions furent trés partagées. Parmi les chevaliers qui se trou-
vaient là, les plus jeunes, qui étaient fatigués de leur inaction et brá-
laient de se signaler par quelque prouesse, considérant que le duc
n'avait avec lui quefort peu de monde, fürent d'avis que, sans renoncer
à ce qu'on avait entrepris, ón adoptát hardiment les deux partis qui
étaient proposés, et qu'on n'attendit pas que le nombre des troupes
enuemies füt augmenté. « Vous le savez, princes, dirent-ils, nos forces
« suffisent à cette double tâche; si le duc voit que nous allons à lui
« pour lui barrer le chemin, il abandonnera Pontoise et n'osera point,
« nous l'espérons, venir en aide aux Parisiens; alors la ville, privée
« du chef qu'elle attend, agitée par les troubles et les dissensions,
« perdra tout espoir et tout courage; et c'est ce que nous souhaitons. »
Le sire de Gaulle, le sire des Fontaines, Guillaume le Bouteiller et
les plus âgés de l'assemblée émirent une opinion contraire. « Nous
« croyons, dirent-ils, qu'il est impossible d'assiéger le duc dans Pon-
« toise à cause de la riviére qui nous sépare de cette ville, et qu'il
« ne faut point diviser notre armée ni aller à la rencontre dudit duc;
« car s'il entre à Paris, vous n'aurez plus qu'un seul ennemi au lieu de
« deux, et vous pourrez avec plus de liberté et de sécurité que jamais
« courir au loin la campagne. D'ailleurs, croyez-le bien, les Anglais
« et les Français ne vivront pas long-temps en bónne intelligence
526 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« longe lateque liberius et securius solito hostiliter grassari
« poteritis. Nec diu Franci et Anglici, credatis firmiter, urbem
« quietam tenebunt. Notum est et universis civitatem viribus
« vel assultibus humiliari non posse; sed dux Biturie festinat
« cum duobus milibus militum et armigerorum, qui reliquam
« partem ville non obsessam custodiendam suscipiet, ne intus
« victualia inferantur; et sic cives famis compulsi inedia ad
« dedicionem veniant. »
Non sine latenti prodicione quidam postea dixerunt consi- .
lium processisse. Nam interim cum dux ipse Biturie prestola-
batur non venturus, alter de Pontisara, die Veneris octobris
vicesima tercia, cum sexcentis Anglicis loricatis ad unguem et
duobus milibus sagittariorum exiens et per Mellentum tran-
siens, ibi repperit tria milia civium Parisiensium, qui eumdem
per portam Sancti Jacobi honestissime introduxerunt in urbem.
Parisiensibus valde profuit ducis presencia. Nam tunc et civiles
motus, qui videbantur sepius imminere, penitus quieverunt.
Cives quoque audaciores effecti, instiguantibus anglicis sagitta- -
riis, die sequenti in trecento numero Britones, qui Montem
Martirum et Capellam occupabant, agredi decreverunt. Cum
gladiis et sagittis atrox prelium commissum est; ibi plures
corruerunt moribundi aut letaliter vulnerati. Sed tandem An-
glicis cessit victoria, et ad urbem cum multis captivis laudabi-
liter redierunt. | |
Ab hinc non modo universis spes excidit urbis pociunde, sed
retrocedendi ab ea occasio data fuit. Et cum nil aliud in ore
singulorum verteretur nisi: « Duces, comites et barones, cum
« ipsam hostem ingredi permiserunt, a senioribus consiliariis
« decepti sunt, » auctoritate regis et ducis Aurelianensis publi-
catum est voce preconia ut, relictis villagiis, simul in villa Sancti
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 527
« dans la ville. Qui ne sait aussi que Paris ne pent étre soumis ni par
« Ja force des armes ni par des assauts? Mais le duc de Berri arrive avec
« deux mille chevaliers et écuyers; il bloquera la partie de la ville qui
« n'est pas assiégée, et lui coupera les vivres, de sorte que les bour-
« geois , réduits par la famine, seront forcés de capituler. »
On prétendit plus tard que cet avis cachait une trahison. En effet,
tandis qu'on attendait le duc de Berri qui ne devait pas venir, le duc
de Bourgogne sortit de Pontoise le vendredi 23 octobre avec six cents
hommes d'armes et deux mille archers anglais, passa par -Meulan, et
y trouva trois mille bourgeois de Paris, qui l'introduisirent en. grand
honneur dans la ville par la porte Saint-Jacques. La présence du duc
fut trés utile aux Parisiens. Depuis ce moment il n'y eut plus de ces
émeutes dont on était sans cesse menacé. Les bourgeois reprirent
enfin courage, et dés le lendemain, enhardis par les conseils des archers
anglais, ils allérent au nombre de trois cents attaquer les Bretons,
qui occupaient Montmartre et la Chapelle. Un combat sanglant s'en-
gagea à coups d'épées et de fléches. Il y eut de part et d'autre beau-
coup de morts et de blessés. La victoire resta enfin aux Anglais, qui
renirérent triomphants daus la ville avec un grand nombre de pri-
sonpiers.
Les Orléanais perdirent alors tout espoir de se rendre maitres de Ja
ville; ils prirent méme le parti de se retirer : « Les ducs, les comtes et
« les barons, répétait-on de tous cótés, en laissant entrer l'ennemi
« dans Paris, ont été trompés par les anciens du conseil. » Il fut donc
publié par la voix du héraut, au nom du roi et du duc d'Orléans , que
tous les gens de guerre eussent à quitter les villages pour se concentrer
dans la ville de Saint-Denys et dans les environs. L'exécution de cet
528 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
Dyonisii et circa deinceps habitarent. Non sine irreparabili
dampno illato ecclesie nostre obtemperatum est mandato. Nam
quidam ex eis nocte illa se in granchia Indicti locaverunt,
sequenteque mane eam voraci incendio tradiderunt. Et cum
inde gravis querimonia duci Aurelianis facta esset, respondit :
« Cum pervenerimus ad intentum , dominum regem rogabimus
« ut in recompensacionem mercatores permittat in Indicto
« libere negociari et sine subsidiis. » Narrare quomodo tunc
equos suos sacris locis et parrochialibus ecclesiis stabulare sta-
tuerint, ut ad altaria quasi ad presepia ligarentur, quam dure
quamque dampnose hospites suos tractaverint leges hospitali-
tatis violando, longum esset et officeret compendio quod stu-
diose quero. Quanto strictiori loco morabantur, tanto e pro-
pinquioribus locis et cum majori violencia exquisitis victuali-
bus indigebant. Ex abditis quoque locis et nemoribus sepius
Brigantini in pabulatores subito erumpebant, et ex eis, capi-
taneorum judicio, spacio quo villam hanc tenuerunt, mille et
quingentos vel circiter occiderunt. Occasione predicta ex
semetipsis sex milibus congregatis, omnium Sanctorum vigi-
lia, Montismorenciaci villam recenter circumclausam viribus
occupaverunt, vallem circumadjacentem spoliaverunt, multos
agricolas, senes et infantes occiderunt, ceteros quoque colonos
captivos adduxerunt, ut subirent importabile redempcionis
jugum; qui tamen in parte maxima nunquam deportaverant
ensem vel gladium.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 529
ordre entraina pour notre abbaye d'irréparables dommages. Quelques
soldats se logérent cette nuit-là dans la grange du Lendit, et y mirent
le feu le lendemain matin. De vives plaintes ayant été adressées à ce
sujet au duc d'Orléans, il répondit : « Quand nous aurons mené à
« fin notre entreprise , nous prierons le roi d'accorder aux marchands
« comme dédommagement la permission d'exercer librement leur
« commerce au Lendit sans payer de droits. » Dirai-je que les Orléa-
nais transformaient en écuries les lieux sacrés et les églises parois-
siales; qu'ils attachaient leurs chevaux aux autels comme à des man-
. geoires ; qu'ils ranconnaient et maltraitaient sans pitié leurs hôtes et
violaient toutes les lois de l'hospitalité? Ce serait entreprendre un
trop long récit et m'écarter de la briéveté dont je me suis fait une
loi. Comme ils se trouvaient trop à l'étroit, ils se jetaient sur le voisi-
nage et extorquaient avec violence les vivres dont ils avaient besoin.
Souvent les Brigands, sortant des bois où ils étaient cachés, fondaient
à l'improviste sur les fourrageurs, et, de l'aveu méme des capitaines
de l'armée, ils en tuérent ainsi prés de quinze cents, pendant le temps
que les Orléanais restérent cantonnés à Saint-Denys. Pour se venger,
six mille hommes se réunirent, la veille de la Toussaint, s'empa-
rérent par force de Ja ville de Montmorency, nouvellement close de
murs, dévastérent toute la vallée voisine, égorgérent grand nombre -
de paysans, de vieillards et d'enfants, et emmenérent prisonniers les
autres habitants, pour les mettre à rançon, bien que la plupart
d'entre eux n'eussent jamais pris les armes.
LI
530 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
CAPITULUM XXXIII.
De thesauro regine dux Aurelianis multa rapuit violenter.
Tunc subsidiarios milites et scutiferos, tanquam de rebus
bellicis hueusque strenue gestis nec digne remuneratis murmu-
rantes , dux Aurelianis cum confederatis dominis cupiens paci-
ficare, sequenti luce post missarum sollempnia, venerabilem
abbatem et conventum monasterii in refectorio convenire jussit,
et comitem Ármeniaci ad propositum loqui quod sequitur :
« Nostis, inquit, religiosi, quod Jam diu domini hic assis-
« tentes laboriosos et bellicosos evaporaverunt spiritus , et ad
« id proeul dubio unicum, quicquid vulgus errando adinveniat,
« ut regni justicia tanto tempore conculcata audeat caput levare,
« et ut, rege de servitute ad libertatem reducto, eidem honori-
« fice, ut consuetum est ab antiquo, serviatur. Pro tam racio-
« nabili tamque Deo acceptabili actu secum stare procul dubio
« debuissent regnicole , nobiles et ignobiles universi. Quaprop-
« ter longe lateque per regnum exercitum. strenuissimorum
«armigerorum et militum, quem insuperabilem reputant,
« collegerunt, ut id effectui laudabiliter valeant terminare. Sed
« cum jam diu expectaverint peccunias pro stipendiis mitten-
« das, ne ex mora tedium nimium oriatur, unanimiter dignum
« dueunt hunc defectum de thesauro regine, vestre custodie -
« commendato, necessario supplendum, scientes et affirmantes
« quod id eidem complacebit; promptique sunt domini de
« receptis vos sub singulorum sigillis exhonerare competenter. »
Ad hec verba religiosi stupefacti et dominorum teméritatis
audaciam abhorrentes, ne regine indignacionem incurrerent,
obnixe supplicaverunt ut super hiis ejus inquireretur voluntas
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 531
CHAPITRE XXXIII.
Le duc d'Orléans prend de force une partie du trésor de la reine.
Le duc d'Orléans, ayant appris que les chevaliers et les écuyers de
son parti commencaient à se plaindre de ce qu'il ne rémunérait pas
dignement les services signalés qu'ils lui avaient rendus jusqu'alors,
résolut , de concert avec les seigneurs ses alliés , d'apaiser leur mécon-
tentement. Un matin donc, aprés la messe, il fit réunir dans le réfec-
toire du couvent le véñérable abbé et les religieux, et chargea le
comte d'Armagnac de prononcer le discours suivant :
« Vous savez, religieux, avec quelle patience les seigneurs ici pré-
« sents ont soutenu jusqu'à ce jour les plus rudes fatigues , et cela,
« quoi qu'on en dise, dans le seul but de relever la justice si long-
« temps foulée aux pieds dans le royaume, de délivrer le roi de la
« servitude à laquelle il est réduit et de lui faire rendre, comme
« par le passé, l'obéissance et les honneurs qui lui sont dus. Tous les
« Francais, nobles et peuple, auraient dà sans aucun doute seconder
« une entreprise si légitime et si agréable à Dieu. C'est pour la mener
« à bonne fin que lesdits seigneurs ont rassemblé de toutes les parties
« du royaume une armée composée de vaillants chevaliers et écuyers
« qu'ils regardent comme invincibles. Mais depuis long-temps ils
« attendent vainement l'argent nécessaire pour la solde de cette armée,
« et craignant que ces retards n'aménent quelques embarras, ils ont
« pensé unanimement qu'il fallait y suppléer avec le trésor de la reine,
« confié à votre garde ; ils savent et déclarent que cette mesure aura
« son agrément, et sont préts du reste à vous décharger, sous la
« garantie du sceau de chacun d'eux, des sommes qu'ils auront
« recues. » | |
Les religieux furent stupéfaits d'une pareille proposition. Redou-
tant à la fois le caractère entreprenant des princes et le courroux de
la reine, ils démandèrent avec instance la permission de s'enquérir
532 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
ac eciam domini ducis Guienne. Quem titulum impacientissime
ferens : « Non, inquit Armeniaci comes, Guienne, sed Viennen-
sis domini. » Tunc autem non valuerunt preces humiles effuse.
Nam comes palam concludens quod legem necessitas non habe-
bat, thesauri ostium, minas adiciens, sibi apperiri fecit, ceteros -
quoque ad gazas regine duxit, qui mox , cum instrumentis fer-
reis fractis seris, vasorum aureorum et argenteorum magnam
partem ibidem repertorum acceperunt. Preda igitur divisa inter
eos, quia comes interloquendo dixerat quod, si thesaurus regine
. eisdem non sufficeret, ad jocalia ecclesie recurrerent, de reli-
giosorum consensu unanimi et consilio, illos qui ceteris igno-
rantibus illa secretissimis locis et ab aliis ignotis absconderant
mox absentare jusserunt.
GAPITULUM XXXIV:
Quomodo dux Aurelianensis et sui confederati auctoritate papali excommunicati
| fuerunt.
Unum michi abstulit celeritas scribendi quod antea inseruisse
potuissem, et qualiter consiliarii regni ducem Aurelianensem ac
stipendiarios suos omnes dignum duxerunt terrere, ut deinceps
a rapinis, cedibus et incendiis abstinerent. Inter deliberandum
super hoc, dum quidam ad memoriam reducunt sancte me-
morie Urbanum summum pontificem nuper in acephalitas
societates gladium spiritualem vibrasse, cum inquietarent re-
gnum, asserentes et eo adhuc posse feriri gentes istas, quas
primis similes reputabant, jussum est privilegium perquiri in
archivis. regalibus. Quo cum summa diligencia. reperto, quia
per. quosdam professores excellentissimos in sacra pagina et in
utroque jure doctores, qui duci Burgundie favebant , conclu-
- MEM dd
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 533
de ses intentions et de celles de monseigneur le duc de Guienne.
« Dites dauphin de Viennois et non duc de Guienne, » répartit avec
colère le comte d'Armagnac; et sans avoir égard aux humbles suppli-
cations des religieux, il déclara hautement que la nécessité ne con-
naissait point de loi, se fit ouvrir avec menace la porte du trésor, et
y introduisit ses gens. Ceux-ci brisérent aussitót les serrures avec des
instruments en fer, enlevérent la plupart des vases d'or et d'argent
qui se trouvaient là , et se les partagérent. Or, comme le comte avait
donné à entendre que, si le trésor de la reine ne suffisait pas, on aurait
recours aux joyaux de l'abbaye, les religieux , d'un commun accord,
firent partir sur-le-champ ceux d'entre eux qui avaient caché ces
joyaux à l'insu des autres dans les endroits les plus secrets du monastére.
CHAPITRE XXXIV.
Comment le duc d'Orléans et ses confédérés furent excommuniés en vertu
de l'autorité pontificale.
La rapidité du récit m'a fait omettre une particularité ‘que j'aurais
pu rapporter plus haut, c'est à savoir l'expédient que les conseillers
du roi imaginérent pour effrayer le duc d'Orléans et ses gens de
guerre, et pour mettre un terme aux déprédations, aux massacres et
aux incendies dont ils se rendaient coupables. En délibérant à ce sujet,
ils se rappelèrent que le pape Urbain de sainte mémoire avait autre-
fois frappé du glaive spirituel les compagnies sans chef qui infestaient
le royaume, et quelques-uns soutinrent qu'on pouvait encore user de
ce moyen contre lesdits gens de guerre, qui se trouvaient dans le méme
cas. On fit donc rechercher avec beaucoup de soin ce privilége dans les
archives royales, et lorsqu'on l'eut trouvé, d'habiles professeurs en
théologie et des docteurs en droit civil et en droit canon, qui étaient
favorables au duc de Bourgogne, déclarérent que ce privilége avait
bg
534 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
sum fuit quod habebat vigorem perpetuum et eo poterant uti
ubique ordinarii judices et prelati, ad perpetuum memoriam
tenorem ipsius , sigillo regis roboratum, hic inserere dignum
duxi, qui talis est :
«
A^
A ^ AA
, « Karolus, Dei gracia rex, notum fieri volumus universis
tam presentibus quam futuris, felicis recordacionis sanctis:
simi in Christo patris Urbani pape quinti bullas in thesauro
chartarum, registrorum et privilegiorum nostrorum Parisius
in Sacra Capella existentes transcribi fecisse, formam que
sequitur continentes :
« Urbanus, servus servorum Dei, ad futuram rei memoriam.
Quam sit plena periculis et cunctis Christi fidelibus abhor-
renda seva illorum immanitas, qui avaricie fervore succensi
arma moventes se magnas societates seu compagnas appellant,
in quibus nulla pietas, nulla fides existit, effusus christiano-
rum sanguis innoxius, stragesque multorum, ecclesiarum et
monasteriorum incendia, virginum raptus et stupra, civita-
tum, castrorum aliorumque locorum et bonorum quorum-
libet direpeiones, spoliacianes et prede, alieque afflictiones
innumere in diversis mundi partibus et presertim in regno
Francie ex multo jam tempore perpetrata , proc dolor, attes-
tantur. Contra quos licet per nos et nonnullos predecessores
nostros romanos pontifices plurimi processus tam generales
quam speciales sint habiti, diversas penas et sentericias
continentes, quos in suo robore volumus et decernimus per-
manere et haberi eciam presentibus pro expressis ; nichilo-
minus tamen, ex pastorali sollicitudine et cura quam erga
gregem. dominicum habere diligeneius perurgemur, anxie
timescentes quod, mundi invalescente malicia, hujusmodi
nephandis sceleribus assueti ab illis, et presertim in ipso
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 535
une force indélébile et que les juges ordinaires et les prélats pouvaient
en faire usage. J'ai cru devoir, pour en perpétuer le souvenir, en
insérer ici la teneur. Cet acte était scellé du sceau du roi et concu en
ces termes :
« Charles, par la gráce de Dieu roi de France, faisons savoir à
« tous, présents età venir, que nous avons fait transcrire les bulles de
« notre trés saint père en Jésus-Christ, le pape Urbain V d'heureuse
« mémoire, conservées dans le trésor de nos chartes, registres et pri-
« viléges, à la Sainte-Chapelle à Paris et contenant ce qui suit :
« Urbain, serviteur des serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mé-
« moire à la postérité. L'effusion du sang innocent, le massacre d'un
« grand nombre de chrétiens, l'incendie des églises et des monastéres,
« le rapt et le viol des jeunes filles, les pillages , spoliations et dépré-
« dations des villes, des cháteaux et autres lieux et propriétés quel-
« conques, et les innombrables maux qui afligent depuis long-temps
« diverses parties du monde et particuliérement le royaume de France,
« attestent assez combien est pernicieuse et redoutable à toute la chré-
« tienté la cruauté de ces hommes sans piété et sans foi, qui, pour
« assouvir leur cupidité, ont pris les armes sous le nom de grandes
« sociétés ou compagnies. Bien qu'il ait été procédé contre eux à di-
« verses reprises par nous et par plusieurs pontifes romains nos pré-
« décesseurs, qui ont prononcé tant en général qu'en particulier diffé-
« rentes peines et sentences, lesquelles nous voulons et ordonnons étre
« maintenues et rester présentement en leur force et vigueur, néan-
« moins, en raison de la sollicitude pastorale et du soin particulier
« que nous sommes tenu d'avoir pour le tronpeau du Seigneur, crai-
« g£uant que, vu le progrès de la perversité humaine, les honimes
« accoutumés à de semblables désordres ne s'obetinent à y persister,
« surtout daus le royaume de France, où la chrétienté court le plus
« de dangers et où ce fléau s'est fait sentir avec le plus de violence, et
« que leur exemple n'entraine les autres dans de pareilles entreprises ;
« considérant aussi que ce royaume a rendu de tout temps les plus
536 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« régno Francie, ubi majus christianitatis periculum imminet,
« et in quo furor tempestatis hujusmodi magis invaluit, non
« desistant, et alios ad similia non indueant; ac diligencius
« recensentes quot et quanta bona ex ipso regno, catholice
«fidei totique christiano populo in longum continuata per
« evum multimode pervenerint, ac quantum et qualiter chris-
« tianissimi Francorum reges , qui fuerunt pro tempore, eam-
« dem fidem catholicam et sanctam romanam Ecclesiam, cujus
« semper precipui pugiles extiterunt, longe lateque per orbem,
«Sicut exacti temporis antiquitas fidelis insinuat et probat
« evidencia, veritas, multipliciter extulerunt, ferventer pro ipsa
« fide pugnando, ac ecclesias et personas ecclesiasticas sui regni
« favorabiliter protegendo, dignum duximus et expediens repu-
« tamus, ut adversus hujusmodi pravorum nequiciam , quan-
« tum cum Deo possumus, opportunis remediis occurramus.
« Consideracione igitur premissorum , super hiis cum fratri-
« bus nostris .deliberacione prehabita diligenti, et de ipsorum
« consilio, ut bonis et fidelibus transquilitatem preservemus et
« pacem, ac pravorum iniquitatibus , animarum periculis, per-
« sonarum excidiis, ecclesiarum et ecclesiasticorum aliorumque
« bonorum dispendiis et jacturis, aliisque malis hujusmodi,
« quantum cum Deo possumus, salubriter obviemus, auctori-
« tate apostolica tenore presencium statuimus, districtius inhi-
« bentes ne aliqua persona ecclesiastica vel mundana, cujuscun-
€ que preeminencie, dignitatis, status, ordinis vel condicionis
« existat, societatem vel societates hujusmodi de cetero congre-
« gare , facere, tractare seu ordinare , aut congregatas in ipsum
« regnum inducere, mittere vel in eo tenere, seu aliqualiter
« fovere, vel in eis vel earum aliqua capitaneatum aut conesta-
« bulariam sive quodcunque aliud officium seu ministerium
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 537
« grands services à la foi catholique et à tout le peuple chrétien et que
« les rois très chrétiens de France, comme le prouvent jusqu’à l'évi-
« dence les annales du temps passé, ont contribué de tout leur pou-
« voir à étendre au loin la foi catholique et à exalter la sainte église
« romaine, dont ils ont toujours été les principaux champions, soit
« en combattant énergiquement pour ladite foi, soit en protégeant les '
« églises et le clergé de leur royaume, nous avons jugé à propos et
« croyons convenable de nous opposer par des moyens efficaces, autant
« que nous le pouvons avec l'aide de Dieu, aux mauvais desseins de ces
« pervers.
« Par ces considérations , et aprés en avoir mürement délibéré avec
« nos fréres et avoir pris leur avis, voulant assurer la tranquillité et
« la paix aux bons et fidéles chrétiens, et prévenir efficacement ,
« autant que nous le pouvons avec l'aide de Dieu, les iniquités des
« méchants, la perte des âmes, la ruine des personnes, la destruction
« et la spoliation des églises, des biens ecclésiastiques et autres, et
« tous les maux de cette nature, nous défendons expressément, en
« vertu de notre autorité apostolique, par la teneur des présentes, à
« toute personne, ecclésiastique ou séculière, de quelque rang,
« dignité, état, ordre ou condition qu'elle soit, de rassembler, for-
« mér, composer ou organiser dorénavant une ou plusieurs sociétés
« semblables, de les introduire, envoyer ou maintenir dans le royaume,
« de les favoriser en aucune facon, de prendre dans ces sociétés ou dans
« quelqn'une d'entre elles une capitainerie, connétablie, ou autre
« office et emploi quelconque, ou d'y garder et exercer les fonctions
« qu'on pourrait y avoir acceptées, soit depuis long-temps soit récem-
« ment; de lever ni porter aucune banniére ou étendard en leur
IV. 68
538 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« assumere aut ex antiquo vel novo tempore assumpturn quo-
« modolibet retinere aut exercere, banderiam seu vexillum
erigere seu deferre, vel se in hujusmodi societatibus infra seu
« contra. dictum regnum jam factis vel in posterum faciendis
quovismodo recipere seu .immiscere, aut in eis tractandis,
« contrahendis seu firmandis, aut jam factis seu faciendis,
« manutenendis et conservandis dare operam , consilium, auxi-
« lium vel favorem , aut cum ipsis societatibus jam fàctis vel in
« posterum faciendis prefatum regnum aut civitates, terras,
« castra, villas et alia quevis loca, seu partes aut personas et
« bona dicti regni invadere, occupare vel detinere, aut depopu-
« lari, aut eorum ope seu auxilio uti in premissis, seu in ipsis
« regno et partibus incursus hostiles seu predaciones agere,
« depredaciones vel rapinas committere seu perpetrare, aut
« homines in ipso regno captos, vel predas, seu rapinas, vel
« spolia inde asportata, aut talia perpetrantes seu committen-
« tes , aut societates ipsas vel aliquas ex eis, cum preda vel sine
« préda, scienter, voluntarie et dolose receptare, vel cum eis
«publiée ve] occulte participare, aut eorum subditos, qui pre-
« missa facient vel committent concedere, seu permittere, aut
« sustinere, Si hoc sciverint et potuerint prohibere, aut eis
« bladum, panem , vinum, carnes, equos, arma, currus, navigia
« aut quecunque victualia, peccunias , merces , vel res aliquas,
«que in eorum commodum cedere valeant, deferre , portare;
« dare vel concedere, aut ab eisdem predas et hujasmodi bona
« rapta emere, vel alias qualitercunque recipere, aut alias in
« premissis faciendis vel committendis dare consilium, auxilium
« vel favorem quoquomodo presumat.
« Alioqui omnes et singulos, cujuscunque, ut premittitur,
« preeminencie, dignitatis, status, ordinis vel condicionis
À
^
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 589
« faveur; de se faire recevoir ou admettre dans de telles sociétés, faites
« ou à faire dans ou contre ledit royaume, ou de préter à qui que ce
« soit aide, conseil , appui ou faveur tendant à les former, rassembler
« ou confirmer, ou à maintenir et conserver celles qui sont faites ou à
« faire; de courir ledit royaume avec lesdites sociétés faites ou à faire;
« d'envahir, occuper ou retenir les cités, terres, eháteaux , villes et
« autres lieux quelconques, ou les provinces, personnes et biens dudit
« royaume , ou de se servir pour cela de leur assistance ou secours ; de
« faire aueune course ou exercer aucune hostilité dans les: provinces
« dudit royaume, d'y faire ou commettre aucune déprédation ni
« rapine; de recevoir sciemment, volontairement et frauduleusement
« les prisonniers faits dans ce royaume, ou le butin, les rapines et
« les dépouilles qu'on y aurait enlevés; de donner asile à ceux qui
« auraient commis ou perpétré de telles choses , auxdites sociétés ou à
« quelqu'une d'entre elles, avec ou sans butin; d'y prendre part en
« quoi que ce soit publiquement ou secrétement ; d'antoriser, tolérer
« où soutenir ceux de leurs sujets qui feront ou commettront de telles
« choses, s'ils le savent, et s'ils peuvent l'empécher ; de leur fournir,
« porter, donner ou accorder blé, pain, vin, viande, chevaux,
« armes, cbariots, bateaux, provisions quelconques, argent, mar-
« chandises, ou autres choses qui puissent leur étre utiles; de leur
« acheter leur butin ou le fruit de leurs rapines; en un mot de les
« recevoir en aucune facon et de leur donner conseil, aide et faveur
« pour faire ou commettre les choses susdites.
« Autrement, nous déclarons excommuniées de fait, comme fauteurs
« de ces brigandages, toutes personnes, de quelque rang, dignité,
540 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
«
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existant , qui contra constitucionem et prohibicionem nostras
hujusmodi facere, vel venire, aut aliqualiter attemptare pre-
sumpserint, nec non illos qui subditos suos ad hujusmodi
scelera committenda in dictum regnum duxerint seu trans-
miserint, tanquam fautores hujusmodi dampnorum, excom-
municacionis sentenciam incurrere volumus ipso facto, et
eorum terras et loca quelibet interdicto ecclesiastico subja-
cere; ita videlicet quod nullus preterquam in mortis articulo
ab excommunicacionis absolvi sentencia, nec interdictum
hujusmodi relaxari per alium quam romanum pontificem
valeant quovismodo. Et nichilominus eos omnes et singulos
penas et sentencias contra talia presumentes per sacros cano-
nes inflictas et latas incurrisse, eis ligatos fore auctoritate
apostolica supra dicta, tenore presencium declaramus, ipsos-
que nec non civitates, oppida, castra, villas, loca et communi-
tates , universitates et populos, in hiis culpabiles seu culpabi-
lia, omnibus privilegiis, libertatibus et immunitatibus realibus
et personalibus, sub quacunque verborum forma aut dicta fide
aut imperatoria vel regia majestate aut aliis inferioribus con-
cessis eisdem, nec non feudis , officiis, juribus et jurisdictio-
nibus, que a romana vel aliis ecclesiis, aut imperatoria vel
regia majestate hujusmodi, aut aliis inferioribus quibuscun-
que tenere noscuntur, exuimus et ex tunc finaliter privamus,
eorumdem ecclesiarum et monasteriorum prelatis, eciam si
episcopali vel majori prefulgeant dignitate , districtius injun-
gendo quod feuda et bona ipsa recipiant , et pro suis ecclesiis
et monasteriis teneant , aut aliis concedant, et de ipsis'dispo-
nant, prout alias eis licet et ecclesiarum et monasteriorum
suorum utilitati viderint expedire ; singularesque personas in
hiis culpabiles ad illa et similia et quelibet alia ipsorumque
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL 541
« état, ordre ou condition qu’elles soient, qui oseront faire, entre-
« prendre ou tenter quoi que ce soit contre les constitution et défense
« susdites, ainsi que tous ceux qui auront conduit ou envoyé leurs
« sujets dans ledit royaume pour y commettre de tels excés; nous
« voulons que leurs terres et possessions quelconques soient sou-
« mises à l'interdit ecclésiastique, de telle sorte qu'aucun d'eux ne
« puisse être absous de cette sentence d'excommunication qu'à l’ar-
« ticle de la mort, ni l'interdit être levé par d'autre que par le
« pontife romain. Et néanmoins nous déclarons par la teneur des
« présentes que tous et chacun d'eux ont encouru les peines et sen-
« tences infligées et portées par les sacrés canons contre ceux qui
« commettent de tels crimes, et qu'ils seront liés par lesdites sentences
« en vertu de notre autorité apostolique susdite ; nous dépouillons et
« privons eux, les cités, places fortes, châteaux , villes, lieux et com-
« munes, universités et peuples, qui auront pris part à ces sociétés,
« de tous leurs priviléges, libertés et immunités, réelles ou person-
« nelles, sous quelque forme ou obligation qu'ils les tiennent d'une
« majesté impériale ou royale ou d'autres personnes inférieures; nous
« les privons égalemept des fiefs, offices, droits et juridictions qu'ils
« tiennent de l'église romaine ou d'autres églises, de quelque majesté
« impériale ou royale, ou d'autres personnes inférieures; nous enjoi;
« guons expressément aux prélats desdites églises et monastéres , revé-
« tus de l'épiscopat ou d'une dignité plus élevée, de reprendre lesdits
« fiefs et biens, de les garder pour leurs églises et leurs monastéres , ou
« de les accorder à d'autres et d'en disposer, comme ce]a leur est per-
« mis d'ailleurs et selon qu'il leur paraitra utile pour le bien de leurs
« églises et de leurs monastéres. Nous déclarons toutes personnes cou-
« pables de ces faits ou d'autres semblables, et leurs descendants jusqu'à .
« la troisiéme génération exclusivement , inhabiles à remplir les digni- AE
« tés, personnats, offiees et, autres bénéfices ecclésiastiques quelcon-
« ques , avec ou sans cure , à quelque titre et en vertu de quelque auto-
« rité qu'ils puissent étre accordés. Nous délions de tout serment de
« fidélité et de tout engagement auxquels ils étaient tenus les vassaux
542 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« descendentes usque ad terciam generacionem exclusive ad
« dignitates, personatus ac officia et alia quelibet beneficia
« ecclesiastica cum cura vel sine cura, quovis nomine censean-
« tur, auctoritate qualibet obtinenda, inhabilitamus et inhabiles
« reddimus eo ipso. Vassallos quoque et homines eorumdem
« delinquencium contra constitucionem et inhibicionem nostras
« predictas a juramento et fidelitate ac quacunque obligacione,
« quibus tenebantur eisdem, totaliter absolvimus.
« Et insuper volumus et statuimus quod ex tunc ipsi sociales
« et receptatores et deffensores eorum et alii, ut premittitur,
« delinquentes, sint et habeantur infames, itaque ut ad testimo-
« nium nec alios actus legittimos admittantur, fiant eciam intes-
«tabiles, sicque non possint condere testamentum, nec ad
« cujuscunque successionem ex testamento vel ab intestato ali-
« quatinus admittantur; nullus preterea ipsis super quocunque -
« negocio respondere cogatur; nec cause ad eorum audienciam
« perferantur, si jurisdictionem habeant, nec valeant eorum
« sentencie vel processus; nullus eis in. quacunque eausa vel
« negocio patrocinium prestet; nec ipsi ad patrocinandum aliis
« admittantur ; et si tabelliones fuerint, instrumentà confecta
« per eos non valeant, sed cum actore dampnato dampnentur;
« filii quoque et nepotes ipsorum usque ad terciam generacio-
« nem exclusive ad nullos honores mundanos seu ecclesiasticos
« admittantur; fiant domus eorum. deserte, et ut. non. sint qui
« habitent in eis, dentur cuncta eorum edificia. in ruinam; et ut
« perpetue notam infamie perpetua ruina testetur, nullo tem
« pore reparentur; sit eis postulandi negata facultas; sit tabel-
« lionatus, judicatus , et quodlibet aliud officium seu ministe-
« rium publicum interdictum. Quod si secus super hiis actum
« fuerit, id carere volumus omni robore firmitatis.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 549
« et les hommes liges de ceux qui enfreindront nos constitution et
« défense susdites.
.« Nous voulons en outre et statuons que dés ce moment les gens
« desdites compagnies, ceux qui les recevront ou les défendront et
« tous autres délinquants, ainsi qu'il est dit plus haut, soient réputés
« infames, de telle sorte qu'ils ne soient admis ni à témoigner en jus-
« tice ni à d'autres actes légaux; qu'ils soient inhabiles à tester, et
« qu'ainsi ils ne puissent faire de testament, ni étre admis en aucune
« facon à la succession de qui que ce soit par testament ou ab intestat ;
« que personne ne soit tenu de leur répondre sur quelque affaire que
« ce soit; qu'auenne' cause ne soit portée devant eux, s'ils ont une
« juridiction, et que leurs sentences ou procédures soient nulles et
« de nulle valeur; que personne ne leur préte assistance dans quelque
« cause ou affaire que ce soit, et qu'ils ne soient admis à assister
« eux-mémes personne; et s'ils sont tabellions , que les actes faits par
« eux soient nuls et de nulle valeur, et qu'ils soient condamnés aux
« dépens avec le demandeur ; que leurs fils et leurs petits-fils jusqu'à la
« troisiéme génération exclusivement ne soient promus à aucun hon-
« neur séculier ou ecclésiastique; que leurs maisons soient désertes, et
« pour éviter que personne puisse les habiter, qu'elles soient démolies
« et rasées et qu'elles ne soient jamais rebáties afin que ces ruines
« perpétuelles attestent perpétuellement leur déshonneur; qu'ils
« n'aient point la faculté de poursuivre en justice; que le tabellionage,
« la judicature et tout autre office ou ministère public leur soit interdit.
« Nous voulons que tout ce qui sera fait à l'encontre soit considéré
« comme nul et sans effet.
544 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« Omnes quoque prefatos capitaneos, guidatores, conesta-
« biles temporales societatum ipsarum et alios quoscunque de
« societatibus et delinquentibus supra dictis, omnibus dignita-
« tibus et honoribus secularibus ac officiis publicis, in quibus
« forsan essent constituti, ex nunc et ex tunc deponimus et per
« sentenciam removemus, ac cingulo militari, si forsan eo essent
« decorati, privamus, eosque ad eadem officia, dignitates,
« honores et cingulum militare reddimus inhabiles et indignos.
« Quod si inter eos sint aliqui clerici vel ecclesiastice persone,
« dignitates, personatus, vel officia, canonicatus et prebendas,
« et alia quevis beneficia, cum cura vel sine cura, seu admi-
« nistraciones quascunque obtinentes, qui sortem Domini in
« quam erant assumpti temerarie relinquentes, et ministros
« Belial ac iniquitatis satellites se constituentes, ipsos ultra
« predictas penas et sentencias, quibus eciam eos volumus sub-
« jacere, eisdem dignitatibus, personatibus, officiis, canoni-
« catibus et prebendis, beneficiis ac administracionibus ipso
«facto decernimus esse privatos, concedentes illis, ad quos
« earumdem dignitatum, personatuum , officiornm, canoni-
« catuüm et prebendarum, beneficiorum et administracionum
« collacio seu provisio pertinet , ea conferendi et providendi de
«ilis personis ydoneis, prout-expedire viderint, plenam ac
« liberam facultatem; ac hiis in virtute sancte obediencie dis-
« tricte mandantes quod ad collacionem et provisionem hujus-
« modi, quam cito eis'de predictorum delinquencium huyjus-
« modi culpis constiterit, procedere non postponant. Quod si
« iidem prelati, vel alii ad quos hujusmodi feudorum et bono-
« rum recepcio, concessio, disposicio, ac dignitatum, perso-
natuum , officiorum , canonicatuum, prebendarum, beneficio-
rum et administracionum collacio et provisio, ut premittitur,
a
^
CHRONIQUE DE CHARLES VI..— LIV. XXXIL 545
« Nous déposons dès à présent et destituons par sentence de toutes
« dignités, honneurs séculiers et offices publics, dont ils pourraient
546 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« pertinet, infra unius mensis spacium, postquam eis de pre-
« missis excessibus et culpis constiterit, ad recepcionem, con-
« cessionem, disposicionem, collacionem et provisionem non
« processerint, disposicioni nostre et sedis ejusdem specialiter
« reservamus , districtius inhibentes illis, ad quos eedem recep-
« cio et concessio, disposicio, collacio et provisio alias perti-
« nent vel possent quomodolibet pertinere, ne de feudis, bonis,
« dignitatibus, personatibus , officiis, canonicatibus, preben-
« dis ac beneficiis et administracionibus ipsis, vel ipsorum
« aliquo, contra reservacionem nostram hujusmodi disponere
« vel ordinare presumant. Nos enim decernimus irritum et
« inane, si secus fuerit attemptatum. |
“« Et c&m pene condigne non possint tam gravibus et multi-
« plicibus sceleribus adhiberi , et ne ipsorum temeritas transeat
« presumptoribus in exemplum, de dictorum fratrum consilio,
« bona ipsorum protervorum socialium mobilia concedimus
« fidelibus occupanda; immobilia vero eorum dominis confis-
« camus, et personas eorumdem socialium exponimus fidelibus
« capiendas, ut capiencium fiant servi, non obstantibus si ali-
« quibus communiter vel divisim a sede predicta foret indul-
« tum quod suspendi vel excommunicari aut ipsi, et civitates,
« terre, oppida, castra , ville et communitates vel universitates
« eorum interdici non possint per litteras appostolicas non
« facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de in-
« dulto hujusmodi mencionem, et quibuslibet privilegiis, indul-
« genciis vel litteris apostolicis, generalibus vel specialibus,
« quibusvis personis, locis vel ordinibus, sub quacunque ver-
« borum forma vel expressione concessis , eciam si de illis esset
« specialis et expressa ac de verbo ad verbum in eisdem nostris
« processibus et litteris appostolicis inde confectis. mencio
548 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
« facienda; per que nullum contra premissa vel eorum aliquid
«
«
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«
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volumus afferri suffragium vel obstaculum interponi.
« Ut autem hujusmodi noster processus ad dictorum socia-
lium perversorum etaliorum, quorum interest, noticiam dedu-
catur, cartas seu membranas processum continentes eumdem
majoris ecclesie Avinionensis affigi ostiis seu superlimina-
ribus faciemus, que processum suo quasi sonoro preconio et
patulo judicio publicabunt, ut iidem sociales et alii, quorum
interest, ut premittitur, quod ad eos non pervenerit vel igno-
raverint eumdem, nullam possent excusacionem pretendere
vel ignoranciam alleguare, cum non sit verisimile quod ad eos
remaneat incognitum quod tam patenter omnibus publicatur.
« Nulli ergo omnino homini liceat hanc paginam nostre con-
stitucionis, inhibicionis, declaracionis, privacionis , inhabili-
tacionis, mandati, voluntatis, ordinacionis, deposicionis,
remocionis, reddicionis, concessionis, reservacionis et con-
fiscacionis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis
autem hoc attemptare presumpserit, indignacionem omni-
potentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se
noverit incursurum. — Datum Massilie, septimo idus. . . ..
pontificatus nostri anno uno. »
« In cujus rei testimonium sigillum nostrum presenti tran-
scripto jussimus apponendum. — Datum Parisius, mense octo-
bris, anno Domini millesimo quadringentesimo undecimo et
regni nostri tricesimo secundo. »
« Sic signatum, transcriptum de precepto regis, et sic
collacionatum cum bullis originalibus superius inscriptis.
| « E. ns MaunEGART. »
Cum prefatis doctoribus et magistris domini presidentes in
Parlamento, cameris quoque regalis Palacii, convenientes et
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 549
« Et afin que notre déclaration parvienne à la connaissance desdites
550 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
consiliarii regii statuerunt ut cum processione sollempni et
generali omnium virorum ecclesiasticorum Parisius residen-
cium stacionem in ecclesia Sancte Genovefe facerent, et manda-
tum appostolicum populo assistenti in ydiomate vulgali publice
publicaretur. Inde processu peracto contra duces Aurelianis et
de Borbonio, comites quoque de Alenconio et de Armeniaco,
conestabularium vero atque complices eorum, juxta censuram
apostolicam , ut rebelles, inobedientes ac regno malivolos, ad-
judicati sunt excommunicacionis sentenciam et penas latas in
scripto appostolico contentas incurrisse, dignique in ecclesiis
publice et sine titulis nominari, ut sequestrati a communione
fidelium cum extinctione candelarum et pulsacione campana-
rum, interim dum cotidie celebrabantur. in cunctis parrochia-
libus ecclesiis ville Parisiensis et alibi missarum sollempnia ; id-
que continuatum est usque ad mensem augusti anni sequentis.
Predictas sentencias asserebantur publice incurrisse eisdem
adherentes, ex quibus multi Parisius et alibi detinebantur cap-
tivi; et hii cum famis inedia cruciati ultimum spiritum exhala-
bant, corpora passim in agris ponebant canibus devoranda
vel in sterquiliniis sepeliebant extra urbes.
Jam prefatorum dominorum scelera rex ‘, per consilium
predictorum, Silvanetensi et Victriacensi ceterisque ballivis
pugnatores jusserat congregare ut in eos tanquam in degeneres,
rebelles, incendiarios et predones, constupratoresque virginum
et federum conjugalium violatores insurgerent. Sed mandato
regio parvipenso, Bernardum de Bordis, virum strenuum in
armis, cum trecentis fere illustribus viris ad Silvanetum mise-
runt, ut villam viribus occuparent. Quod videntes ad ejus cus-
todiam deputati , quamvis impares numero essent, in eos tamen
* 11 faut supposer l'omission d'un mot tel que edoctus.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL. — 554
et professeurs, décidèrent qu'il serait fait une procession solennelle
et générale de tout le clergé de Paris avec station en l’église de Sainte-
Geneviève, et que le mandement apostolique serait lu aux assistants
et publié partout en langue vulgaire. Ensuite il fut procédé contre
les ducs d'Orléans et de Bourbon, les comtes d'Alencon et d'Arma-
gnac, le connétable et leurs complices. Conformément à la censure
apostolique, on les frappa d'une sentence d'excommunication comme
rebelles , félons et ennemis du royaume; on déclara qu'ils avaient
encouru les peines portées par le rescrit apostolique, et mérité d'étre
désignés publiquement et sans titres dans les églises comme ayant été
séquestrés de la communion des fidéles, et que cela aurait lieu les
cierges éteints et au son des cloches, à toutes les messes qui seraient
célébrées dans les églises paroissiales de Paris ou ailleurs. Ce qui fut
exécuté jusqu'au mois d'août de l'année suivante.
Le bruit se répandait que leurs adhérents avaient encouru les mémes
sentences. Plusieurs d'entre eux étaient retenus en prison à Paris et
ailleurs; on les laissa mourir de faim, et leurs corps furent abandon-
.nés dans les champs pour servir de páture aux chiens, ou jetés à
la voirie hors des villes.
Cependant le roi, indigné des cruautés desdits seigneurs, avait déjà,
d'après l'avis de ses conseillers, ordonné aux baillis de Senlis, de
Vitry et des autres villes de lever des gens de guerre pour leur courir
sus, comme déchus de noblesse, rebelles , incendiaires, et brigands,
qui violaient les filles et les femmes. Mais loin de s'effrayer des ordres
du roi, ils chargérent un vaillant homme , nommé Bernard des Bordes,
d'aller s'emparer de Senlis avec un corps d'environ trois cents hommes.
La garnison de cette ville, bien qu'inférieure en nombre, sortit néan-
moins à leur rencontre, et engagea un combat sanglant. Elle allait
succomber, lorsqu'une troupe de Brigands survint si à propos pour
552 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
insurrexerunt , et atrox prelium commiserunt; inferiores tamen
tandem extitissent, nisi quidam Brigantini a tergo superve-
nissent, quorum ope et auxilio eos gladiis peremerunt aut
redempcionis jugum subire coegerunt. |
Post hanc ignominiosam repulsam nil amplius laude dignum
agressi sunt; sed quasi arma deponere elegissent, nilque formi-
darent Parisienses, adversarios vicinos, ocio marcescere, corpo-
valibus deliciis solum vacare ceperunt. Et quia patriam circa
Secanam , quam occupabant , tenebant, bonis omnibus exhaus-
tam reddiderant, de rippa ad rippam fluminis quatuor pontes
ligneos construxerunt, ut insulas intermedias possent liberius
pertransire et ulterius depredari ad votum. Ecce posui vulgalem
occasionem constructionis poncium, quam nonnulli eorum
timori et pusillanimitati ascribentes, asserebant circumspec-
tores exercitus mirabiliter timere ne negocia fine pessimo
clauderentur, cum secum criminosos multos et ecclesiarum
violatores haberent, qui Deum ad iracundiam provocaverant
et lesas portabant consciencias. Scio et archiepiscopum Seno-
nensem erga quosdam dominos Parlamenti, doctores Universita-
tis et legatum appostolicum, archiepiscopum Pisanum, propter
hoc elaborasse, et non sine licencia ducum et comitum partis
sue, ut aliqualis componeretur tractatus pacificus ; de quo tarnen
nullus ausus fuit loqui propter furorem populi , quem sciebant
contra prefatos dominos inexpiabili odio laborare. Mirabar
utique cives regni, dumtaxat Aurelianensibus exceptis, nescio
an dilectione regis moti sive instinctu divino, ad eorum extir-
pacionem pronos ac si in civitatibus singulorum generale in-
cendium procurassent. Sed inde obstinacionis sarcinam minime
deponentes publice profitebantur quod ad singulorum incom-
modum et precipue Parisiensis urbis modis omnibus laborarent.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 653
lui préter secours, que tous les Orléanais furent passés au fil de l’épée
ou mis à rançon.
554 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
CAPITULUM XXXV.
De victoria obtenta in reparacione pontis Sancti Clodoaldi.
Sumime Parisiensibus displicebat, ac si spinam parvipen-
sionis in singulorum oculis injecissent , eos villam sancti Dyo-
nisii sibi tam contiguam, sancti quoque Clodoaldi pontem
tamdiu ipsis invitis tenuisse. Unde diebus singulis erumpentes
sue crudelitatis habenas tam citra quam ultra Secanam in-
dempnes et absque resistencia aliqua dilatabant. Hac de causa
ducem Burgundie adierunt, et querimonias sepius reiteratas
renovantes : « Nos, inquiunt, excellentissime princeps, sub
« vexillis vestris militare affectuose optavimus, diuque expec-
« tavimus ut arma in rebelles et inobedientes regi moveretis. Ob
« ecclesias violatas, cedes, rapinas et incendia, excecrabilia quo-
« que crimina , infidelium seviciam excedencia, ab eis in regno
« perpetrata, scitis omnes a communione orthodoxorum aucto-
« ritate appostolica separatos ; quam tamen, ut luce clarius vobis
« constat, induratis animis mala malis accumulando parvipen-
« dunt. Opus ergo meritorium agredientes Deoque accepta-
« bile, dum vires vobis suppetunt competentes, ad vindictam
« tantarum nequiciarum , omni torpore deposito, properetis,
« causam regni et ecclesiarum Christo recommendantes; nam ,
« speramus quod id vobis cedet ad gloriam et hostibus ad igno-
« miniam sempiternam. » |
Tam diu Burgundie ducem et Parisienses eos agredi tardasse
mirabantur; ideo diebus singulis summam gerebant sollicitu-
dinem ne inexpectati venirent. Ideo mille et quingentos electos
milites et armigeros de Britania, Alvernia et Guasconia oriundos
et ad custodiam pontis utique exercitui utilis deputatos sepius
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 555
CHAPITRE XXXV.
556 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
incitabant ut illum summo studio custodirent. Jam antea, ne
circumvenirentur incaute, villam ponti contiguam, non mura-
tam, doliis lapidibus semiplenis per circuitum clauserant, duci-
bus et comitibus remandantes quod assultus Parisiensium
omnium , eciam si simul supervenirent, non timebant. Adde-
bant et ut in villa Sancti Dyonisii residentes securi nil sollici-
tudinis gererent nisi ut subsidiarii pugiles condigne premia-
rentur. Antea repetitis vicibus suos consiliarios principales et
precipue dorhinos Guillelmum Buticularii, de Fontibus et Bra-
quetum de Braquemonte sciscitati fuerant qualiter id , cum eis
penitus deessent peccunie , compleretur. Qui tandem die domi-
nica, decima quinta novembris, statuerant ut habitantes in
villa collectam peccunialem , facultatem utique excedentem,
compellerentur solvere, et quod restaret supplendum sequente
die martis de jocalibus regalis monasterii suppleretur. Sic ini-
quorum seducti consilio villam et ecclesiam, quas juraverant
servare sine dampno, acquieverunt‘; remque detestabilem nec
unquam a lilia deferentibus aurea excogitatam in actum pro-
duxissent, nisi divina pietas miraculose et per intercessionem
beate Marie et beati Dyonisii, sicut firmiter creditur, impedi-
visset per modum qui sequitur.
Ipsa et eadem die dominica, querimoniis importunis Parisien-
sium singulis fere diebus repetitis dux Burgundie acquiescens,
cum domesticis suis summis rectoribus urbis ad consilium evo-
catis, dixit regi et domino duci Guienne placere ut Sancti Clo-
doaldi pons recuperaretur viribus. Addidit et prenominatos
jubere ut ex suis civibus mille et quingentos tantum armatos ad
unguem secum ducerent, cum protestacione tamen quod, si toti-
dem indigeret, obsidione durante, iterum tot facerent conve-
nire; quorsum tamen tenderent sub sigillo taciturnitatis consi-
' 11 faut supposer ici l'omission d'un mot tel que spoliari. -
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 557
avaient établi tout autour de la ville voisine du pont , qui n'était pas
close de murs, une enceinte formée de tonneaux pleins de pierres, et
avaient fait dire aux ducs et comtes de leur parti qu'ils n'appréhen-
daient point les attaques des Parisiens, quand méme ils viendraient tous
ensemble. Ils leur mandaient aussi de rester sans rien craindre dans la
ville de Saint-Denys et de n'avoir d'autre souci que de bien récom-
penser les services de leurs gens de guerre. C'est à quoi songeaient les
princes depuis quelque temps, et ils avaient déjà délibéré à plusieurs
reprises avec leurs principaux conseillers, et particuliérement avec
messire Guillaume le Bouteiller, le sire des Fontaines et Braquet de
Braquemont, sur les moyens de suppléer à la pénurie de leurs finances.
Ils décidérent enfin, le dimanche 15 novembre, qu'on imposerait aux
habitants une taxe, qui surpassait de beaucoup leurs facultés, et que,
si elle était insuffisante, on pourvoirait le mardi suivant à ce qui
pourrait manquer avec les joyaux de notre royale abbaye. C'est ainsi
qu'égarés par de mauvais conseils, ils consentirent à la ruine de la
ville et de l'abbaye, qu'ils avaient juré de préserver de tout dommage.
Cet exécrable projet, auquel les princes du sang n'avaient jamais eu
recours jusqu'alors, aurait été mis à exécution, si la Providence divine
n'en eüt empéché l'accomplissement, gráce sans doute à l'intercession
de la sainte Vierge et de saint Denys.
Ce dimanche-là méme, le duc de Bourgogne, cédant enfin aux
plaintes des Parisiens et à leurs sollicitations réitérées, tint conseil
avec ses familiers et les principaux chefs de la ville, et déclara que le
roi et monseigneur le duc de Guienne étaient d'avis qu'on reprit de
force le pont de Saint-Cloud, et lui ordonnaient en conséquence
d'emmener avec lui quinze cents hommes de la milice bourgeoise armés
de pied en cap, promettant de lui en envoyer autant, s'il était néces-
saire, pendant qu'il assiégerait le pont. ll leur recommanda toutefois
de garder le plus profond secret sur cette résolution et de n'en rien
révéler à personne, de sorte que ni les ennemis ni méme leurs soldats
558 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
gnarent, et penes se sic sepultum comprimerent, ita ut nec
hostes neque sub se militantes possent inde vel leve aliquod
colligere argumentum. Iterum ut liberius assultus agrederen-
tur, naves pice, liquamine atque combustibilibus lignis usque
ad summum onerate, que per descensum premitterentur Se-
cane, aptarentur statuerunt, in quibus ignes injecti molendina
ponti contigua concremarent, custodes quoque terrerent, velut
de re insolita. | |
Quo secretissime et obedienter peracto, jussu ducis, qui erant
pedites armis onerati in decima hora noctis de Parisius exie-
runt, quibus et procul dubio extitisset durissimum noctem du-
cendo insompnem per devia peragrare itinera, donec in octava
lucis sequentis portum attigerunt, nisi gravamen vicisset avi-
ditas dimicandi. Ipsa et eadem hora, dux Burgundie Picardos,
Anglicos, Parisiensesque equestres secum eciam adduxit acie-
. bus dispositis, et cum locum attigisset, celsitudinem contiguo-
rum agrorum ascendens, unde posset villam eminus . intueri ,
quatuor milites in armis strenuissimos premisit, qui statum
hostium explorarent. Jam jamque multi eorum cum difficultate
maxima declinabant, ne incendiorum navibus impositorum
flamma vorax molendina et sustamenta lignea strate regie con-
'structe desuper concremaret, &icut prius fuerat ordinatum.
Exploratores iterum redeuntes retulerunt hostes armatos vi-
disse ad resistenciam paratos, et qui trinum introitum ville,
grossis trabibus, ligneis repagulis obseratum, observabant in
apparatu bellico. |
Quapropter dux, exercitum trifarie dividens, unum eorum
hiis qui sub Aymedio de Viriaco et Inguerranno de Bornovilla
militabant, secundum vero Anglicis et tercium Parisiensibus
commisit. Tunc ducis edicto sagittariis et balistariis commode
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 559
ne pussent en avoir le moindre soupçon. Il fut réglé que, pour faci-
liter les attaques, on préparerait des bateaux remplis jusqu’au bord
de poix, de résine et d'autres matières combustibles, que ces bateaux
descendraient la Seine, et qu'on y mettrait le feu, afin de brüler les
moulins attenants au pont et d'effrayer les gardiens par les effets de cet
expédient tout nouveau. |
Toutes ces dispositions ayant été prises le plus secrétement possible,
selon ce qui avait été prescrit, les gens de pied, d’après l'ordre du
duc, sortirent en armes de Paris, à dix heures du soir; ils auraient
sans doute trouvé bien pénible de marcher toute la nuit, sans repos
et sans sommeil, à travers des chemins difficiles pour arriver le len-
demain à huit heures du matin au pont de Saint-Cloud , si leur ardent
désir de vaincre ne les eût rendus insensibles à la fatigue. À la méme
heure, le duc de Bourgogne partit en ordre de bataille avec les Picards,
les Anglais et la cavalerie parisienne, et lorsqu'ils furent arrivés au
lieu de leur destination, il monta sur une éminence voisine afin de
voir la ville, et détacha quatre de ses plus vaillants chevaliers pour
aller reconnaitre la position des ennemis. Déjà la plupart d'entre eux
faisaient les plus grands efforts pour empêcher que les flammes des
bateaux incendiés ne brülassent les moulins et les arches de bois qui
soutenaient le pont. Les éclaireurs, à leur retour, annoncérent qu'ils
avaient trouvé l'ennemi sous les armes, prét à résister et à défendre
les trois entrées de la ville, qu'il avait fermées avec de grosses poutres
et de fortes charpentes.
Sur cet avis, le duc de Bourgogne partagea son armée en trois corps,
dont le premier se composait des gens de guerre commandés par
Amédée de Viry et Enguerrand de Bournonville, le second d'Anglais,
et le troisième de Parisiens. Puis, quand les archers et les arbalétriers
eurent pris le poste qui leur était assigné, des gens de pied armés à la
560 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
collocatis, agrum contiguum ville ascenderunt viri leviter ar-
mati, ut saxa pugillaria cum lacertis hectoreis ab alto in hostes
emitterent; et concrepantibus lituis fulminei advolant pugna-
tores, et utrinque vibratis lanceis terribiliter ingeminatur ad
mortem, et sic assultus vehementissimus inchoatur. Inguer-
ranni de Bornovilla multi exemplum sequti, quociens adver-
sarii in dolia ceteros lanceis impingebant, illa mox scindebant
per medium; et quamvis eodem momento ceteri ad destructio-
nem repagulorum ligneorum aditus observancium operam dare
studerent, id primo Parisienses peregerunt, prius incredibili
celeritate muro trium pedum spissitudinis destructo, cui firmata
herebant. Ex eis et tunc nonnulli domorum ville parietes con-
fregerunt, ut hostes a tergo invaderent. Eodem quoque instanti,
dum sagittarum continuaretur nubes dempsa, Burgundiones,
Picardi et Anglici ville aditus viribus reserantes in hostes eciam
irruerunt et eos usque ad medium ville retrocedere coegerunt.
Tunc utrinque manutentim atrocissimus continuatur conflictus,
ubi eorum magna pars corruit moribunda. Quod percipientes
quidam ex Vasconibus, mox ad turrim pontis aufugerunt, ad
se pontem volubilem elevantes, unde multi ex sociis perierunt.
Nam mortali bello durante, plures ex sagittariis anglicis domo-
rum contiguarum tecta discooperientes, ut liberius sagittas in
hostes dirigerent, equos eciam eorum qui retro se tenebant
graviter vulneraverunt; unde indomiti facti et per vicum Molen-
dinorum invitis sessoribus fugientes, se et eos in flumen dede-
runt precipites.
Longum esset singulorum laude digna ibidem gesta narrare;
sed certum est in hoc mortali conflictu , qui tribus horis dura-
vit, centum novies milites et armigeros in ore gladiis cecidisse,
et, quod mirabile dictu pariter et auditu estimo reputandum,
a
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 564
légère, gravirent, par ordre du duc, une éminence voisine de la
ville, pour faire pleuvoir dé là une gréle de pierres sur l'ennemi. Aus-
sitót les clairons donnérent le signal de l'attaque. Les combattants des
562 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII,
non nisi septem vel octo ex aliis perierunt. Peracta insigni vic-
toria, cam domino de Cambour, insigni barone Britanie, et
domino Güillelmo Bataille, dominoque Mansardo de Bosco
multi pugiles ex generosis proavis ducentes originem odibile
jugum redempcionis subierunt, et tunc victores fere trecentos
alios hostes, qui se occultis latebris domorum absconderant,
occiderunt. Sic illa concio ex generosis et audacioribus tocius
exercitus adunata, que nuper ecclesias spoliaverat et regnum
dampnificaverat, nequiciarum suarum condignum fructum re-
portavit, et, quod multi miraculosum reputabant, illa hora qua.
in ecclesia Nostre Domine Parisiensis cum extinctione candela:
rum et campanarum pulsacione excommunicati vocabantur.
Dux vero Aurelianensis et secum domini residentes indubi-
tanter sperabant ipsos victores extitisse. Nam de mane post
primum nuncium referentem eosdem naves ignitas laudabiliter
declinasse, duos alios successive audierant referentes quod
Parisiensium obsidionem vel assultus non timebant, et, si quis
optaret videre diem insignem et triumphalem conflictum, ad eos
acceleraret. Vaniloquorum relatu assecurati principes, post
gaudiosum convivium simul sumptum, in apparatu bellico et
aciebus instructis locum adire disponunt. At ubi, transacto
Monte Martirum, stragem suorum ignominiosam pro victoria
sperata audiunt accidisse, amnis parti victores in bellico appa-
ratu et aciebus dispositis cernunt immobiles stare, induti con-
fusione et rubore non sine cordis amaritudine redierunt. Inde
noctem ducentes insompnem, non super recepcione peccunialis
collecte super villam imposite, nec distrahendis jocalibus mo-
nasterii, sicut prius, statuerunt eorum consiliarii, sed super
arripienda fuga citissima per poutem ligneum jam peractum,
a diluculo usque ad auroram lucis sequentis et ultra noctem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 563
victoire, c'est que le sire de. Combourg, illustre baron de Bretagne,
mesaire Guillaume Bataille, messire Mansard du Bois, et plusieurs
gentilshommes de haute naissance, furent faits prisonniers et mis à
564 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
continuata, in quantum propter impressionem nimiam trans-
euncium multi ruentes precipites in aquis vehementibus sunt
submersi. |
Hora recessus eorum prepositum Parisiensem minime latue-
rat; et hic, ut post diu in veritate comperi, ductus prodicionis
spiritu, portas tenuit clausas urbis usque post medium lucis,
indeque cum multis pugnatoribus exiens, non ad destruendum
eorum extrema agmina, que ad oculum videbat , et que pote-
rant facillime superari , sed ad villam clausam beati Dyonisii et
ecclesiam depopulandas flectit iter. Tantus terror invaserat
fugientes, quod quarros et vehicula, et quidquid rapinis acqui-
sierant in parte maxima relinquerunt; que tamen dampnifi-
caudi villam et ecclesiam occasionem dederunt. Nam, sub pre-
textu distrahendi eorum spolia, cum Parisiensibus Anglici
supervenerunt et Picardi, qui permissione dicti. prepositi habi-
tancium mobilia rapientes in plaustris et vehiculis eorum abs-
tulerunt.
Eadem licencia, eodem quoque instanti, cum quibusdam
Parisiensibus duo milites picardi, scilicet dominus de Ront et
dominus Robinetus Frete, familiares iterum domini de Hely,
monasterium violenter ingressi sunt; et primus quidem hostii
camere thesauri seras fregit, alter vero quod erat relictum the-
sauri regine abstulisset, nisi illud religiosi ingenti peccunia
redemissent. Alterius vero domini servientes, domorum abbacie
penetralia violenter ingressi , invitis religiosis , qui huc illucque
territi fugiebant, vestiaria secreta, archas et repositoria confre-
gerunt, et inde omnem supellectilem rapuerunt; communes
eciam coquinas et officinas vasis et utensilibus pro parte maxima
privaverunt. Ipsa et eadem die, in abbatem monasterii, aucto-
ritate domini de Hely, manus injecerunt sacrilegas, ipsum in
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — Li$. XXx — 4,
des fuyards était telle, qu'un grand nombre d'entre eux vut,
dans le fleuve en voulant se hâter, et s'y noyérent. .
Le prévót de Paris n'ignorait pas la fuite des Ürkanais ; mass,
comme il songeait déjà à trahir son parti, ainsi que je y'a; appris de
source certaine long-temps après, il fit tenir les portes de ja ville fer.
mées jusqu'au milieu du jour, et lorsqu'enfin il sortit à la tete d'on
corps nombreux de gens de guerre, ce fut non pour détruire Yarricre.
garde des ennemis, qui était presque sous ses yeux et qu'il aurait pu
trés facilement atteindre , mais pour aller piller la ville et l'abbaye de
Saint-Denys. Les fuyards avaient été saisis d'une telle frayeur, qu'ils
avaient abandonné en grande partie leurs voitures, leurs chariots et
le fruit de leurs rapines. Ce fut cette circonstance qui donna occasion
aux Parisiens de commettre toutes sortes de dégâts dans la ville et
dans l'abbaye. Sous prétexte de s'emparer des dépouilles de l'ennemi,
ils arrivérent avec les Anglais et les Picards, et du consentement
dudit prévót, saccagérent le mobilier des habitants et l'emportérent
dans les voitures et les chariots laissés par l'ennemi.
En méme temps, deux chevaliers picards , messire de Ront et mes-
sire Robinet Fretel , accompagnés de quelques Parisiens, et quelques
uns des gens du sire de Helly, entraient de force dans le monastére. Le
premier brisa la porte de la chambre du trésor, et l'autre se dispo-
sait à enlever tout ce qui restait du trésor de la reine; les religieux,
pour le sauver, furent obligés de payer de grosses sommes d'argent.
Mais les gens du sire de Helly pénétrérent dans les appartements de
l'abbaye, malgré les religieux , qui fuyaient cà et là épouvantés, enfon-
cérent les garde-robes, les coffres et les armoires et emportérent
tout le mobilier qui s'y trouvait. Ils pillérent aussi en grande partie
les vases et les ustensiles des cuisines et des offices. Le méme jour,
d'aprés l'ordre du sire de Helly, ils portérent leurs mains sacriléges
sur l'abbé du monastère, lui firent prendre des vêtements de laïque,
pour empêcher qu'il ne fût reconnu par le peuple, et le conduisirent
à Paris, dans l'espérance de tirer de lui une grosse rançon; ils ne
566 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
habitu laicali, ne cognosceretur a plebe, Parisius perduxerunt,
ut invitus jugum odibile redempcionis peccunialis subiret,
solum sibi imponentes quod fautor extiterat ducis Aurelia-
nensis, ut dicebant. Ex detencione autem ejus intollerabilia
dampna ecclesie et a fundacione ipsius inaudita pervenerunt.
Nam ubique in villis, domiciliis et sibi possessionibus subditis,
et que abbatis monasterii dicebantur, plures maligni homines
et iniquitatis filii libere subditos ejus ut adversarios regni ca-
pientes, ex predictis locis eciam vina, blade et omnem supellec-
tilem abstulerunt. Sic utique laxando sue crudelitatis habenas
religiosos ad ultimam necessitatem redegissent, nisi hanc ini-
quam licenciam auctoritas regia refrenasset, balivis et justicia-
riis suis scribens ut sub interminacione suspendii a similibus
cessarent et restituerent ablata. Recedentibus autem: ipsis pre-
donibus post perpetrata scelera, solus dominus Robinetus Frete
voluit remanere, asserens se auctoritate prepositi Parisiensis
commissum ad ecclesie custodiam. Sed dubitabatur ne similia
dampna in ecclesia inferret sicut extra. Idem prepositus annuit
ut, eo revocato, quidam insignis burgensis, vocatus Petrus
Augerii, statueretur loco ejus. Is ex generosis proavis ducens
originem , ut erat benignus et affabilis, cum Robinetus reces-
sisset a religiosis data ingenti peceunia, fere trium ebdoma-
darum spacio ecclesiam cum suis gentibus fideliter eustodivit
et ab omni violeneia et dampno preservavit.
CAPITULUM XXXVI.
De quodam proditore deeollato.
Ut in favorem ducis Aurelianensis et ejus sequacium pontem
Sancti Clodoaldi Colinetus de Puisex capi permiserat, ad suges-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 567
l'accusaient que d'avoir été fauteur du parti du duc d'Orléans. Sa
détention exposa l'abbaye à des dommages intolérables et tels qu'elle
n'en avait pas éprouvé depuis sa fondation. Des gens mal intention-
nés, des fils d'iniquité, se répandirent de tous côtés dans les fermes,
les maisons et les terres qui dépendaient du monastére ou que l'on
disait appartenir à l'abbé, se saisirent de ses sujets sous prétexte qu'ils
étaient ennemis du royaume, et enlevérent partout le vin, le blé et
tout ce qu'il y avait de mobilier. Leurs cruautés sans frein auraient fini
par réduire les religieux à la dernière détresse, si le roi n'eüt réprimé
ces coupables excés. Il écrivit à ses baillis et justiciers d'y mettre un
terme et de faire restituer, sous peine de la corde, tout ce qui avait
été pris. Les pillards se retirérent donc, aprés avoir consommé tant
de forfaits; il ne resta que messire Robinet Fretel , qui prétendit étre
commis par le prévót de Paris à la garde de l'abbaye. Mais on crai-
gnait qu'il ne fit autant de mal dans l'intérieur de l'abbaye qu'il en
avait fait au dehors, et l'on obtint du prévôt qu'il le rappelât et mit à
sa place un notable bourgeois, nommé Pierre Auger. Toutefois Robi-
net Fretel ne se retira qu'aprés avoir recu beaucoup d'argent des reli-
gieux. Pierre Auger, qui était de noble extraction, bienveillant et
affable, garda fidélement l'abbaye avec ses gens pendant prés de trois
semaines et la préserva de toute violence et de tout dommage.
CHAPITRE XXXVI.
= Exécution d'un traître.
Le 11 novembre, Colin de Puiseux , qui avait été gagné au parti du
duc d'Orléans et de ses alliés par les suggestions de sa femme séduite
568 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
tionem uxoris, monitis tamen proprii fratris cireumvente, qui
cum duce residebat, ore proprio fassus est mensis novembris
undecima die. Ob hoc eo cum tribus complicibus decollato,
quatuor principalia ejus membra portis principalioribus urbis
suspensa sunt in detestacionem prodicionis perpetrate. Conjux
vero ejus pregnans Castelleti Parisiensis ergastulis mancipata ,
antequam, ut publice dicebatur, dies purgacionis post partum
complevisset, tributum nature solvens cum parvulo, ignomi-
niosam mortem sic evasit.
CAPITULUM XXXVII.
De divisione gallicane milicie et capcione oppidi Stampensis.
Post pontem recuperatum, cum in presencia domini ducis
Guienne quererent regii consiliarii quid in fugientes ageretur,
faventes duci Burgundie statuerunt ut sucessivis feriis longe
lateque per regnum, in compitis urbium , voce preconia et reso-
nantibus lituis proscripti exules et digni privacione quarum-
cunque possessionum in regno consistencium notarentur, omni-
que titulo dominacionis indigni. Edictali quoque lege additum
est quod eorum dominia fisco applicarentur regio, et quod id
dominus dux Guienne et gallicana milicia viribus attempta-
rent, quamvis multi circumspecti hyemis inclemenciam tunc
instantem expedicioni bellice non aptam judicarent. Duci Bur-
gundie, tunc moderatori principali arduorum emergencium in
regno, id placuit; et, coadunatis militaribus copiis, sexcentos ad
unguem armatos commisit Waleranno comiti Sancti Pauli , qui
mirabilis constructionis et spissitudinis Couciaci oppidum duci
Aurelianensi subditum regi submitteret aut longua obsidione
pro viribus reduceret ad ruinam. Non minori sollicitudine fra-
570 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
trem ducis prenominati inquietare statuit, dominum Philippum
de Cervolles mittens ad comitatum sibi subditum Virtutum.
Cujus eciam edicto jam obtemperans dominus Johannes de
Cabillone villam Tonitrui obsidebat, quia comes consanguineus
ejus prefatis favebat duci et comiti. Qui oppida comitatus
Valesii et Clarum Montem auctoritate Aurelianis et Borbonii
ducum tuenda susceperant, nundum exacto novendio, se regiis
nunciis penitus et sine difficultate submiserunt, et eis fidelitate
jurata regis graciam consequti vitam et mobilia sibi donari
meruerunt.
Gratis auribus tunc et dux Burgundie audivit regi dominum
Sancti Georgii et magistrum Petrum de Mariniaco, advocatum
in Parlamento, scripsisse quod Lemovicenses, Tholosani ac uni-
versi Occitani ipsum in summum recognoscebant dominum,
Christum Dominum collaudantes quod ab inexpiabili cupidi-
tate ducis Biturie ipsos eripuerat, et eidem sustulerat regimen
Aquitanie ducatus.
In eadem siquidem regione versus Burdegalensem civitatem
dominus Karolus Dalbret quamplurima oppida jure succes-
sionis paterne possidebat, que per dominum de Hely statuit
expugnare post reditum dominis ducis Guienne, et ut Inguer-
rannus de Bornovilla eum Drocarum oppido vallidissimo pri-
varet, quod regali munificencia hucusque tenuerat.
Dum disponebantur prescripta, comes Brenensis cum fratre
versus Laudunum captus fuit et carceri mancipatus, eo quod
duci Aurelianis favisset. Magister eciam balistariorum, dominus
de Hangest, cum viginti aliis militibus et scutiferis, qui eumdem
sequtus fuerat contra regem, sponte ad eum rediit ut veniam
imploraret de scelere perpetrato; pro quo et quatuor armigeri
britones Parisius capitalem sentenciam subierunt.
572 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Sic velut ad hybernandum et nocendum dominis supradictis
diviso exercitu, ut dominus dux Guienne recenter armis mili- .
taribus accinetus expedicionem bellicam aliquo insigni titulo
decoraret, dux Burgundie ipsum ad Corbolium duxit, ut de
Stampis comitatum domino duci Biturie subditum viribus expu-
gnaret. In itineris medio erat castrum, Britonaria vocatum,
munitum defensoribus, cujus custos dedicionem denegaverat
imperatam. Sed videns qued ad illud viribus oceupandum ma-
chine jaculatorie et obsidionalia instrumenta aptantur, clam de
nocte cum suis fugit consortibus; et tunc dux ob inobedienciam
dictam in magna parte illud dirui precepit. Inde versus Stampas
ducens copias militares in itinere habitatoribus ville obviavit,
qui claves ejus dulciter obtulerunt, supplicantes ut benigne et
sine dispendio tractarentur. Quorumdam tamen insaciabilis
cupiditas refrenari nequivit quin, duce honorifice recepto, pre-
das assuetas statuerint et usque ad nauseam exercere.
De villa per sabulosum declivum ad ejus ascendebatur oppi-
dum, antiqua sed valde sollída constructione commendandum,
munitum victualibus et armis, dempsis quoque muris et turribus
circumclausum, quodque subterranea suffossione non crede-
batur capi posse, inexpugnabile vulgus referebat. Ejus sane
custodiam dominus dux Biturie quodam militi Ludovico dicto
Bourredon , quem assiduitas predandi libere et sine resistencia
plus quam nobilitas generis reddiderat insignem et sibi fami-
liarem, commiserat, prius prestito juramento quod non quem-
piam, eciam si summa auctoritate aut preeminencia polleret,
ipsum sineret ingredi, nisi prius obtenta ab eo licencia vel
concesso speciali mandato. Edictum generale regem non exci-
piebat vel ejus primogenitum. Ideo eidem dedicionem impe-
ranti non modo inobedire in principio dignum duxit, sed
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 573
L'armée royale ayant été ainsi partagée pour prendre ses quartiers
d'hiver et pour combattre les seigneurs susdits, le duc de Bourgogne,
574 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
sepius insidiose exiens dominum de Ront Picardum et quam-
plures alios cepit et incarceravit, ipsis sepius cum juramento
affirmans quod, si ipse ad ultimum perduceretur discrimen, ,
illud antea subirent. Mandato regio capitaneum non obtempe-
rasse dominus dux Guienne egre ferens, suos precepit oppidum
obsidione cingere et successivis diebus reiterare assultus; quos
hostes potentissime pertulerunt viriliter resistendo , non sine
multorum obsidencium mortali discrimine. De Parisius machi-
nas jaculatorias afferri jusserant, et per ambitum oppidi collo-
. cari, que ingentis ponderis lapides molares emittentes assidue
muros in locis plurimis confringerent. Quarum jactu tandem,
aditibus fractis Gallici omnia domicilia muris contigua flamma
voraci consumpserunt, et capitaneum ad arcem castri a latere
constructam fugere compulerunt. At ubi se videt quam antea
securius collocatum ut pote sublimiori loco et situ vallidiori,
qui eciam minori tuicione indigebat, inde animosior ad resis-
tendum effectus, obstinacius solito milites dedicionem persua-
dentes contempsit, et quotquot secum habebat pugnatores
resistere vallidius quam consueverant imperavit. Ut verum
fatear, id laudabiliter egerunt feriis successivis nec sine mul-
torum obsidencium mortali discrimine; ad quorum ignomi-
niam sepius et derisum, quociens machinas jaculatorias in
vanum emittebant, a domicellis et dominabus secum residen-
tibus pepla matrimonialia extra ad ventum precipiebant depli-
care, quasi sufficiencia ad ictus illatos reprimendum.
Sic spina displicencie in singulorum oculis ingerebatur, et
circumspectorum judicio omni genere missilium eorum elude-
bantur argumenta. Labor sine fructu deperiebat, resque in
longum ibat et in irritum desinebat; et ideo imperatam obsi-
576 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
dionem relinquere consulebant. Hec verba reditum preten-
dencia ad consilium relata, cum multis viris prudentibus in-
signis civis Parisiensis Andreas Rousselli dissuasit, et multis
mediis ostendens quod inde dominus dux Guienne, regis Fran-
cie primogenitus, recentem obscurabat miliciam et perpetuum
opprobrium acquirebat, spopondit quod arte suppleret turris
dedicionem impossibilem reputatam, si sibi et coadjutoribus
suis de publico salarium et pro votis ministraretur subjecta
materia ad destructionem ipsius. Quo concesso, ut erat vir
ingeniosus, non sine magno labore quercinas trabes afferri fecit
longissimas et ad murum applicari , subtus quas triginta homi-
nes intromissi ab omni telorum immissione et jactu eciam lapi-
dum molarium posse securi consistere viderentur. Tunc qui sub
ea latebant testudine, securi penitus ab hostium insidiis, cum
celtibus et fossoriis ferreis ad infringendum murum spissitu-
dinis decem pedum totis viribus precepit insistere, et evulsorum
loco lapidum stipites supponere, quibus in finalibus combustis
turris corrueret. Non sine difficultate maxima nec emissione
lapidum, qui super concavitatem ligneam cadentes huc illuc in
vanum dispergebantur, opus, quod quindecim diebus agendum
spopenderat, quinque tantum consummavit, sic ut intus in-
gredi possent pugnatores. Sed cum diebus singulis capitaneo
dedicionem altis vocibus imperaret et ad beneplacitum domini
ducis Guienne, nisi optaret subito suffocari, inde territus tan-
dem ipsam, deposita obstinacionis et presumpcionis sarcina,
acceptavit, die decima quinta decembris. Quo ductus fuit spi-
ritu tunc ignoro; sed mox armis depositis in vestitu deaurato
variisque ornato gemmis et cultum regium superante loco ce-
dens accessit ad dominum ducem, cujus pedibus provolutus
vitam sibi donari reiteratis vicibus supplicavit; quod et clemen-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV.. XXXIII. 911
place. Un conseil ayant été tenu pour en délibérer, un notable bour-
geois de Paris, nommé André Roussel, dont l'avis fut appuyé par
plusieurs personnages de savoir et d'expérience, combattit tout projet
de retraite. Il remontra par plusieurs raisons que monseigneur le duc
de Guienne, fils ainé du roi de France, compromettrait l'honneur de
sa première campagne et s'exposerait à un éternel opprobre. Il pro-
mit de s'emparer par ruse de cette tour qu'on regardait comme irnpre-
nable , pourvu qu'on le récompensât bien, lui et ses compagnons, et
qu'on leur fournit tous les matériaux nécessaires pour exécuter son
dessein. Cette offre ayant été agréée, il eut recours à un expédient
ingénieux. Il fit apporter, non sans beaucoup de peine, de longues
poutres de chéne qui furent appliquées contre la muraille, de telle
sorte que trente hommes pussent se placer dessous et étre ainsi à
l'abri des traits et des pierres. Aprés les avoir cachés sous cette espéce
de mantelet et mis hors de toutes les atteintes de l'ennemi, il leur
ordonna de travailler sans reláche avec des pioches et d'autres instru-
ments de fer à percer le mur, qui avait dix pieds d'épaissetr, en subs-
tituant aux pierres des morceaux de bois auxquels on mettrait ensuite
le feu pour faire écrouler la tour. Aprés bien des efforts et malgré
la grêle de pierres que les assiégeants faisaient pleuvoir sur les tra-
vailleurs, mais qui glissaient sur la voûte de bois, il acheva en cinq
jours l'ouvrage pour lequel il en avait demandé quinze, et fournit
ainsi aux troupes le moyen de pénétrer dans la place. Chaque jour il
sommait à haute voix le capitaine de se mettre à la merci de mon-
seigneur le duc de Guienne, s'il ne voulait étre étouffé au milieu des
flammes. Celui-ci, effrayé à la fin de ces menaces, rabattit de son obsti-
nation et de son orgueil et se rendit le 15 décembre. 1l sortit dela
place sans armes avec un habit tout brodé d'or et orné de pierreries,
dont là richesse surpassait celle des vétements royaux, et vint se pré-
senter en cet équipage, je ne sais trop par quel motif, devant mon-
seigneur le duc de Guienne ; il se jeta à ses pieds et lui demanda hum-
blement la vie. Le duc voulat bien lui faire grâce.-Il permit égale-
mient aux dàmes et aux demoiselles qui s'étaient enfermées avec lui
dans cette place pour y être plus en: sûreté, de retourner vers leurs
IV. 75
578 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
tissime concessit. Dominas et domicellas patrie, quas ibi velut
tuto refugio absconderat, idem dux libere ad viros suos et geni-
tores remisit, nec tamen quemquam suorum dignos redemp-
cione peccuniali reputavit; sed ut Parisiensibus de victoria
constaret, triginta ex eis, qui sibi familiarius servierant, ad
urbem vinctos a retro manibus mittere dignum duxit.
CAPITULUM XXXVIII.
De capcione Dordani et comitis Marchie.
Dum placuit universis tam insigni actu recentem decorasse
miliciam, et quod prosperam sequendo fortunam jam copias
militares transducere statuerat ad Dordanum, utique munici-
pium accessu difficile, ubi dux Biturie, regis patruus, multos
strenuissifnos constituerat deffensores. Qui tamen vicinorum
infortunio edocti, obsidionem vitare cupientes, ipsi duci in
itinere nuncios, videlicet Johannem de Gaucourt, Ludovicum
Bourredon, premiserunt, qui se suaque ad sue beneplacitum
voluntatis offerentes supplicarent ut ab assultibus octo dierum
spacio abstineret. Nam indubitanter sperabant quod interim
sibi auxiliares subsidiarii mitterentur, qui obsidionem frustra-
rent. Res ad consilium defertur, et interim cum dux ad supple-
mentum exercitus Parisienses evocasset, cuncti gratam condi-
cionem habuerunt, ne timorosi aut pusillanimes viderentur;
qui tamen die dicta, cum non comparerent adjutores, oppidum
sine violencia receperunt.
Induciarum durante termino, dum comes Marchie quadrin-
gentis comitatus pugnatoribus ultra progredi statuisset , ut ad-
versariis, si contingeret, noceret, a famosis militibus sub duce
militantibus, qui Puteolum et Yonis villam eadem occasione
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. — 879
maris et leurs péres. Quant aux gens de la garnison, il ne juges pas à
propos de les mettre à rançan; seulement pour donner aux Parisiens
un gage certain de sa victoire, il envoya à Paris trente des principaux
d'entre eux, les mains liées derriére le dos.
CHAPITRE XXXVIII.
Prise de Dourdan. Le comte de la Marche est fait prisonnier.
Tout le monde apprit avec plaisir le brillant exploit par lequel le
duc de Guienne avait signalé ses premières armes. Ce prince, voulant
poursuivre le cours de ses succès, mena son armée à Dourdan, place de
difficile accès, où le duc de Berri, oncle du roi, avait mis bonne gar-
nison. C'étaient tous de vaillants hommes; mais instruits par le mal-
heur de leurs voisins et désirant éviter un siége, ils envoyérent au-
devant du duc de Guienne Jean de Gaucourt et Louis Bourdon , pour
lui offrir de mettre à sa disposition leurs personnes et leurs biens, et
lui demander une suspension d'armes de huit jours. Ils espéraient fer-
mernent que dans l'intervalle on leur enverrait des secours qui obli-
geraient leurs ennemis à lever le siége. L'affaire fut mise en délibéra-
tion, et pendant ce temps le duc mandait un renfort de Paris. Les
assiégeants, pour ne pas encôurir le reproche de peur ou de lácheté,
souscrivirent à la demande qui leur était faite. Mais au jour fixé , le
secours attendu par les assiégés n'arriva pas , et la ville se rendit sans
coup férir.
Durant la tréve, le comte de la Marche, qui s'était mis à la téte
de quatre cents hommes d'armes, pour aller tenter quelque coup de
main contre l'ennemi, fut surpris et enveloppé par quelques cheva-
liers du parti d'Orléans, qui tenaient garnison au Puiset et à Janville.
580 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
Servhbant, taliter circumventus est et deceptus , ut asseruerunt
qui ejus signa sequebantur. De castris namque predictis, ut
prius constituerant, occultissime exeuntes, cum ad eum propius
inexpectati accessissent , ingeminantes vwat rex! ne adversarii
crederentur, subito mutato titulo, cum iterum exclamassent
vivat dux Aurelianensis! in Parisienses et alios quos secum
traxerat nichil sibi metuentes acriter insurrexerunt. Quidam
cives, qui vexillum Parisiensium sequebantur, ipsum prius
monuerant ut in medio adversariorum constitutus se ab insi-
diis eorum precaveret. Sed spretis monitis, dum adhuc in lecto
aurore lucis sequentis expectaret adventum, subito supervene-
runt. Nobiles qui secum erant, vix assumendi galeas tempus
habuerunt; et quamvis eciam audaciores repentina concuciant,
non eis tamen defuit audacia resistendi. Sed non diu; nam ex
eis parte maxima interfecta, cum ipso comite ceteri in parte
maxima jugum redempcionis peccunialis subierunt, hostibus se
. dedentes. | uu |
Prefatum tamen comitem miles in armis strenuus dominus
de Rambures, nacione Normanus, non a longe sequebatur;
qui ut victorum extrema agmina occupata electione captivorum
et collectione exuviarum interfectorum intellexit , omnes subita
invasione terruit, et, ut referunt qui tunc presentes aderant,
ex eis quibusdam interfectis, ex captis jam et vinculis alliguatis
quosdam eciam viribus recuperavit. Comitem vero et ceteros
cum ipso captos et quasi ad ludibrium et ignominiosum specta-
culum reservatos, in signum triumphi victores Aurelianis incar-
cerandos perduxerunt; unde utriusque sexus summe auctori-
tatis incole tanta tamque exuberanti leticia repleti sunt, ut
ceteri fuerant, quando pontem Sancti Clodoaldi lucrati sunt.
Ut autem fama victorie. ubique divulgata est; audacia aliorum
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 581
Voici comment l'affaire se passa, suivant le récit de ceux qui l'avaient
accompagné dans son entreprise. Lesdits chevaliers, s'étant concertés
entre eux, sortirent secrétement de ces deux places et s'approchérent
du comte de la Marche en criant vive le roi! afin de ne pas étre
reconnus; puis changeant tout à coup d'attitude, ils se mirent à
crier vive le duc d'Orléans! et chargérent rudement les Parisiens et
les autres hommes de la suite du comte, qui ne s'attendaient pas à étre
attaqués. Quelques bourgeois, qui faisaient pertie de la milice pari-
sienne, l'avaient averti peu de temps auparavant de ne pas perdre de
vue qu'il se trouvait au milieu des ennemis et de se tenir sur ses
gardes. Mais il n’eut aucun égard à leurs avis, et il était eñcore dans
son lit attendant le lever du jour, lorsqu'il se vit enveloppé de toutes
parts. Les nobles qui étaient avec lui eurent à peine le temps de prendre
leurs armes. Toutefois , malgré l'effroi que cause toujours une attaque
imprévue méme aux coeurs les plus intrépides, ils ne laissérent pas
de se défendre avec courage. Mais le combat ne fut pas de longue
durée; la plupart d'entre eux ayant été tués, le comte de la Marche
et les autres se rendirent et furent mis à rancon.
Un vaillant chevalier normand, le sire de Rambures, suivait d'assez
près le comte de la Marche. Voyant l'arriére-garde des vainqueurs occu-
pée à se partager les prisonniers et à recueillir la dépouillé des morts,
il fondit sur eux tout à coup. Il en prit un assez bon nombre, si l'on
en croit le témoignage de ceux qui se trouvaient là , et parvint à déli-
vrer quelques-uns des prisonniers qu'on avait déjà chargés de chaines.
Quant au comte et à ceux qui avaient été pris avec lui, les vainqueurs,
se réservant de les donner en spectacle et d'orner leur triomphe par
leur présence , les conduisirent ignominieusement à leur suite jusqu'à
Orléans, où ils les jetérent en prison. Les prineipaux habitants de cette
ville, hommes et femmes , ressentirent de ce succés une joie aussi vive
que celle qu'avaient témoignée les Parisiens à la reprise du pont de
Saint-Cloud. Le bruit de cette victoire se répandit bientót de tous
cótés. Ceux du parti contraire en furent un peu abattus, et mandérent
à Paris qu'on se gardát de faire justice d'aucun de ceux qu'on avait
582 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
in parte deferbuit, mandantes Parisius ne de quocunque detento
in carceribus in odium ducis Aurelianensis fieret justicia, ne
tunc capti similem penam subirent. Que nova Karolus de
Hangest, multi quoque famosi milites cum exuberanti tulerunt
leticia, se sic interitum ignominiosum evasisse. .
In hoc mortali conflictu ex. nobilibus et aliis plusquam qua-
dringenti gladiis occubuerunt, et inter Parisienses unum car-
nificem cognominatum Goues inter mortuos sanguinolentum
et semimortuum repertum dux Burgundie propter ejus auda-
ciam egre tulit. Et ideo cum Parisius adductus et mortuus fuis-
sét, in ejus exequiis cum ceteris civibus statuit presencialiter
interesse. |
Hiis peractis, et recuperato Dordano, domini ducis Guienne
etas juvenilis ultra progredi satagebat, ut probitatis ardorem
amplius evaporaret. Sed quia pre nimia hyemis inclemencia
homines, jumenta incipiebant deficere, principum et baronum
consiliis acquiescens, decembris die decima octava rediit Pari-
sius, et tunc Anglicos et extraneos pugiles donis cumulatos
uberioribus ad solum proprium cum graciarum actionibus
remisit.
CAPITULUM XXXIX.
Quid egerunt capitanei regis auctoritate constituti ad inquietandum gentes ducis.
Domini ducis Guienne bellica expedicione durante, dum
militares copie quotquot in hostes miserat ad strenuitatis titu-
lum acquirendum viribus laborarent, nuncius superveniens,
post impensum debite salutacionis affatum, comitem Sancti
Pauli villam muratam Couciaci sine resistencia jam occupasse
. narravit, Addidit et eumdem indignantissime tulisse quod
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 583
emprisonnés en haine du duc d'Orléans ; ils craignaient qu'on n'ueát
de représailles envers ceux qui venaient d'étre faits prisonniers. Charles
de Hangest et les illustres chevaliers qui partageaient son sort se
réjouirent fort de cette nouvelle en pensant qu'ils échappaient ainsi à
une mort ignominieuse.
Plus de quatre cents hommes, tant nobles que menu peuple, péri-
rent dans cette sanglante mélée. Parmi les Parisiens qui avaient suc-
combé, on trouva l'un des fréres Legoix tout couvert de sang et presque
sans vie; ce qui affligea vivement le duc de Bourgogne, qui appré-
ciait fort son intrépidité. On le ramena à Paris, où il rendit le dernier
soupir, et le duc voulut assister en personne à ses funérailles avec les
bourgeois.
Aprésla prise de Dourdan, monseigneur le duc de Guieune, en-
trainé par la bouillante ardeur de son áge, voulait pousser plus avant,
afin de donner carriére à son courage ; mais comme la saison devenait
trop rigoureuse pour que les hommes et les chevaux pussent continuer
leur service, il revint à Paris le 18 décembre, d'aprés l'avis des
princes et des barons. Il congédia alors avec de riches présents les
Anglais et les autres étrangers qui combattaient sous ses ordres, et les
renvoya dans leurs foyers en les remerciant de leurs services.
CHAPITRE XXXIX.
Ce que firent les capitaines chargés de combattre au nom du roi les gens
du duc d'Orléans.
Peudant l'expédition de monseigneur le duc de Guienne, les diffé-
rents corps d'armée qu'il avait envoyés contre les ennemis déployaient
une louable activité et cherchaient à signaler leur vaillance. Il en reçut
bientót des nouvelles par un courrier qui , aprés lui avoir offert les
compliments d'usage , lui annonca que le comte de Saint-Pol avait pris
sans résistance la ville close de Coucy, mais qu'il était fort irrité que
messire Robert d'Esne, auquel le duc d'Orléans avait remis la garde
584 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIl.
dominus Robertus Desne ad custodiam oppidi, quod mirabile
et inexpugnabile reputabant regnicole, auctoritate ducis Aure-
lianensis deputatus, spreto regio mandato, sibi denegaverat in-
gressum, et ideo cum juramento firmasse se minime redditurum,
donec ipso viribus vel astucia potiretur.:« Excellentissime , in-
« quit, princeps, jam collocatis in gyrum jàculatoriis machinis
« et obsidionalibus instrumentis , expertos artifices accersivit,
« qui cum celtibus et fossoriis ferreis trinam viam subterra-
« neam peragant , per quam possint attingere ad destructionem
« murorum, ne obsessis pugnatoribus circumclausis oppidum
« exeundi libera detur facultas. » Quicquid nuncius retulisset,
circumspectorum judicio, arcem latam et sublimem, in intersti-
ciis murorum triginta pedes spissitudinis habentem, muro quo-
que sollido et dempsis turribus circumdatam mirancium , rem
adgressam non viribus sed peccuniali tractatu dignum duxerunt
celerius terminandam. Id autem in finalibus actum est. Nam
cum trium mensium spacio adjacentem patriam bonis omnibus
spoliasset et in vanum capere turrim temptasset, rex magis-
trum Eustachiurn de Atrio, unum ex consiliariis suis misit, qui
pactum faciens cum obsessis octo milia aureorum eis dedit; et
sic pacifice recedentes castrum regi reddiderunt.
Tunc et dominus dux Guienne Victriacensis, Calvimontensis,
Trecensis atque Meldensis ballivorum recepit apices continentes :
quod , comitatu Virtutum in Campania existente hostili direp-
cione tradito, vallidum castrum de Memmer, hucusque inex-
pugnabile creditum ac fratri ducis Aurelianensis subditum,
occupaverat per hunc modum. « Videns, inquiunt, dominus
« Clignetus de Brebanto quod post longuam obsidionem manus
« nostras effugere non valebat, cum armigero qui vigilias noc-
« turnas regendas susceperat tractatu peccuniali inito, cum
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 585
du cháteau, généralement regardé comme inexpugnable à cause de la
merveilleuse épaisseur de ses murailles, lui en eût refusé l'entrée au
mépris des ordres du roi, et qu'il avait juré de ne pas quitter la place
avant de s'en étre emparé par force ou par ruse : « Trés excellent
« prince, ajouta-t-il, le comte, aprés avoir dressé autour des murs
« ses batteries et ses machines de siége, a fait venir d'habiles ouvriers
« qui, à l'aide de pioches et d'autres instruments en fer, ont creusé
« trois ouvertures souterraines, pour arriver à détruire les murs et
« pour empécher la garnison assiégée de sortir du cháteau. » Quelques
bonnes assurances que donnát le courrier, les gens sages, consi-
dérant quelle devait être la force d'une citadelle vaste et élevée, dont
les remparts avaient trente pieds d'épaisseur et qui était entourée d'un
mur solide et de grosses tours, furent d'avis que l'argent serait plus
efficace que les armes pour le succés de l'entreprise. Cet avis fut adopté
et mis à exécution. Après un siége de trois mois, pendant lequel le
comte de Saint-Pol ne réussit qu'à ruiner le pays d'alentour, le roi
envoya 'Eustache de Laitre, l'un de ses conseillers, qui traita avec les
assiégés moyennant huit mille écus d'or. À ce prix, ils sortirent du
cháteau et le remirent entre les mains du roi.
Vers le méme temps, monseigneur le duc de Guienne recut des
lettres des baillis de Vitry, de Chaumont, de Troyes et de Meaux, qui
lui annoncaient qu'aprés avoir saccagé le comté de Vertus en Cham-
pagne ils s'étaient enfin rendus maîtres du château fort de Memmer ',
appartenant au frére du duc d'Orléans et réputé imprenable. « Mes-
« sire Clignet de Brabant, disaient-ils, aprés avoir soutenu un long
« siége, voyant que le cháteau ne pouvait nous échapper, a séduit à
« prix d'or un des écuyers chargé de faire le guet pendant la nuit,
' Monstrelet dit Moynier, Lefèvre de Saint-Remy Moismer.
IV. 74
586 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
« septem ex suis familiaribus loco cessit; sed prodicione detecta,
« proditorem jussimus decollari. » |
Ducis Aurelianensis genitor in confinio Valesii comitatus, in
terra arida, loco vasto, quamvis a culto solo non longe, muni-
cipium Petri Fontis, quod amplitudine, miro decore et inusi-
tato artificio cetera regionis superaret, cum immensis laboribus
et expensis construxerat, quod hucusque dominus dictus. des
Boquiaux, miles insignis et audax, susceperat conservandum. Is
cum summa pertinacia spiritum rebellionis induens ,.non modo
regis contempnendo mandata et ejus nunciis castri denegaverat
ingressum, sed et sepius in eos insidiose erumpens parva bella
commiserat , et rediens cum captivis et spoliis meliorem calcu-
lum reportaverat. Videns tamen quod occasione ista patriam
adjacentem ad summam inopiam reducebat, viciniorum cala-
mitatibus misertus, ad regem cum salvo conductu et supplex
veniens veniam de delictis commissis peciit et impetravit, sub
tali moderamine quod usque ad Natale Domini medietatem
mobilium et se ipsum posset alibi transferre. A dedicione illa
cuidam armigero cognominato de Fiennes locus commissus est,
adjunctis secum militaribus copiis, que discursiones hostiles
domini Guidonis Gorle et domini Archambaudi circa patriam
adjacentem fieri consuetas viribus refrenarent. De castro nam-
que vallidissimo Feritatis Milonis, quod eciam ducis Aurelia-
nensis genitor recenter augmentaverat muris spissis et turribus
cum immensis expensis et laboribus , exeuntes usque ad viginti
miliaria predas libere exercebant, nec quemquam indempnem,
cujuscunque esset preeminencie, sine multa peccuniali trans-
ire non permittebant. Inde tamen usque ad nauseam ditati, ut
audierunt dominum ducem Gauienne illos obsidione cingere sta-
tuisse, cum ejus nunciis tractaverunt quod ipsi cum extraneis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. 587
« qui l'a laissé sortir de la place avec sept de ses familiers. Mais nous
« avons découvert la trahison et fait décapiter le perfide. »
Le pére du duc d'Orléans avait fait bátir à grands frais sur les
limites du comté de Valois, dans un terrain vaste et désert, quoique
peu éloigné des terres cultivées, la forteresse de Pierrefouds , qui avait
coûté d'immenses travaux et qui par sa grandeur, sa beauté et son
admirable construction était bien supérieure à toutes les places de la
contrée. Le sire des Bosqueaux , chevalier renommé par son audace,
qui avait gardé jusqu'alors cette forteresse, s'était montré l'un des
rebelles les plus opiniátres; il avait, au mépris des ordres du roi,
refusé l'entrée de la place aux envoyés du duc de Guienne , fait plu-
sieurs sorties contre les troupes royales, qu'il avait vaincues dans di-
verses escarmouches , et ramené avec lui dans la place beaucoup de pri-
sonniers et de butin. Mais voyant que sa résistance réduisait le pays à
la dernière détresse, il eut compassion des souffrances de ses voisins et
se rendit auprés du roi avec un sauf-conduit. Il lui demanda humble-
ment pardon de ses méfaits, et obtint la permission de se retirer
ailleurs avant Ja fête de Noël en emportant avec lui la moitié de ses
biens. À partir de ce jour la place fut remise à un écuyer nommé de
Fiennes, qui en prit possession avec un certain nombre de gens de
guerre, pour réprimer les courses que messire Guy Gorle et messire
Archambaud faisaient dans les environs. Ces deux seigneurs, postés
dans le cháteau fort de la Ferté-Milon, que le feu duc d'Orléans avait
récemment entouré à grands frais de bonnes murailles et flanqué de
grosses tours , portaient impunément le ravage dans un rayon de plus
de vingt milles, et ne laissaient passer aucun de ceux qu'ils rencon-
traient, quel que füt leur rang, sans exiger d'eux une rancon. Ils
s'étaient amsi gorgés de butin. Mais quand ils apprirent que monsei-
gneur le duc de Guienne avait résolu de les assiéger, ils traitérent
avec ses envoyés et demandérent qu'on leur permit de se retirer vie
et bagues sauves eux et les étrangers avec tout leur avoir, et qu'on
fixât un jour aux autres pour comparaître au Parlement. |
588 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
et omni supellectile possent exire libere vita salva et mobili, et
aliis assignaretur dies comparendi in regio Parlamento.
In comitatu Tonitrui, dominus Johannes de Cabilone, prin-
ceps Orengie, comitem consanguineum suum, qui partem ducis
Burgundie domini sui relinquens, spreto fidelitatis juramento,
ad ducem Aurelianensem transierat, auctoritate regia multis
concomitatus Burgundionibus cum prepotenti dextera infes-
tabat. Nec contentus quod anno jam preterito Rubei Montis
villam fortem sibi vallida obsidione abstulisset, ymo et anno
presenti ipsum fugere compulit, et villam muratam Tonitrui
longua obsidione oppressam occupavit, et hoc domino duci
Guienne nunciis et apicibus intimavit. |
Inter tot guerrarum voragines, dum domini de Crouyaco '
consanguinei ipsum jussu ducis Aurelianensis multa dampna et
tormenta pertulisse ob suspicionem mortis sui genitoris egre
ferrent, filios ducis Borboniensis in quodam castro ceperunt,
et detinuerunt captivos, ut miles prefatus cicius expediretur et
sue restitueretur libertati.
Quanquam eciam hiis diebus regis subsidiarit longe lateque
per regnum oppida villasque muratas hostium nunc tractatibus
nunc viribus laudabiliter temptarent occupare, summa tamen
sollicitudine nec immerito precavebant ne ipsorum circumve-
nirentur insidiis , dum hostiles continuarent discursus, et habe-
nas crudelitatis in eos conabantur laxare. Quod exercicium
militare cum miles insignis dominus de Calvo Monte, ducis
Aurelianis familiarissimus , et qui sub eodem amplum patrimo-
nium possidebat, quadam die in vanum attemptasset, et fessus
rediens apud Auniau quietis gracia divertisset, a convicinis
agricolis captus fuit et auxilio Parisiensium sub cognominatis
le Goues militancium Parisius est adductus. Sed cum diu fuisset
J
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 589
Dans le comté de Tonnerre, messire Jean de Châlons, prince
d'Orange, à la téte d'un corps nombreux de Bourguignons , faisait
rude guerre, conformément aux ordres du roi , au comte son cousin,
qui, malgré son serment de fidélité, avait abandonné le parti du duc
de Bourgogne son seigneur pour embrasser celui du duc d'Orléans.
Non content de lui avoir enlevé, l'année précédente, la place forte
de Rougemont , il le contraignit cette année à quitter le pays et s'em-
para aprés un long siége de la ville close de Tonnerre. Il écrivit
ensuite à monseigneur le duc de Guienne pour Jui annoncer ces succès.
Au milieu des désordres de Ia guerre civile, les parents du sire de
Croy, irrités des dommages et des tourments que le duc d'Orléans lui
avait fait souffrir sous prétexte de complicité dans l'assassinat de son
pére, surprirent dans un certain cháteau les fils du duc de Bourbon
et les retinrent prisonniers afin de háter la délivrance dudit seigneur '.
Cependant l'armée du roi, qui était maitresse de la campagne, tout
en soumettant soit par des traités, soit par la force, les places et les
villes closes de ses adversaires, ne laissait pas de se mettre en garde
contre leurs surprises et cherchait à leur nuire par tous les moyens
possibles. Un illustre chevalier, le sire de Chaumont , que le duc d'Or-
léans aimait beaucoup et qui possédait de grands biens dans ses
domaines, ayant um jour dressé une embuscade aux troupes royales,
était revenu se reposer de ses fatigues à Auneau. Il y fut pris par des
paysans du voisinage et conduit à Paris sous une escorte de Parisiens
commandés par les Legoix. On le retint long-temps prisonnier, et les
officiers de l'armée émirent à plusieurs reprises l'avis qu'on lui fit subir
* Voir ci-dessus la note de la page 589.
590 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
in carceribus detentus, et inter turmas militares sepius oppina-
retur quod sentenciam deberet subire capitalem , tandem tamen
vallidis precibus amicorum ipsius rex discrimen in multam
peccunialem commutans statuit ut decem milia aureorum in
gazis regiis inferret, tantamque summam solveret hiis qui eum
adducerent , in remuneracionem laborum.
CAPITULUM XL.
Regem Francie rex Sicilie visitavit,
Sequens oppinionem vulgalem, ut de diviciis regni rex Sicilie
Ludovicus , regis cognatus germanus, suas indigencias supple-
ret, januarii die undecima cum insigni comitiva balistariorum
et armatorum ad unguem venit Parisius; in cujus tamen adventu
multi gavisi sunt, sperantes quod eo mediante inter dominos
discordantes pacificus posset componi tractatus.
CAPITULUM XLI.
Propter conservacionem libertatum Ecclesie gallicane viri ecclesiastici
congregantur.
Nunciis et apicibus jam exacto anno summum pontificem et
dominos cardinales ad primam diem apprilis mensis instantis
terminum prefixisse ubique divulgatum fuerat ad generale
consilium orthodoxorum prelatorum celebrandum, ut statum
universalis Ecclesie in melius reformarent. Tam gratam con-
vencionem habuerunt viri ecclesiastici regni, quod, quamvis
voraginibus guerrarum undique circumseptos se cernerent et
dolerent, nec tamen recusaverunt auctoritate regia evocati Pari-
b
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 591
la peine capitale. Mais le roi, cédant aux pressantes instances de ses
amis, commua sa peine en une amende pécuniaire et ordonna qu'il
versát dix mille écus d'or dans le trésor royal et qu'il payát à titre de
rancon une pareille somme à ceux qui l'avaient amené.
CHAPITRE XL.
Visite du roi de Sicile au roi de France.
Le 14 janvier, Louis, roi de Sicile, cousin germain du roi, arriva
à Paris avec une suite nombreuse d'arbalétriers et d'hommes d'armes ;
on prétendait généralement qu'il était venu chercher de l'argent eu
France pour soulager sa détresse. Cependant beaucoup de gens se
réjouirent de son arrivée, dans l'espérance qu'il pourrait par son
intervention ménager quelque accommodement entre les ducs.
CHAPITRE XLI.
Le clergé s'assemble pour aviser aux moyens de maintenir les libertés de l'Église
gallicane.
L'année précédente, om avait été informé de tous côtés par des
lettres et des messages que le pape et messeigneurs les cardinaux
avaient fixé au 4°" avril la réunion d’un concile général des prélats
orthodoxes, pour aviser aux moyens de remédier aux maux de l’Église
universelle. Les membres du clergé de France accueillirent cette con-
vocation avec tant de plaisir, que, nonobstant les dangers auxquels
ils se voyaient exposés par les désordres de la guerre, et malgré l'afflic-
tion qu'ils en ressentaient, ils s'empressérent de se rendre à Paris
conformément à l'invitation du roi, dans l'espérance qu'il pourrait
592 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
sius comparere, sperantes aliqua se deliberare posse ad utilita-
tem Ecclesie gallicane. Quot et quantis gravaminibus intolle-
rabilibus, exquisitis quoque dampnosis serviciis eam hucusque
Romana curia attriverit luce clarius ex precedentibus scriptis
patet. Quapropter ad .aliqualiter sublevandum ejus onera
importabilia , super quibus libertatibus concedendis in synodo
congreganda summo pontifici humiliter supplicarent mutuo
deliberaverunt, scriptis redegerunt et decreverunt inter se
publicare. Cum ergo more solito die jovis undecima januarii,
missarum sollemniis devotissime Sacra Capella peractis, aulam
ingressi fuissent regalis Palacii, sicut condictum fuerat, in sacra
pagina professor eximius, magister Benedictus Gentiam, Sancti
Dyonisii religiosus, propositum perorandum ore diserto susce-
pit et media pro tempore practicanda. Ad longum omnia verba
sua scriptis redigere non opus est. Quapropter breviloquio
utens, super pensionibus dominorum cardinalium super eccle-
sias regni assignatis, super appellacionibus dampnosis ad cu-
riam Romanam de cetero prosequendis, super extraneorum
promocionibus ad ecclesias regni permittendis, et ne per hec
et similia peccunie extra regnum more solito deferrentur, mo-
nuit omnes et singulos mature deliberare.
CAPITULUM XLII.
De quódam milite decollato.
Quam periculosum sit obloquütoribus virosas linguas laxando
superiores ad iracundiam provocare genere insignis miles Picar-
dus, dominus Mansart de Bosco, die januarii decima sexta
capitalem subiens sentenciam et inde corporis suspensionem,
cunctis exemplum prebuit. Ejus ignominiosam mortem milites
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 593
résulter de leurs délibérations quelque chose d'utile pour le bien de
l'Église gallicane. Les faits que j'ai racontés ci-dessus ont clairement
démontré quelles lourdes charges , quelles ruineuses exactions la cour
de Rome avait fait peser jusqu'alors sur ladite église. Pour alléger
quelque peu ce fardeau accablant, les prélats délibérérent entre eux
sur les concessions qu'ils auraient à demander humblement au pape
pendant la tenue du concile, rédigérent par écrit leurs résolutions,
et se décidèrent à les rendre publiques. Le jeudi, 11 janvier, après
avoir selon l'usage entendu la messe en grande dévotion dans la
Sainte-Chapelle, ils entrérent en séance dans la salle du Palais, et,
suivant ce qui avait été convenu , un célébre docteur en théologie,
maître Benoit Gentien, religieux de Saint-Denys, prit la parole et
exposa éloquemment les points sur lesquels il y avait lieu d'appeler
une réforme. Il est inutile de rapporter tout au long son discours. Je
me contenterai de dire qu'il engagea tous les assistants et chacun d'eux
en particulier à discuter mürement les pensions assignées à messei-
gneurs les cardinaux sur les églises de France, l'abus des appels en cour
de Rome et les promotions des étrangers aux bénéfices du royaume,
et à empécher que sous ce prétexte ou d'autres semblables on n'expor-
tát l'argent du royaume.
CHAPITRE XLII.
Exécution d'un chevalier.
La mort de messire Mansard du Bois, illustre chevalier picard, qui
fut condamné à la peine capitale et pendu le 16 janvier, fit voir combien
il est dangereux de provoquer la colére des grands en les attaquant par
des propos injurieux. On déplora généralement sa fin ignominieuse;
car sa vaillance, sa générosité, son affabilité et les agréments de sa per-
sonne lui avaient concilié l'affection de tous. Mais il n'avait pas su se
Iv. | 75
594 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
dignum duxerunt plangendam , quia strenuus existens in agen-
dis, generosus, affabilis et toto corpore formosus omnibus
carus erat. Inter specialia tamen intemperancie que commiserat
facinora , duci Aurelianensi favens et genitoris interfectionem
egre ferens, duci Burgundie tante nequicie et prodicionis obi-
ciendo titulum pluries publice dixerat quod, quamdiu vitam
duceret in humanis, eum perpetuum adversarium haberet, non
cogitans quod in brevi tam temerarii ausus penas luiturus esset. '
Interrogatus tamen super multis et precipue super transacta
bellica expedicione hostium, libere non ignorasse eam dixit in
prejudicium ipsius et ville Parisiensis inchoatam , idque dissua-
sisse dominis vicibus reiteratis; sed ne eumdem formidolosum,
fidei dubie haberent, vel aliqualiter suspectum , eis servire stu-
duerat et placere, pocius quam ab eis recedere. Mortem prefati
militis multi ex generosis proavis ducentes originem molestis-
sime tulerunt, eam injustam absque erubescencie velo repu-
tantes; in sigBum cujus, cum spiculatore omnes qui ipsam
procuraverant variis mortibus dicebant infra quindenam se-
quentem ultimos dies signasse.
CAPITULUM XLIII.
Kex incolumis effectus statuit ut persequerentar eonsanguinei, tanquam adversarii
capitales, per consilium ducis Burgundie.
Januarii mensis decima sexta die, cum regnicolarum exube-
ranti leticia rex sanam mentem resumens, ut audivit cognatos
et consanguineos, hostes factos per consilium ducis Burgundie,
longe lateque per regnum hostiles discursiones exercere, tante
temeritatis audaciam diu pati indignissimum reputavit. Et in
domo regia Sancti Pauli cum rege Sicilie Ludovico, duce
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 595
contenir dans les bornes de la modération. Partisan dévoué du duc
d'Orléans, et ne pouvant oublier l'assassinat de son pére , il avait plu-
sieurs fois reproché au duc de Bourgogne son attentat et sa perfidie, et
déclaré publiquement que, tant qu'il vivrait, il le regarderait comme
son ennemi mortel. Il ne prévoyait pas que bientôt on lui ferait payer
cher ces paroles audacieuses. Interrogé entre autres choses sur la der-
niére campagne, il répondit franchement qu'il n'ignorait pas qu'elle
avait été entreprise au préjudice du duc et de la ville de Paris et qu'il
avait cherché plusieurs fois à détourner les seigneurs de leur projet,
mais que, ne voulant pas s'exposer au soupcon de lácheté ou de dé-
loyauté, il s'était décidé à prendre les armes pour leur complaire,
plutót que de les abandonner. Beaucoup de gentilshommes d'illustre
famille déplorérent vivement la mort dudit chevalier et ne craignirent
pas de dire hautement qu'elle était injuste. Ils alléguaient à l'appui de
leurs paroles que le bourreau et tous ceux qui avaient pris part à la
condamnation étaient morts de diverses maniéres dans la quinzaine.
CHAPITRE XLIII.
d
Le roi, ayant recouvré la santé , ordonne, d’après le conseil du duc de Bourgogne,
que les princes ses parents soient poursuivis comme ennemis de l’État.
Le 16 janvier, le roi recouvra la santé, à la grande satisfaction de
tous ses sujets. Áyant été informé alors que les princes ses parents et
cousins, qui avaient été déclarés ennemis publics, d'aprés les conseils
du duc de Bourgogne, couraient le royaume d'un bout à l'autre, il
résolut de ne pas souffrir plus long-temps une pareille audace. Il con-
voqua donc en son hótel royal de Saint-Paul le roi de Sicile Louis,
le duc de Bourgogne, les autres seigneurs de sa cour et plusieurs
. + +
07 Pe
596 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
Burgundie, ceterisque suis illustribus, ex clero et civibus quos
secretorum suorum participes dignos noverat evocans, cum
feriis successivis sciscitaretur sollicite tante nequicie radicem et
originem, non defuerunt fautorés ipsius ducis libere respon-
dentes : « In arduis regni vestri disponendis post vos nequive-
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runt locum primum obtinere, nec, quod minati fuerant, Pari-
sienses cives vestros ad libitum depredari. Nam, inquiunt,
metuendissime princeps, impacienter ferentes coadjutores
iniquitatis concepte ab urbe vestra expulsos velut exules pro-
scriptos, eamdem ab una parte obsidione cingere statuerunt,
non verentes, ut degeneres et rebelles, diu machinarum et
instrumentorum obsidionalium continuatis tonitruis aures
vestras offendere, eciam cum vobis: requiescere in castro ves-
tro Lupare opus erat. Per patriam eciam adjacentem prope
vesano impetu et velut furiis agitati colonos et agricolas cap-
tivantes et multipliciter affligentes, ut ultra facultates odibile
jugum redempcionis subirent, eos bonis omnibus et omni
supellectile privaverunt, sepius et multis domibus post dis-
tracta mobilia flamma voraci consumptis. Et ut conspectu
parentum raptas virgines, ut vile stuprum subirent, pertrans-
eamus breviter, iterum laxando sue crudelitatis habenas edes
sacras quamplurimas non modo effringentes, ut libros, cali-
ces et indumenta ecclesiastica raperent et viliter commuta-
rent; ymo, quod detestabilius fuit, sacrum crisma et corpus
Domini de vasis aureis vel argenteis prophanis manibus eje-
cerunt ut eisdem potirentur, rabiem sarracenicam imitando.
« Hec et similia perpetrantes, durante obsidione, ne matri
urbium regni vestri victualia de Picardie et Normanie par-
tibus afferrentur, inito cum Burgundionibus tractatu, quod
de villa Sancti Dyonisii exirent, eamdem occupaverunt, ne
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 597
membres du clergé et de la bourgeoisie dont il connaissait la fidélité
et la discrétion. Le conseil dura plusieurs jours; le roi s'étant enquis
des causes et de l'origine de cette téméraire entreprise, certains par-
tisans du duc de Bourgogne lui répondirent hardiment : « C'est qu'ils
« n'ónt pu, trés redouté prince, obtenir la premiére place aprés vous
« dans le gouvernement du royaume, ni exécuter la menace qu'ils
« avaient faite de mettre au pillage votre ville. Irrités de voir les
« complices de leur attentat chassés de Paris comme des exilés et des
« proscrits, ils se sont mis à bloquer cette ville d'un cóté, et n'ont
« pas craint, les infámes et les rebelles qu'ils sont, d'offenser vos
« oreilles par le bruit continuel de leurs batteries et de leurs ma-
« chines de siége, méme lorsque vous aviez tant besoin de repos
« dans votre cháteau du Louvre. Ils out ravagé les environs avec une
« rage forcenée ; dans leur aveugle fureur, ils ont arrêté les paysans
« et les laboureurs et les ont accablés de-toutes sortes de maux, pour
« les forcer à payer des rançons exorbitantes; ils les ont dépouillés
« de tous leurs meubles et de tous leurs biens ; souvent méme ils ont
« incendié leurs maisons aprés les avoir saccagées. Faut-il ajouter
« qu'ils ont enlevé les jeunes filles sous les yeux de leurs parents pour
« les déshonorer ? Ils ont poussé plus loin leur fureur sacrilége ; on les
« a vus pénétrer de force dans plusieurs églises, y enlever les livres
« sacrés, les calices et les ornements ecclésiastiques et les vendre à
« vil prix; et, ce qui est encore plus abominable, ce qui ne saurait
« se comparer qu'à l'impiété des Sarrasins, ils ont d'une main pro-
« fane jeté à terre le saint chréme et le corps de Notre-Seigneur, pour
« s'emparer des vases d'or et d'argent qui les contenaient.
« Telles sont les horreurs qu'ils ont commises durant le siége. Ils
« ont en outre voulu empêcher que la capitale de votre royaume ue
« recüt des vivres de Normandie et de Picardie, et après avoir obtenu
& par un traité que les Bourguignons sortissent de Saint-Denys, ils se
« sont emparés de cette ville, de peur qu'elle ne rentrát définitivement
598 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII.
« finale obsequium more solito exhiberet. Eadem occasione
« pontem Sancti Clodoaldi, pacto peccuniali inito cum iniquo
« proditore capitaneo, Jude simillimo, receperunt; in quo et
« manum vallidam Guasconum et Britonum, strenuissimorum
« bellatorum, locaverunt, qui et ultra Secanam regnum ves-
« trum exposuissent direpcionibus et predis , nisi milicia vestra
« tanto dampno viribus obstitisset. Nobilium equidem et igno-
« bilium querimoniis excitata, duce et auspice excellentissimo
« duce Burgundie, hanc urbem aggressa, in adversarios insur-
« rexit, de quibus, auxilio Domini, gloriosum reportavit trium-
« phum. Unde ceteri territi comites et barones, omnis eorum
« virtus emarcuit, et in baratrum desperacionis deducti salu-
«tem fuga ignominiosa pecierunt. Inde ad prosequendum
« fugaces divisis copiis bellatorum, cum una serenissimus dux
« Guienne exercicium militare laudabiliter inchoavit. Nam
« castro forti de Stampis non sine resistencia maxima occupato,
« cum villam de Dordano et totum comitatum Stampensem
« vestre dicioni submisisset , sanum et incolumem reduxit vic-
« torem exercitum. Át ubi factum laudabile ubique divulgatum
« est, milites et armigeri in Valesii, Bellimontis ac Virtutum
« comitatibus, Feritate quoque Milonis, et apud Petrum Fon-
« tem degentes se eciam dominacioni vestre libere subdide-
« runt, ut errorum indulgenciam consequi valeant, optantes
« pocius inolitam benignitatem vestram quam potenciam ex-
« periri.
« Et quamvis, serenissime rex, dux Aurelianensis juste depo-
« situs et sui confederati dignos fructus inite temeritatis in
« ignominiosa fuga et amissione dominiorum dictorum perce-
« perint, sarcinam tamen obstinate arrogancie deponere non
« intendunt ve] errores corrigere, sed sue salutis inmmemores
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 599
« sous votre obéissance. En méme temps , ils ont repris par trahison
« le pont de Saint-Cloud en oorrompant à prix d'or le capitaine qui y
« commandait, ce traitre dont la perfidie est comparable à celle de
« Judas. Ils y ont placé une forte garnison de vaillants hommes
600 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
« et vinculum anathematis parvipendentes, quo innodati aucto-
« ritate appostolica se sciunt, adhuc exterminium regni vestri
« modis omnibus procurant, nisi temeritati eorum viribus ob-
« vietis. »
Persuasiones dicte ab aulicis summe auctoritatis ipsis faven-
tibus, in odium ceterorum principum, sepius auribus regiis
infuse ipsum induxerunt ut in consistorio principum novam
expedicionem approbans dilecti primogeniti, et de rebus bene
gestis assistentibus regraciatus, regium dixerit illatas injurias
viribus quoque arceri ne hostes amplius desevirent. In hanc
regis sentenciam tanquam justam Deoque acceptabilem conve-
nientes universi tunc presentes rem acceleracione indigere dixe-
runt, nec vernalem temperiem expectandam, sed antequam hos-
tiles cunei majus suscipereut incrementum , duces prefiojendos
strenuos, sub quibus congregandi pugiles nobiles et ignobiles
militarent. .
CAPITULUM XLIV.
De quibusdam decurionibus ad officia promotis.
Sic armari regni vires in ejus viscera, sanguinem quoque et
consanguineorum cum tanta aviditate sitire injustissimum
arguebam. Sed cum inde sepius et sepissime culparem in came-
ris Parlamenti ac compotorum presidentes, ceterorum quoque
ignaviam qui consiliis regiis ex officio assistunt, tandem a
multis didici quod animos in consultando liberos non habebant.
Hanc excusacionem ut sequar inclinat animus. Sicque feriis
successivis regis Sicilie, ducis quoque Burgundie monitis rex
acquiescens, dominum Johannem de Hangest, quondam magis-
trum balistariorum regni, ac dominum Karolum Dalebret,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 604 .
« apostolique, ils songent encore à ruiner le royaume par tous les
« moyens possibles, si vous n'opposez la puissance de vos armes à
« leurs coupables efforts. »
À force de répéter sans cesse les mêmes discours aux oreilles du roi,
en haine des princes du parti contraire, les principaux partisans du duc
de Bourgogne déterminérent Charles VI à approuver en conseil une
nouvelle expédition de son fils bien aimé. 1l remercia les assistants de
leurs bons offices et dit qu'il était de son devoir de venger les injures
qui lui avaient été faites et de mettre un terme aux cruautés de l'en-
nemi. Toute l'assemblée applaudit à cette résolution comme étant
juste et agréable à Dieu, et demanda qu'on la mit sur-le-champ à exé-
cntion sans attendre le retour du printemps, qu'on ne laissát point à
l'armée ennemie le temps de s'accroitre et qu'on désignát de vaillants
capitaines pour commander les nobles et le menu peuple qui pren-
draient les armes.
CHAPITRE XLIV.
Promotions de quelques gens de cour.
Il me semblait trés injuste qu'une moitié du royaume s'armát ainsi
contre l'autre et que les princes fussent si avides de verser le sang de
leurs parents. Je le reprochais souvent aux présidents du Parlement
et de la chambre des comptes, et j'accusais la condescendance de ceux
à qui leurs charges donnaient entrée dans les conseils du roi. Mais j'ai
entendu dire-à beaucoup d'entre eux que leurs suffrages n'avaient pas
été libres, et je suis disposé à admettre cette excuse. C'est ainsi que
quelques jours aprés, le roi, à l'instigation du roi de Sicile et du duc
de Bourgogne, approuva la déposition de messire Jean de Hangest,
grand-maître des arbalétriers, et de messire Charles d'Albret, conné-
table de France, parce qu'ils avaient suivi le parti du duc d'Orléans,
IV. 76
602 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
nuper conestabularium, quia ducem Aurelianensem sequti fue-
rant, ab officiis juste depositos dixit, et minisleria eorum de
Rambure commisit et comiti Sancti Pauli. De ultimo tamen
dicam quod, quamvis formosus corpore existeret et origine
generosus, ipsi tamen milicie Francie regimen commissum
militum et scutiferorum maxima pars impacientissime tulit,
quia, sicut publice referebat, in actibus bellicis non stare, sed
retrocedere illi mos perpetuus fuerat, mox ut succedebant ad-
versa. Sed, verbis non obstantibus, ensem regium recepit cum
fidelitatis consueto juramento; ad obsidendum quoque castrum
Drocarum mox contendit. Et quia in aula regia buticulariorum
princeps extiterat, ad preces ducis Burgundie domino de
_Crouyaco, famoso sibi militi et picardo, opus exequi commi-
sit. Rex iterum dominum de Riex, britonem, marescallum Fran-
cie, virum utique strenuum et emerite milicie, destituit, quia
confectus senio sibi officium commissum non plus poterat exer-
cere, et sibi dominum Ludovicum de Longny, regi Sicilie fami-
liarem, quem consilio providum semper noverat et audacem,
subrogavit.
Hiis peractis, dominum Guischardum Dalfini, ministrorum
aule regie principem, cum pugnatorum copia ad partes Aure-
lianenses misit, qui adversariorum arceret discursiones hostiles ;
et is urbem muratam de Jargniau, super Ligerim constructam,
ab Aurelianis octo milibus distantem, dicioni regie sine resis-
tencia subdidit , incolis prius indempnitate et indulgencia pro-
missis. |
Jam jamque pugil inclitus Inguerrannus de Bornovilla, picar-
dus, versus partes Carnotenses infauste cum hostibus conflictum
habuerat , et ex suis multis captis vel occisis, villam clausam de
Bonnevalle pro tuto refugio pecierat. Quapropter adversarii
. CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 603
et mit à leur place le.sire de Rambures et le comte de Saint - Pol.
Je dois dire que, malgré les avantages extérieurs de ce dernier,
malgré la noblesse de son extraction, la plupart des chevaliers et des
écuyers virent avec déplaisir qu'on lui confiait le commandement de
la milice de France, parce qu'en campagne il avait , disait-on, pour
habitude de battre en retraite dés qu'il essuyait quelque revers, au lieu
de lutter contre la mauvaise fortune. Nonobstant ces plaintes, il recut
l'épée royale, préta le serment ordinaire de fidélité et partit aussitót
pour aller assiéger le château de Dreux. Comme il était grand-bou-
teiller de France, le duc de Bourgogne fit donner cette charge au sire
de Croy, l'un de ses principaux chevaliers, originaire de Picardie. Le
roi destitua aussi de la dignité de maréchal de France messire de
Rieux, chevalier breton, dont la vaillance et les services étaient
éprouvés, mais à qui son grand âge ne permettait plus d'exercer son
office, et nomma à sa place messire Louis de Logny, familier du roi
de Sicile, dont il avait apprécié en toute occasion la prudence et le
courage. | |
Ces choses ainsi réglées, leroi envoya dans l'Orléanais messire Gui-
chard Dauphin , grand-maitre de sa maison, pour y arrétér les courses
de l'ennemi. Messire Guichard soumit sans coup férir à l'autorité
royale la ville close de Jargeau, située sur la Loire à huit milles
d'Orléans, en promettant aux habitants qu'on respecterait leurs per-
sonnes et qu'on les traiterait avec indulgence.
Vers le méme temps, le brave Enguerrand de Bournonville, cheva-
ler picard, avait été battu par l'ennemi dans le pays Chartrain, et
comme i] avait eu beaucoup d'hommes tués ou faits prisonniers, il
s était réfugié dans la ville close de Bonneval. Les vainqueurs avaient
résolu de s'emperer de cette ville; mais ayant appris le 42 février,
604 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
eamdem deliberaverant viribus occupare. Sed ut eisdem consti-
tit duodecima die februarii regem voce preconia edixisse ut
illuc milites et armigeri cum certo numero Parisiensium ex
decaniis urbis electo celeriter tenderent, dignum duxerunt resi-
piscere ab incepto et in suis delitescere castellis. Tamen sepius
erumpentes, dum sciebant ceteros Gallicos. non equitare , ini-
quitates consuetas perpetrabant.
CAPITULUM XLY.
De practica reperta ad accumulandum peccunias.
Cum gazis regiis quasi penitus exhaustis non possent sti-
pendiarii armati sufficienter premiari, et inter deliberandum
prescripta id mente revolverent assistentes , ex accidentali con-
troversia quorumdam regnicolarum coacervandi ingentes pec-
cunias adinvenerunt materiam per hunc modum. Cum Parisius
et alibi nonnulli a convicaneis et vicinis se dolerent bonis omni-
bus spoliatos sub pretextu quod solum Armeniacis favissent,
optarentque coram dominis Parlamenti regii se innocentes
monstrare, in consistorio principum ceteri cum macellariis dic-
tis le Goues pecierunt, ad vitandum prolixitatem processuum,
ut ex omni regnicolarum statu ad id eligerentur aliqui qui sen-
tencias ad nutum, omni exclusa appellacione, proferrent. Quo
concesso , et pro tribus presidentibus principalioribus magistro
Johanne du Drac, magistro Eustachio de Atrio et preposito
Parisiensi ordinatis adjuncti sunt domini Galas de Alneto,
Karolus de Chambelliaco, dominus Daufemont, ex militari
ordine; de regiis eciam cameris , Universitate Parisiensi et civi-
bus Parisiensibus alii additi sunt duodecim, quorum nomina
. ad presens non teneo, qui eisdem assisterent. Et ne agredienda
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 605
que le roi avait ordonné par la voix du héraut aux chevaliers et aux
écuyers de marcher contre eux en toute háte avec un certain nombre
de Parisiens choisis parmi toutes les dizaines de la ville, ils jugérent
à propos de renoncer à leur entreprise et s'enfermérent dans leurs
places fortes. Ils ne laissérent pas de faire de fréquentes sorties, toutes
les fois qu'ils surent que les Francais ne couraient pas les environs,
et ils commirent leurs dégáts accoutumés.
CHAPITRE XLV.
Expédient imaginé pour avoir de l'argent.
Le trésor royal était épuisé , et ne pouvait plus fournir à la solde des
gens de guerre. Les conseillers du roi, vivement préoccupés de cet
état de choses, prirent occasion des querelles fréquentes, qui par suite
des désordres du temps éclataient entre les habitants du royaume,
pour recueillir de grosses sommes d'argent. Bien des gens, à Paris et
ailleurs, se plaignaient d'avoir été dépouillés de tous leurs biens par
leurs compatriotes et leurs voisins, sous prétexte qu'ils avaient favorisé
le parti des Ármagnacs, et demandaient à prouver leur innocence
devant messieurs du Parlement. Les bouchers Legoix et leurs compa-
gnons vinrent proposer au conseil des princes que, pour éviter la lon-
gueur des procés, on choisit dans tous les ordres de l'État certaines
personnes qui seraient chargées de juger ces affaires en dernier ressort.
Leur proposition fut agréée, et l'on désigna pour présidents maître
Jean du Drac, maitre Eustache de Laitre et le prévót de Paris, aux-
quels on adjoignit messire Gallas d'Aunay, messire Charles de Cham-
bly et messire d'Offemont, chevaliers. On délégua aussi , pour les assis-
ter, douze membres des chambres du roi, de l'Université et de la
bourgeoisie de Paris, dont je ne me rappelle pas les noms en ce
moment. Afin que cette commission procédát avec ordre, il fut décidé
que , quand quatre membres se trouveraient réunis avec lesdits pré-
sidents, ils pourraient, méme en l'absence des autres, entendre les
606 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
confuse agerentur, statutum est ut cum predictis presidentibus,
si ex eis quatuor convenirent, eciam in ceterorum absencia , in
causis predictis informaciones, productos testes audirent, ad
libitum quoque criminalia in multam peccunialem converte-
rent; que si non stipendiariis militaribus equaretur, in generali
collecta civitatibus imponenda suppleretur.
CAPITULUM XLVI.
De libertate data Parisiensibus.
Onus grave cives Parisienses optantes levius et laudabilius
ferre, obtinuerunt a rege ut ex decaniis singulis civitatis mille
et quingenti subsidiarii ad unguem loricati et balistarii quin-
genti sumerentur, qui suis sumptibus sub vexillo prepositi Pari-
siensis militarent, et, si infeliciter certarent, ad perpetuandum
numerum mox alii mitterentur. Prefato numero iterum quin-
genti in effodiendis muris et destructionibus turrium experti
conjuncti sunt, quos vir utique strenuus in agendis Andreas
Rousselli conducendos suscepit; et hiis omnibus injunctum est
sub pena finalis supplicii ut ab infestacione regnicolarum absti-
nentes et stipendiis cotidianis contenti neminem dampnifica- -
rent nisi hostes. Non modo principum assistencium rogatu rex
annuit quod cives pecierant, sed ab eisdem edoctus quam stre-
nue inter procellosas discursiones hostiles hoc anno se habue-
rant, et precipue in reparacione pontis Sancti Clodoaldi, iterum
eorum precibus victus concessit ut libere urbis antiquam liber-
tatem resumentes cum preposito mercatorum scabinos statue-
rent, qui cum eo ardua deliberarent equa lance. Ad electionem
igitur cives procedentes sigillatim juraverunt quod tanto dignos
honore assumerent. Et quamvis multi prudencia conspicui et
CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXII. 607
dépositions des témoins dans lesdites causes, et substituer, si bon leur
semblait, aux peines criminelles des amendes pécuniaires, et que, si le
produit des amendes ne suffisait pas pour la solde des gens de guerre,
on y suppléerait par une contribution générale imposée aux villes.
CHAPITRE XLVI.
Libertés accordées aux Parisiens.
Les bourgeois de Paris, qui avaient à cœur d'échapper à cette
nouvelle charge par quelque expédient honorable, proposèrent au roi
d'entretenir à leurs frais, sous les ordres du prévôt de Paris, un corps
de quinze cents hommes d'armes et de cinq cents arbalétriers choisis
dans toutes les dizaines de la ville, et s'engagérent, en cas de revers,
à remplacer ceux qui viendraient à manquer. On joignit à ce corps
d'armée cinq cents pionniers, habiles à miner les murailles et à saper
les tours, dont le commandement fut donné à un vaillant homme,
appelé André Roussel. On leur prescrivit à tous sous peine de mort
de ne commettre aucun dégát dans le royaume, de se contenter de
leur solde journalière et de ne maltraiter personne, si ce n’est l'en-
nemi. Non-seulement le roi, d’après le conseil des princes, consentit
à toutes les demandes des Parisiens, mais encore , lorsqu'on lui eut dit
avec quel courage ils avaient repoussé cette année les courses de l'en-
nemi ét contribué à la reprise du pont de Saint-Cloud, il leur rendit,
sur leurs instantes priéres, le privilége qu'ils avaient autrefois d'ad-
joindre au prévót des marchands un certain nombre d'échevins choisis
par eux pour délibérer avec lui sur les affaires importantes. Les
bourgeois prooédérent donc à cette élection, aprés avoir juré de ne
donner leurs suffrages qu'à des hommes dignes d'un tel honneur.
Parmi les nombreux candidats que leur rare prudence et leur fidélité
608 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
emerite fidei ad id ydonei reperti fuerint, post multas tamen
disceptaciones verbales ex comparacionibus nominatorum pro-
cedentes , tandem in Johannem de Trecis, Johannem de Oliva,
Johannem de Sancto Yone et Robertum de Belay convenerunt.
CAPITULUM XLVII.
De indulgencia concessa opem ferentibus Ecclesie romane.
Universalis Ecclesie summus pontifex Johannes, paternam
gerens pro tuicione patrimonii sancte sedis appostolice romane
sollicitudinem, quod Lendislaus de Duracio , regni Sicilie usur-
pator, viribus inquietabat, cum eidem resistere non valeret,
fideles christianos in auxilium evocare statuit hiis diebus. Viros
namque exhortatorii sermonis habentes graciam, potentes
opere et sermone direxit ad diversas christianitatis partes, qui
tyranni pressuras intollerabiles intimantes omnes ad vindican-
dum illatas injurias excitarent, nec defuturum de supernis auxi-
lium volentibus hunc tam pium laborem assumere publice
publicarent. Utque verba in audiencium pectora alcius et devo-
cius imprimerentur, loco stipendiorum peccunialium, idem vir
Deo plenus pontifex universis contritis et confessis, qui pro
defensione Ecclesie iter arripientes vel mittentes aliquem pro
seipsis huic meritorio operi per mensem insudarent, indulgen-
ciam generali passagio transmarino debitam auctoritate appos-
tolica concedebat. Hujus iterum indulgencie volebat fieri parti-
cipes qui peregrinacionem pro altero susciperet peragendam,
qui peccunias pro subsidiario sufficientes mitteret, qui predi-
cacionibus fideles ad hoc opus meritorium induceret, vel qui
predicacionem cordialiter audiret, et quod omnes crucesignati
hoc iter arripientes sub protectione sanete sedis appostolice
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV, XXXII. — 609
éprouvée rendaient propres à ces fonctions, et dont lé mérite fut
vivement débattu, Jean de Troyes, Jean de l'Olive, Jean de Saint-
Yon et Robert de Bellay réunirent tous les suffrages.
-
CHAPITRE XLVII.
Indulgences promises à ceux qui porteraient secours à l'église romaine.
Vers ce temps, le seuverain pontife de l'Église universelle, Jean,
animé d'une sollicitude paternelle pour la défense du patrimoine du
saint siége apostolique romain, qui élait en butte aux attaques de
Ladislas de Duras, usurpateur du tróne de Sicile, résolut d'appeler
les fidèles chrétiens à son secours, parce qu'il était hors d'état de lui
résister. Il envoya dans les différents pays de la chrétienté des hommes
doués d'une éloquence persuasive , puissants en œuvres et en paroles,
pour publier en tout lieu les persécutions intolérables de ce tyran,
exhorter les fidèles a venger les injures faites au saint siége, etannoncer
hautement que l'assistance du Très-Haut ne manquerait pas à ceux qui
voudraient participer à cette pieuse entreprise. Afin de seconder l'effet
de ces exhortations et d'échauffer le zèle des chrétiens, ledit pontife,
inspiré par Dieu , accordait, en vertu de son autorité apostolique, au
lieu de récompenses pécuniaires, les indulgences qu'on n'obtenait
ordinairement que par des pélerinages d'outre-mer, à tous ceux qui,
après avoir fait pénitence et s'étre confessés , iraient défendre l'Église
ou enverraient quelqu'un à leur place pour travailler pendant un mois
à cette œuvre méritoire. Il étendait le bienfait de ces indulgences à
tous ceux qui entreprendraient le pélerinage pour un autre , qui four-
niraient la solde d'un homme d'armes , qui engageraient les fidéles par
des prédications à cette œuvre méritoire, ou qui suivraient les prédi-
cations avec une dévotion sincére. Il déclarait que tous ceux qui se
croiseraient pour cette expédition resteraient sous la protection du
saint siége apostolique. Les députés que le pape chargea de cette mis-
Iv. 77
610 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXII.
remanerent. Et quamvis qui missi erant indulgencias pretactas
in valvis ecclesiarum cathedralium et monasteriorum sollemp-
nium scriptis dignum duxerant annotari, perpauci tamen in
regno, cum ipsum guerrarum voraginibus undique cernerent
involutum, salutare vivifice crucis signum in arram future pro-
fectionis suis vestibus consuerunt.
CAPITULUM XLVIII.
Castrum de Cysay adversarii reddiderunt.
- Regi expedicionibus bellicis ordinandis, ut dictum est; occu-
pato dominus de Hely, picardus, qui comitatum Pictavensem
duci Biturie suo patruo subditum infestabat, nunciis et apici-
bus intimavit Pictavum, urbem famosam et multo habitancium
incolatu insignem, sibi sine resistencia subdidisse , fidelitatem
Casini...... !, quem dux ipsi prefecerat, multipliciter commen-
dans, quia ejus imperio non distulerat obedire. Tam preclare
civitatis defectionem adverse partis milites impacienter feren-
tes, mox ad vindictam accincti, de castris propinquioribus , et
precipue Cysay et Niordi, velut vermes inquieti, sepius erum-
pentes, circumadjacentem patriam hostili vastacione ceperunt
inquietare , et absque discrecione sexus, condicionis vel etatis,
cum rapinis et incendiis strages eciam furore barbarico exer-
cere, |
Cum prenominato milite dominus de Partenaco et multi
incliti pugnatores et ex generosis proavis trahentes nriginem
plagam illam tuendam susceperant. Et hu compatriotarum que-
rimoniis pulsati predicta. duo oppida, adversariorum recepta-
: ly a ici une lacune dans le manasorit. .
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 644
sion eurent soin de faire afficher lesdites indulgences aux portes des
églises cathédrales et des principales abbayes. Cependant, comme la
guerre étendait ses ravages sur presque tous les points du royaume,
il y eut bien peu de gens qui placèrent sur leurs vétements le signe
salutaire de la croix vivifiante, comme gage de leur prochain départ
pour la croisade. |
CHAPITRE XLVIII. .
Reddition du cháteau de Chizé.
Pendant que le roi avisait, comme il a été dit, aux moyens de pour-
suivre la guerre, le sire de Helly, chevalier picard, qu'il avait envoyé
dans le comté de Poitou appartenant à son oncle le duc de Berri, lui
annonça par des lettres et des messages qu'il avait soumis sans coup
férir à sou autorité la fameuse ville de Poitiers, qui renfermait une
nombreuse population ; il mentionnait particulièrement la fidélité de
Casin, à qui le duc avait confié le commandement de cette ville, et
qui avait obéi avec empressement à ses sommations. Les chevaliers du
parti d'Orléans, irrités de la perte d'une place si importante, résolu-
rent d'en tirer vengeance. Ils firent dés lors de fréquentes sorties des
cháteaux voisins et particuliérement de Chizé et de Niort, et se jeté-
rent comme des nuées d'insectes sur le pays d'alentour, mettant tout
à feu età sang, et massacrant avec une rage forcenée tous ceux qu'ils
rencontraient, sans distinction de sexe, de rang ni d'áge.
Le sire de Helly, le sire de Parthenay et plusieurs autres vaillants
chevaliers appartenant à d'illustres familles, touchés des plaintes des
habitants, prirent en main la défense du pays et résolurent de s'em-
parer par la force des deux places susdites qui servaient de princi-
paux repaires à l'ennemi. Ils envoyèrent donc sommer au nom du roi
la garnison de Chizé de se rendre : elle s'y refusa avec hauteur; mais
612 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
cula principalia, occupare viribus decreverunt. Mittunt ergo qui
dedicionem in Cysay commorantibus auctoritate regia impera-
rent. Qua contumaciter denegata, oppidum ex omni parte obsi-
dione cingere statuerunt, et apte circumlocatis obsidionalibus
machinis assultus inchoare; quos tamen diu non dignum duxe-
runt ceteri sustinere. Nam de multitudine consodalium per
patriam dispersorum confidentes, fedus induciale sub condi-
cione sunt adepti, quod .die Cene Domini oppidum exeuntes
mutuum certamen inirent aut illud redderent; idque gratum
obsessoribus fuit, et mox miserunt ad regem pro subsidiariis
mittendis. Jam jamque Aymedius de Viriáco, Inguerrannus de
Bornovilla, domus regie magister principalis, Guischardus Dal-
fini ceterique capitanei regii, iter medium tenentes ut insidias
hostium discurrencium viribus impedirent, regio obtempera-
verunt edicto; quos Parisienses, ceterarum quoque urbiuin
aecole cum tanta aviditate sequti sunt, ac si arram jam trium-
phi indubitanter sperarent.
Non mineri sollicitudine bellicum apparatum dux Aurelianis
ad resistendum ordinans , dominum Karolum Dalebret, quon-
dam conestabularium , cum suis Guasconibus ac Pictavensibus
districtus itinerum patrie impedire statuerat et adversariorum
adventum. Ad accelerandum eciam Britones, in quorum subsei-
dio singulariter confidebat, per dominum Jacobum de Drocis
eis stipendia pro mense miserat. Sed per Cenomannis transiens,
a Cenomannensibus ballivis et nobilibus patrie victus fuit,
ducentisque ex suis aut captis aut interfectis, peccunias quas
deferebat amisit. Evocatos Britones comes de Divite Monte,
ducis Britanie frater, conducendos susceperat. Sed infortunio
audito, monitis fratris sui domini Egidii, quem dominus dux
Gutenne ad ducem fratrem miserat gracia federis componendi,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 6413
quand elle vit qu'on bloquait la place de tous cótés, qu'on dressait les
batteries autour des murs et qu'on allait commencer l'assaut, elle ne
jugea pas à propos de prolonger sa résistance. Toutefois, comme elle
se flattait d’être secourue par quelqu'un des corps nombreux qui
couraient le pays, elle demanda et obtint une suspension d'armes à
condition que, le jour de la Cène de Notre-Seigneur, elle viendrait
présenter la bataille ou rendrait la place. Les assiégeants de leur côté,
aprés avoir agréé cette proposition , envoyérent demander des secours
au roi. Aussitôt Amédée de Viry, Eñguerrand de Bournonville, Gui-
chard Dauphin, grand-maître de la maison du roi, et quelques autres
capitaines qui tenaient la campagne pour déjouer les ruses de l'en-
nemi, reçurent ordre de marcher vers Chizé. Un grand nombre de
bourgeois de Paris et d'autres villes vinrent se ranger sous leurs ban-
niéres avec l'empressement de gens qui se croyaient assurés d'avance
de la victoire.
Le duc d'Orléans ne déployait pas moins d'activité dans ses prépara-
tifs de résistance. Il avait chargé messire Charles d'Albret, ci-devant
connétable, de garder les routes du pays avec ses Gascons et ses
Poitevins, afin d'intercepter le passage de ses adversaires. Il avait
songé en outre à háter l'arrivée des Bretons, sur le secours desquels
il comptait particulièrement , et à cet effet il leur avait envoyé par
messire Jacques de Dreux un mois de solde. Mais ce chevalier, en
passant par le Maine, fut vaincu par les baillis et les seigneurs du
pays; deux cents des siens furent tués ou faits prisonniers, et l'argent
qu'il portait lui fut enlevé. À la nouvelle de cet échec, le comte de
Richemont, frére du duc de Bretagne, qui devait conduire au duc
d'Orléans les troupes bretonnes, changea subitement de résolution, et
à l'instigation de monseigneur Gilles de Bretagne son frére, député par
monseigneur le duc de Guienne vers le duc de Bretagne pour négocier
un accommodement avec lui, il abandonna provisoirement le parti
644 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XX XII.
cum vicissitudine rerum mutans propositum , ducem Aurelianis
ad tempus relinquere dignum duxit. Ut autem adversarii frau-
dati a Britonum mercenario conductu se viderunt, animo con-
sternati, diem pugne servandam non estimant; sed deposita
temerarie presumpcionis sarcina, ad dedicionem venire in com-
mune deliberant, mittentes qui supplicarent ut loco cedentes
sibi liceret alibi salva vita et mobili transmigrare. Quo concesso,
qui Niordum et alia circumadjacencia oppida occupabant,
exemplum consodalium sequuti, reddere decreverunt nec
expectare pugnatotum copias accedentes; quas mox dominus
de Hely nunciis et apicibus redire monuit, scribens regi quod
ubique regiis obtemperando edictis ex reliquis urbibus obviam
missi nuncii leto eum obsequio prosequi conabantur, seque
imperata facturos cordialiter offerebant.
CAPITULUM XLIX.
De dedicione ville Sancti Farreoli et Montis Falconis.
Induciarum durante spacio, dominus Guichardus Dalfini,
rectorum aule regie princeps , Francie balistariorum magister,
et Parisiensis prepositus dominus Petrus de Essartis, indignis-
simum reputantes tempus in vanum terere et marcescere ocio,
villam fortem Sancti Farreoli et ejus oppidum statuerunt viri-
bus expugnare. Cum domino Jacobo Droue, famoso milite,
nonnulli alii in armis exercitati locum tuendum susceperant;
unde sepius erumpentes prope vesano impetu circumadjacencia
loca intollerabiliter vastabant. Ad quem nuncium mittentes ad
dedicionem venire et locum reddere regia auctoritate precepe-
runt. Quam cum arrogantissime erecto supercilio denegasset,
mox balistariis per gyrum debite collocatis , assultum inchoari
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 645
du duc d'Orléans. Quand la garnison de Chizé se vit frustrée des secours
qu'elle attendait de Bretagne, elle perdit courage et ne crut pas devoir
courir les chances d'un combat. Renoncant à une folle présomption,
elle résolut d'un commun accord de se rendre, et envoya demander
humblement aux assiégeants la permission de sortir de la place, vie et
bagues sauves. Cette priére ayant été accueillie, ceux qui occupaient
Niort et les places voisines suivirent l'exemple de leurs compagnons,
et capitulérent sans attendre que leurs ennemis recussent les renforts
qui devaient arriver. Le sire de Helly manda aussitót à ces renforts
de rebrousser chemin, et écrivit au roi que toutes les villes de la con-
trée s'empressaient de faire leur soumission, et envoyaient à l'envi
des messagers à sa rencontre pour lui offrir leurs services et pour
déclarer qu'elles étaient prétes à exécuter les ordres du roi.
CHAPITRE XLIX.
Soumission de Saint-Féréol et de Montfaucon.
Pendant la suspension d'armes qui avait eu lieu, messire Guichard
Dauphin, grand-maitre de la maison du roi, le grand- maitre des
arbalétriers de France, et le prévót de Paris, messire Pierre des
Essarts, honteux de l'inaction à laquelle ils étaient depuis long-temps
condamnés , résolurent d'attaquer la ville forte et le cháteau de Saint-
Féréol. Messire Jacques Droue, fameux chevalier, et quelques autres
gentilshommes aguerris qui tenaient garnison dans cette place, fai-
saient de fréquentes sorties et commettaient des dégâts intolérables
dans le pays environnant. On les envoya sommer au nom du roi de se
soumettre et de rendre la place. Cette sommation ayant été repoussée
avec arrogance et dédain, on disposa aussitót les arbalétriers autour de
la ville et l'on commenca l'assaut. Les assiégés repoussérent deux fois
leurs ennemis avec vigueur et en tuérent un grand nombre. Mais cet
échec, loim de rebuter les troupes royales, ne fit qu’accroître leur
616 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
jusserunt; quem oppidani bis potentissime pertulerunt non
sine gregariorum obsidencium strage multa. Quem casum cete-
ros non terruit, sed ad audaciam et acceleracionem agressi
negocii amplius incitavit. Quorum constanciam obsessi perpen-
dentes, cum molem ascendencium per muros ferre non vale-
rent, in baratrum desperacionis adducti mox in oppidum
fugerunt; quod tamen biduanis transactis induciis reddiderunt,
salva vita et mobili exeuntes, prius tamen prestito juramento
quod deinceps contra regem arma non sumerent, sed in cunctis
sibi fideliter obedirent. Qui tunc presentes fuerunt capitaneos
prefatos villam sub sua protectione cepisse referunt et emisisse
bellatores, quos omnes predis avidissimos sciebant, ne habi-
tancium bona direpcioni darentur, idque impacientissime vic-
tores pertulisse, non sine murmure asserentes quod hec sibi
preliorum jure debebantur in remuneracionem laborum.
In pago Bituricensi Montis Falconis cacumen hostium muni-
cipium edificatum habebat et subtus villam muratam; unde,
velud tempestas vallida, sepius erumpentes et usque ad Cari-
tatem super Ligerim a loco quinque milibus distantem irii-
quitatis sue vestigia dilatantes regis subditos intollerabiliter
vexabant. Horum querimoniis pulsati capitanei predicti, cum
parta secure custodie commisissent, locum dictum circa carnis
privium, prius dedicione negata, obsidione cingentes, reiteratis
assultibus non sine suorum cede multa viribus occupaverunt,
cum oppidanis pacto cum juramento firmato quod indempnes
cum mobilibus exeuntes deinceps regi fideliter obedirent.
Tam apti tamque acceptabilis receptaculi amissionem dux
Borbonii, qui cum duce Biturie tunc degebat, egre ferens, ut
audivit prenominatos milites, post occupacionem oppidi, ad
capcionem Sancti Verani totis nisibus laborare, illud recupe-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 617
ardeur et le désir qu'elles avaient de mener à fin leur entreprise.
Jacques Droue et ses compagnons, elfrayés de tant de constance et ne
pouvant résister au grand nombre des assaillants, perdirent courage
et se réfugiérent dans le cháteau ; mais aprés une tréve de deux jours,
ils capitulérent et sortirent vie et bagues sauves, ayant juré de ne plus
prendre les armes contre le roi, et de lui obéir fidèlement en toutes
choses. Ceux qui firent partie de cette expédition m'ont rapporté que
lesdits capitaines prirent la ville sous leur protection et n'y laissérent
pas séjourner leurs gens de guerre, dont ils connaissaient la rapacité,
afin de mettre les biens des habitants à l'abri du pillage. Les vain-
queurs furent fort irrités de cette mesure et en murmurérent, parce
qu'ils prétendaient qu'on devait leur abandonner ces bieus en récom-
pense de leurs services.
Les hauteurs de Montfaucon dans le Berri étaient surmontées d'un
cháteau fort, au pied duquel était une ville close appartenant aux
ennemis. Ils en sortaient souvent pour se jeter sur la campagne comme
un ouragan furieux, poussaient leurs ravages jusqu'à la Charité-sur-
Loire, qui est à ‘cinq milles de distance, et faisaient souffrir toutes
sortes de maux aux sujets du roi. Lesdits capitaines, touchés des
plaintes des habitants, marchérent contre cette place aux approches
du caréme, aprés avoir mis bonne garde à Saint-Féréol, et sur le
refus qu'elle fit de se rendre, ils l'assiégérent, et s'en rendirent
maîtres, non sans avoir perdu bon nombre des leurs dans les divers.
assauts qu'ils livrérent. Ils permirent à la garnison de sortir vie et
bagues sauves, à condition que désormais elle obéirait fidélement
au]roi.
Le duc de Bourbon , qui était alors avec le duc de Berri, fut vive-
ment affligé de la perte d'un poste si avantageux et si important.
Lorsqu'il apprit que lesdits chevaliers, aprés la prise de cette place,
avaient. tourné tous leurs efforts contre Saint- Vérain, il résolut
IV. 78
618 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.
rare studuit, secum mille et quingentos milites et armigeros
abdueens. Quod comperientes perpauci qui oppidum tuendum
cum domino de Salenoe susceperant, et ad astuciam conversi,
ante adventum ipsius; ville suburbia flamma voraci penitus
consumpserunt. Sic tandem non reperiens ubi posset semet-
ipsum sub tuto reclinare, cum suis rediit infecto negocio. Qui
autem tunc remanserunt , sepius consueverunt exire et usque ad
Bituricensem urbem hostiliter discurrendo civibus accolisque
agrestibus dampna maxima inferre. In via quoque pluries ad-
versariis obviantes, nunc claro marte nune obscuro multa parva
prelia commiserunt. |
Honore simili quidam estimabant commendandos qui Cas-
tellionem super Loing, Sancti Mauricii et quedam alia parva
oppida, domini Blancheti Braque magistri hospicii regii subdita,
custodienda susceperant. Nam quamvis apud Montem Argis,
apud Gyen et Castrum Renardi adversarios haberent in vicino,
eos tamen, durante anno exacto, viribus sepius represserunt,
ne ad libitum usque ad Senonensem et Autissiodorensem civi-
tates predarentur.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. . 649
de la reprendre et partit à la téte de quinze cents chevaliers et écuyers.
A cette nouvelle, les gens qui étaient chargés de la défense sous
les ordres du sire de Sallenoue, suppléérent par la ruse à leur petit
nombre , et avant son arrivée, ils mirent le feu aux faubourgs de la
ville. Le duc, ne sachant plus où mettre ses gens à couvert, s'en
retourna sans avoir rien fait. La garnison se mit alors à faire de fré-
quentes sorties, courut le pays jusqu'à Bourges et causa toutes sortes
de dommages aux habitants de la ville et de la campagne. Dans ces
courses elle rencontra plus d'une fois ses adversaires et leur livra
plusieurs combats peu importants, dans lesquels les succès furent
balancés. .
Ceux qui tenaient garnison à Chátillon-sur-Loing , à Saint-Maurice
et dans quelques autres places moins considérables appartenant à
messire Blanchet Braque , maitre-d'hótel dn roi , avaient aussi, dit-on,
signalé leur valeur en diverses rencontres. Bien qu'ils fussent entou-
rés d'ennemis postés dans leur voisinage, à Montargis, à Gien et à
Châteaurenard, ils avaient su les contenir pendant toute l'année pré-
cédente et les empécher de ravager à leur gré les territoires de Sens
et d'Auxerre.
Anni Domiui
MCCCCXII.
CHRONICORUM
KAROLI SEXTI
LIBER TRICESIMUS TERTIUS.
Pontifieum n,
Imperatorum n,
Anni Domini sxccoexr, 4 Francorum zxxzxsst,
Anglorum xu,
d Sicilie xt.
CAPITULUM I.
Per consilium ducis Burgundie rex statuit patruum suum dominum ducem Biturie
debellare.
Dampnosas rerum vicissitudines anni exacti mente recolentes
fideles regnicole summe reprehensibile non sine cordis amari-
tudine judicabant, occasione mutue dissencionis principum,
nobiles et ignobiles in necem mutuam fratrum et consangui-
neorum aspirasse, et quod tam diu degenerans gallicana milicia
arma in regni viscera verteret furiosa. Discretorum pectoribus
alcius descendebat duces et comites, consiliis regiis minime
adherentes, hucusque sarcinam obstinacionis retinuisse menta-
lis, idque presagium perpetue discordie existere, cum spretis
monitis , vallidis quoque precibus, sub se militancium crudeli-
tatis habenas non precepissent refrenare.
., Sane relacione accolarum agrestium de ipsis conquerencium
in regis aula didici quod ministri eorum detestabiles et iniqui-
CHRONIQUE
DE CHARLES VI.
LIVRE TRENTE-TROISIÈME.
2° année du règne du pape,
—————— de l'empereur,
2°
An du Seigneur 1412 '. { 33° — du roi de France,
13° ———— du roi d'Angleterre,
— du roi de Sicile.
12*
CHAPITRE I".
Le roi, d’après les conseils du duc de Bourgogne , se décide à attaquer monseigaeur
le duc de Berri, son oncle.
Ex se rappelant les désastreux événements de l'année précédente , au du Seigneur
les fidèles habitants du royaume déploraient avec amertume et blà- 1412
maient hautement l'acharnement avec lequel les nobles et le menu
peuple, à l'occasion de la discorde des princes, s'armaient les uns
contre les autres, frères eontre frères, parents contre parents. Ils
voyaient aussi avec douleur la chevalerie francaise dégénérée tourner
aveuglément ses armes contre le sein de la patrie. Les gens sages
gémissaient surtout de ce que les ducs et les comtes, sourds aux con-
seils du roi, persistaient dans leur coupable obstination, et refusaient,
malgré les injonctions et les instances qui leur avaient été faites, de
mettre un frein aux cruautés de leurs gens de guerre; c'était à leurs
yeux un présage de l'éternelle durée des dissensions civiles.
J'ai entendu les paysans qui venaient porter leurs plaintes à la
' L'année 1412 commença le 3 avril.
622 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
tatis filii barbaricam exsuperabant sevicíam; nullusque tam
ferrei pectoris vel cordis saxei extitisset, qui vesanos eorum
longe lateque per regnum continuatos discursus et illatas enor-
mitates audire siccis oculis potuisset. Et ut de armentis, gregi-
bus omnique supellectili sileam de villagiis sublatis, nec ecclesiis
parcentes , sed timore Dei penitus parvipenso, eas sepius effrin-
gentes, sacra pignora, vasa quoque divinis dicata officiis sacri-
legis manibus rapiebant, ut inde ditarentur, ad eorum tamen
dampnacionem eternam. Absque discrecione sexus vel etatis,
quotquot regios reperiebant subditos, velut vilia mancipia
distrahentes, eos post varia perpessa supplicia , si non habebant
unde vitam redimerent, suspendebant aut in aquis vehemen-
tibus submergebant.
Hec et deteriora perpetrantes , quamvis omnes indifferenter
essent digni divina et humana animadversione judicandi, et
ut cum Datan et Abiron absorberentur perpetuo, precipue
tamen ultra omnes qui Yonis villam, Tauriacum et circumad-
jacencia municipia in Delsia auctoritate ducis Aurelianis occu-
pabant. Infidelium namque more, in parrochialem ecclesiam de
Eschelieres duasque alias, quia introrsum manentes imperatam
dedicionem neglexerant, flammam voracem injecerunt; sicque
senes, valitudinarii, matres quoque cum parvulis atque matrone
grandeve, qui se ibi consequende salutis gracia contulerant,
aere suffocatorio compulsi sunt spiritum exhalare. Longum
esset et compendio contrarium, quod studiose quero, referre
mala singula ab eis perpetrata. Dicam tamen quod sic regni-
colas compellebant majestatis regie audienciam adire et lacri-
mabiliter, flexis genibus, diebus fere singulis supplicare cum
ethereo cytharista : « Disperge illos in virtute tua, et depone
eos, protector noster Domine. » Novi et querimoniis sepius
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 623
cour raconter que ces exécrables instruments de la fureur desdits sei-
gneurs , ces fils d'iniquité, surpassaient les barbares en cruauté. Per-
sonne n'aurait eu Je coeur assez dur, láme assez insensible, pour
écouter de sang froid le récit des courses désastreuses qu'ils faisaient
de tous cótés dans le royaume et des excés monstrueux auxquels ils se
livraient. C'était peu pour eux d'enlever dans les villages le gros et le
menu bétail, et tout le mobilier des habitants. Ils n'épargnaient pas
méme les églises; foulant aux pieds toute crainte de Dieu, ils y péné-
traient de vive force, et au risque de leur damnation éternelle, ils
ravissaient de leurs mains sacriléges les chásses, les reliques et les
vases destinés au service divin. Ils chassaient devant eux comme de
vils esclaves, sans distinction d'áge ni de sexe, tous les sujets du roi
qu'ils rencontraient, et aprés les avoir torturés de mille manières,
ils les pendaient ou les noyaient, si ces malheureux n'avaient pas de
quoi racheter leur vie.
Tels et pires encore étaient les excés commis par ces hommes
dignes de l'animadversion divine et humaine, qui auraient mérité
d'étre engloutis vivants comme Dathan et Abiron. Mais les plus
cruels de tous étaient ceux qui occupaient au nom du duc d'Orléans
Janville, Toury et quelques autres places de la Beauce. En effet , ils
mirent le feu, avec une fureur digne des infidéles, à l'église paroissiale
d'Echeliéres et à deux autres églises, parce qu'on avait refusé de les
leur livrer; des vieillards, des malades, des mères, des enfants, des
femmes respectables par leur áge, qui s'y étaient réfugiés pour échapper
à la mort, y périrent étouflés par la fumée. Je ne raconterai pas en
détail tous leurs actes de cruauté; ce récit serait trop long et contraire
à la briéveté dont je me suis fait une loi. Je dirai seulement que leurs
excès obligeaient les habitants du royaume à venir presque chaque
jour, les larmes aux yeux, implorer à genoux la protection du roi, en
répétant avec le divin psalmiste : « Disperge illos in virtute tua, et
depone eos, protector noster Domine. » J'en ai vu méme qui ajou-
taient à leurs plaintes : « Il est vrai, prince sérénissime, que rien ne
« leur réussit, que vos gens de guerre les ont défaits dans plusieurs
« petits eombats , qu'ils ont perdu une grande partie de leurs com-
624 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
addidisse : « Et quamvis, serenissime princeps, sibi cunctis
« succedentibus infauste, a subsidiariis vestris pluries parvis
« preliis superati magnam partem consodalium amiserint et
« multa oppida occupata, necdum tamen tyrannidem execrabi-
« lem deponunt, sed nephandiora in brevi inferenda minan-
« tur publice, et ad id Alemanos et Anglicos dominos suos
« dicunt evocasse. » |
Regnicolarum querimoniis rex pulsatus, jam vernali tem-
perie arridente, cum suis consiliariis illustribus, quibus domini
duces Guienne, Burgundie et de Baro, rex Sicilie Ludovicus,
comites quoque Marchie, Vindocini, Sancti Pauli, de Moretenio
auctoritate, quia filius et consanguinei regis erant, precelle-
bant, statuerat deliberare quid inde agendum esset. Sibi et
continue assistebant Francie Guienneque cancellarii, necnon
de cameris regalis Palacii domini, quos in partem sue sollicitu-
dinis assumpserat , et cum quibus regni ardua disponebat. Nec
de urbe Parisiensi cives quidam , quos secretorum regiorum
participes dignos noverat, defuerunt. Referunt qui ex officio
assistunt regiis deliberacionibus summe auctoritatis principes
non in unum convenisse feriis jam exactis, cum naturali con-
junctos federe sese mutuo impugnare indecentissimum reputa-
rent vel eis obedientes , sed tandem in ceterorum assistencium
sentenciam transeuntes cognacioni carnali pacem et utilitatem
regni preferendas in regali consistorio conclusisse. Summe
cavendum sanxerunt iterum ut barbare naciones evocate, que
mediante inveterato odio cordiali Francorum prosperitati sem-
per inviderunt, consanguineis lilia deferentibus aurea injunge-
rentur, que temeritatem eorum augmentarent , sed auxiliariis
expectatis penitus frustrarentur. « Diucius, inquiunt, quam
« eorum claram progeniem decuisset, obstinatam pertinaciam
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV: XXXIII. — 625
« pagnons et qu'on a repris sur eux beaucotp de places. Cependant,
« loin de se relâcher de leur exécrable tyrannie, ils nous menacent
« hautement de nous faire encore plus de mal, et disent que leurs sei-
« gneurs ont appelé à cet effet des Allemands et des Anglais sous
« leurs drapeaux. »
Le roi, touché des plaintes de ses sujets, convoqua son conseil au
commencement du printemps pour délibérer sur ce qu'il y avait à
faire. Messeigneurs les ducs de Guienne, de Bourgogne et de Bar, le
roi de Sicile Louis, les comtes de la Marche, de Vendóme, de Saint-
Pol et de Mortain étaient les principaux membres de ce conseil,
comme fils et proches parents du roi. ll avait aussi ordinairement
auprés de lui les chanceliers de France et de Guienne, et plusieurs
magistrats de diverses chambres du Palais, en qui il avait toute con-
fiance et qui partageaient avec lui les soins du gouvernement. Il
appela en outre à cette assemblée quelques notables bourgeois de
Paris, qu'il savait dignes de prendre part à ces importantes délibéra-
tions. Je tiens de ceux à qui leurs fonctions donnaient entrée dans le
conseil du roi que plusieurs jours se passérent sans que les priuces
pussent s'accorder avec les autres membres de l'assemblée, parce qu'ils
regardaient comme scandaleux d'en venir aux mains avec des sei-
gneurs qui tenaient à eux par les liens du sang ou d'armer contre eux
leurs sujets. Mais ils finirent par adopter l'avis du plus grand nombre,
et par sacrifier les considérations de la parenté à la paix et à l'intérét
du royaume. 1l fut statué qu'on empécherait les étrangers, qui dans
leur haine implacable et invétérée ont toujours porté envie à la pro-
spérité de la France, de venir se ranger sous les banniéres des princes
du sang qui les avaient appelés et dont ce renfort eüt augmenté l'au-
dace, et qu'on frustrerait lesdits princes des secours qu'ils atten-
daient. « Depuis trop long-temps, ajoutérent quelques conseillers , ils
« persévérent dans une obstination qui sied mal à des personnes d'une
« $i haute naissance; ils ont refusé d'obtempérer aux lettres et aux
1y. 79
626 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« retinentes, nunciis et apicibus regiis- precipientibus arma
deponere et persuadentibus pacem minime paruerunt, notam
« inobediencie incurrentes ; quod sane vicium in eis tanto majus
« extitit, juxta Ciceronis sentenciam, quantum generositate
« ceteris precellebant. Et si vera pocius quam placencia sint
« dicenda, sic salubria monita velud aspides surde obduratis
auribus audientes, sub eis militantibus universis longe late-
que per regnum contractis copiis exemplum execrabile dede-
« runt rebellionis animum induendi, ne regiis humilientur
viribus, quod in dedecus vestre auctoritatis redundat. »
Verba hec alcius in pectus regium descenderunt; attendens-
que se ad regni regnicolarumque deffensionem singulariter
astrictum, violencias illatas ultum iri et regium et racionabile
a
À
Lal
A
dixit, eciam si a propinquioribus generis sui procederent. Quod
tamen ipsi propinqui, quibus acceptissimum se indubitanter
sperabat, et quos semper regali munificencia eoluerat, nec
quempiam exacerbaverat verbis vel nutibus, pacta excogitas-
sent pascisci eum suis hostibus inopinabile reputabat , donec
portus marini Bolonensis custodes in consilium admissi et
astricti de veritate dicenda hoc confirmaverunt libere. « Jam,
inquiunt, serenissime princeps, indubitanter speramus aucto-
« ritate domini ducis Biturie et sibi confederatorum domino-
(
La
« rum quemdam Augustinensem, Jacobum Magni vocatum , ad
« Angliam destinatum , virum utique litteratum, ex urbe Pari-
« siensi ortum, Tulliana pollentem eloquencia, summa quoque
« industria, ad persuadendum quicquid animo gerebat, jam
« cum rege Anglie super id colloquutum. Nuper namque pre
« nimia aviditate transfretandi, ne circumveniretur a nobis,
« res suas post se diripiendas relinquens, inter cetera memo-
« randa que practicanda susceperat, modum et ordinem pascis-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 627
« messages du roi qui leur mandait de mettre bas les armes et les sup-
« pliait de vivre en paix , et ont ainsi encouru le reproche de félonie :
« en quoi ils sont d'autant plus coupables, selon la pensée de Cicéron,
« qu'ils sont plus au-dessus des autres par leur naissance. Et pour
« parler le langage de la vérité plutôt que celui de la flatterie, nous
« devons dire qu'en fermant l'oreille comme l'aspic insensible aux
« salutaires avis du roi, ils ont donné un funeste exemple à tous les
« gens de guerre qu'ils ont enrólés sous leurs bannières dans le
« royaume, et leur ont inspiré l'esprit de révolte et d'insubordination;
« ce qui est injurieux pour votre autorité. » '
Ces paroles firent beaucoup d'effet sur l'esprit du roi. Considérant
qu'il était particuliérement tenu de protéger son royaume et ses sujets,
il jugea qu'il était de son devoir de tirer vengeance de tant d'excés,
bien que les coupables fussent ses plus proches parents. Toutefois il se
refusait encore à croire que ces parents, qu'il supposait dévoués à sa
personne, qu'il avait toujours comblés des marques de sa munificence
royale, qu'il n'avait jamais offensés soit par ses paroles, soit par ses
actes, eussent songé à faire alliance avec ses ennemis. Mais il en fut
assuré par le témoignage des gardiens du port de Boulogne-sur-Mer,
qui ayant été admis au conseil, s'exprimérent ainsi sous la foi du ser-
ment : « Nous savons de bonne source, prince sérénissime, qu'un
« moine augustin de Paris , nommé Jacques Legrand, célébre par son
« savoir, son éloquence et son habileté, a été envoyé en Angleterre
« au nom de monseigneur le duc de Berri et de ses alliés pour faire
« connaitre au roi les intentions de ces princes, et qu'il a déjà eu une
« entrevue avec ledit roi. Il avait tellement háte de traverser le détroit,
« que, dans la crainte d’être arrété par nous, il a mieux aimé aban-
« donner ses bagages à notre merci. Nous y avons trouvé, entre
« autres renseignements curieux sur la mission dont il était chargé,
« les instructions détaillées qu'il devait suivre pour traiter avec le roi
« d'Angleterre et son second fils, et nous avons cru devoir ápporter
628 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« cendi vel transigendi cum ipso suoque secundo genito filio
« sub titulo instructionum reperimus, quas regie serenitati
« dignum duximus offerendum, ut verbis fidem faciant. »
Circumstancium baronum et principum auditum tenor cedule
non immerito offendit. Ipsam Universitatis Parisiensis docto-
res et magistri ac cives postinodum cum summa displicencia
perlegerunt; indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes
utriusque sexus absque erubescencie velo prefatis ducibus. et
comitibus publice maledicentes orarent ut cum Juda proditore
eternam perciperent porcionem. Sequendo sub compendio
tenorem instructionis, eorum singulorum generaeionem. insi-
gnem nuncius magnifice recommendandam susceperat, hor-
tandumque regem Anglie et sibi persuadendum quod inire
fédus jure cognacionis amicabile tenebatur, quod et tunc tota
animi aviditate cupiebat.
Conspiracione principum tune regi publico consistorio pate-
facta, timens , si perduceretur ad effectum, regnum ultimo dis-
crimini subjaceret, rem publicam amore consanguineorum
preponens, in eos tanquam inobedientes et rebelles per se-
ipsum arma movere statuit, et in ducem Biturie patruum, a
cujus prudencia jure antiquitatis aliorum sentencia depende-
bat , idque ratus opportunius exequi , dum ceteri in suis domi-
niis. residerent ventura auxilia expectantes. Dum attencius
recolebam amborum hucusque continuatum amorem, quem
genitoris et prolis dicam prope simillimum, iterum qam gra-
ciose et industria sollerti dilectissimum nepotem educaverat,
et ut obsequiosus et fidelis in arduis secura ministraverat con-
silia, abhorrui ipsum hostem publicum reputatum;. idque
velut monstrum detestabile perpetuo sepelivissem silencio, nisi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 629
« lesdites instructions à votre royale majesté , pour preuve de la vérité
' « de nos paroles. »
La teneur de la cédule excita une juste indignation parmi les barons
et les princes qui assistaient au conseil. Les docteurs et maîtres de
l'Université de Paris et les notables bourgeois la lurent ensuite:avec
le plus vif déplaisir; et le menu peuple en concut une telle fureur, que
tout le monde, hommes et femmes, proféra hautement mille malé-
dictions contre lesdits ducs et comtes et leur souhaita d’être damnés
éternellement comme le traitre Judas. Pour indiquer sommairement
quelle était la teneur desdites instructions, je dirai que l'envoyé devait
d'abord vanter l'illustre généalogie de chacun des princes, rappeler
au roi d'Angleterre les liens de parenté qui l'unissaient à eux, et l’en-
gager par ces considérations à traiter avec eux; ce que ledit roi avait
alors fort à coeur.
La conspiration des princes ayant été ainsi dévoilée en plein couseil,
le roi, qui craignait d'exposer son royaume aux plus grands dangers
en la laissant éclater, se décida à sacrifier les affections du sang à l'in-
térét public ; il résolut de les poursuivre en personne, comme rebelles
et félons, et de marcher d'abord contre le duc de Berri son oncle, à
qui son âge et son expérience donnaient une influence prépondérante
dans son parti. Il pensa qu'il était fort à propos d'entrer immédiate-
ment en campagne, pendant que la plupart d'entre eux étaient encore
dans leurs terres , attendant les secours qu'ils avaient demandés. Eu
songeant à l'affection qui avait toujours uni jusqu'alors le roi et son
oncle et que je ne saurais comparer qu'à celle qui existe entre un pére
et son fils, en me rappelant avec quelle tendresse et quels soins le duc
avait élevé son neveu bien aimé, avec quel dévouement, avec quelle
fidélité il lui avait donné de sages conseils dans les affarres les plus
difficiles, mon âme se révoltait de le voir déclarer ennemi public; et
jaurais enseveli dans un éternel oubli cette particularité comme
630 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XIII.
laude digna et' nete subjacencia séribenda ex officio susce-
pissem.
CAPITULUM II.
Rex contra patruum suum movit exercitum, prius auriflamma sumipta in ecclesia
beati Dyonisii.
Cum Picardis, Burgundionibus, Gallicis et Normanis longe
lateque per regnum tunc dispersis ad arcendas pro viribus
hostiles discursiones regem proficisci satis securum determi-
natum fuerat; sed ex Brya et Vulcassino multi milites et scuti-
feri non evocati predictis se conjunxerunt, et, ut publice dice-
batur, non ducti aviditate pugnandi, sed moti verecundia, et
ne ceteris suspecti vel non fideles viderentur. Ut verum fatear,
multi ex utraque parte scelus excecrabile reputabant regem
appetere necem consanguineorum, perpauci finem malis impo-
nere per conflictus mutuos adoptabant. Circumspectiores vero,
quasi in baratrum desperacionis adducti, soli Deo rem deter-
minandam censebant : « Nam is, inquiunt, solus est qui novit
« ad bonum finem ! que malo sunt inchoata principio. »
Peracta igitur sollempnitate Paschali, rex consiliis domino-
rum sibi assistencium acquievit, et morem genitorum obser-
vans, quando quid arduum agredi cupiebant, ab ecclesia beate
Marie Parisiensis ad venerabile monasterium beati Dyonisii ,
Francie peculiaris patroni, die Sancti Johannis ante Portam
Latinam cum suo primogenito domino duce Guienne. et baro-
num multitudine copiosa devotissime accessit, et inter missa-
rum sollempnia glorioso martiri supplicavit ut prosperum
faceret iter suum ad gloriam regni et honorem. Ín signum
' ]l faut supposer ici l'omission d'un mot tel que ducere.
CHRONIQUE DE CHARLES VE — LIV. XXXIII. 634
quelque chose de monstrueux. si je ne m'étais fait une loi de trans
mettre à la postérité les événements dignes d'éloge ou de bláme.
CHAPITRE II.
Le roi marche contre son oncle, aprés avoir pris l'oriflamme dans l'église
de Saint-Denys.
I] avait été décidé que les Picards, les Bourguignons, les Francais
et les Normands, qui étaient alors répandus sur divers points du
royaume, suífiraient pour arrêter les courses dévastatrices de l'en-
nemi, et que le roi se mettrait en campagne avec cette armée. Mais
nombre de chevaliers et d'écuyers vinrent d'eux-mémes et sans être
mandés de la Brie et du Vexin se ranger sous la bannière royale; non
pas, disait-on, qu'ils fussent trés désireux de combattre, mais ils
obéissaient à une'espéce de point d'honneur et à la crainte de paraître
suspects ou déloyaux. À vrai dire, la plupart des gens des deux partis
voyaient avec horreur que le roi voulót verser le sang des siens; il n'y
en avait que trés pep qui fussent d'avis qu'on vidát par ]a voie des
armes ce malheureux différend. Mais les plus sages, désespérés de
l'état des choses , attendaient de Dieu seul un reméde à tous ces maux.
« Lui seul, disaient-ils, sait mener à bonne fin ce qui a commencé
« sous de mauvais auspices. »
. Aprés les fêtes de Pâques, le roi , d’après les conseils des seigneurs
qui l'entouraient, voulut observer l'usage suivi par ses aieux, toutes
les fois qu'ils avaient formé quelque grande entreprise. Le jour de la
fête de saint Jean Porte-Latine, il se rendit dévotement de l'église
Notre-Dame de Paris au vénérable monastère de saint Denys, patron
particulier de la France, avec son fils aîné monseigneur le duc de
Guienne et une suite nombreuse de barons, y entendit la messe, et
pria le glorieux martyr d'intercéder pour que son expédition tournát
à l'honneur et à la gloire du royaume. Il prit sur l'autel, en signe de
son prochain. départ, la banniére du saint martyr, qu'on appelle
632 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
celere profectionis vexillum gloriosi martiris , quod auriflamma
dicitur, ab annis multis exactis ab anno Domini.... * benedic-
tum , necdum exactis preliis deplicatum, ab ejus altari statuerat
sumere. Quod quamvis strenuo et emerito militi domino de
Osmonte nuper deferendum tradidisset , necdum adhuc solito
prestito juramento, illud ab eo exegit cum observanciis scri-
bendis. |
Cum enim ab oratorio suo ad cornu altaris predicti acces-
sisset, ante ipsum juxta altare astitit. pontificalibus indutus
monasterii venerabilis abbas, qui luculenter et profunde onera
et honores auctoritatis regie narrans, ipsum regem monuit ut,
priscorum more, ipsos gloriosos martires semper devotissime
invocaret pro victoria obtinenda. Vexilliferum eciam regium
multipliciter commendavit, qui, prius percepto Eucharistie
sacramento, inter regem et abbatem flexis genibus et sine capu-
cio mansit, donec verbis finem fecit; et tunc, cum publice super
corpus Christi jurasset quod illud usque ad mortem fideliter
custodiret, mox illud rex de manu dicti abbatis recipiens cum
pacis osculo ad collum ejus suspendit. Priscorum cerimonias
observans sic vexillum ferre dignum duxit, donec belli urgente
necessitate hasta aurea applicasset ; utque tunc corpus confec-
tum senio firmius consisteret resistendo, ei insignes milites, in
armis quoque strenuos , dominos scilicet de Sancto Claro , Jaco-
bum dictum le Brun de Montchemel. ?
' ly a ici une lacune dans le manuscrit. sens de cette phrase, de supposer l'omis-
* Il est nécessaire, pour compléter le sion d'un mot tel que adjunrerunt.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 633
Oriflamme, qui avait été bénite l'an du Seigneur. . . ... ', et qu'on
n'avait pas encore déployée depuis le commencement de la guerre
civile. Il y avait déjà quelque temps qu'il en avait confié la garde au
brave et vaillant chevalier messire d' Aumont ; mais comme ledit che-
valier n'avait pas encore prêté le serment accoutumé, le roi lui fit
préter ce serment avec une solennité qui mérite d'étre décrite.
Le roi, ayant quitté son oratoire et s'étant approché d'un des angles
de l'autel, le vénérable abbé du couvent, vétu de ses ornements pon-
tificaux , s'avanca vers lui; il lui rappela dans un éloquent discours
les devoirs et les honneurs de l'autorité royale, et l'engagea à inyo-
quer trés dévotement les saints martyrs, comme l'avaient toujours
fait les rois ses prédécesseurs, pour obtenir la victoire. Il fit ensuite le
plus grand éloge du porte-oriflamme, qui, aprés avoir recu le sacre-
ment de l’Eucharistie, vint se placer entre le roi et l'abbé, à genoux,
sans chaperon, et y resta jusqu'à ce que l'ábbé eüt fini de parler.
Alors messire d'Aumont jura sur le corps de Notre-Seigneur Jésus-
Christ qu'il défendrait fidèlement la royale bannière jusqu'à la mort;
puis le roi la prit des mains dudit abbé et la passa au cou du cheva-
lier en lur donnant l’accolade. Conformément aux usages pratiqués
| par ses prédécesseurs, messire d'Aumont résolut de la porter ainsi
jusqu'à ce que les besoins de la guerre l'obligeassent de l'arborer au
bout d'une lance dorée. Mais comme ses forces étaient épuisées par
l’âge, on choisit pour l'aider à la défendre deux illustres et braves
chevaliers, messire de Saint-Clair et Jacques, dit le Brun de Mont-
éhemel.
' La date n'est pas indiquée dans le latin.
634 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
: GAPITULUM HI.
De divisione regii exercitus , et quomodo, non obstante lesura accidentali, rex usque
ad Caritatem equitavit.
Inde ad iter rex accinctus petensque Meledunum, ubique
regni civibus subsidiariorum stipendia cotidiana ministrare
Jussit; que quamvis summam septingentorum milium scutorum
auri, qua moneta in-cunctis commerciis utebatur, excederent,
id tamen minime recusaverunt, supplicantes ut post se relin-
queret qui incursiones hostiles viribus refrenarent. Hanc solli-
citudinem jam mente gerebat, et ut fuerat consultum , portuum
maritimorum Picardie conestabulario comiti Sancti Pauli com-
misit custodiam, octingentis armatis ad unguem concomitato,
ne Anglici hostes regni usque ad ejus interiora penetrarent. Sibi
eciam est injunctum ut castrum fortissimum Drocarum, domino
Karolo Dalebret dono regio subditum, et utique precipuum
receptáculum hostium, viribus occuparet , vel oppidanos expel-
feret, qui de Normania per Carnotense territorium usque ad
Parisiacum pagum libere grassabantur et crudelius in regis
subditos seviebant. Nuper eciam erga regem vallidis precibus
obtinperat rex Sicilie Ludovicus ut in comitem de Alenconio,
vicinum suuri, ut in rebellem et inobedientem regi, insurgeret,
habebatque scripto regio roboratum quod quicquid de domi-
nio sibi subdito viribus occuparet tanquam juste acquisitum
libere possideret; et id inter ambos odii et discordie mortalis
fomitem ministravit.
Quamdiu rex absens fuit, ejus subsidiarii in Belsie et Gasti-
neti territoriis contra gentes ducis Aurelianis quasdam discur-
siones hostiles peregerunt; et nunc isti, nunc alii alternatis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 635
CHAPITRE III.
Division de l'armée royale. — Comment le roi , nonobstant une blessure causée
par accident, chevauche jusqu'à la Charité.
Le roi partit ensuite et prit la route de Melun , aprés avoir ordonné
à tous les habitants du royaume de fournir l'argent nécessaire pour la
solde de ses gens d'armes. Quoiqu'il fallát pour cela plus de sept cent
mille écus d'or, qui étaient la monnaie courante pour toutes les
transactions , chacun se soumit volontiers à cette imposition; seule-
ment on pria le roi de laisser derriére lui quelques troupes pour arré-
ter les courses des ennemis. Le roi y avait déjà songé, et d'aprés l'avis
de son conseil il chargea le comte de Saint-Pol, connétable de France,
de garder les ports de Picardie avec huit cents hommes d'armes, pour
empêcher les Anglais de pénétrer jusqu'au coeur du royaume. Il lui
enjoignit en outre de prendre d'assaut le château fórt de Dreux en
Normandie, que messire Charles d'Albret tenait de la munificence
royale, et qui était devenu l'un des principaux repaires des ennemis,
ou d'en chasser la garnison qui poussait audacieusement ses courses
par le pays Chartrain jusqu'au Parisis et traitait les sujets du roi ayec
la derniére cruauté. Peu de temps auparavant, le roi de Sicile Louis
avait aussi obtenu du roi par ses instances la permission d'attaquer le
comte d'Alencon, son voisin, comme rebelle et félon, et il s'était
fait autoriser par un éerit royal à jouir librement, comme d'une
acquisition légitime, de tout ce qu'il pourrait conquérir dans les
domaines dudit comte. Ce fut une cause de discorde et de haine mor-
telle entre les deux seigneurs.
Pendant l'absence du roi, il y eut plusieurs rencontres entre les gens
de guerre qu'il avait laissés dans la Beauce et le Gátinais et les troupes
du duc d'Orléans. Les uns et les autres, sortant tóur kh tour des
636 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
vicibus ex oppidis occupatis in compatriotas et ruricolas utrius-
que partis sepius erumpentes, in eos quasi temptabant mutuam
exsuperare seviciam.
Divisis autem copiis pugnatorum, rex de Meleduno urbem
Senonensem petens ulterius progredi nequivit tam celeriter
quam optabat. Nam copias militares educens ad. campestria,
dum in itinere prope ipsum quidam stolidissimus adolescens
dextrarium, cui insederat, urgeret calcaribus et eum ad super-
biam excitaret, recalcitrando calce tibiam ejus graviter vulne-
ravit, et inde cruor fluxit largissimus. Inde moti circumstantes
cum in actorem delicti animadvertere conarentur, id rex manu
et verbis lenibus prohibuit, doloremque magnanimitate supe-
rans, ut experti vulnus alligaverunt medici, usque ad Autis-
siodorum equitavit, non sine circumspectorum timore, cum.non
immerito dubitarent ne propter intemperanciam estivalem ad
vulnus febris accedens acuta dolorem multiplicaret. Ipsis iterum
persuadentibus ut ibi usque ad curacionem vulneris quieti
indulgeret, ad hostes premittens exercitum, acquiescere noluit;
summamque ignominiam reputans exercitum progredi sine
duce, ne pusillanimitatis titulo notaretur, nundum quinque
diebus elapsis, in vigilia Penthecostes, de villa exiens illum
usque. ad villam muratam de Druis, que erat comitis Niver-
niensis, perduxit. | |
Ut verum fátear, sic eum accelerabänt in consiliis presidentes
iter ceptum peragere, et precipue dux Burgundie; qui, contra
progenitorum morem, hujus alme ac venerande sollempnitatis,
adventus Sancti Spiritus Paracleti, vigilia nec et die sequenti
missarum sollempnia non nisi submissa voce audivit. Et cum
prandium . in: villa vocata de. Donsy le Pre accepisset, ipsum
apud Caritatem super, Ligerim adduxerunt. ]bi ex itinere
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 637
places oü ils tenaient garnison, tombaient sur les paysans des deux
partis, et semblaient vouloir rivaliser de cruauté à leur égard.
Cependant le roi, ayant partagé ses troupes en différents corps, se
rendit. de Melun à Sens. Mais au-delà de cette ville un accident l'em-
pécha de poursuivre sa marche aussi rapidement qu'il le désirait.
Comme il entrait daus la plaine, un jeune étourdi qui passait à cheval
prés de lui, ayant donné de l'éperon à son destrier pour le faire cara-
coler, l'animal atteignit en ruant la jambe du roi et le blessa griéve-
ment; le sang jaillit avec force dela blessure. Ceux qui se trouvaient
là, vivement irrités, se disposaient à chátier l'imprudent. Le roi leur
fit signe de se contenir, les calma par de douces paroles, et surmon-
tant la douleur avec courage, il se remit en route, dés qu'on eut posé
le premier appareil sur sa plaie, et poussa jusqu'à Auxerre, non sans
inspirer de justes inquiétudes aux gens sages, qui craignaient que
l'excessive chaleur n'occasionnát un accès de fièvre et n'augmentát
son mal. Vainement lui conseillèrent-ils de Jaisser l'armée poursuivre
sa marche et de se reposer jusqu'à ce que sa blessure fût guérie. Il
s’y refusa, en disant que c'était le comble du déshonneur pour un
général d'abandonner le commandement de ses troupes, et qu'il ne
voulait pas étre taxé de lácheté. Il quitta donc Auxerre au bout de
quatre jours, la veille de la Pentecôte, et s’avança jusqu'à la ville
close de Druyes, qui appartenait au comte de Nevers.
Je dois dire que c'étaient les principaux membres du conseil et
surtout le duc de Bourgogne qui le pressaient ainsi de marcher en
avant. Aussi, contre l'usage de ses prédécesseurs, ne put-il entendre
qu'une messe basse la veille et le jour méme de cette grande et auguste
solennité, dans- laquelle l'Église célèbre la descente du Saint-Esprit
Paraclet. 1l dina à Donzy-le-Pré et se fit ensuite conduire à la Cbarité-
snr-Loire , où il fut obligé de s'arréter sept jours pour se remettre de
ses fatigues, Pendant ce temps il prit, de concert avec ses principaux
638 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
nimium fatigatus septem feriis sequentibus moram traxit; quo
spacio cüm suis illustribus aliqua ad.utilitatem et securitatem
sul exercitus statuit observari. Et primo, eo jubente, ultra pon-
tem super Ligerim sagittarii et loricati ad unguem in sufficienti
numero locati sunt, ut arcerent hostium audaciam temerariam,
qui de municipio Sacri Cesaris erumpentes hucusque discursio-
nes hostiles et predales assuetas exercerent, vel insidiose more
suo per pontem villam infestarent. Ibidem auctoritate regia, ad
terrorem predonum, qui mercatoribus sepius insidiabantur,
erectum est patibulum , publiceque voce préconia proclamatum
ut de vicinioribus locis mercatores afferrent victualia secure,
que et sine aliqua exactione vendentes nec de prompta solu-
cione dubitarent. Lege iterum edictali postea proclamatum est,
et sub pena proditoribus constituta, ne quisquam ex stipen-
diariis evocatis, terram hostilem ingressi, aliqua oppida temp-
tarent capere nisi jussi, nec cedes. aut incendia exercerent, ne
ducatum, post mortem ducis viventis secundogenito regis
Johanni duci Turonie debitum, irreparabiliter dampnificatum
reperiret.
CAPITULUM IY.
In ducatu Biturie gentes regis occupaverunt quedam castra.
Ut dictum est, rex patruum nuper dilectissimum non sine
clemencia agredi cupiebat, ut ad cor rediens et deposita obsti-
nacionis sarcina nuncios sibi mitteret humiles et pacificos.
Publicatur, et in castris in regiis auribus nonnulli suggerebant,
quod benignitatem suam quam potenciam malebat ex periri, At
ubi adinventum et frivolum id intelligens, et medicorum dili-
gentissima curà dolorem vulneris sensiit mitigatum, nolens
ocium terere, dominum Robertum de Boyssay, quem matescal-
CHRONIQUE DE CHARLES Vl — LIV. XXXIII. — 639
seigneurs, plusieurs dispositions pour le bien et la süreté de ses
troupes. D'après ses ordres, on posta au-delà du pont de la Loire
des archers et des hommes d'armes en nombre suffisant pour arréter
les courses des ennemis qui oseraient sortir de la place de Sancerre
et étendre leurs brigandages jusqu'à son camp, ou qui chercheraient
suivant leur habitude à attaquer la ville du cóté du pont. Par son
commandement aussi, on dressa un gibet, pour effrayer les brigands
qui détroussaient souvent les marchands, et l'on fit publier par la voix
du héraut que les. habitants des environs pouvaient apporter en toute
süreté des vivres, et les vendre librement avec l'assurance d'étre payés
comptant. Enfin il fut défendu par une ordonnance, sous les peines
encourues par les traitres, à tous les gens de guerre qui entreraient en
pays ennemi, de chercher à s'emparer d'aucune ville sans ordre exprès,
et d'y commettre des meurtres ou des incendies, dans la crainte que
Jean, duc de Touraine, second fils du roi, à qui le duché de Berri
devait revenir aprés la mort du duc, ne trouvát cette province irré-
parablement endommagée.
CHAPITRE IV.
Les gens du roi s'emparent de plusieurs châteaux dans le duché de Berri.
Comme je l'ai dit, le roi désirait conserver quelques ménagements
en attaquant son oncle, qu'il avait tant aimé ; il. espérait le ramener
ainsi à de meilleurs sentiments et obtenir qu'il renoncát à son obsti-
nation et qu'il lui envoyát un humble et pacifique message. On disait
d'ailleurs dans le camp et l'on répétait méme aux oreilles du roi que le
duc de Berri aimait mieux éprouver les effets de sa bonté que ceux de
sa puissance. Mais le roi vit bientót que tous ces bruits n'avaient
aucun fondement, et se sentant soulagé de la douleur de sa blessure
par les soins de ses médecins, il ne vonlut pas rester plus long-temps
640 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH.
lum constituerat exercitus, indeque Parisiensem prepositum,
viros utique in armis strenuos, pontis vicina nemora statuit
explorare et diligenter scrutari, si sibi vel suis laterent nocive
insidie. Qui redeüntes cum regi ducatus introitum securum et
sine obice se reperisse intimassent, mox die sancte et individue
Trinitatis, quod certe multi barones et principes ob reveren-
ciam festi in diem alterum distulissent, aciebus dispositis de
villa exiens usque ad interiora nemorum predictorum fere per '
duo miliaria in apparatu bellico equitavit. Per aliquantulam
quoque moram stacionem faciens et bellorum cerimonias obser-
vans, ut deinceps universi solito caucius'se gerentes et armis
semper instructi prompcius sequerentur capitancorum signa,
duo vexilla regia aureis liliis ad solem refulgentibus decorata
deplicare precepit; moxque exemplum ipsius domini Guienne
et Burgundie duces sequti sunt.
Summa sollicitudine rex curandum susceperat ut Bituricam
urbem tendens iter securum redderet, ne de oppidis interme-
diis hostes erumpentes suis insidiarentur; et id sequenti die
lune temptaverunt. Nam signum militancium sub rege, crucem
scilicet transversalem, suis armis consuentes, quosdam ex pre-
cedentibus per nemorosa devia perduxerunt; ex quibus tandem
secum captivos septuaginta duxerunt. Hac de causa die martis
rex clangentibus lituis, voce preconia et sub pena suspendii,
publicandum statuit ut universi signa sua militaria sequerentur,
ne impedimenta, sarcinas et summarios conducentes anteguar-
diam transirent; insidiasque peractas ultum iri desiderans et
ad suburbium populosum de Fonteneto attingens, ad oppidum
per miliare distans prepositum Parisiensem direxit qui aucto-
ritate regia dedicionem imperaret. Ample capacitatis locnm
grata constructum planicie muris altis et. densis turribus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 641
dans l'imaction, et chargea messire Robert de Boissay, qu'il avait
nommé maréchal de l'armée, et le prévót de Paris, tous deux braves
chevaliers, d'explorer et de fouiller les bois voisins du pont, pour
s'assurer s'il n'y avait aucune embuscade dressée par lennemi. In-
formé par leur rapport qu'on pouvait entrer daus le Berri sans
obstacle et sans danger, il sortit de la*ville en ordre de bataille, le
jour de la sainte et indivisible Trinité, au lieu de différer son départ au
lendemain en considération de la féte, comme l'auraient désiré beau-
coup de barons et de princes, et il s'avanca en appareil de guerre
jusqu'à prés de deux milles dans l'intérieur des bois. Il y fit une
halte de quelques instants, et , afin que ses troupes fussent constam-
ment sur leurs gardes et toujours prêtes à suivre les bannières de leurs
capitaines, il fit déployer, conformément aux usages de la guerre,
deux étendards royaux semés de fleurs de lis d'or qui brillaient au
soleil. Messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne en firent
autant de leur cóté.
Le roi, en marchant sur Bourges, avait pris toutes les précautions
nécessaires pour assurer son chemin, et pour protéger son armée
contre les sorties que pourraient tenter les garnisons des places situées
sur son passage. Dés le lendemain, qui était un lundi, les ennemis ne
manquérent pas de lui tendre un piége. Ils attachérent sur leurs cottes
d'armes la croix blanche que les troupes du roi avaient adoptée comme
signe de ralliement, et à l'aide de ce stratagéme ils engagérent une
partie de l'avant-garde dans des chemins perdus au milieu des bois,
et firent soixante et dix prisonniers. C'est pourquoi le roi fit publier
le mardi à son de trompe, par la voix du héraut, que chacun eût à
suivre ses banniéres, sous peine d'étre pendu, et que ceux qui con-
duisaient les bagages, les convois et les bétes de somme eussent à ne
pas dépasser l'avant-garde. Puis, voulant tirer vengeance de la trahison
des ennemis, il envoya, dés qu'il fut arrivé au faubourg de l'impor-
tante place de Fontenai, le prévót de Paris sommer en son nom cette
place de se rendre. La ville, située à un mille du faubourg, avait une
grande étendue; elle était bâtie dans une belle plaine, entourée
IV. 81
642 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
cireumcinctum, armis et victualibus sufficienter munitum,
insignis armiger Robertus de Fonteneto, vir utique in armis
strenuus , custodiendum susceperat, prius tamen domino Gui-
chardo dalphino Alvernie prestito juramento, quod nec quem-
piam illud ingredi pateretug sine ejus licencia et speciali man-
dato. Sed timens sibi discrimen proventurum, si regie jussioni
presumptuose contrairet, benigne misso respondens : « Et si,
« inquit, domino duci Biturie hominii jure, vinculo quoque
« fidelitatis promisse noverim me astrictum, agentem tamen, in
« Sceptris omnium regnicolarum principum superiorem reco-
« gnosco, cui et obtemperare modis omnibus procul dubio
« cordialiter optarem. Sane ab ineunte juventute et hucusque
« ejus benivolenciam cupiens promereri, sub liliatis vexillis
« obedienter reiteratis vicibus militavi; et dum ad mentem
« reduco manum ejus munificam labores remunerasse perpessos
« eciam ultra condignum, cum juramento assero quod ab ejus
« obsequiis ulla dies, casus ullus me in perpetuum avellet. Qui
« tamen hoc municipio jure hereditario pociuntur, ejus ingres-
« sum ipsi et domino duci Guienne suo primogenito dignum
« ducunt offerendum, racionabiliter tamen differendum in
« odium ducis Burgundie, quamdiu eis assistet consiliarius
« principalis et super rebus arduis gerendis se intromittet. Et
« hec, recommendacione premissa , renuncietis, si placet. »
Indignanter se parvipensum dux Burgundie audivit, obti-
nuitque a rege ut castrum die sequenti obsidione cingeretur,
premittens expertos artifices qui per circuitum instrumenta
obsidionalia et machinas jaculatorias debite collocarent, scuta
eciám maxima armis propriis depicta, ut oppidanorum displi-
cenciam augmentarent, et ne ab eorum impeterentur sagittis,
dum insudarent operi imperato. Ab oppidanis tamen minime
Li
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 643
de hautes murailles et de grosses tours, et suffisamment pourvue
d'armes et de vivres. Un brave et illustre écuyer, nommé Robert de
Fontenai, en avait recu le commandement, et avait fait serment à
messire Guichard, dauphin d'Auvergne, de n'y laisser entrer personne
sans sa permission et son ordre spécial, Mais craignant de se com-
promettre en résistant trop ouvertement aux injonctions du roi, il
fit à l'envoyé une réponse pleine de ménagement : « Quoique je sois
« engagé, dit-il, envers monseigneur le duc de Berri par les liens de
« l'hommage et de la foi promise, je n'en reconnais pas moins le roi
« régnant comme suzerain de tous les princes du royaume, et je n'au-
« rais rien plus à coeur que de lui obéir en toutes choses. Dés ma
« plus tendre jeunesse j'ai cherché à mériter ses bonnes grâces, et j'ai
« servi plusieurs fois sous la banniére des lis; et quand je me rappelle
« que sa royale munificence a récompensé mes services au-delà de ce
« qu'ils valaient, je n'hésite pas à jurer que jamais aucune circonstance
« ne portera atteinte à mon dévouement pour sa personne. Mais ceux
« à qui cette place appartient par droit d'héritage, tout en reconnais--
« sant qu'ils ne doivent pas en refuser l'entrée au roi et à monsei-
« gneur le duc de Guienne, son fils aîné, se croient autorisés à diflérer
« cette soumission en haine du duc de Bourgogne, tant que œ prince
« sera leur principal conseiller et se mélera du gouvernement. Veuillez
« le dire au roi, s'il vous plait, en lui offrant mes humbles saluta-
« tions. »
Le duc de Bourgogne fut indigné de se voir si injurieusement traité,
et obtint du roi que le siége de la place füt commencé dés le lendemain.
Il chargea d'habiles ouvriers de disposer autour des murs les batteries
et les machines de siége, et pour protéger les travailleurs contre les
traits lancés par l'ennemi, il fit faire d'énormes boucliers, ornés de
ses armes , voulant par là causer plus de dépit à la garnison. Mais les
assiégés n'essayérent méme pas d'empêcher les travaux; dés qu'ils
virent l'avant-garde royale s'avancer sous les ordres de messire Robert
644 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
fuerunt impediti. Nam territi, ut viderunt anteguardiam regis
accedere, quam dominus Robertus de Boyssay conducebat, et
mox ad eum miserunt supplicantes ut libere cum mobilibus
permitterentur egredi; quod ille penitus denegavit, precipiens
sub interminacione mortis, ut ad regem accedentes et claves
oppidi afferentes veniam peterent de commissis. Tunc, ne ex-
tremum subirent exterminium, obtemperantes precepto, rem
capitaneo committunt peragendam; qui adductus, et in presen-
cia regis, Guienne et Burgundie. ducum constitutus, prono
capite flexisque genibus claves municipii obtulit, veniam val-
lidis precibus petens, si in aliquo offenderat regiam majesta-
tem, Ex circumstantibus illustribus minime defuerunt, qui sibi
infamem titulum prodicionis imponentes, cum introitum oppidi
gentibus regiis denegasset et ejus semper favisset hostibus,
cum multis ignominiosis verbis eum publice redarguerunt; et
quotquot ibidem aderamus oppinabamur quod post tot toni-
trua verba fulmen ultimum sequeretur et diceretur dignus
morte. Quorumdam tamen assistencium precibus sibi affinitate
conjunctorum , facta dicendi gracia quid mente gereret, se
municipii prefati ingressum sub condicione concessum micius
quam jussus fuisset , nec unquam cum adversariis regis pactum
aliquod pepigisse, aut stolam transversalem, mutuam eorum
confederacionem notantem, portasse libera voce respondit. In
ealce autem verborum cum pro vita flexis genibus supplicans
adjecisset : « Serenissime princeps, si quis forte mortalium aliud
«auribus vestris insusurrat, verba dat mendacia, et contra
« ipsum innocenciam offero per monomachiam defensuram, »
mediante domino duce Guienne adeptus est quod poscebat,
prius tamen prestito juramento quod ipse cum complicibus
recedens fidelitatem erga regem inviolabilem servaret.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 645
de Boissay, ils furent saisis d'épouvante et s'empressérent de lui envoyer
demander humblement la permission de sortir en liberté avec armes
et bagages. Mais Robert repoussa leur demande, et leur enjoignit,
sous peine d'étre passés au fil de l'épée, de venir apporter les clefs de
la ville au roi et d'implorer leur pardon. Pour éviter le sort dont on
les menacait, ils se soumirent et députérent à cet effet leur capitaine.
Celui-ci, s'étant rendu au camp et ayant été conduit en présence du
roi et des ducs de Guierme et de Bourgogne, offrit à genoux et la tête
courbée les clefs de la place, suppliant instamment qu'on lui pardon-
nât les offenses qu'il pouvait avoir commises contre sa royale majesté.
Parmi les seigneurs qui se trouvaient là, il y en eut qui lui reproche-
rent hautement et dans les termes les plus injurieux l'infáme trahison
dont il s'était rendu coupable en refusant l'entrée de la place aux gens
du roi, et en favorisant le parti ennemi. Nous pensions , tous tant que
nous étions, qu'après ce tonnerre d'invectives la foudre allait éclater,
et qu'on le condamnerait à mort. Mais, gráce à l'intervention de
quelques personnes qui lui étaient unies par les liens de la parenté,
il eut la permission de s'expliquer, et déclara avec fermeté qu'il avait
livré l'entrée de la place avec plus d'empressement et à des, conditions
meilleures qu'il n'avait ordre de le faire, et qu'il n'avait jamais.con-
clu aucun pacte d'alliance avec les ennemis du ror, ni porté l'écharpe
blanche qui était leur signe de ralliement. Puis il demanda à genoux
qu'on épargnát sa vie, et termina ainsi : « Prince sérénissime, si quel-
« qu'un ose vous dire le contraire, il en a menu, et j'offre de soute-
« nir mon innocence contre lui en combat singulier. » Il obtint son
pardon par la médiation de monseigneur le duc de Guienne, mais
aprés avoir juré pour lui et pour sa garnison de garder désormais au
roi une fidélité inviolable.
646 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII,
Tunc oppido castodie prepositi Parisiensis commendato,
_quamvis dies sequens quieti posceret indulgeri ob reverenciam
sollempnitatis sacramenti altaris, auctoritate tamen regia ver-
sus vallidissimum oppidum, Molendinum Porcarii dictum, inter
amplum solum cultum et vicina nemora apta insidiis compo-
nendis constructum, aciebus ordinatis exercitus flectit iter. Non
premiserat aliquem rex qui dedicionem imperaret; sed castel-
lanus salubri usus consilio, malens benivolenciam ejus quam
vires experiri, sibi claves offerens pro vita supplicavit; quam
non modo rex inolita concessit clemencia, sed et sibi oppidi
commisit custodiam, prius de fidelitate servanda prestito jura-
mento, | |
Non tamen estimo sub silencio transeundum quod, cum
circa meridianum fervorem intemperatum. prope castrum rex
accedens aciem suam ex itinere valde fessam in vicino nemore
collocasset, et bellatorum magna pars, armis depositis ad cap-
tandum. auram clemenctorem intenderet et necessariis vite per-
quiréndis, ipseque rex in tentorio regali jam incepisset pran-
dere, subito quidam ex pabulatoribus ingeminantes ad arma
et clamoribus addiderunt : « Ab insidiis caveatis, quoniam hos-
« tes vidimus accedentes. » Facile persuasum est quod omnes
qualibet hora oppinari poterat evenire; et quamvis animos for-
cium soleant eciam repentina concutere, eum summa tamen
celeritate arma capessunt universi, et ad regis tentorium accur-
rentes, ibi reppererunt dominos duces Guienne et Burgundie,
qui relicto regio prandio jam aditum custodiendum armati ad
unguem susceperant. At ubi perceperunt primam regis aciem
ab eis tribus stadiis distantem, que in monte castra metata
fuerat, jam armis instructam, in planicie media aciebus com-
ponendis apta suos jusserunt adversarios expectare pede fixo,
CHRONIQUE DE CHARLES VE. — LIV. XXXIII. — 647
Le garde de Fontenai fut remise au prévót de Paris, et le lende-
main, malgré la solennité de la fête du Saint-Sacrement qui comman-
dait le repos, le roi enjoignit à son armée de se mettre en marche,
et de s'avancer en bon ordre vers le château fort de Moulin-Porcher,
báti entre une vaste plaine bien cultivée et des bois favorables pour les
embuscades. l| n'avait pas envoyé sommer la place de se rendre;
mais le chátelain bien avisé aima mieux éprouver sa bonté que sa
puissance; 1! apporta ses clefs et demanda la vre. Non-seulement le
roi lui fit grâce avec sa clémence accoutumée, mais il: lui laissa la
garde du château, après lui avoir fait prêter serment de fidélité.
Je crois devoir mentiormer ici un incident assez remarquable qui
eut lien ce jour-là. Le roi, étant arrivé vers midi, par ume chaleur
brûlante, sous les murs de la place, avait fait halte avec son armée
dans le bois voisin pour qu'elle s'y reposát des fatigues de la route; la
plupart de ses hommes d'armes avaient quitté leur armure pour mieux
goüter le frais et étaient en quéte de provisions. Le roi lui-méme
commencait à diner dans sa tente, lorsque quelques uns des fourra-
geurs revinrent au camp en criant: « Áux armes, aux armes! soyez
« sur vos gardes, nous avons aperçu lennemi qui s'approche. »
On les crut sans peine, parce qu'om s'attendait à tont moment: à
la possibilité d'une surprise. Malgré l'étonnement que cause tou-
Jours l'imprévu méme aux cœurs les plus intrépides, tout le monde
prit les armes avec empressement et accourut vers la tente royale.
Messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne, qui venaient de
quitter la table du roi et s'étaient armés de pied en cap, gardaient déja
l'entrée de la tente. Aprés s'étre assurés que leur avant-garde, qui
était campée sur une émiuence à trois cents pas de là, était en ordre
de bataille, ils enjoignirent à leurs troupes d'attendre l'ennemi de
pied ferme au milieu de la plaine, où l'on pouvait se développer. Ils
croyaient , d’après ce qu'on leur avait rapporté, que c'était en effet
648 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
quos credebant firmiter, ut dicebatur, adventare, monentes
omnes ut constantes animo existerent ad probitatis titulum
acquirendum. Jam jamque miserant qui velocissimis equis
vecti explorarent cum quantis hostes bellum administrarent
copiis, qui tractus castrorum, queque forma esset, et sub qui-
bus regerentur ducibus. Sed diu non tracta mora redeuntes
retulerunt non hostes, .sed Inguerrannum de Bornovilla et
Aymedium de Viriaco cum octingentis pugnatoribus ad regis
subsidium advenire.
Michi sollicite sciscitanti cur incentores preliorum tantum
erraverant, maxime cum vexilla accedencium dicerent se fide
oculata percepisse, fide dignorum relatu responsum est ducem
Burgundie predictos clamores fingi precepisse, ut experimento
disceret quam mentem gererent militantes et quam prompte
armarentur, si se casus similis obtulisset. Addebant et id egisse
ut ducis Biturie armorum et triumphorum preco vires regias
metiretur. Qui mox, sedato tumultu, cum rege colloquium secre-
tum habuit, nichil aliud referens, prout vulgus referebat, nisi
quod dux se regi et duci Guienne dulciter recommendans mul-
tum regraciabatur quod ducatum sibi regia auctoritate conces-
sum visitabant; in quo et summe optabat ipsis in omnibus
complacere.
Eodem quasi instanti, de Tornaco balistarii , ad regis adducti
presenciam, eidem supplicaverunt ut fidelissime urbis et civium:
antiqua jura et auctoritatem conservans eisdem, tanquam sin-
gulariter deputandis ad custodiam regalis depositi, juxta ejus
tentorium suum lieeret levare, quociens locum mutaret; idque
rex, de consilio baronum assistencium, ut racionabile, concessit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 649
l'ennemi qui s'avangait, et tout en recommandant à leurs hommes
d'armes de combattre bravement et de signaler leur vaillance, ils
détachérent en avant des éclaireurs montés sur d'excellents chevaux,
pour reconnaitre la force de leurs adversaires, l'étendue et la forme
de leur camp, les chefs qui les commandaient. Mais les éclaireurs
revinrent bientót annoncer que ce n'était pas les ennemis qui avaient
paru , que c'était Enguerrand de Bournonville et Amédée de Viry qui
amenaient au roi un renfort de huit cents lances.
Je ne comprenais pas bien comment une pareille erreur avait pu
étre commise, surtout par des gens qui prétendaient avoir vu les ban-
niéres de l'ennemi. Je voulus m'en éclaircir, et des personnes dignes
de foi m'assurérent que c'était un stratagéme du duc de Bourgogne,
qui leur avait ordonné de crier aux armes! afin de connaître quelles
étaient les dispositions des troupes royales et si elles s'armeraient
promptement en cas d'alerte. On ajoutait qu'il avait eu aussi par là
l'intention de donner au héraut d'armes du duc de Berri une idée des
forces du roi. Dés que l'alerte fut dissipée, cet envoyé eut une con-
féreuce secréte avec le roi, et, si l'on en croit les bruits qüi circulé-
rent dans le public, il ne lui dit rien autre chose, sinon que son
maître se recommandait humblement au roi et au duc de Guienne,
qu'il les remerciait de venir visiter le duché dont la munificence royale
l'avait investi , et qu'il n'avait rien plus à coeur que de leur complaire
en toutes choses.
Quelques instants aprés, arrivérent des arbalétriers de Tournai , qui
s'étant fait présenter au roi le suppliérent de vouloir bien leur per-
mettre, conformément aux antiques priviléges et franchises de leur
très fidèle cité et de ses habitants, de dresser leur tente prés de la
sienne, toutes les fois qu'il changerait de place, afin qu'ils pussent
veiller spécialement à la garde de sa royale personne. Le roi trouva
leur demande légitime et y accéda, d'après l'avis des barons qui se
trouvaient la.
Iv. 82
650 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XIII.
CAPITULUM V.
De cepcione ville et castri Duni Regii.
Jam die advesperascente, exploratores quibus rex jusserat
perscrutari itinera usque Bituricam urbem, redeuntes retulerunt
ipsa secura non esse propter municionem hostium ad custodiam
ville intermedie, Dunum Regium vocate, deputatam. Quaprop-
ter nocte quieta transacta , illuc exercitum tendere imperavit,
premittens qui dedicionem preciperet. Regi vero de situ et statu
ville sciscitanti ipsam opimo agro, gleba ubere et amenitate
precipue constructam , fossa, spissis sollidisque muris ac densis
turribus cireumcinctam et ad resistendum paratam, me audiente,
dixerunt se percepisse, cui nec deerat supereminens oppidum
vallidissimum, nec nisi octo milibus vel circiter a Biturica civi-
tate distare. « Et quia, inquiunt, post istam in toto ducatu
« Biturie multorum populorum incolatu insignior reputatur, ut
« vulgus affirmat, ad custodiam ipsius ex Vasconibus et Lom-
« bardis quadringentos pugnatores loricatos ad unguem dicitur
« dux Biturie deputasse, quibus omnibus dominum Henricum
« Dast, virum utique in armis strenuum et audacem capitaneum,
« prefecit. » Ad eum precedenti die ducis Borbonii fratrem ille-
gittimum miserat , qui sibi sub fidelitate jurata dederat in man-
datis ne cuipiam ingressum ville concederet, nec timeret regias
accedentes cohortes, sed viriliter resistendo auxilium prestola-
retur missurum, mox ut attingeret Bituricam civitatem. Hiis
pollicitis factus audacior et ductus spiritu arrogancie, non modo
dedicionem imperatam presumptuose denegavit, sed ad resis-
tendum consodales suos multipliciter animavit, quamvis jam
primam regis aciem perciperet propinquare. |
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 651
CHAPITRE V.
Prise de la ville et du cháteau de Dan-le-Roi. -
Vers le soir du méme jour, les éclaireurs que le roi avait envoyés en
reconnaissance sur la route de Bourges revinrent annoncer qu'il y
avait lieu de craindre quelque attaque de la garnison de Dun-le-Roi,
qui se trouvait sur son passage. En conséquence le roi, aprés avoir
consacré la nuit au repos, commanda à son armée de marcher de ce
cóté-là et fit sommer la place de se rendre. Ceux qu'il détacha en avant
à cet effet lui fournirent des renseignements sur la position et la force
de la place; j'étais présent, lorsqu'ils racontèrent qu'elle était bâtie au
milieu d'une plaine riche et fertile, dans un site riant, entourée de
murailles solides, flanquée de grosses tours et disposée à faire une
vigoureuse résistance ; qu'elle était en outre dominée par une citadelle
trés forte, et n'était qu'à huit milles environ de la ville de Bourges.
« Et comme elle est réputée la plus importante place de tout le duché
« de Berri aprés la capitale à cause de sa population, ajoutérent-ils , le
« duc en a, dit-on, confié la garde à quatre cents hommes d'armes
« gascons et lombards, qu'il a mis sous le commandement de messire
« Henri d'Ast, vaillant et intrépide capitaine. » La veille même, ledit
duc avait député vers lui le frére bátard du duc de Bourbon, pour lui
enjomdre sur la foi du serment de ne laisser entrer personne dans
la place, et pour lui recommander de ne pas s'effrayer de l'approche
des troupes royales, mais de se défendre courageusement en attendant
les secours qui lui seraient prochaineinent envoyés de Bourges. Ledit
capitame, enhardi par cette promesse et aveuglé par la présomption,
repoussa avec hauteur les sommations qui lui furent faites, et exhorta
ses compagnons à résister vigoureusement, quoiqu'il vit déjà appro-
cher l’avant-garde royale.
652 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
Hanc vexillis deplicatis viginti strenui milites conducendam
susceperant, inter quos merito nominandi sunt magister balis-
tariorum Francie, Petrus de Essartis, Parisiensis prepositus,
Aymedius de Viriaco, domini de Hely et de Vergio, Gualterus
de Rupibus, dominus de Crouyaco, Inguerrannus de Borno-
villa, magister regalis hospicii, Guillelmus et Gregorius de
Trimoulla, quia ceteris auctoritate precellebant. Precedencium
duo mille estimabatur numerus, quos sequebantur qui conve-
henda victualia et cetera exercitui necessaria susceperant. Quos
cum acies regie attigissent, et se in suburbio ville et viciniori-
bus locis collocassent, rex precepit villam obsidione vallare,
ut nec introitus alicui pateret vel exitus, et in circuitu erigere
mediocres machinas jaculatorias; nilque amplius actum est
prima die. Qui consiliis regiis assistebant non passi sunt quod
sequenti luce, que fuit quarta junii, assultus inchoarentur,
quod multi ardore marcio inflammati avide appetebant. Sed
videntes quod machine jam erecte muros modicum debilita-
bant, unam omnibus majorem, vocatam Griete, ante portam
principalem erigi preceperunt, que non sine pulveribus nimium
sumptuosis , expertorum quoque artificum et sibi famulancium
sudore et periculoso labore, lapides ingentis ponderis emitteret.
Quociens ministerio fere viginti hominum id fiebat, ad aures
quatuor milibus distancium veniebat, et emissum tonitruum
viciniores terrebat, ac si ex infernali furia processisset. Jactu
quoque violento prima die turris in parte destruxit funda-
menta. Sequenti iterum die lapides molares emisit duodecim, e
quibus due turrim illam penetrantes multa edificia cum habi-
tatoribus exposuerunt ultimo discrimini. Reliqua iterum obsi-
dionalia instrumenta murorum precinctam locis plurimis con-
fregerunt.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 653
Cette avant-garde marchait bannières déployées sous les ordres de
vingt braves chevaliers, parmi lesquels je citerai comme les plus illus-
tres le grand-maitre des arbalétriers de France, Pierre des Essarts,
prévôt de Paris, Amédée de Viry, les sires de Helly et de Vergy, Gau-
tier des Roches, le sire de Croy, Enguerrand de Bournonville , le
grand-maitre de la maison du roi, Guillaume et Grégoire de la Tré-
moille. Elle se composait à peu pres de deux mille hommes. Venaient
ensuite les chariots chargés de vivres et les équipages. Lorsque l'ar-
née royale les eut rejoints et se fut établie dans le faubourg de la ville
et dans les lieux voisins, le roi fit commencer le siége et ordonna qu'on
fermát toutes les avenues de la place, et qu'on dressát les machines
autour des murs. On ne fit rien de plus le premier jour. Le lende-
main , 4 juin, les seigneurs qui faisaient.partie du conseil ne voulu-
rent pas permettre qu'on donnát l'assaut, bien que les troupes, enflam-
mées d'une ardeur martiale, le demandassent à grands cris. Mais voyant
que les machines déjà dressées ébranlaient à peine les murs, ils firent
établir devant la porte principale un engin monstrueux nommé la
Griète, et servi par d'habiles artilleurs qui le chargeaient de poudre,
et lancaient au loin par ce moyen des pierres d'une grosseur extraor-
dinaire, non sans courir eux-mémes de grands dangers. ll fallait vingt
hommes pour le manœuvrer, et toutes les fois qu'on s'en servait, le
bruit de l'explosion s'entendait à quatre milles et jetait l'effroi dans
le voisinage, comme si c'eüt été un bruit venu de l'enfer. Dès le
premier jour, cette redoutable machine détruisit une tour presque de
fond en comble. Le lendemain elle lança douze pierres énormes, dont
deux pénétrérent dans la tour, détruisirent plusieurs maisons et failli-
rent écraser les habitants sous les décombres. Pendant ce temps, les
autres batteries de siége pratiquaient des bréches en plusieurs endroits
de l'enceinte des murs.
654 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
. Et quia oppidani adhuc obstinati manebant, archam magnam
volubilem, quarcinis trabihus sustentatam, ad immittendum
infra morticinia huc illuc campis disjecta, artifices regii impera-
verunt fieri, que fetore suo intoxicaret in villa commorantes.
Cum summa abhominacione cordis et narium quotquot castris
résidebant tantam corrupcionem ,pestiferam: perferebant. Ideo
petentes obtinuerunt ut villa assiliretur; iterumque auctoritate
regia lituis clangentibus in exercitu edictum est voce preconia
ut quilibet armiger quatuor, miles vero octo lignorum fasciculos
prepararet, quibus fossata implerentur usque ad superficiem
terre.
Omnia que parabantur aspiciebant oppidani. Capitaneo
eciam Inguerrannus de Bornovilla, qui secundam custodiebat
portam ville, hucusque persuaserat ut dedicionem offerret,
cum non posset resistere. Quem tandem, videns quod promisso
auxilio fraudabatur, deposita presumpcionis sarcina, rogavit ut
iracundiam regis contra se conceptam mitigaret. Pro posse
facere id spopondit, sub salvo conductu regis quos sibi placuit
secum ducens, qui ad regis, ducum Guienne et Burgundie,
ceterorumque illustrium adducti presenciam, post debitum
reverencié affatum, vultu in terram demisso flexisque genibus
supplicaverunt ut, clemencia regia eis vitam misericorditer con-
donans, cum mobilibus egressum liberum cunctis daret. In
sentenciam unicam convenientes barones sssistentes ommes
indignos venia concluserant, nisi se submittereht in toto regie
voluntati. Et hanc condicionem postmodum ceteri acceptave- -
runt consodales , supplicantes ut induciale fedus biduo conce-
deretur, indignissimum reputantes inscio domino duce Biturie
tam periculosum jugum et tam ignominiosum subire. Benigni-
tate regia quod postulaverant assequuti, cum duce colloquia
CHRONIQUE DE CHARLES. VI. — LIV. XXXIII. — 655
Comme les assiégés continuaient à se défendre avec opiniátreté , les
ingénieurs royaux firent construire un grand coffre roulant soutenu
par des poutres de chêne, où l'on jeta toutes les charognes qu'on
trouva dans la campagne, afin d'infecter les assiégés. Mais comme
l'odeur fétide qui s'en exhalait empestait aussi le camp, les troupes du
roi, ne pouvant supporter une telle infection, demandérent de nouveau
et obtinrent enfin qu'on donnát l'assaut. 1l fut publié au nom du roi,
par la voix du héraut et à son de trompe que tout écuyer eût à pré-
parer quatre fascines, et tout chevalier huit pour. combler les fossés
au niveau du sol.
La garnison voyait tous ces préparatifs. Enguerrand de Bournon-
ville, qui était, posté devant la seconde porte de la place, ne cessait
d'engager le capitaine à se rendre, lui remontrant qu'il ne pouvait
tenir contre l'armée royale. Ledit capitaine , perdant enfin l'espoir de
recevoir les renforts qui lui avaient été promis , rabattit de son orgueil,
et pria Enguerrand d'intercéder pour lui auprès dü roi. Celui-ci pro-
mit d'y employer tous ses efforts, et emmena sur la foi d'un sauf-
conduit des députés choisis par Henri d'Ast, qu'il conduisit en pré-
sence du roi, des dues de Guienne et de Bourgogne et des autres sei-
gneurs. Après avoir offert l'hommage de leurs salutations , ils deman-
dérent humblement à genoux que le roi daignát dans sa clémence leur
permettre de sortir vie et bagues sauves. Les barons qui se trouvaient
là furent tous d'avis qu'ils ne méritaient de pardon qu'autant qu'ils
se mettraient à la merci du roi. Les assiégés souscrivirent à cette
condition; ils sollicitérent toutefois une tréve de deux jours pour
avertir monseigneur le duc de Berri , à l'insu duquel ils ne voulaient
pas subir cette dure et honteuse nécessité. Le roi ayant accédé à leur
priére, ils eurent une conférence avec ledit duc. J'ignore entiérement
ce qui s'y passa; ce que je sais, c'est qu'ils ramenérent avec eux le
héraut d'armes de ce prince, qui se présenta au conseil royal et déclara
qu'il avait été envoyé pour avoir des nouvelles de la santé du roi et
du duc de Guienne, que le due de Berri leur offrait ses humbles
656 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
michi ignota penitus habuerunt. Redeuntes tamen secum ejus
preconem armorum adduxerunt, qui consistorio regali dixit se
transmissum ut de salute regis ac ducis Guienne dominum suum
redderet cerciorem ; quibus et previa humili recommendacione
se et sua jure subjectionis offerens, rogabat tamen ut suos abire
permitterent indempnes, et de villa ordinarent ad sue benepla-
citum voluntatis.
Qui colloquiis secretis ex officio assistunt. verba referunt
omnibus placuisse, et regi dissuadentes cruentam victoriam,
cum sanguine hostium non egeret, decencius addebant dilec-
tum patruum pietate pocius quam viribus revocandum. Cui
sentencie rex concordans annuit quod poscebat. Ne vanum
verbum regium notaretur, insignes milites domini de Catha-
lono, Gualterus de Rupibus, ex Burgundia oriundi, missi sunt;
qui, receptis a recedentibus auctoritate regia fidelitatis sacra-
mentis, eos usque ultra castra, addam tamen non sine violen-
cia, conduxerunt. Nàm tunc innumerabiles fere gregarii et
levis armature servientes accurrentes, et omnes Ármeniacos pes-
simos nominantes, in omnes et precipue in eos qui stolam
albam, signum confederacionis eorum, portabant, cum gladiis
et fustibus insurrexissent, nisi milites prefati eorum vesaniam
refrenassent.
CAPITULUM VI.
Rex Anglie dominis ; quos rex persequebatur per consilium ducis Burgundie,
statuit opem ferre.
Interim dum rex obsidioni instaret, insignis scutifer brito,
Carmin nuncupatus, quem in Ángliam miserat ad inquiren-
dum, si posset, quid rex mente gerebat super instantibus vora-
ginibus guerrarum, rediens nunciavit ipsum in consistorio
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHT. — 657
compliments, mettait à leur disposition, comme un fidéle sujet, sa
personne et ses biens, et les priait de laisser sortir la garnison saine
et sauve, leur abandonnant la ville pour en ordonner selon leur bon
plaisir.
Ceux à qui leurs fonctions donnent entrée aux conseils secrets m'ont
assuré que tous les assistants furent satisfaits de ces paroles, et con-
seillérent au roi de ne point ternir l'éclat de sa victoire en versant
inutilement le sang ennemi. On lui représenta qu'il y aurait plus
d'honneur à ramener son oncle au devoir par la douceur que par la
force. Le roi y consentit, et pour que l'effet de sa royale parole ne se
fit pas attendre, il chargea deux illustres chevaliers bourguignons, le
sire de Chálon et Gautier des Roches, d'aller recevoir en son nom le
serment de fidélité des troupes qui évacuaient la place, et de les con-
duire hors du camp. Mais je dois dire que cela ne se fit point sans
violence. Les gens de pied et la valetaille accoururent en foule sur
leur passage, les insultérent en les appelant infámes Armagnacs, et
seraient tombés sur eux à coups d'épée et de báton, et surtout sur ceux
qui portaient la bande blanche en signe de ralliement, si lesdits che-
valiers n'eussent contenu leur fureur.
CHAPITRE VI.
Le roi d'Angleterre ‘se décide à secourir les princes que le roi poursuivait
d’après les conseils du duc de Bourgogne.
Pendant le siége, le roi avait envoyé en Angleterre un fameux
écuyer breton, nommé Carmin, avec mission de s'informer, s'il le
pouvait, des dispositions du monarque anglais au sujet de la guerre qui
désolait le royaume. Cet écuyer vint lui annoncer que ledit prince
IV. 85
658. CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH.
suorum. illustrium statuisse ut dux. Lencastrie, ejus seeundo-
genitus filius,. illis dominis quos persequi statuerat opem
ferret. « Et quamvis, inquit, princeps Wallie, regis primoge-
« nitus, multis exactis diebus fratris transitum conatus fuerit
« impedire, nunc tamen a patre revocatus statuit resipiscere ab
« incepto, Ideo quod incepistis agredi, adimpleatis celeriter,
« quoniam et nunc Ánglici congregati jam navigium promptum
« habent et in Franciam transmeare statuerunt. » Addidit idem
nuneius.et cum quodam: religioso sancti Dyonisii, nuncupato
Petro de Versallis, fratrem Jacobum Magni, augustinensem ,
viros utique exhortatorii sermonis habentes graciam, repperisse,
qui crebris monicionibus id persuadebant regi tanquam racio-
nabile et juri consonum. Quod verbum non sine verecundia
audivi ac rubore, timens ne inde rex ecclesie sue minus solito
faveret.
CAPITULUM VII.
Ut regi cuneta prospere succederent regnicole devotissime orabant.
Ipsa et eadem hora, a Parisiensi urbe nuncius supervenit,
qui, premissa recommendacione humili, quot et quantis devo-
cionis observanciis sui subditi humiles, fideles Francigene,
absque intermissione aures divinas pulsabant , ut expedicionem
bellicam laudabiliter terminaret, serietenus narravit. Ab ejus.
ore didici quod ab inicio profectionis regie viri ecclesiastici
regni percelebres letanias continuare statuerant, sexu utriusque
plebis cum cereis ardentibus et nudis vestigiis subsequente;
quos et dulciter monebant ut ante Deum prostrati cum gemi-
tibus et lacrimis pro pace et incolumitate regis devotissime
orarent, quoniam humilitáte et non resistencia divina flectuntur
CHRONIQUE DE CHARLES VI. —.LIV. XXII. ‘659
avait décidé en son conseil que le duc de Lancaster, son second fils,
irait porter secours aux seigneurs que l’armée royale avait attaqués.
« Le prince de Galles, fils aîné du roi, dit-il, a essayé pendant plu-
« sieurs jours d'empêcher le départ de son frère; mais sur les repré-
« senlations de son père, il a changé d'avis. Hátez-vous donc, mon-
« seigneur, de mettre à exécution votre entreprise; car l'armée anglaise
« est réunie , la flotte est prête et va mettre à la voile pour la France. »
I! ajouta qu'il avait trouvé en Angleterre un religieux de Saint-Denys,
nommé Pierre de Versailles, et un moine augustin, frère Jacques
Legrand, doués tous deux d'une éloquence persuasive , qui poussaient
le roi à cette expédition en ne cessant de la lui représenter comme
raisonnable et légitime. Je ne pus entendre ce rapport sans honte et
sans confusion ; je craignais que le roi n'en prit occasion pour traiter
moins favorablement l'abbaye.
CHAPITRE VII.
Les habitants du royaume adressent à Dieu de ferventes priéres pour le succés
de l'armée royale.
Au méme instant, il arriva de Paris un courrier, qui , aprés les
compliments d'usage, annonca au roi que ses humbles et fidéles sujets,
les habitants de ladite ville, adressaient sans cesse à Dieu de ferventes
prières pour le succès de ses armes. J'appris de sa bouche que, dès le
départ du roi, le clergé de toutes les églises du royaume s'était em-
pressé de faire des processions en chantant les litanies, qu'une foule
d'hommes et de femmes avaient suivi ces processions nu-pieds, le cierge
à la main, et qu'on avait plusieurs fois exhorté les fidéles à se proster-
ner devant les autels et à prier dévotement le Seigneur pour obtenir
par leurs gémissements et leurs larmes la paix et la santé du roi, parce
que ; leur disait-on, c'est par l'humilité et non par l'orgueil qu'on
peut fléchir la puissance divine. En outre, les évéques et les curés
des paroisses allaient avec leur clergé d'église en église , portant dans
660 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
consilia. Iterum cum clero episcopi et ecclesiarum parrochialium
rectores, de ecclésiis ad ecclesias procedentes, cruces, arma
spiritualia et sanctorum pignora sacrosancta propriis manibus
sive humeris bajulabant; interque missarum sollempnia, viri
exhortatorii sermonis habentes graciam, omnes et singulos
hortabantur ut digne satisfacientes pro delictis patrem. mise-
ricordiarum sibi redderent placabilem, qui regnum et dis-
cordantes principes ad transquilitatem et pacem revocaret.
Salutares observancias longe lateque per regnum introductas
Parisienses venerabiles canonicos Beate Marie nuncius addi-
dit magnificencius observasse, cum ordinibus mendicancium,
ecclesiarum parrochialium rectoribus et innumerabili plebe ad
ecclesiam Sancte Genovefe procedentes, protinus ut jam feria
tercia hujus mensis junii exacta regem Duni Regii villam obsi-
dione cingere statuisse audierunt.
Alme Universitatis Parisiensis in jure divino, canonico ,
civili, ceterisque scienciis professores ac studentes, exemplum
sequuti predictorum, cereosque ardentes tenentes in manibus,
cum in ecclesia Sancte Katerine stacionem fecissent , inter cele-
brandum divina omnibus subsequentibus publicari statuerunt:
quod sic incolumitatem regis, pacem lilia deferencium et regni
transquilitatem erga auctorem et amatorem pacis Christum
poterant procurare. Ad id populum amplius excitandum , ite-
rum die sequenti, que fuit dies dominica, venerandi monasterii
beati Dyonisii Deo religiosi amabiles, nudi pedes, innumera-
bilem fere multitudinem populi ad regalis Palacii sacram Capel-
lam processionaliter adduxerunt. Secum autem non modo salu-
tifere crucis porcionem, sacrum clavum et coronam Passionis
Christi veneranda detulerunt insignia, sed et, quod cunctis
acceptabilius fuit, quia alias non visum vel auditum, sacro-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. -— LIV. XXXIII. — 664
leurs mains ou sur leurs épaules les croix, les bannières et les reliques
des saints. Pendant la messe, d'éloquents prédicateurs exhortaient
tous les fidéles et chacun d'eux en particulier à expier leurs péchés, afin
d'apaiser le père des miséricordes et d'obtenir qu'il rétablit la paix
dans le royaume et la bonne harmonie entre les princes. Le courrier
ajouta que les vénérables chanoines de Notre-Dame de Paris avaient
accompli avec une magnificence inaccoutumée les pratiques salutaires
observées dans toute l'étendue du royaume, et que, sur la nouvelle
que le roi avait commencé le 3 juin le siége de Dun-le-Roi, ils s'étaient
rendus processionnellement à l'église de Sainte- Geneviéve avec les
ordres mendiants, les curés des paroisses et un immense concours
de peuple.
Les professeurs de l'Université de Paris et les étudiants en droit di-
vin , endroit canon, en droit civil et en toutes les autres sciences sui-
virent cet exemple. Ils allérent, le cierge à la main, faire une station
à l'église de Sainte-Catherine, et, pendant la messe, ils recommandé-
rent à la foule qui les avait suivis de prier Jésus-Christ , l'auteur et Je
pére de la paix, afin d'obtenir la santé du roi , la concorde des princes
du sang et la tranquillité du royaume. Pour exciter encore plus la
dévotion du peuple, le lendemain dimanche, les bons religieux de
l'abbaye de Saint-Denys allérent nu-pieds en procession à la Sainte
Chapelle du Palais avec un grand concours de peuple. Ils y portérent
non seulement un morceau de la vraie croix, le sacré clou et la cou-
ronne d'épines, ces vénérables insignes de la Passion de Jésus-Christ,
mais aussi des reliques qui n'avaient pas encore été exposées aux
regards des fidéles, et dont la présence rehaussa l'éclat de la solen-
nité ; c'étaient les sacrés corps des bienheureux martyrs sainte Osmane,
saint Pellerin, saint Hilaire, saint Eugéne et saint Eustache enfermés
dans des chásses. Le courrier ajouta qu'un grand nombre de Parisiens,
662 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
sancta beatorum corpora in capsis sancte Osmanne ac sancto-
rum Peregrini , Hilarii, Eugenii, et Eustacii contenta. Et hanc
processionem , ut nuncius referebat, innumerabiles utriusque
status Parisienses viri approbaverunt, cum lacrimis gracias
referentes quod civitas regalis et mater urbium regni tot et
tantis sanctorum corporibus tunc meruerat visitari.
Que dicta sunt regi in consistorio presidenti acceptabilia
fuerunt, nunciumque Parisius remittens cum litteris, civibus
regraciatus est dulciter, in ealce tamen verborum monens
omnes ut cum summo studio inchoatis insisterent, addens quod
precibus subditorum plus quam propriis viribus confidebat.
CAPITULUM VIII.
De tempestate exorta, dum rex voluit apud Bituricam urbem ducere bellatores.
Ville Duni Regii. accepta possessione, cum die jovis nona
junii rex castra ducere versus Bituricam urbem decrevisset,
ipsa movere nequivit. Nam subito aer obductus multa ealigine
tenebrarum ymbres nocivas viris et animalibus diffundit, non
sine ventorum rabie procellosa, que non modo violenter a solo
evulsit regis tentorium, sed et multa alia vicina ad terram elisit
aut confregit per medium et inutilia reddidit. Duravit gravis
tempestas et universis horrenda fere per integram horam; et
quia plures milites et armigeri timebant ne secundum :oppinio-
nem vulgalem presagium existeret alicujus infortunii vel periou-
losi eventus, devote dominum exorabant ut regem et exercitum
ab omni prodicione preservaret. -
Ut autem lucis sequentis se inicium obtulit, et exercitus
ultra progrediens quatuor miliaribus ab urbe castra metatus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 663
nobles et bourgeois, s'étaient fort réjouis de cette procession et
avaient rendu gráces à Dieu, les larmes aux yeux, de ce que la cité
royale, la capitale du royaume, avait été honorée de la présence de
toutes ces précieuses reliques.
Le roi, qui présidait le conseil , entendit ces nouvelles avec plaisir ;
il renvoya le courrier à Paris avec des lettres dans lesquelles il remer-
ciait affectueusement les bourgeois et les engageait tous à persévérer
avec zèle dans leurs pieuses pratiques, ajoutant qu'il comptait plus sur
les prières de ses sujets que sur ses propres forces.
CHAPITRE VIII.
Un orage éclate au moment où le roi se dispose à marcher sur Bourges
avec son armée.
Le roi, après avoir pris possession de la ville de Dun-le-Roiï, se
disposait à marcher sur Bourges le jeudi 9 juin ; mais il lui fut impos-
sible de se mettre en route. Le ciel se couvrit tout à coup d'épaisses
ténébres, et il tomba des torrents de pluie dont les hommes et les
animaux eurent beaucoup à souffrir. En méme temps un vent furieux
renversa la tente du roi et plusieurs autres d'alentour, ou les brisa par
le milieu et les mit hors d'état de servir. Cet affreux orage, qui causa
une frayeur générale, dura près d'une heure. Beaucoup de chevaliers
et d'écuyers; craignant, selon le. préjugé ordinaire, que ce.ne fát le
présage de quelque malbeur ou. de quelque danger, priaient dévote-
ment le Seigneur de préserver le roi et l'armée de toute trahison.
Le.jendemain, dès le point du jour, l'armée se mit en marche et alla
camper à quatre milles de Bourges. De là le roi envoya un héraut
664 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
fuisset, preconem armorum rex ad patruum destinavit, qui ejus
adventum nunciaret. Cui cum inde gaudere respondisset , seque
et sua ad beneplacitum suum ac domini ducis Guienne cordia-
liter obtulit.
Acceptabilis responsio regi fuit; sed secundum nuncium
misit, qui non modo patruo frustra persuasisse retulit ut ad
eum, non ut hostis, sed pacificus veniret, sed omnes ad resis-
tendum paratos, prout vulgus referebat, extra urbis menia
signum militare fixisse, quod intendebant custodire contra
quoscunque viventes. Hiis adinventis auditis, justa indigna-
cione motus et sermonis veritatem cupiens experiri, die se-
quenti ante urbem fixis tentoriis, eam ab una parte, cum ad
aliam propter intermedium fluvium et marescagia vicina trans-
ire nequiret, obsidione cingi jussit, machinasque jaculatorias
et obsidionalia instrumenta debite collocari. Et quoniam omni-
bus notum erat quod ad expugnandum tam munitissimam
urbem, muris vallidissimis circumclausam, quam et tot preclari
milites et strenuissimi bellatores custodiendam susceperant,
erat complusculis feriis insudandum , primo in consilio regali
deliberatum extitit quomodo durante spacio exercitui necessa-
ria non deessent. Hostes egredi libere per non custoditos aditus
et pabulatoribus insidiari poterant. Ideo ad custodiam eorum
dominum de Rambure statuerunt , domino de Hely eciam, stre-
nuissimo militi, mercatorum accedencium custodiam commit-
tentes, ut de Niverniensi et Caritate super Ligerim secure exer-
citui afferre victualia valerent.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 665
d'armes à son oncle pour lui annoncer son arrivée. Le duc de Berri
fit répondre qu'il en éprouvait une prande joie et qu'il était prét à
mettre sa personne et ses biens à la disposition de sa royale majesté et
de monseigneur le duc de Guienne.
Cette réponse fut trés agréable au roi. Mais un second messager qu'il
députa vers son oncle lui rapporta qu'il avait fait de vains efforts pour
décider le prince à se rendre auprés de lui en sujet soumis et non en
ennemi ; que tous les habitants de la ville étaient déterminés à com-
battre, qu'ils avaient méme, disait-on, planté leurs banniéres hors
des murs , afin d'en défendre les approches envers et contre tous. Le
roi fut indigné de cette nouvelle, et pour s'assurer de la vérité de ce
récit, il établit dés le lendemain son camp devant la ville, fit dresser
les machines et les batteries et commença le siége d'un côté, parce
qu'une riviére et des marais rendaient l'autre cóté inaccessible. Per-
sonne ne doutait qu'il ne fallüt beaucoup de temps pour s'emparer
d'une place si forte, entourée de murailles trés solides et défendue
par tant d'illustres chevaliers et de vaillants hommes d'armes. Aussi
s'occupa-t-on tout d'abord dans le conseil du roi des moyens de pour-
voir à la subsistance de l'armée pendant le siége. Cependant, comme
l'ennemi pouvait sortir en toute liberté de la ville par les portes qui
n'étaient point bloquées et tomber sur les fourrageurs, on chargea le
sire de Rambures de les soutenir; et le sire de Helly, l'un des plus
braves chevaliers, eut ordre de protéger les marchands qui viendraient
du Nivernais ou de la Charité-sur-Loire apporter des vivres au camp.
IV. | 84
666 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH.
CAPITULUM IX.
Ut contra anteguardiam regis dimicareut quidam ex urbe emiverunt.
Quamvis octingentis electis pugnatoribus armatis ad unguem
Biturie et Borbonii incliti duces ac dominus Karolus Dalebret
associati publice dicerentur, non tamen contra regias acies
procedentes, ut sperabatur a cunctis, egressi sunt; sed cum
biduo lapidum molarium ictus fulgurantes sustinuissent, nec
sufficienter resisterent, per sequentem cautelam militarem id
supplere temptaverunt. Quidam qui sibi favebant in exercitu
divulgaverunt in dolo quod inducie pacifice utrinque concesse
erant; idque multis placuit solis ardore nimio fatigatis. Sed ut
ceteri cognoverunt quod circa horam terciam post meridiem,
ut auram clemenciorem sumerent, arma deposuerant in parte,
eos invadere inopinate decreverunt, moxque per duas portas
urbis a nostris non custoditas mille gregarios armatos .emise-
runt, quibus dederunt in mandatis ut, cum summo silencio
fluvium intermedium transeuntes, ut mox equestres perciperent
in Burgundiones et Picardos qui primam constituebant aciem
directe tendere, in eos a tergo insurgere festinarent. Circum-
spectorum judicio, quod conceperant in actum produxissent,
nisi quidam juvenes, qui spaciandi gracia extra castra vagantes.
equis velocissimis accurrentes fraudem detexissent, et ingemi-
nantes ad arma : « Ab imminentibus insidiis vobis, milites et
« armigeri , caveatis, » reiteratis vicibus exclamassent. Ad hanc
vocem, qui semper in armis erant, ut viderunt adversarios
equestres et in bellico apparatu de civitate exire, ceteros leviter
arma capessere et expectare pede fixo monuerunt, nec in aliam
vocem proruperunt qui ceteris auctoritate precellebant nisi :
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIN. 667
CHAPITRE IX.
Sortie tentée par les habitants de Bourges contre l'avant-garde du roi.
Quoique les illustres ducs de Berri ét de Bourbon et messire Charles
d'Albret eussent avec eux, disait-on, huit cents hommes d'armes
d'élite, ils ne firent cependant aucune sortie, comme on s'y attendait
généralement, pour combattre l'avant-garde du roi. Mais aprés avoir
soutenu pendant deux jours tout l'effort des batteries des assiégeants,
ne se sentant point en état d'y résister, ils eurent recours à une ruse de
guerre. Quelques partisans qu'ils avaient dans l'armée royale répan-
dirent le bruit qu'une suspension d'armes avait été conclué entre les
deux partis. Cette nouvelle fut trés agréable aux gens de guerre, qui
ne demandaient qu'à se reposer des fatigues causées par l'excessive
chaleur. Vers trois heures de l'aprés-midi, tandis qu'ils s'étaient
désarmés pour la plupart afin de goûter le frais, lesdits seigneurs réso-
lurent de les attaquer. à l'improviste. Ils firent sortir mille soldats
à pied par deux des portes de la ville qui n'étaient pas bloquées,
leur recommandant de passer la riviére dans le plus grand silence,
et de fondre par derriére sur les Bourguignons et les Picards qui
formaient l'avant-garde royale, dés qu'ils verraient leur cavdlerie
marcher droit à cette avant-garde. Ils auraient, au dire des plus
habiles, mérié à bonne fin leur entreprise, si la ruse n'avait été déoou-
verte par quelques jeunes gens, qui étaient sortis du camp pour se
promener, et qui accoururent de toute la vitesse de leurs chevaux en
criant : « Aux armes, aux armes, chevaliers et écuyers, voici l'en-
« nemi; soyez sur vos gardes. » À ce cri plusieurs fois répété, ceux
qui étaient restés sous les armes n'eurent pas plutót vu la cavalerie
ennemie sortir de la ville en ordre de bataille, qu'ils avertirent leurs
compagnons de prendre les armes et d'attendre de pied ferme. Les
chefs accoururent aussitôt : « Amis, dirent-ils à leurs gens, il ne s'agit
« pas de délibérer; il faut que chacun de vous déploie ici tout-son
« courage. » | |
668 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« Consortes optimi, nunc consilio opus non est, sed quam
« audacem quis gerat animum nunc ostendat. »
Fuerunt in concione predicta ducenti fere scutiferi, ex gene-
rosis proavis trahentes originem, quibus dominus Robertus de
Baro auctoritate precellebat, qui hoc instanti instantissime
pecierunt accingi noviter baltheo militari; et hii omnes in hos-
tes primum impetum fecerunt, a dextrisque et sinistris ictus
ingeminantes cum lacertis hectoreis et continuantes conflictum
perhennam sibi gloriam pepererunt. Atrox prelium inchoatum
diucius continuatum fuisset, si prius emissi pedites sociis opem
tulissent. Sed propter eorum nimiam acceleracionem videntes
quod impossibile eis, erat, mox ad urbem magnis itineribus
contenderunt. Et quamvis. ceteri ad probitatis titulum acqui-
rendum tam potenter quam audacter se habuerint in agressu,
tandem tamen, cum pondus aliorum süperveniencium ferre non
valerent, ad urbem retrocedere sunt. coacti pejorem calculum
reportantes. Ex quingeritis namque claris pugnatoribus, quos
miles animosus dominus Johannes de Gaucourt secum traxerat
ad conflictum, cum domino Guillelmo de Salusciis milite plures
cesi referuntur, et cum Guillelmo Bataille quidam insignes
milites et armigeri odibile jugum redempcionis subierunt.
CAPITULUM X.
De quibusdam viris decollatis jussu ducis Burgundie.
Quidam ex istis captivis recognoverant libere, quod sexa-
ginta rusticos robustissimos malleos tenentes ponderosos secum
adduxerant, ut principalem | machinam jaculatoriam Grjete
dictam, que violento jactu suo irreparabilia dampna urbi
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII 669
Parmi ceux qui s'étaient rassemblés à la háte se trouvaient environ
deux cents écuyers, appartenant à d'illustres familles, entre autres
messire Robert de Bar, qui demandérent instamment à étre armés
chevaliers en cette occasion. Ils coururent les premiers à l'ennemi,
frappérent sur lui de droite et de gauche à coups redoublés, et s'ac-
quirent une gloire immortelle par leur vaillance. Le combat fut san-
glant et aurait duré plus long-temps encore, si les gens de pied qu'on
avait fait sortir de la ville étaient venus en aide à leurs compagnons;
mais voyant que ceux-ci étaient allés trop vite pour qu'ils pussent les
rejoindre, ils rentrérent en toute hâte dans la ville. Les cavaliers de
Bourges se conduisirent en gens de coeur et se battirent avec acharne-
ment; à la fin cependant , ne pouvant plus soutenir les efforts de leurs
adversaires, dont le nombre croissait à chaque moment, ils furent
obligés de reculer et se repliérent vers la ville. Parmi les cinq cents
hommes d'armes que le brave chevalier messire Jean de Gaucourt
avait emmenés avec lui à ce combat, il y eut un bon nombre de tués,
entre autres, dit-on, le chevalier messire Guillaume de Saluces; Guil-
laume Bataille et plusieurs illustres chevaliers et écuyers furent mis à
rançon.
CHAPITRE X.
Exécutious ordonnées par le duc de Bourgogne.
Quelques-uns de ces prisonniers avouèrent qu'ils avaient amené avec
eux soixante paysans.vigoureux , armés de gros maillets, pour détruire
ou rendre inutile la principale machine des assiégeants , nommée la
Griéte, dont les coups terribles causaient des dégâts irréparables dans
la ville. « Mais, ajoutérent-ils, quand ils ont vu que nos affaires allaient
670 CHRONICORUM KAROLI'SEXTI LIB. XXXIII.
inferebat, destruerent aut inutilem redderent. « Sed videntes,
« inquiunt, quod nobis res non succedebant ad votum, aufu-
« gerunt. » Et cum interrogarentur ad quem finem attemptave-
rant agredi opus tam grandi alea plenum, libere responde-
bant : « Ut regem et dominum ducem Guienne ad dominos
« nostros duces possemus adducere, quoniam id solum in
« mundo singulariter affectant ut cum eis remaneant et a con-
« sercio ducis Burgundie penitus separentur. » .
. Ab eisdem iterum dux Burgundie didicit quod nil fiebat in
castris nec consilio regali tractabatur quod ipsos dominos late-
ret; et magistrum Gaufridon de Villon, regis secretarium,
Egidium quoque de Soysy et Inguerrannum de Seure armigeros
super hoc accusavit , quos et tunc ipse dux proditores pessimos
reputavit. Hii de.domo et familia domini Roberti de Bossyaco,
cum iridustria et astucia pollerent, cunctis acceptabiles erant,
nec in aliquo suspecti. Sed cum per quemdám suum clientulum,
adversariis notum, vicibus repetitis statum exercitus litteris
transmisissent , tandem nuncius ipse, ad cor rediens et peniten-
cia ductus, ducem mox adiens et veniam supplicans pro com-
missis, prodicionem detexit. Unde capti auctoritate regia, cum
inter cetera super detencione regis ac ducis Guienne ore con-
fessi fuissent se tractasse et super statu ipsorum adversarios
pluries certificasse affirmassent, et iterum quod complicibus
carebant, primo duo armigeri vicesima tercia die junii adju-
dicati sunt subire sehtenciam capitalem; similemque, exacto
quarto die, secretarius passus est ad ceterorum terrorem.
Dux autem, proinde solito caucius curam gerens ut regem in
castris residentem tucius custodiret, mox accitis artificibus peri-
tis, qui secandis lignis et dolendis experienciam habebant,
jussit super propinquum fluvium et marescagia vicina pontem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIJ. 6114
. « mal, ils se sont enfuis. » On leur demanda dans quel but ils avaient
concu une entreprise si périlleuse. « C'était, répondirent-ils franche-
.« ment, afin d'amener le roi et monseigneur le duc de Guienne à nos
« seigneurs les ducs, qui n'ont rien plus à coeur en ce monde que de
« rester auprès d'eux et de les séparer entièrement du duc de Bour-
« gogne. »
Le duc de Bourgogne apprit aussi par eux qu'il ne se faisait rien dans
le camp, qu'il ne se traitait aucune affaire dans le conseil du roi, sans
que lesdits seigneurs en fussent informés. Il accusa maître Geoffroi de
Villon, secrétaire du roi, Gilles de Soisy ' , et Enguerrand de Seurre,
écuyers , de leur révéler ce qui se passait et les déclara traitres infámes.
C'étaient des gens de la maison et de la suite de messire Robert de
Boissay, renommés pour leur activité et leur esprit, aimés de tous et
à l'abri de tout soupcon. Mais comme ils s'étaient servis plusieurs fois
d'un de leurs serviteurs qui avait des relations dans la ville, pour
faire passer aux ennemis des renseignements écrits sur la situation
de l'armée royale, cet homme, rentrant en lui-méme et pressé par
le repentir, alla trouver le duc, lui demanda pardon et lui dévoila la
trahison. Les coupables furent aussitót arrétés par ordre du roi; ils
avouérent entre autres choses qu'ils avaiént promis de fournir aux
ennemis les moyens d'enlever le roi et le duc de Guienne, qu'ils leur
avaient plusieurs fois donné avis de l'état des affaires, mais qu'ils
n'avaient pas de complices. Les deux écuyars furent décapités le 23 juin;
le secrétaire du roi fut également exécuté quatre jours aprés, afin que
leur mort servit d'exemple aux autres.
Dès ce moment le duc de Bourgogne veilla avec un nouveau soin
à ce que le roi füt en sûreté dans son camp. En méme temps il fit
venir d'habiles charpentiers et menuisiers et résolut de jeter un pont
* Monstrelet dit : Geoffroi de Bouillon, secrétaire du duc d'Aquitaine, et Gilles de
Torsy. ms
672 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
ligneum aptari, ut urbs per circuitum vallaretur, et adversario-
rum suorum exitus impediretur. |
CAPITULUM XI.
Quid egerunt bellatores regii ad regni custodiam deputati , durante obsidione.
Ad militares conciones relictas ad persequendum adversa-
rios, qui per Aurelianensem et Carnotensem pagos, Norma-
niam quoque cedibus et rapinis vexabant continue, reducam
calamum , scripturus aliqua ab ipsis laudabiliter gesta, que rex
nunciis et apicibus scivit, dum in obsidione resideret.
Inclitum comitem Sancti Pauli, conestabularium Francie,
nuper et multis feriis ad occupacionem ville et municipii Dro-
carum in vanum desudasse, cum machinis obsidionalibus care-
ret, littere continebant. Sed cum ulterius procedens cum rege
Ludovico, ut per terram comitis de Alenconio grassando oppida
sua auctoritate regia occuparet, comes eidem viribus obviare
insidiose temptavit. Strenuissimo militi Johanni de Gaucourt
rem committens, precepit ut cum octingentis electis pugnato-
ribus ad unguem armatis, et qui equos velociores habebant, ad
hostes magnis itineribus contenderet, ipsos -quoque invaderet
inopinato agressu, antequam patrie interiora ingressi acies
instruxissent et adunati caucius se haberent. Divisos bellatores
et nichil sibi timentes sine difficultate sperabant opprimere in
toto vel parte maxima. Sed eorum adventu per quemdam trans-
fugam patefacto, cum comes in concione militum quesivisset
quid inde agendum esset, omnes unanimiter decreverunt ut |
loco satis abdito non longe a quadam via strictissima, cuidam
stagno contigua, per quam transituri erant , pedestres et in acie
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 673
. de. bois sur la rivière et sur les marais voisins, afin de bloquer entié-
rement la ville, et d'empécher que les assiégés ne pussent en sortir.
CHAPITRE XI.
Faits d'armes accomplis, duraut le siége de Bourges, par les troupes royales
chargées de la défense du royaume.
Je passe au récit des glorieux faits d'armes qu'accomplirent les
corps de troupes envoyés à la poursuite des. ennemis qui couraient
l'Orléanais et le pays Chartrain et mettaient la Normandie à feu et à
sang. Le roi apprit ces exploits par des lettres et des messages, pen-
dant qu'il était occupé au siége de Bourges.
Ces lettres l'informaient que l'illustre comte de Saint-Pol, conné-
table de France, avait perdu plusieurs jours sous les murs de Dreux,
sans pouvoir s'emparer ni de la ville ni du château, parce qu'il n'avait
point de machines de siége ; mais qu'il avait passé outre et s'était dirigé,
de concert avec le roi Louis, sur les terres du comte d'Alencon, pour
occuper au nom du roi les places de ce seigneur. Celui-ci résolut de
repousser cette agression par la force des armes et par d'habiles ma-
nœuvres. Il chargea le vaillant chevalier Jean de Gaucourt de marcher
à grandes journées contre le connétable à la téte de huit cents hommes
d'armes d'élite, montés sur d'excellents chevaux , et de fondre à l'im-
proviste sur ses adversaires, avant qu'ils fussent arrivés au coeur du
pays et qu'ils eussent eu le temps d'organiser leur armée et de prendre
toutes leurs précautions. [l espérait que ledit chevalier écraserait sans
peine des troupes en désordre et qui n'étaient point sur leurs gardes.
Mais le comte de Saint-Pol, instruit par un transfuge de l'approche
des ennemis, délibéra aussitôt avec ses principaux officiers sur ce qu'il
y avait à faire. Il fut décidé unanimement qu'on se posterait dans un
lieu caché, non loin d'un étroit sentier qui touchait à un étang, et
qu'on y attendrait l'ennemi de pied ferme en ordre de bataille. On
établit en conséquence dans une position avantageuse quatre cents
anbalétriers et archers bien aguerris, qui faisaient partie de l'armée;
IV. 8b
674 CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXIII.
ordinata expectarent adversarios pede fixo. Quadringentos
iterum balistarios et sagittarios ekpertos, quos secum adduxe-
rant, commode collocaverunt, qui et factum laudabile reddi-
derunt. Nam cum hostes in pomposo equitatu strictum iter
pertransissent, sicut edocti fuerant, in equos eorum «sagittas
emiserunt. Unde vulnerati et indomiti effecti quosdam ex suis
sessoribus in stagno proximo submerserunt, alios retrocedere
coegerunt , et quamplures gladiis expectancium invitos immer-
serunt. Antequam congrederentur, inopinato tractu sic victi qui
advenerant , ex eis plures interempti sunt, multi redempcionis
jugum odibile subierunt; et qui cum capitaneo evadere potue-
runt, ad succursum Biturice civitatis magnis itineribus conten-
derunt. |
Sic victoribus concessa grassandi libera potestate, Sancti
Remigii, Castri Novi, et de Belesimo villas, comiti de Alenconio
subditas, cum municipiis villarum non sine resistencia ceperunt,
prius compatriotis prestito juramento quod deinceps indempnes
custodirentur et manerent immediate sub rege. Rerum autem
acquisitarum cum rex Ludovicus concessione regia possessio-
nem accepisset, eidem conestabularius peteus Picardiam, ne
Anglici, qui jam per mare vagabantur, ipsam ingrederentur,
vale dixit, prius tamen marescallo de Logni, Strabon de la
Heuse et Antonio de Crodonio stricte precipiens ut ad cap-
cionem ville et castri Drocarum, adversariorum principalis
habitaculi , sollicite intenderent.
Ad. hoc opus, sicut condictum fuerat, quidam magne auc-
toritatis burgenses Parisienses, scilicet Andreas Rousselli et
Johannes de Lolive, quingentos cives Parisienses, scilicet ex
qualibet decania urbis unum, elegerunt , qui secum obsidiona-
lia instrumenta navibus et vehiculis attulerunt. Quotquot simul
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 675
leur habileté assura le sucoès du plan qui avait été arrété. En effet, à
peine la cavalerie ennemie , qui faisait grand étalage, eut-elle passé le
sentier, qu'ils l'assaillirent d'une gréle de traits, ainsi qu'il leur avait
été recommandé. Les chevaux, irrités par leurs blessures, prirent le
mors aux dents; les uns se noyérent dans l'étang voisin avec leurs
cavaliers, d'autres rebroussérent chemin; la plupart allérent s'enfer-
rer dans les épées des gens postés sur leur passage. Ainsi le corps que
commandait Jean de Gaucourt fut surpris et vaincu, avant: méme
d'avoir combattu. Il y eut beaucoup de morts; un grand nombre fut
mis à rancon. Ceux qui purent s'échapper avec leur capitame mar-
chérent en toute háte au secours de la ville de Bourges.
Les vainqueurs, se voyant maîtres de la campagne, s'emparérent ,
non toutefois sans quelque résistance, des villes et des citadelles de
Saint-Remi, de Châteauneuf et de Belléme, qui étaient soumises au
comte d'Alencon; ils avaient fait serment aux habitants qu'ils seraient
désorrnais à l'abri de tout dommage et reléveraient directement du roi.
Le roi Louis prit possession de ces conquétes en vertu de la conces-
sion qui lui avait été faite; aprés quoi, le connétable prit congé de lui,
pour aller en Picardie s'opposer au débarquement des Anglais, qui
s'étaient mis en mer. Avant de partir, il chargea expressément le
maréchal de Logny, le Borgne de la Heuse et Antoine de Craon de
poursuivre sans reláche le siége de la ville et du cháteau de Dreux, qui
était le principal repaire de leurs ennemis.
Il avait été convenu que les Parisiens concourraient à ce siége. En
conséquence deux des plus notables bourgeois de Paris, André Rous-
sel et Jean de l'Olive, formérent un corps de cinq cents hommes
choisis parmi toutes les dizaines de la ville, et amenérent avec eux
dans des chariots et sur des -bateaux tous les instruments nécessaires
au siége. L'assaut commença le 41 juillet; toutes les troupes réunies
676 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
convenerant, die decinia jullii, cum jaculis, missilibus et emis-
sione lapidum molarium diros inchoaverunt assultus, quos
et oppidani constanter pertulerunt fortiter resistendo; in con-
tumeliosa verba erumpentes, invadentes omasarios immundos
nuncupabant, eos in furorem nimium accendentes. Cumque
triduo continuassent assultus, audientes quod comes de Alen-
conio accedebat cum pugnatorum copia, ut obsidionem solveret,
mutuo deliberaverunt quod ipsum expectarent acie ordinata.
Sed per exploratores certi facti quod id adinventum erat,
ardencius solito repecierunt assultus. Utrinque concessum erat
quod de nocte ab invasionibus mutuis cessaretur; sed obses-
sores videntes quod id in eorum prejudicium vertebatur, quia
spacio nocturno quidquid destruxerant de die in circuitu muro-
ruin ceteri reparabant, condicionem non plus se servaturos
dixerunt. Sic igitur quarta obsidionis nocte muros locis pluri-
mis destruentes, ut illucescente die, duarum horarum spacio
continuantes conflictum, quidam ex Parisiensibus per foramen
ictu petrarie factum nec illa hora servatum intraverunt cum
vexillo Parisiensi, et ingeminantes ad mortem in hostes fortiter.
irruerunt, per pontem levatilem ceteris aditum concedentes.
Hostes animo consternati mox in oppidum fugere temptave-
runt; sed in fuga sex viginti ex eis interfectis, victores villam
antiquis predis munitam jure predalem fecerunt, et ex predis
hic repertis omnes usque ad nauseam ditati sunt, hostibus veri-
ficantes dictum appostoli : Ÿ’e qui predaris, quoniam et depre-
daberis. | |
Quamvis triplici ordine bellatorum ob inequalitatem ambitus
castrum obsidendum esset, utique arduum opus, cum socii
sociis opem ferre non valerent, quia tamen agredi ardua amat
virtus, id agressi in obsidione manserunt, agentes quidquid.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 677
lancérent contre la place une gréle de traits, de fléches et de pierres
d'une énorme grosseur. Les habitants repoussérent leurs efforts avec
beaucoup de vigueur et de courage; ils leur adressaient de sanglantes
injures, les traitant d'ignobles tripiers et excitant ainsi leur fureur.
Au bout de trois jours, les assaillants, ayant oui dire que le comte
d'Alencon s'avancait à la téte d'une armée pour faire lever le siége,
prirent la résolution de l'attendre en bon ordre. Ils surent bientót
par leurs éclaireurs que c'était une fausse nouvelle, et recommencé-
rent leurs assauts avec un nouvel acharnement. ll avait été convenu
de part et d'autre qu'on suspendrait les hostilités pendant la nuit.
Mais les assiégeants, voyant que cela tournait à leur préjudice, parce
que leurs adversaires profitaient de la nuit pour réparer les bréches
faites à leurs murailles pendant le jour, déclarérent qu'ils n'observe-
raient plus cette condition. En conséquence, la quatrième nuit du
siége, ils ouvrirent plusieurs bréches , et montérent à l'assaut au point
du jour. Aprés deux heures de combat, quelques Parisiens pénétré-
rent dans la place avec la banniére de Paris par une ouverture prati-
quée au moyen d'un pierrier et qui n'était pas gardée en ce moment.
Ils fondirent vigoureusement sur l'ennemi en criant à mort, à mort!
abaissérent le pont-levis et donnèrent entrée à leurs compagnons.
Les habitants effrayés voulurent se réfugier dans la citadelle; mais
cent vingt d'entre eux furent massacrés en fuyant. Les vainqueurs,
usant de leurs droits, saccagérent la ville, où se trouvait entassée
depuis long-tempe une immense quantité de butin. Ils s'en gorgèrent
tous jusqu'à satiété, et ainsi fut vérifiée, aux dépens de l'ennemi,
cette parole de l'apótre : Malheur à celui qui pille, car il sera pillé
à son tour. |
Il fallait diviser l'armée en trois corps pour assiéger la citadelle,
dont l'enceinte était irrégulière , et l'entreprise était difficile; car les
différents corps ne pouvaient se préter mutuellement assistance. Mais
le’ courage aime à braver les obstacles. Ils commencérent.donc ce
678 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
hostis in adversarium consuevit, donec audierunt tractatum
inter principes confirmatum.
CAPITULUM XII.
Castrum Sacri Cesaris regi redditur.
Precibus, hortatu magistri hospicii regii, cognatus ejus ger-
manus dominus Guichardus Dalfini consensiit ut vallidissimum
castrum Sacri Cesaris, hostium receptaculum principale in
Bituricensi ducatu, et unde usque ad Caritatem super Ligerim
et Niverniensem urbem grassabantur, dicioni regie subderetur.
Ad custodiam municipii deputati qui ceteris auctoritate precel-
lebant, ut senserunt se predis et latrociniis usque ad nauseam
ditatos, urbem Bituricensem pecierunt ut sociis opem ferrent;
et interim dum ceteri more solito rapinas circumcirca patriam
more suo exercebant, sicut condictum fuerat, custos oppidi
gentes regis introduxit.
CAPITULUM XIII.
Rex ad alteram partem urbis transdueit exercitum , et prepositum Parisiensem misit
pro stipendiis militaribus afferendis.
Obsidione durante, utrinque insidiose nunc claro nunc obs-
curo marte parvi commissi sunt conflictus, et quamvis intror-
sum residentes semper pejorem calculum reportarent, continue
tamen emittentes incaute jacula casu et sine studio dirigencium
militibus et armigeris letalia sepe vulnera inferebant. Ex altera
autem parte, qui machinis emittendis habebant industriam,
vices pro vicibus rependentes, molares lapides emittebant, unde
^
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 679
siége, et continuérent sans reláche leurs attaques, jusqu'au moment
où ils apprirent qu'un traité avait été conclu entre les princes. .
CHAPITRE XII.
Le cbáteau de Sancerre se rend au roi.
Messire Guichard Dauphin consentit, sur la priére et les instances
du grand-maître de la maison du roi, son cousin germain, à remettre
sous l'autorité royale le éhâtean fort de Sancerre, qui était la plus
importante place d'armes des ennemis dans le duché de Berri, et d'où
ils poussaient leurs courses jusqu'à la Charité-sur-Loire et Nevers. Les
principaux d'entre ceux qui avaient été chargés de défendre ledit chá-
teau , aprés s'étre gorgés de butin et enrichis par leurs brigandages,
étaient allés à Bourges pour préter main-forte à leurs compagnons. Le
reste de la garnison était sorti suivant sa coutume pour ravager le
pays d'alentour. Pendant ce temps, le commandant de la place y intro-
duisit les gens du roi, comme il avait été convenu.
CHAPITRE XIII.
Le roi transporte son camp d'un autre côté de la ville de Bourges , et envoie le prévót
de Paris chercher de l'argent pour la solde des troupes.
Durant le siége de Bourges, il y eut des coups de main tentés de
part et d'autre et plusieurs engagements peu décisifs. Bien que les
assiégés fussent presque toujours battus, ils ne laissaient pas de conti-
nuer à faire pleuvoir sur le camp une gréle de traits, qui, quoique
décochés au hasard, frappaient souvent à mort des chevaliers et des
écuyers. Par représailles, nos artilleurs lancaient contre la ville
d'énormes pierres, qui brisaient les murs d'enceinte, ou passaient
par-dessus et allaient renverser des maisons, écrasant sous leurs
680 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
sepius muros in circuitu frangebant, quos et quociens pertrans-
ibant, domos cum habitatoribus subvertebant, non sine mul-
torum: per vicos transeuncium strage. Sic exercendo armorum
preludia, multis feriis exactis, cum, adjacente patria bonis
omnibus exhausta, longius solito et cum labore maximo pabu-
lari opporteret, nec rex pontem inchoatum propter maresca-
giorum profunditatem nequiret consummare, mutare locum qui
secretis colloquiis assistebant statuerunt. Jam enim subsidiarii
regii plagam illam gregibus et armentis omnibus privaverant,
cum vineis quercus frondosas arboresque fructiferas succide-
rant fere per viginti miliaria. Et ideo per tres leucas fluvium
exsuperantes, nando alteram partem urbis bonis omnibus refer-
tam pecierunt.
Tunc stipendiarios milites et armigeros murmurantes pro
laboribus non competenter remuneratis rex compescere cupiens,
jullii prima ebdomada, prepositum Parisiensem Parisius desti-
navit, qui peccunias jam collectas secure distribuendas afferret
et celerius quod posset. Qui in urbem a civibus honorifice intro-
ductus, omnibus ad colloquium evocatis, premissa salutacione
regia, eis regem, .dominos duces Guienne et Burgundie regra-
ciari asseruit, dum sic attencius Deum et celicolas exorabant ut
eorum expedicio fine laudabili clauderetur. Addidit et precibus
fidelium subditorum eos plus confidere quam armis; ideo sin-
gulos et universos hortari ut continuarent incepta. Que monita
quamvis omnes viri ecclesiastici postmodum observaverunt,
cum sollempniori tamen processione sequenti ebdomada cano-
nici sacre Capelle regalis Palacii Parisiensis. Nam Bernardistis,
Jacobitis, Maturinis et ecclesiarum parrochialium Sancti Sal-
vatoris Sanctorumque Eustachii et Jacobi rectoribus preceden-
tibus, sex quoque fere milibus promiscui sexus subsequentibus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 681
ruines et ceux qui les habitaient et ceux qui passaient dans les rues.
Plusieurs jours s'écoulérent ainsi dans ces préludes du siége. Mais-
bientót les environs de la ville se trouvérent épuisés, et il fallut aller
chercher au loin et à grand'peine les provisions nécessaires. Cette cir-
constance, jointe à ce que le roi ne pouvait, à cause de la profondeur
des marais, achever le pont projeté, détermina les membres du conseil
à transporter le camp ailleurs. Déjà en effet les troupes royales avaient
consommé tout le gros et le menu bétail du côté où l'on se trouvait,
et détruit, dans un espace de vingt milles environ, les vignes, les
bois et les arbres fruitiers. En conséquence elles passérent la riviére
à la nage à trois lieues de la ville, et allérent camper de l'autre côté
dans un pays bien approvisionné.
Alors le roi, voulant apaiser les murmures des chevaliers et des
écuyers qui se plaignaient de ne pas être convenablement rémunérés
de leurs services, envoya à Paris le prévót de cette ville, Pierre des
Essarts, dans la premiére semaine de juillet, pour y chercher l'argent
qui avait été recueilli et l'apporter au camp le plus promptement pos-
sible. Le prévót fut recu avec honneur par les bourgeois; il les fit
assembler, et aprés les avoir complimentés de la part du roi, il leur
dit que le roi et messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne
les remerciaient des ferventes prières qu'ils adressaient à Dieu et aux
saints pour le succés de leur expédition, et ajouta que les princes
comptaient plus sur les priéres de leurs fidéles sujets que sur leurs
propres forces , qu'en conséquence ils les exhortaient, tous et chacun
d'eux en particulier, à continuer leurs pieuses pratiques. Tous les
membres du clergé se conformérent avec empressement à cette invi-
tation; mais les chanoines de la Sainte-Chapelle du Palais de Paris se
distinguèrent surtout par la magnificence qu'ils déployérent dans une
procession qui eut lieu la semaine suivante. Précédés des Bernardins,
des Jacobins, des Mathurins et des curés des églises paroissiales de
Saint-Sauveur, de Saint-Eustache et de Saint-Jacques, et suivis d'envi-
IV. 86
682 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI.
nudis pedibus, porcionem salutifere crucis Christi , caput quo-
que Sancti «Ludovici cum omnibus suis jocalibus ad ecelesiam
Sancti Dyonisii attulerunt, et pro páce missam de beato Dyo-
nisio in religiosorum choro devotissime cantaverunt. .
Ut autem ipsum prepositum cum stipendiis militaribus re-
meare adversarii cognoverunt, ex strenuis capitaneis quosdam,
scilicet Guitardon et Yvonem de Lanoe cum trecentis Britoni-
bus, Gasconibus et Lombardis armatis ad ungnem precipientes
ut in insidiis latentes eum incautum caperent et peccuniis spo-
liarent; excogitataque in actum procul dubio produxissent,
nisi dux Burgundie eorum astuciam elusisset. Nam dominos
Hely et de Ront cum quadringentis pugnatoribus Picardis et
centum sagitariis mox direxit, qui, transmeato fluvio, et eos
fugere: compulerunt., et prepositum indempnem cum financiis
redüxerunt.
CAPITULUM XIV.
Multi, nobiles elaboraverunt ut inter partes pacificus componeretur tractatus.
Clarorum dueum: et comitum lilia deferencium aurea toti
regno utique dampnosam discordiam inter omnes süumme auc-
toritatis principes inclitus comes Sabaudie ferebat displicen-
cius, attendens se ex filia domini ducis Biturie originaliter
descendisse, sorori quoque ducis Burgundie nupsisse. Ut con-
cordie zelator, ad regem jam direxerat suos nuncios speciales.
Qui ad regis adducti presenciam, ipsisque facta dicendi gracia
qnod placeret, apices comitis obtulerunt, in quibus, ut fide
digni ferebant, post;premissam humilem recommendacionem,,
mirari se dicebat et cordiali amaritudine condolebat quod in
patrem sie viribus seviretur. Îterum naturali conjunctos.federe;
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXUI. 683
ron six mille personnes des deux sexes qui marchaient nu-pieds , ils
portérent à l'abbaye de Saint-Denys un morceau de la vraie Croix, la
tête de Saint Louis et tous leurs joyaux, et chantérent solennellement
dans le choeur de l'église la messe du glorieux martyr pour la paix.
Cependant les ennemis, ayant été informés que le prévót revenait
au camp avec la solde.des troupes, chargérent deux de leurs plus
braves capitaines , Guitardon et Yves de Lanoue, d'aller se mettre en
embuscade sur son passage avec trois cents hommes d'armes bretons,
gascons et lomhards, pour le surprendre et lui enlever l'argent qu'il
portait. Mais le duc de Bourgogne déjoua ce projet. Il détacha aussi-
tót les sires de Helly et de Ront avec quatre cents hommes d'armes
picards et cent archers, qui, après : avoir passé la rivière, mirent l'en-
nemi en fuite et ramenèrent le prévót sain et sauf avec son argent.
' CHAPITRE XIV.
. Plusieurs seigneurs s’entremettent pour faire copclnre un traité de paix aux deux
partis. :
Parmi les princes et les seigneurs qui déploraient. amérement lés
divisions des ducs et comtes de la maison de France ,-si funestes à tout
le royaume, l'illustre comte de Savoie se faisait surtout remarquer
par l'affiction qu'il.en témoignait. Il y prenait d'autant plus d'intérét,
qu'il avait pour mère une fille de monseigneur le.duc de Berri et
pour femme une sœur du duc de Bourgogne *. Dans son ardent désir
de la pair, il envoya au roi des ambassadeurs, qui furent amenés en
présence de sa majesté. Ayant obtenu la permission d'exposer ce qu ils
avaient à dire, ils présentérent le message de. leur maître: Après les
compliments d'usage, le comte, à ce que m'ont assuré des per-
sonnes dignes de foi, exprimait son étonnement et son profond chá-
grin de oe-qu'on peursuivait à outrance son &iéul ;'il représentait qu Al
'' Bonne de Berri, femme d’Arnédéé VII. * * Marguerite de Bourgogne. ^ ' Á
684 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
patruum scilicet et nepotem, tam diu dissenciisse irracionale
reputans in detrimentum intollerabile regni gaudiumque adver-
sariorum ejus, rogabat ut missi nuncii, cum licencia regali per-
transeuntes ad patrem, temptarent concordie medium mutuo
reperire. Annuit rex liberaliter quod petebant, concessis indu-
ciis, donec regrederentur ad ipsum. Et quamvis inter se multa
secreta habuerint colloquia michi penitus ignota, redeuntes
tamen scio obtinuisse a rege ut legati a duce ipso mittendi
audienciam haberent et redeundi sine dampno liberam potes-
tatem.
CAPITULUM XV.
De archiepiscopo Bituricensi misso.
Die igitur assignata, regi tenenti castra pacifica, et regali
tentorio cum ducibus Guienne et Burgundie , rege quoque Sici-
lie Ludovico, qui hac die ad castra venerat, ceterisque ducibus
et comitibus regali velut solio residenti, se cum quibusdam
famosis militibus venerabilis Bituricensis archiepiscopus, vir
utique Tulliana facundia pollens atque summa industria, pre-
sentavit. Qui audienciam assequtus , quamvis profunde et sub-
tiliter peroraverit more suo, nee omnia sérietenus narrare
mens michi sit, quia compendio quod quero studiose officeret,
dicam tamen cunctis principibus cum rege assistentibus, et
nominatim , recommendacionem humilem, excepto duce Bur-
gundie, premisisse ; ulteriusque procedens, dominos duces
Biturie et de Borbonio omnesque eisdem adherentes dominos
molestissime ferre quosdam assentatores pessimos, Jude prodi-
tox) simillimos, regiis auribus intonuisse quod et regem novum
facere intendebant, partem Clementis quondam pape fovebant,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 685
était étrange que la discorde régnât depuis si long-temps entre des
princes unis par les liens du sang, entre un oncle et un neveu, que
ces divisions causaient de grands dommages au royaume et faisaient la
joie des ennemis; il priait le roi d'accorder à ses ambassadeurs la per-
mission de se rendre auprés du duc de Berri pour chercher les moyens
de rétablir la bonne harmonie entre eux. Le roi acquiesça volontiers *
à cette demande et suspendit les hostilités jusqu'à ce que les envoyés |
fussent de retour prés de lui. Ils eurent avec le duc plusieurs confé-
rences secrétes. J'ignore entiérement ce qui s'y passa; je sais seule-
ment qu'à leur retour les ambassadeurs obtinrent du roi qu'il don-
nerait audience aux députés que le duc devait lui envoyer, et qu'il les
' laisserait repartir en toute liberté.
CHAPITRE XV.
Ambassade de l'archevéque de Bourges.
Les hostilités ayant donc été suspendues, le vénérable archevéque
de Bourges, personnage d'une rare éloquence et d'une grande habi-
leté , se présenta, au jour fixé, avec plusieurs chevaliers fameux à l'au-
dience du roi, qui était assis dans sa tente, sur une espége de trône,
entouré des ducs de Guienne et de Bourgogne, du roi de Sicile Louis,
arrivé le jour méme à l'armée, et de quelques autres ducs,et comtes.
Le prélat, ayant obtenu la parole, prononca selon sa coutume un beau
diecours, que je ne rapporterai pas ici tout au long, pour ne point
m'écarter-de la briéveté dont je me suis fait une loi. Je me conten-
terai de dire qu'il commença par offrir ses humbles hommages à cha-
cun des princes qui se trouvaient là, le duc de Bourgogne excepté.
Puis il exposa que messeigneurs les ducs de Berri et de Bourbon et
tous les seigneurs leurs alliés voyaient avec le plus vif déplaisir que
de perfides flatteurs, dignes d’étre comparés au traître Judas, eussent
osé les calomnier dans l'esprit de sa majesté en les accusant de vou-
loir faire un nouveau roi, de soutenir le parti du feu pape Clément,
et d'avoir conclu un pacte d'alliance avéc les Anglais au préjudice du
686 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
et pacta cum Anglicis pepigerant in regis prejüdicium et regni.
Subsequenter singulorum genealogiam, .et in quanto consan-
guinitatis gradu regi attinebant multipliciter. recommehdans,
quam fideles hucusque extiterant erga regiam majestatem, cui
et ardenti desiderio cupiebant complacere, disposicioni ejus-
dem se et sua humiliter submittentes, prolixiori sermone dis-
seruit. In calce autem verborum constanter. et absque erubes-
cencie velo asseruit eos nunquam aliquod attemptasse vel
excogitasse contra regiam majestatem , ideo humiliter suppli-
eare ut illi, qui falsis adinventis criminibus famam suam deni-
graverant, caperentur et ut obloqutores iniqui et proditores
pessimi punirentur.
CAPITULUM XVI.
Domini multi conantur pacem componere inter duces.
Cum justum sit et racioni consonum subditos superioribus
humiliter obedire, et hanc viam veniendi ad pacem quotquot
in officiis regiis auctoritate pollebant elegerunt cum insigni
priore de Rodis, quam et primus practicandam suscepit erga
ducem Biturie; audaciamque prestabat, cum ipse de generosa
existens progenie sub dicione ejusdem natus esset.
Feriis successivis ad idem ceteri dignum duxerunt laborare,
quociens fedus induciale.dabatur et utrinque anctoritate regia
emissiones lapidum instrumentorum obsidionalium cessabant ;
que et ipsum ducem sciébant jam ad ultimam necessitatem et
displicenciam adduxisse. Referunt in urbe tunc residentes, nobi-
les et ignobiles, hujus artis habentes experienciam, ab inicio
obsidionis elaborasse attencius ad destructionem palacii ducis,
quod eunctis edificiis urbis eminehat. Sed ox , tt inde. exiens
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 687
roi et du royaume. Passant ensuite à la généalogie de chacun d'eux,
il fit remarquer combien ils étaient proches parents du roi, exalta
fort longuement la fidélité dont ils avaient toujours fait preuve jus-
qu'alors envers sa royale majesté, à laquelle ils désiraient ardemment
complaire, et déclara qu'ils mettaient humblement à sa disposition
leurs personnes et leurs biens. Il affirma, en finissant, de la maniére
la plus formelle et la plus explicite, que jamais ils n'avaient concu
ni commis aucun attentat contre le roi, et ajouta qu'ils demandaient
humblement qu'on arrétát ceux qui avaient terni leur honneur par de
faux rapports et. par des accusations mensongéres, et qu'on les punit
comme de misérables calomniateurs et d'infámes traîtres.
CHAPITRE XVI.
Plusieurs seigneurs essaient de rétablir la paix entre les ducs.
Les principaux officiers de la cour, considérant qu'il était de toute
justice et d'une grande importance que les sujets rentrassent humble-
ment dans l'obéissance due à leurs supérieurs, voulurent aussi tra-
vailler au rétablissement de la paix. L'illustre prieur de Rhodes:
s'entremit le premier à cet effet auprès du duc de Berri; il était né
dams les domaines dudit duc, et cette considération, jointe à sa haute
naissance , l'enhardit dans ce dessein.
Pendant plusieurs jours, des tentatives semblables furent faites par
d'autres seigneurs, toutes les fois qu'il y eut suspension d'armes et que
lea roi fit interrompre le jeu des batteries dont. le duc avait beaucoup
à souffrir et qui l'avaient réduit à là derniére détresse. J'ai;su des
habitants mémes de Bourges, nobles et bourgeois, que les artilleurs
avaient dés le commencement du siége tourné tous leurs efforts contre
le palais du duc, qui dominait les autres édifices de la ville; mais que,
* Messire Philibert de Lignac.
688 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
ipsum ducisse relinquit custodie, ob reverenciam ejus ipsum
inquietare desisterunt. Emissorum lapidum molarium .clamo-
sum tonitruum, ictus quoque ex inconsuetis fulminibus et quasi
infernalibus claustris procedentes non immerito pertimescens,
sepéies durante obsidione loca mutare statuit secrecius quam
valebat. Sed mox ut limen domus attigerat, ad destructionem
illius machinas jaculatorias disponebant. Cuncta que gereban-
tur in urbe cotidie regiis revelabantur in castris; omnibusque
notum erat ducis stipendiarios, cum non sufficienter militares
premiarentur labores, murmurare, quamvis, ut de peccuniis
taceam monetatis, inestimabilis valoris jocalia gemmis ornata
preciosis, in quibus ipse solus omnes regnicolas principes supe-
rabat, ut ferebatur a cunctis, expendisset.
CAPITULUM XVII.
De mortalitate que in castris inchoavit.
Et quamvis inter militares turmas publicus fieret sermo de
tractatu pacifico in brevi componendo, quidam tamen quietis
impacientes cum sagittariis Anglicis ad molendina civitatis jullii
duodecima die impetuose perrexerunt, et ipsa invitis civibus
fortiterque resistentibus combusserunt. Ignominiam tamen
passam impacienter ferentes, die sequenti armati in magno
numero exierunt; sed ope sagittariorum Anglorum retrocedere
ad urbem sunt compulsi, prius ex suis in fuga ultra centum et
viginti interfectis; quorum cadavera inhumata usque ad regis
recessum remanserunt, que supra omnia alia morticinia castris
fetorem infectivum intulerunt. Cadaverum eciam longe lateque
per castra disjectorum odor fetidissimus, per olfactum conti-
nue ad precordialia penetrans, jam multos milites et scutiferos
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 689
ce prince s'en étant retiré et y ayant laissé la duchesse, ils cessèrent,
par respect pour elle, de diriger leurs attaques de ce cóté. Sept fois,
durant le siége, le duc effrayé par le fracas épouvantable des énormes
pierres que lancaient les assiégeants, et par les effets destructeurs des
machines foudroyantes qui semblaient venir de l'enfer, changea de
résidence le plus secrétement qu'il put. Mais à peine était-il établi dans
un nouveau logement, que toutes les batteries eunemies étaient mises
en jeu pour ledétruire; car il ne se passait rien dans la ville qui ne füt
révélé chaque jour au camp du roi. On savait. aussi que les troupes du
duc se plaignaient de ce que leurs services n'étaiept.pas assez large-
ment payés, bien qu'il eût sacrifié, dit-on, outre tout son argent
monnayé, plusieurs j joyaux ornés de pierreries d'une valeur incalcu-
lable et dont il avait à lui seul une plus grande quantité que tous les
autres princes du royaume.
CHAPITRE XVII.
Grande mortalité dans le camp du rei.
Il n'était bruit parmi les gens de guerre que de la conclusion pro-
chaine d'un traité de paix ; cependant plusieurs d'entre eux , fatigués
de leur inaction, allérent le 12 juillet tenter un coup de main avec les
archers anglais contre les moulins de la ville, ei parvinrent à y mettre
le feu, malgré la vigoureuse résistance des habitants. Ceux-ci voulu-
rent tirer vengeance de cet échec, et firent une grande sortie le len-
demain; mais ils furent repoussés par les archers anglais et perdirent
dans la déroute plus de cent yingt des.leurs, dont les corps restérent
sans sépulture jusqu'au départ du roi. Les exhalaisons pestilentielles
de ces cadavres et de tous ceux. qui gisaient épars cà et là dans les
environs infectérent le camp. L'odeur fétide qu'ils répandaient partout,
pénétrant jusque dans la poitrine, avait déjà détruit la santé d'un
grand nombre de chevaliers et d'écuyers. À ce fléau se joignirent la
dyssenterie et plusieurs autres maladies, qui emportérent pendant ce
mois et le suivant, ainsi que je l'ai su de bonne source , deux mille
IV. 87
690 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
viribus penitus destituerat. Ex eis quoque isto mense et sequenti
duo milia ventris profluvio aliisque variis morbis tactos occu-
buisse vera relacione cognovi. Et esto armis progenitorum
famosis singulos dixerim claruisse, addam tamen super morte
domini Petri de Navarra, fratris regis Navarre unici, regis quo-
que consobrini, ipsum regem reverenti suspirio et singulariter
doluisse, quoniam meturus in consiliis existens semper sibi
obsequiosus collega collateralis fuerat et fidelis. Summe eciam
auctoritatis, juvenem bone indolis, dominum Egidium de Bri-
tania , dücis Britanie fratrem, super ceteros lugendum dominus
dux Guienne dignum duxit, quia etate juvenili et prima lanu-
gine vernans, circumspectorum judicio, virilem portendebat
providenciam; ejus quoque consilio dux ipse in cunctis dirige-
batur agendis.
E castris et tunc regiis apostematum pestis epidimialis
egressa, et per regnum longe lateque diffusa, usque ad decem-
bris finem perduravit; que famosis urbibus multa preclara
domicilia in parte maxima vel in toto habitatoribus privavit.
Et quoniam expertorum judicio phisicorum. ex aeris corrup-
.cione minime procedebat, infectorum consorcia vitare princi-
paliter consulebant. Innumerabiles et tuac viri, predictorum
sequentes seritenciam , cum post febrem , in inguine, sub assel-
lis vel gutture, duram humorum collectionem intumescere sen-
ciebant, ipsam acceleracione flebotomie cogebant evanescere.
CAPITULUM XVIII.
Domino duci Biturie conditiones pacis componende offeremtur.
Occasione hujus sevissime pestis. et horrende, summe auc-
toritatis milites, qui sepius ad ducem Báturie mittebanter,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 691
d'entre eux. Ceux qui succombaient ainsi appartenaient pour la pla-
part à d'illustres familles; je citerai particulièrement monseigneur
Pierre de Navarre, frére unique du roi de Navarre et cousin du roi,
qui le regretta et le pleura amérement; car depuis le long temps qu'il
l'avait admis dans ses conseils, il avait toujours trouvé en lui un
parent dévoué et fidéle. Monseigneur le duc de Guienne ressentit aussi
une vive douleur de la perte de monseigneur Gilles de Bretagne,
frère du duc de Bretagne ,- jeune prince: de grande espérance, qui,
bien qu'à peine sorti de l'adolescence, promettait, au dire des gens
sages, d'étre un jour un homme d'un rare mérite ; le duc de Guienne
le consultait toujours dans les circonstances difficiles.
La contagion qui régnait dans le camp se répandit par tout le
royaume. Elle dura jusqu'à la fin de décembre et enleva dans plu-
sieurs grandes villes la plupart des membres des principales familles.
Les médecins les plus expérimentés déclarérent que le mal ne venait
point de la corruption de l'air et recommandérent d'éviter soigneu-
sement toute communication avec les malades. D'aprés leurs conseils,
presque tous ceux qui étaient pris de la fièvre et qui sentaient se
former des tumeurs et des apostémes soit à l'aine, soit aux aisselles,
soit à la gorge, cherchaient à y remédier par une prompte saignée.
CHAPITRE XVIII.
Propositions de paix faites à monseigneur le duc de Berri.
Les illustres chevaliers qui étaient souvent députés vers le dne de
Berri, prirent occasion de ce cruel et terrible fléau pour le presser
692 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
liberius monendi sumebant audaciam ut iracundiam regis
humilitate placaret; ad quod cum plures ferias in’ vanum con-
sumpsissent, tandem vallidis obtinuerunt precibus ut super
deliberandis cum duce Burgundie mutuo loqueretur. Tunc expe-
rimento didicerunt. quantum conferant ad pacem animorum
discordancium vive, voces, mutui quoque aspectus. Nam eum
die dicta ad locum: ad hoc paratum extra urbem convenissent,
mox ut se mutuo conspexerunt, amborum pia viscera commota
sunt, dexterasque offerentés sese cum. pacis osculo dulciter
amplexati sunt. Assistencium véra relacione, qui convencio-
nem cernebant cum cordiali affectu, didici, post singulorum
salutacionis affatum, patruum nepotein sie alloqutum non sine
lacrimis : « Nepos amantissime, me mala egisse confiteor et vos
« procul dubio pejora. Nunc resipiscendum est ab inceptis, ut
« regnum deinceps iir transquilitate maneat. » .
Amborum ducum oculis nec non omrium circumstancium
sermo acceptabilis visus est; sed nec regi domino quoque
Guienne duci displicuit, et consilio principum statuerunt ut
hinc inde Deum timentes milites et zelum ad unionem habentes
sepius solito convenirent, qui super preambulis ad pacem in-
vicem colloquerentur. Addam tamen eolloquia diu argumentosa
extitisse, dum isti procurarent ut ad honorem regis expedi-
cionis exitus clauderetur, alii vero ad restitucionem dominio-
rum et officiorum regalium modis omnibus anhelarent; resque
in longum ibat et in irritum desinebat, nisi dominus dux
Guienne, motus instinctu divino, ut creditur, et sibi adheren-
cium fidelium familiarium, ipsam accelerasset concludi. In
regali enim consistorio, ipso principaliter mediante, delibe-
ratum extitit. cedulaque notatum, die artis duodecima julki,
sub hus verbis: videlicet : : , 1. + ”,
CHRONIQUE DE CHARLES-VI. — LIV. XXXIII. 693
avec plus d'insistance.d'apaiser le courroux du roi par.une humble
soumissioh. Aprés bien des efforts inutiles, ds lé décidèrent enün à
force de prières à entrer en pourparler avec le duc de Bourgogne. On
vit alors combien une seule entrevue, une simple coníéreuce, peut
contribuer au rétablissement de la bonne harmonie entre. les esprits
les: plus . divisés. Au j jour marqué, les deux princes se rendirent ay lieu
qui avait été préparé à cet effet hors de la ville. A peine furent-ils en
présence l'un de l'autre , qu'ils se sentirent émus et attendris, se ten-
dirent la main et s'embrassérent affectueusement. J'ai su par les rap-
ports de quelques personnes qui assistèrent à: cette conférence et qui
s'en réjouirent beaucoup, qu'après les salutations et les compliments
d'usage, le duc de Berri, les larmes aux yeux, adressa ces ‘paroles à
son neveu : « Mon bien aimé neveu, j'avoue que j'ai eu de grands
« torts; mais vous en avez eu de plus grands sans contredit : il faut
« maintenant renoncer à nos divisions, pour assurer r désormais la paix
« du royaume. »
Les deux ducs adoptérent avec empressement cette résolution; tous
les assistants en furent ravis ; le roi et mónseigheur le duc de Guienne
en témoignérept aussi leur joie, et décidérent en conseil que l'on choi-
sirait de part et d'autre un certain nombre de chevaliers craignant
Dieu et animés d'un sincère amour de la paix ', pour s'aboucher et
s'entendre sur les préliminaires d'un traité. Je dois dire toutefois
que les débats furent longs et animés, les uns voulant que la guerre
se terminát à l'honneur du roi, les autres ne cherchant qu'à obtenir
par tous les moyens la restitution de léurs domaines et de leurs
charges à la cour. Les négociations trainaient en lengueur et eussent
été sans résultat, si monseigneur le duc de Guienne, poussé sans doute
par une inspiration divine et par les conseils de ses plus fidèles fami-
liers, n'en eût hâté la conclusion. Un projet d'accommodement fut
proposé en conseil royal par son entremise et rédigé par écrit, le
mardi 12 juillet, dans les termes suivants :'
* Monstrelet désigne entre autres le maré- véque de Bourges, les sires de Gaucourt,
chal'de Savoie, le grand-maître de Rhodes, de Tignonwifle, de Barbasan et d'A sberehi-
le maitre des arbalétriers de France et le court, d'autre part.
maréchal de Hainaut, d'une part; l'arche-
?
ds t.
694 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXHI.
« Quod dominus dux Biturie ville Bituricensis claves et in-
gressum regi tradet, vel domino duci Guienne, aut ab eisdem
comimnissis , ipsam submittens eorum dicioni, supplicando quod
super dilacione facta non habeant aliquam displicenciam.
« Simili eciam modo fiet per dictum ducem Biturie aliosque
dominos sibi adherentes et confederatos eorum in cunctis urbi-
bus et sibi subditis municipiis in. quibue placebit regi intro-
mittere gentes suas. - '
: « Iterum et quod dictus dux Biturie ceterique pretacti domini
prompta mente et sponte renunciabunt cunctis confederacio-
nibus vel confederacionum tractatibus , quos dicuntur pepigisse
cum adversario Anglie, filiis ejus vel aliis quibuscunque in pre-
judicium regis, regni sui, vel subditorum suorum.
« Item et renunciabunt confederacionibus per eos invicem
factis contra ducem Burgundie, qui et similiter renunciabit
omnibus ab eo factis contra ipsos sive aliquem ipsorum. Et
super hoc tradent litteras suas patentes, que fient meliori. forma
quod fieri poterunt, secundum ordinacioriem regis.
« Promittent eciam juvamen, servicium: et obedienciam regi
contra dictum adversarium Anglie nec non et alios quoscunque,
prout de jure et racione tenentur.
« Promittent eciam inviolabiliter tenere pacem factam aucto-
ritate regia apud urbem Carnotensem inter duoes Burgundie,
Aurelianis ae eciam fratres suos, cum declaracionibus , addicio-
nibus, mutacionibus vel connubiorum tractatibus per regem
fiendis ad securitatem dicte pacis et de consensu parcium.
« Promittent iterum partes consequenter inviolabiliter tenere
et adimplere quidquid per regem statueretur ad securitatem et
complementum rerum predictarum; indeque facient sibi jura-
mentum viri eciam ecclesiastici, nobiles et alii, qui per regem
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 695
«. Monseigneur le duc de Berri livrera les clefs et l'entrée de sa
ville de Bourges au roi, à monseigneur le duc de Guienne, ou aux
commissaires nommés par eux, la soumettant à leur autorité et les
suppliant de ne conserver aucun ressentiment de ce qu'il a tardé si
long-temps à le faire.
« Ledit duc de Berri et les autres seigneurs, ses adhérents et alliés,
en feront autant pour toutes leurs villes et places, dans lesquelles il
plaira an roi de faire entrer ses gens.
« Jtem , ledit duc de Berri et les autres seigneurs susdits renonce-
ront de bon gré et spontanément à tous les traités et alliances qu'ils
ont conclus, dit-on, avec l'adversaire d'Angleterre, ses fils ou autres
personnes quelconques, au préjudice du roi, de son royaume ou de
ses sujets.
« Jtem, ils renonceront aux alliances qu'ils ont faites entre eux
contre le duc de Bourgogne , qui de son cóté renonoera à toutes celles
qu'il aura faites contre eux' ou contre l'un d'eux. Et de ce ils donne-
ront respectivement leurs lettres patentes, qui seront rédigées en la
meilleure forme que faire se pourra, selon qu'il plaira au roi d'en
ordonner.
« Îls promettront en outre aide, service et obéissance au roi contre
ledit adversaire d'Angleterre et autres, quels qu'ils soient, ainsi qu'ils
y sont tenus par le droit et la raison. |
« lis promettront de méme d'observer inviolablement la paix faite
per ordre du roi en la ville de Chartres entre le duc de Bourgogne
d'une pert, le duc d'Orléans et ses frères d'autre part, ainsi que les
déclarations, additions, changements ou traités de mariages qui seront
faits par le roi pour la sûreté de ladite paix .et du consentement des
parties.
« Ils promettront en. conséquence d'observer inviolablement et
d'accomplir tout ce qui serait statué par le roi pour la süreté et pour
l'exécation desdites choses. Le roi recevra ausi le serment des clercs,
des nobles et autres, qui seront choisis par lui et requis par les parties,
-- NEMER 2 0mm 2 mum. LEM LAMEEEESS
696 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
eligentur et per. partes requirentur, ad ponendum in manu
regia villas, dominia, municipia et castra ad nutum regium
declaranda. | | |
« Ulterius, quantum ad id quod supradicti requirunt sibi
restitui terras et dominia in manu regis posita, domini duces
Burgundie et alii de regali progenie, nunc cum rege residentes,
ipsum rogabunt attencius et requirent quod eis restituentur,
bonaque fide et fideliter promittent ad hoc totis viribus labo-
rare, mediante tamen quod , dominiis restitutis ; vassallos suos
et subditos in ipsis manentes tenebunt pacifice et quiete, sicut
antea faciebant, sine eciam impedimento quocunque, sive
dampno ; bec pro discordiis jam transactis odium aliquod con-
cipient contra quascunque personas, cujuscuñque status vel
preeminencie existant, sub penis per regem statuendis , et simili
modo fiet ex parte altera. |
« Ttem, et quod super omnibus predictis in regis consilio
deliberatis dicti doinini in villa Bituricensi manentes pro cunc-
tis aliis absentibus, aut ad minus pro se ipsis, infra crastine
diei horam terciam post meridiem, respondebunt sine aliqua
dilacione vel excusacioné quacunque. »
Die dicta, consilio assistencium regali consistorio ordinatum
extitit, ut auctoritate regis nec non et.ducis Guienne ad duces
Biturie ac de Borbonio atque Karolum Dalebret, nuper cones-
tabularium, cedula mitteretut, quos, non numeratis civibus et
sagittariorum copia, duobus. milibus bellatorum loricatorum
ad unguem 'tünc concomitatos sciebant. Et quoniam ignora-
bant quam mentem gerebant, et si contenta in eedula contemp-
nendo audaciam sumerent dimicandi, decreverunt iterum ut
die sequenti rex in apparatu bellico et aciebus ordinatis cam-
pale bellum eligeret et eorum responsionem expectaret pede
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIN. 607
pour mettre en la main du roi les villes, domaines, places fortes et
cháteaux qu'il lui plaira de désigner.
« Jtem, quant à la requête desdits seigneurs, tendant à ce qu'on
leur rende leurs terres et domaines mis en la main du roi, monsei-
gneur le duc de Bourgogne et les autres princes du sang qui sont
présentement auprès du roi, le prieront instamment et le requerront
de consentir à ladite restitution; ils promettront d'y travailler de tout
leur pouvoir, sincérement et de bonne foi, moyennant que lesdits
seigneurs , une fois remis en possession de lenrs domaines , gouverne-
ront en paix et avec douceur leurs vassaux et sujets y demeurant,
comme ils le faisaient auparavant, sans leur causer aucun tort ni dom-
mage quelconque, et qu'ils ne concevront aucune inimitié à l'occa-
sion des discordes passées contre aucune personne, de quelque rang
ou état qu'elle soit, et ce sous les peines qui seront fixées par le roi.
La partie adverse en fera autant de son cóté.
« Jtem, lesdits seigneurs qui sont dans la ville de Bourges donne-
ront leur réponse dés demain, avant trois heures de l'aprés-midi, pour
tous leurs amis absents, ou au moins pour eux-mêmes, sans délai ni
excuse quelconque, au sujet de toutes lesdites résolutions arrétées en
conseil du roi. »
Le méme jour, il fut unanimement décidé que la cédule serait
envoyée, au nom du roi et du duc de Guienne, à messeigneurs les
ducs de Berri et de Bourbon et à Charles d'Albret, naguére conné-
table de France, qui avaient en leur compagnie deux mille hommes
d'armes, non compris les bourgeois de la ville et les archers. Comme
on n'était pas sür de leurs dispositions, et qu'on pouvait craindre
qu'ils ne voulussent point de ladite cédule et n'aimassent mieux la
gnerre, on arréta aussi que le lendemain le roi sortirait en appereil
de guerre, mettrait son armée en bataille dans la plaine et attendrait
leur réponse de pied ferme. Puis on placa au bout d'une lance, en
présence du roi, la banniére de Saint-Denys, dite oriflamme. Mais il
Iv. 88
608 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH.
fixo. Tunc vexillum sancti Dyonisii, quod auriflamma dicitur,
ante regem lancea applicatum est; qüod tamen opas non fuit
deplicari. Nam Christus, pacis amator, regem tunc non passus
fuit cónsünguineorum cruore maculari ; moméntoque vicissitu-
dines terum mutans miraculose, ut creditur, nuncii redeuntes
dominos obstinacionem mentis in dulcedinem convertisse,
promptosque mandatis regiis obedire. cordialiter retulerunt.
5c
CR
CAPITULUM XIX.
!
' Oritur i in castris gaudium magnum, ut omnes noverunt regem patruum suum:
amicabiliter excepisse.
Id divulgatum in castris omnes gaudio ineffabili replevit,
dumtaxat quibusdam iniquis assentatoribus exceptis, qui huc-
usque principes in mutuum concitaverant odium, timentes
ne, si ad pacem redirent, bonis et honoribus privarentur. Et
hii temptaverunt domini ducis Guienne mutare propositum,
frustra tamen, hoc verbum sepe repetens : « In reconsiliacione
«lilia deferencium regni consistit summum bonum; ideo
« summa aviditate i ipsam desidero. » .
. Necdum exacto triduo, promissorum dux Biturie non imme-
mor, facta dictis. eompensare cupiens, in magnifico equitatu
ad regem venire statuit, quingentos milites et armigeros insi-
gnes secum habens. Et hii omnes honorifice sunt recepti, quam-
vis, ut verum fatear, quidam impacienter tulerunt inter eos
multos esse qui signum mutue confederacionis eorum, scilicet
stolam. albam transversalem, deferebant. Cum signo simili dux
ipse ingressus regale tentorium et trina reverencia flexo genu,
more solito, ad regem dominis ducibus Guienne, Burgundie
CHRONIQUE DE CHARLES VI.—- LIV. XXXIM. 699
ne fut pas nécessaire de la déployer. : Jésus-Christ, qui eime la paix,
ne.permit pas que le roi se souillât du sang de ses parents, Par un
effet miraculeux de sa volonté sans, doute, les choses prirent en un
instant une face nouvelle. Les envoyés revinrent annoncer que l'obsti-
nation des seigneurs avait fait place à la soumission, et qu'ils étaient
préts à obéir avec empressement aux ordres du roi.
CHAPITRE XIX,
Des transports de joie éclatent dans le camp, à la nouvelle du bon accueil
fait par le roi à son oncle.
Cette nouvelle, s'étant répandue dans le camp, remplit tous les
coeurs d'une joie inexprimable, excépté pourtant quelques perfides
courtisans, qui avaient jusqu'alors excité les princes les uns contre
les autres, et qui craignaient que le rétablissement de la paix ne les
privât de leurs biens et de leurs honneurs. Ils cherchérent, mais en
vain, à ébranler la résolution de monseigneur le duc de Guienne, qui
leur répondit à plusieurs reprises : « Le souverain bien du royaume
« consiste dans la réconciliation des princes du sang ; c’est pour cela
« que je la désire de toutes les forces de men áme. »
Au bout de trois jours, le duc de Berri, conformément à sa promesse
et aux engagements qu'il avait pris, vint trouver le roi en magnifique
équipage avec une escorte de cinq cents chevaliers et écuyers. Ils furent
tous recus avec honneur, bien que certaines personnes trouvassent
étrange , je dois l'avouer, que plusieurs d'entre eux eussent conservé
l'écharpe blanche, signe de ralliement de leur parti. Ledit duc entra
dans la tente du roi avec une écharpe pareille; aprés trois révérences,
il mit le genou en terre, selon l'usage, et s'avanca vers le roi, qui
était entouré de messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne
et des autres princes du sang; il lui offrit ses humbles compliments,
760 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
ceterisque consanguineis associatam accedens, post exhibitum
humilem salutacionis affatum, sui suorumque recommendacio-
nem, in manus suas tradidit claves ville, supplicans ne sibi ali-
qualiter displiceret, sed indulgeret clementer, si justo diucius
id agere distulisset. Quo concesso, rex, manum patrui appre-
hendens, juxta se eum sedere precepit, et cum de salute sua et
ceterorum principum inquisivisset diligenter, simul et aroma-
ticis sumptis speciebus, vultu, verbis et nutibus se ostendit
cum alacritate cordis omnium et singulorum adventum expec-
tasse. Referunt qui colloquio secreto postmodum communicato
jure officii astiterünt, ducem ante alios jurasse se inviolabiliter
impleturum que continebantur in cedula, et ad idem ducem
Aurelianensem ceterosque sibi confederatos principes sponte et
sine difficultate allecturos promisisse; sicque deliberatum exti-
tisse, cum ob hoc alias evocarentür. Nilque amplius actum est
die illa. (s |
Sic dux licenciatus recedens, mox quadriviis castrorum,
lituis resonantibus, voce preconia , principum concordia divul-
gatur; omnium obsidionalium machinarum assultus prohiben-
tur, et utrinque pertranseundi ad visitandum consanguineos et
amicos cunctis libera facultas concessa est. Quod gestum erat in
castris fidelibus cunctis Francigenis gratum fuit; unde conti-
nuatam tristiciam in exuberantem leticiam eonvertentes, pro
luctuosis letaniis Deum longe lateque per regnum altissonis vocr-
bus laudaverunt, qui solus noverat corda principum quasi
miraculose emollire, ut simul assuescerent vivere in pulcritu-
dine pacis.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII — 704
se recommanda , lui et les siens, à sa royale bonté, et remit entre ses
mains les clefs de la ville, en le suppliant de n'avoir aucun ressenti-
ment contre lui, s'il avait trop long-temps différé cette soumission,
et de daigner lui pardonner. Le roi y consentit , ét, prenant son oncle
per la main, il: le fit asseoir à ses côtés, s'enquit avec intérêt de sa
santé et de celle des autres princes , prit avec lui le vin et les épices,
et témoigna par ses paroles et son air de satisfaction qu'il était ravi
de l'arrivée de tous et de chacun d'eux. Ils eurent ensuite une confé-
rence secréte. Ceux qui y assistérent par le droit de leur charge m'ont
dit que le due jura le premier d'exécnter fidèlement toutes les clauses
contenues dans la cédule, qu'il promit d'amener facilement eL sans
contrainte le duc d'Orléans et ses antres alliés à en faire autant, et
qu'il fut en conséquence décidé qu'on les assemblerait ultérieurement
à cet effet. Il ne se fit rien de plus ce jour-là.
Le duc prit alors congé du roi et se retira. La réconciliation des
princes fut aussitót annoncée dans tout le camp per la voix du héraut,
et à son de trompe; il fut défendu de faire jouer les machines de
siége, et liberté fut accordée à chacun de part et d'autre d'aller et de
venir pour voir ses amis et ses parents. Tous les fidèles Français
apprirent avec joie ce qui s'était passé dans le camp. La tristesse qui
accablait depuis si long-temps tous les coeurs fit place aux transports
de la plus vive allépresse, et au lieu des litanies qu'on adressait à
Dieu pour implorer sa miséricorde, on chanta partont dans le royaume
les lonanges du Trés-Haut, qui seul avait apaisé, comme por miracle,
les ressentiments des princes, et les avait disposés à vivre en bonne
intelligence.
702 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXIII.
CAPITULUM XX.
Predones decrescunt, et oppidum Tauriaci combustum est.
Abhinc predones, qui ubique libere grassabantur, ceperunt
decrescere , crudelitatis habenas solito micius moderantes. Ubi-
que cessatum est.ab oppugnacionibus castrorum. Parisienses et
alii, audito quod mutuo principes reconsiliandi erant, muni-
cipii Drocarum soluta obsidione, sed villa bonis omnibus spo-
liata, redierunt.
Circa eciam idem tempus, cum Leo de Jaquevilla, miles, et
Brito quidam, cognominatus Feirebuit, ad expugnacionem lonis
Ville in Belsia, que subdita duci Aurelianis erat, laborarent,
de Tauriaco, vicinis quoque oppidis adversarii exeuntes et in-
expectati venientes ipsam obsidionem solvere temptaverunt;
sed parvo commisso prelio, victi fugere et castra repetere sunt
coacti. Quos cum usque Tauriacum sequtus fuisset dictus Leo,
in vindictam injurie.et ut oppido potiretur, illud statuit occu-
pare et diros inchoare assultus. Quos cum compatriote, qui ibi
consequende salutis gracia se contulerant, tollerare nequirent,
ad tuicionem loci deputatos pluries flexis genibus rogaverunt
ut dedicionem offerrent. Eisdem persuadere quod summam
ignominiam reputabánt quasi asino surdo loqui idem fuit. Sed
nundum triduo expectato, ut se viderunt ad ultimam necessi-
tatem reductos. et quod recedere opportebat, dolentesque se
locum victualibus munitum hostibus relinquendum, moti
canina invidia, que nec socio os spretum rodere pátitur,
cuncta voraci incendio consumere decreverunt. Sceleste tamen
facinus non sine ulcione peregerunt. Nam cum ignem in pro-
pinquam granchiam injecissent, ventus vehemens suscitatus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHI. — 703
CHAPITRE XX.
Diminution du nombre des brigands. — Incendie de la place forte de Toury.
Dès ce moment, le nombre des brigands, qui couraient le royaume
en toute liberté, commença à décroitre, et ils se comportérent avec
moins de cruauté que de coutume. Partout les siéges des cháteaux forts
furent abandonnés. Les Paiisiens et leurs compagnons, à la nouvelle
de la réconciliation des princes, levérent le siége de la citadelle de
Dreux et partirent, après avoir toutefois pillé la ville.
Vers le méme temps, Léon de Jacqueville, chevalier, et un Breton
nommé Ferrebout, qui assiégeaient Janville en Beauce, place appar-
tenant au duc d'Orléans, furent surpris par un córps d’ennemis sorti
de Toury et des villes voisines pour délivrer les assiégés. Mais apres
un court engagement, les Orléanais furent vaincus, mis en déroute
et forcés de regagner leur camp. Léon de Jacqueville les poursuivit
jusqu'à Toury, et pour tirer vengeance de leur attaque il résolut de
s'emparer par force de cette place, à laquelle il livra tout d'abord de
rudes assauts. Les habitants du pays, qui s'y étaient réfugiés pour y
trouver süreté, se trouvant incapables de résister, suppliérent à genoux
ceux de la garnison de se rendre. Une pareille détermination était aux
yeux de ceux-ci lé comble de l’infamie ; aussi ne voulurent-ils entendre
à aucun accommodement. Mais trois jours aprés, lorsqu'ils se virent
réduits aux abois et forcés de quitter la place, ne pouvant se résoudre
à abandonner à leurs ennemis un lieu si bien pourvu de vivres, ils
n'écoutérent qu'un sentiment de basse jalousie, et, comme les chiens
qui ne veulent pas laisser à d'autres l'os qu'ils ne peuvent ronger, ils
prirent le parti de tout brüler. Mais cet acte de barbarie ne resta pas
impuni. À peine avaient-ils mis le feu à une grange voisine, qu'un
vent furieux, qui s'éleva tout-à-coup, communiqua l'incendie aux
édifices environnants; ils périrent tous dans les flammes, à l'excep-
tion de vingt-neuf des gens de pied , tous des derniers rangs de l'armée,
704 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
flatu suo cum edificiis propinquis et incendiarios succendit,
dumtaxat novem et viginti ex vilioribus gregariis et abjec-
tissimis viris, qui se funibus canabinis per muros emiserunt.
Sed sic, ut ita loquar, Caribdim vitare cupientes in Scillam
vel navis periculum inciderunt. Nam capti, vinculis alligati,
Parisius adducti, cum omnis populus quasi ad spectaculum
commune videndum excitatus in eos lutum et immundicias
usque ad castelletum Parisiense projecisset, tandem adjudi-
cantur subire suspendium vel in aquis vehementibus submer-
gendum.
Prenominatus vero Leo, oppidum ingressus, furoreque et.
propria iniquitate succensus, arcem fortem, que municipium
inexpugnabile reddebat, ab incendio intactam flamma voraci
.consumpsit , illud addens ne amplius receptaculum adversario-
rum esset. Sceleste tamen facinus, ut dux Biturie et ceteri audie-
runt, impacienter tulerunt. Pia inde ecclesia predilecta beati
Dyonisii, cui locus subdebatur, dampnum maximum repor-
tabat. '
CAPITULUM XXI.
Domini duces et principes tractatum pacis compositum jn urbe Autissiodorensi euni
juramentis confirmant. |
Sub spe pacis continuando colloquia, regi: suisque illustribus
nunciis et apicibus fuerat intimatum dominum Thomam, ducem
Lencastrie, filium regis Anglie, cum mille et quingentis pugna- -
toribus armatis ad unguem tribusque milibus sagittariorum
duobusque clientum levis armature jam in Normaniam trans-
fretasse. Edocti eciam ab hiis qui missi fuerant, cognoverunt
predictos subsidiarios a rege Anglie in auxilinm ducum Biturie,
Aurelianis, de Borbonio ac suorum eonfederatorum transmis-
CHRONIQUE DE CHARLES VE. — LIV. XXXIII. 705
qui descendirent par la muraille avec des cordes. Encore ceux-ci ne
firent-ils que tomber de Charybde en Scylla, et vinrent-ils se briser
pour ainsi dire sur de nouveaux écueils; car ils furent pris, garrottés-
et conduits à Paris, où, aprés avoir été donnés en spectacle au peuple,
qui les accompagna jusqu'au Chátelet en leur jetant de la boue et
des ordures au visage, ils furent condamnés à étre pendus ou noyés.
Léon de Jacqueville prit possession de Toury; animé par la ven-
geance et la fureur, il réduisit en cendres la citadelle qui rendait la
place imprenable et qui avait échappé aux flammes; il ne voulait pas,
disait-il, qu'elle servit désormais de repaire aux ennemis. Cet acte de
cruauté causa un vif déplaisir au duc de Berri et aux autres princes;
d'autant plus que l'abbaye de Saint-Denys, leur église de prédilec-
tion, dans la dépendance de laquelle était Toury, en recut un grand
préjudice.
e
CHAPITRE XXI.
Messeigneurs les ducs et les princes confirment par leurs serments à Auxerre
le traité de paix conclu entre eux.
Pendant les conférences qui avaient lieu dans l'espérance de la paix,
le roi et les seigneurs de sa cour avaient été informés par lettres et par
messages que Thomas, duc de Lancaster, fils du roi d'Angleterre,
était débarqué en Normandie à la téte de quinze cents hommes d'ar-
mes, trois mille archers et deux mille hommes de troupes légères. Ils
apprirent en outre par leurs émissaires que cette armée avait été
envoyée au secours des ducs de Berri, d'Orléans et de Bourbon et
de leurs alliés, et qu'aprés avoir entiérement dévasté le Cotentin,
elle devait commencer les hostilités dans les domaines du comte
Iv. | 89
706 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
sos, et quod , Constanciensi territorio penitus depopülato, in
dominio comitis de Alenconio promissum servicium dignum
duxerant inchoare. « Jam, inquiunt, vallidissimum Castrum
« Novum, Sancti Remigii et de Belesimo villas, et quidquid rex
« Sicilie Ludovicus permissione regia sibi abstulerat, viribus
« restituentes , et ad vindictam accinti, per territorium Ande-
« gavense ipsum regi subditum grassati sunt, cedes quoque,
« rapinas et incendia exercentes, nec quibusdam ecclesiis parro-
« chialibus pepercerunt. Et ut breviloquio utamur, ceterorum
« exsuperantes seviciam , ut audierunt in brevi reconsiliandos
« principes francigenas, sic indignanter ferentes se fraudatos a
« desiderio et aviditate pugnandi, antequam recederemus,
« ducis Aurelianis possessiones petere statuerunt et solito cru-
« deliora perpetrare, nisi eis prornissa sti ipendia sine dilacione
« solverentur. »
Hiis auditis , nec diferendi complenda sed pocius accelerandi
domini occasionem sumentes, statuerunt ut auctoritate regia
céteris dominis dies daretur in propria comparendi vel pro-
curatores mittendi, qui, articulatim divisa super pace com-
posita sacramentis confirmarent inviolabiliter servare. Cum
autem , ad vinculum dilectionis utrinque amplius consolidan-
dum, rex principibus presentibus omnia dominia, auctoritate
sua guerre tempore occupata, libere restituisset, ab obsidione
recedens, in acie ordinata, rege Sicilie cum octo vexillis préce-
dente, et preposito Parisiensi cum multis pugnatoribus subse-
quente, Autissiodorum venit. Eum postmodum dux Biturie
sequtus, augusti die decima tercia, non tamen cum armata
comitiva urbem ingressus est, successivisque feriis duces Aure-
lianis et de Borbonio,. quibus duces Guienne obviam perrexe-
runt et honorifice ad regem perduxerunt. |
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 707
d'Alençon. « Les Anglais, ajoutérent les messagers, ont déjà repris de
« vive force l'importante place de Ghâteauneuf, les villes de Saint-Remi
« etde Belléme, et tout ce que le roi de Sicile avait enlevé audit comte
« avec la permission du roi, et par représailles ils ont envahi l'Anjou
« qui fait partie du domaine royal, y ont mis tout à feu et à sang, et
« n'ont pas méme épargné plusieurs églises paroissiales: En un mot,
« ils ont surpassé par leurs cruautés tous les excés commis jusqu'à
« présent, et dés qu'ils ont appris que les princes francais allaient
« bientót se réconcilier, ils ont été tellement mécontents de se voir
« frustrés dans leurs espérances et dans leur avide désir de combattre,
« qu'ils ont menacé, avant notre départ, de se jeter sur les terres du
« duc d'Orléans et d'y commettre les plus horribles dégâts, si on ne
« leur payait sur-le-champ la solde qui leur a été promise. »
A cette nouvelle, les princes résolurent de presser l'accomplisse-
ment de la ‘paix et firent assigner au nom du roi tous les autres sei-
gneurs à comparaître en personne à un jour marqué ou.à se faire
représenter par des procureurs, qui jureraient d'observer inviola-
blement article par article les diverses clauses du traité conclu. Le
roi, pour resserrer de part et d'autre les liens d'affection, restitua
généreusement aux priuces là présents tous ceux de leurs domaines
qui avaient été conquis en son nom durant la guerre; puis il leva le
siége de Bourges et partit pour Auxerre en ordre de bataille. Le roi
de Sicile commandait l'avant-garde avec huit drapeaux, et le prévót
de Paris fermait la marche à la tête d'un. corps nombreux de gens de
guerre. Le duc de Berri suivit de prés le roi, et entra dans la ville le
43 août, mais sans escorte de gens d'armes. Les jours suivants arri-
vérent les ducs d'Orléans et de Bourbon; les ducs de Guienne et de
Bourgogne allérent à leur rencontre et les conduisirent avec honneur
auprès du roi.
708 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
In hac igitur civitate, quia rex solita egritudine ineipiebat
Jaborare, domino duci Guienne placuit ut quod deliberatum
fuerat compleretur, mandans ut de gremio. alme Universitatis
Parisiensis doctores et magistri, cum preposito eciam merca-
torum et scabinis dicte ville cives in certo numero mitterentur,
qui huic rei interessent ut màgnificencius ageretur. Ex famo-
sioribus iterum civitatibus regni singuli auctoritate regia jussi
sunt ut, die augusti vicesima secunda, in ampliori curia ecclesie
Sancti Germani propter hoc convenirent; quam et die assignata,
ad instar imperialis consistorii, sedibus , tapetibus , olosericis,
palliis quoque aureis coopertis, ornatam repererunt. | -
Ad locum igitur dominus dux Guienne cum principibus
accedens et sedem excellenciorem duplici aureo solio comptam
ascendens , ut auctoritatem regiam loco genitoris absentis exer-
ceret, locum sibi preparatum occupavit et juxta se Ludovicum
regem Sicilie collocavit. In parte ex tunc dextera domini duces
Biturie, Burgundie, de Borbonio et de Baro, Karolus quoque
Dalebret , regis consobrinus, et inde ceteri comites et barones,
secundum uniuscujusque generis claritatem, consederunt. La-
tere quoque sinistro archiepiscopi et prelati, et in descensu gra-
duum, ante ducem, Francie ac Guienné cancellarii; sed paulo
inferius sequebantur Universitatis Parisiensis nuncii, burgenses
Parisienses et aliarum urbium evocati, Et ne superveniencium
mole nimium premerentur, multis armatis ad unguem,scutiferis
Sancti Pauli comes, conestabularius Francie, introitum custo-
diendum statuit; quos et summa diligencia coegit suum ordi-
nem tenere pede fixo, oberrantes minis et percussionibus ter-
rendo usque ad complementum misterii inchoandi. Duci tum
Aurelianensi aliquandiu expectato et in locum designatum cum
equitatura pomposa et quasi regiam superante intromisso , lugu-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 709
Comme le roi venait d'éprouver une nouvelle atteinte de sa maladie ,
monseigneur le duc de Guienne prit soin de faire accomplir à Auxerre
ce qui avait été décidé. Afin que la chose eût lieu avec plus de solen-
nité, il ordonna que des docteurs et maitres de la vénérable Université
de Paris, le prévót des marchands, les échevins et un certain nombre
de bourgeois de ladite ville seraient députés comme témoins. Il'enjoi-
gnit aussi au nom du roi aux notables habitants des principales villes
du royaume ' de se réunir à cet effet le 22 août dans la grande cour
de l'église de Saint-Germain; qui au jour marqué se trouva garnie de
siéges, et tendue de tapisseries, d'étoffes de soie et de drap d'or,
comme pour une diète impériale. —
Monseigneur le duc de Guienne se rendit avec les princes à ladite
église; il monta sur une estrade, où l'on avait préparé deux trónes
tout dorés, prit place sur celui qui lui était réservé, pour exercer
l'autorité royale en l'absence de son pére, et fit asseoir à ses cótés le
roi de Sicile Louis. A sa droite étaient messeigneurs les ducs de Berri,
de Bourgogne, de Bourbon et de Bar, Charles d’Albret cousin du roi,
et les autres comtes et barons, chacun selon son rang. À sa gauche se
placérent les archevéques et les prélats, et sur les marches du tróne,
devant le duc, les chanceliers de France et de Guienne; un peu plus
bas, les députés de l'Université de Paris, les bourgeois de ladite ville
et ceux des autres cités du royaume. Pour prévenir les inconvénients
de la foule, le comte de Saint-Pol, connétable de France, gardait
l'entrée avec un cotps d'écuyers armés de pied en cap; il eut beau-
coup de peine à les contenir et fut obligé d'user de menace et méme
d'en frapper quelques uns pour les obliger à rester à leur poste jusqu'à
la fin de la cérémonie. Le duc d'Orléans, qui s'était fait attendre quel-
que temps; arriva enfin avec une suite nombreuse, dont la magnifi-
cence surpassait presque celle d'un roi; toutefois il était vétu de deuil
ainsi que son frére le comte de Vertus. Le duc de Bourbon alla à sa
' Monstrelet cite entre autres villes Rouen, Caen, Amiens, Tournai, Laon, Reims,
Troyes, Langres et Tours.
CNN 7 79 - 4
710 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
bra tamen veste cum fratre suo comite Virtutum induto , eidem
dux Borboniensis occurrit. Cui et assurgentibus ceteris, cum
salutacionis affatum inter se mutuo impendissent, dux Guienne
eumdem cum amplexu et osculo pacificis benigne suscipiens,
inter duces Burgundie et de Borbonio sedere imperavit. -
Tunc.ad principale ventum est, et: universis voce preconia
indicto silencio, Francie cancellarius surgens alta voce : « Hic,
« inquit, de precepto domini nostri regis dominos presentes et
« alios congregatos noveritis ad confirmandum pacem jam
« compositam inter ducem Burgundie, ducem quoque Aurelia-
« nensem ac Virtutum comitem fratrem ejus; quam et tercium
« fratrem eorum atque sororem absentes affirmant gratam
« habere. » Sequenter cum addidisset : « Iterum placet regi ut
« sacramentis affirment quod tractatum pacificum inter se
« mutuo in perpetuum inviolabiliter servabunt , secundum arti-
« culos contentos in hac cedula, regio roborata sigillo, » tunc
ipsem secretario sibi assistenti porrexit; quam et ipse mox alte
et intelligibiliter legit et in gallico sub hac forma: |
« Cum nuper quedam controversie et discordie mote fue-
rint inter dominum ducem Burgundie , amicos et confederatos
ipsius una parte, et ducem Aurelianensem, fratres suos et soro-
rem, amicos eorum et confederatos ex altera, occasione necis
domini Ludovici, quondam Aurelianensis ducis, ultimo de-
functi ; et alias de precepto et ordinacione regis Turonis, apud
Carnotum, Biturices et alibi quidam fuerint tractatus compo-
siti; finaliter, ut inter partes predictas, amicos et confederatos
earum firma pax ac stabilis teneatür perpetuo et reservetur,
rex, per consilium et deliberacionem domini ducis Guienne,
plurium aliorum de cognacione et sanguine regali existencium ,
nec non plurium prelatorum, quorumdam eciam qui principales
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHI — 744
rencontre , et tous les autres seigneurs se levérent à son entrée. Aprés
qu'on eut échangé de part et d'autre les salutations d'usage, le duc de
Guienne lembrassa avec eífusion et le fit asseoir entre les ducs de
Bourgogne et de Bourbon.
On en vint alors au principal ; le héraut ayant imposé silence à tous,
le chancelier de France se leva et dit à haute voix : x Vous saurez que
« les seigneurs et autres ici présents ont été convoqués par ordre de
« notre sire le roi pour confirmer la paix déjà conclue entre le duc
« de Bourgogne d'une part, le duc d'Orléans et le comte de Vertus
« son frére d'autre part; laquelle paix est agréée, assurent-ils, par
« leur troisième frère et leur sœur qui sont absents. » Il ajouta ensuite :
« La volonté du roi est que lesdits seigneurs s'engagent de nouveau
« par serment à observer inviolablement et à tout jamais cette paix,
« conformément anx articles oontenus dans la présente cédule qui a
« été scellée du sceau royal. ». Il présenta alors ladite cédule au
secrétaire qui était auprès de lui, et celui-ci en donna lecture à haute
et intelligible voix. Elle était rédigée en francais, dans les termes
suivants : |
« Comme il est survenu naguère des querelles et des différends
entre monseigneur le duc de Bourgogne, ses amis et ses alliés, d'une
part, et le duc d'Orléans , ses frères et sœur, leurs amis et leurs alliés,
d'antre part, à l'occasion de la mort de monseigneur Louis, le feu
duc d'Orléans, et que des traités ont été conclus par ordre et comman-
dement du roi à Tours, à Chartres, à Bourges et ailleurs, le roi,
voulant qu'une paix ferme et durable soit définitivement établie et per-
pétuellement observée entre lesdites parties , leurs amis et leurs alliés,
a décidé et ordonné , d'aprés l'avis et les délibérations de monseigneur
le duc de Guienne , de plusieurs princes de son sang et de ses proches
parents comme aussi de plusieurs prélats, de quelques uns de ses prin-
cipaux conseillers et de quelques notables personnages du Parlement
et de la chambre des comptes, déeide et ordonne que les pardons
742 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
consiliis assistunt regiis, ac eciam aliquorum notabilium viro-
rum in Parlamenti ac compotorum cameris residencium , voluit
et ordinavit, vult et ordinat, quod indulgencie concesse duci
Burgundie apud Carnotum occasione casus supradicti et om-
nium qui inde sequi potuerunt, firme et stabiles in suis robore
et vigore remaneant.
« Iterum et in quantum tangit dictas partes, per consilium
supradictorum et de consensu parcium, vult et ordinat quod
quelibet illarum , videlicet dominus Burgundie in persona sua
et dictus dominus Aurelianensis comesque Virtutum frater ejus
in propriis personis, pro ipsis fratreque suo et sorore absenti-
bus, promittent et jurent sollempniter que sequentur :
« Primo quod deinceps invicem boni et veri amici remane-
bunt, nec aliquid inter se petent mutuo occasione dicte necis
nec dependencium et sequencium ex ea; et quod nunquam
occasione hujus cause inter se invicem dissencionem, alterca-
cionem nec divisionem habebunt.
« Iterum et quod nunquam alicui persone, que se intromi-
serit de re ista vel que faverit uni aut alteri parti, de precepto
regio vel alias quovismodo, deferent cordialem rancorem,
dampnum , impedimentum vel displicenciam aliqualiter in cor-
pore vel in bonis ; sed indulgenciam concedent universis , dum-
taxat exceptis illis qui in personam dicti domini ducis Aurelia-
nensis scelus perpetrarunt nephandum. |
« Iterum, et ut inter eos securius sincerus amor vigeat unionis
et melius conservetur, promittent et juramento firmabunt facere
et complere connubium domini comitis Virtutum cum una de
filiabus domini ducis Burgundie, et quod in opus dicti: maritagii
dictus dominus Burgundie quatuor mille libras turonenses an-
nui et perpetui resditus dicte filie assignabit et nascituris ex ea.
’
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 743
accordés au duc de Bourgogne en la ville de Chartres, à l'occasion
dudit événement et de tout ce qui a pu s'ensuivre, demeureront
fermes et stables en leur force et vigueur. .
.* Jtem, en ce qui touche lesdites parties, il veut et ordonne,
d'aprés l'avis des personnages susnommés et du consentement des par-
ties, que chacune d'elles, c’est-à-dire monseigneur de Bourgogne en
personne, et lesdits monseigneur d'Orléans et le comte de Vertus son
frére également en personne, pour eux et pour leurs frére et soeur
absents, promettent et jurent solennellement ce qui suit :
« Premièrement , qu'ils demeurerent désormais bons et vrais amis,
et qu'ils n'exerceront aucune poursuite l'un contre l'autre à l'occasion
de ladite mort ou de ce qui s'est ensuivi; qu'ils n'auront jamais
entre eux à ce propos ni querelle, ni altercation, ni contestation
quelconque.
« Jtem , qu'ils n'auront jamais aucun ressentiment contre ceux qui,
par ordre du roi ou autrement, en quelque facon que ce soit, se se-
raient entremis en cette affaire ou déclarés pour l'un ou pour l'autre
parti; qu'ils ne leur causeront ni dommage , ni préjudice, ni déplaisir
quelconque dans leurs personnes ou leurs biens, mais qu'ils pardon-
neront à tous excepté à ceux qui ont commis l'exécrable attentat sur
la personne de monseigneur le duc d'Orléans.
« Jtem , afin d'entretenir entre eux une véritable union et d'en
assurer la durée, ils promettront et jureront de faire et accomplir
le mariage de monseigneur le comte de Vertus avec une des filles de
monseigneur le duc de Bourgogne, et pour les besoins dudit mariage,
ledit monseigneur de Bourgogne assignera une rente annuelle et per-
pétuelle de quatre mille livres tournois à sadite fille et aux enfants qui
najtront d'elle.
Iv. go
714 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« Item et pro sola vice dicte filie tradet centum et quinqua-
ginta milia scuta auri, de qua summa ex quinquaginta mili-
bus pro ipsa et ejus liberis ementur hereditates perpetue, et
de residuo dicte summe disponet ad sue voluntatis arbitrium.
« Quantum est de domino comite Virtutum, in successione
genitoris et genitricis porcionem percipiet sibi Jam ordinatam,
vel que de jure successionis sibi pertinere potérit, et super hanc
porcionem dictam filiam domini Burgundie dotabit de quatuor
mille libris turonensibus annui et perpetui resditus.
« Iterum, et jurabunt dicte partes quod bene et fideliter
tenebunt et adimplebunt pacem per regem statutam inter ipsos,
universos de regali sanguine procedentes, adherentes, adju-
tores, confortantes, servientes et subjectos utriusque partis
super controversiis, que supervenerunt inter eos usque ad
hodiernam diem, et super omnibus que inde supervenire pote-
runt; et quod nec cuicunque persone, que se super hiis intro-
miserit , aliquod impedimentum facient nec fieri pacientur, sed
impedient pro posse et fideliter, si a casu insurgeret.
« Item, renunciabunt dicti domini Aurelianis et Virtutum
sub juramentis pretactis confederacionibus per eos factis vel
pro ipsis cum adversario Anglie, filiis suis, quibuscunque aliis
Anglie residentibus in regno vel ipsis faventibus , et ipsas anul-
labunt penitus et revocabunt.: |
« Similiter et confederaciones dux Burgundie revocabit, si
quas fecerit cum ipsis, quamvis secure affirmet aliquas nun-
quam cum ipsis pepigisse. |
« Promittent eciam dicte partes quod nunquam confedera-
ciones aliquas facient cum dicto adversario Anglie vel ipsi faven-
tibus in prejudicium unius sive alterius partis.
« Jurabunt iterum, sicut prius, patentes litteras suas propriis
746 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
sigillis roboratas tradere, renunciaciones, anullaciones confe-
deracionum continentes, sub quacunque forma vel modo
loquendi per eos vel per alios pro ipsis nomine suo factas cum
dicto adversario Anglie, suis filiis vel fautoribus ipsorum.
« Sub; pretactis eciam juramentis omnibus pactorum tracta- .
tibus * per eos vel eorum nomine cum dominis sive aliis per-
sonis hujus regni sive alterius factis, cujuscunque status vel
preeminencie existant, auxiliariis, ipsis adherentibus vel sub-
ditis , in prejudicium unius vel alterius partis, litterasque inde
confectas regi tradent vel domino duci Guienne, vel eas dele-
bunt in eorum presencia. Et de rebus supra tactis inde litte-
ras suas tradent ad nutum regis confectas vel consiliariorum
suorum.
« Ulterius et sub prestito juramento litteras suis sigillis robo-
ratas tradent regi vel domino duci Guienne per eos vel eorum
consiliarios confectas, per eas significantes dicto adversario
Anglie, filiis suis vel ipsis faventibus, renunciaciones , revoca-
ciones nec non et anullaciones confederacionum dictarum.
« Promittent et modo predicto regi, tanquam domino suo
naturali et supremo , servire et obedire ipsique auxiliari contra
dictum adversarium Anglie, filios suos, eidem quoque faventes,
sicut fideles consanguinei, vassalli et subditi suo summo do-
mino facere tenentur per fidelitatem promissam.
« Stare eciam cum rege promittent per juramentum, si ali-
qua dictarum parcium contra dictam pacem vel aliqua. ex ea
dependencia agere aliquid conaretur.
« Demum eciam jurabunt quod regi vel domino duci Guienne
obedient et consencient in cunctis que per ipsos aut consiliarios
suos statuentur ad pleniorem pacis jurate confirmacionem. »
* Jl faut supposer ici l'omission d'un mot tel que renunciabunt.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 717
lettres. patentes scellées de leur propre sceau, contenant leurs renon-
ciations et l'annulation de leurs alliances, sous quelque forme ou con-
dition qu'elles aient été faites par eux ou par d'autres en leur nom,
avec ledit adversaire d'Angleterre, ses fils ou leurs partisaus.
« Ils renonceront aussi sur la foi desdits serments à tous les traités
d'alliance faits par eux ou en leur nom avec des seigneurs ou autres
personnes de ce royaume ou d'un autre pays, de quelque rang.et con-
dition qu'elles soient , avec leurs auxiliaires, adhérents ou sujets, au
préjudice de l'une ou de l'autre partie; ils remettront au roi ou à
monseigneur le duc de Guienne les lettres dressées à ce sujet, ou les
détruiront en leur présence. Et de toutes les choses susdites ils feront
dresser des lettres qui seront rédigées au gré du roi ou de ses con-
seillers.
_« En outre ils remettront sur la foi du méme serment au roi ou à
monseigneur le duc de Guienne des lettres scellées de leur sceau et
rédigées par eux ou par leurs conseillers, pour signifier audit adver-
saire d'Angleterre , à ses fils ou à leurs partisans, leurs renonciations,
les révocations et les annulations desdites alliances.
« Ils promettront de la méme manière de servir le roi, comme leur
seigneur naturel et süzerain , de lui obéir et préter secours contre ledit
adversaire d'Angleterre, ses fils et ses partisans, ainsi que de fidèles
parents, vassaux et sujets sont tenus par leur serment de fidélité de le
faire pour leur souverain seigneur.
« Ils promettront aussi par serment de s'unir au roi, si l'une des-
dites parties tentait quelque chose à l'encontre de ladite paix ou de
quelqu'une des clauses qui s'y rattachent.
« Enfin ils jureront d'obéir au roi et à monseigneur le duc de
Guienne et de consentir à tout ce qui sera ordonné par eux-mémes ou
par leurs conseillers pour plus ample confirmation de la paix jurée. »
718 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
Ut legendi secretarius finem fecit , dominus dux Guienne ad
se dominos evocavit, et super evvangeliorum textum, Domi-
nice crucis salutifere porcionem ceterasque cathedralis ecclesie
reliquias, inter ipsum ac regem Sicilie tunc allatas , precepit
manus ponere et successive jurare quod quidquid cedula conti-
nebat fideliter adimplerent. Quo peracto, ut sedes repecierunt
domini, mox surgens cancellarius Guienne, cunctis audienti-
bus, clara voce: « Et ad majorem confirmacionem, inquit ,
« tractatüs pacifici, placet regi ut omnes viri ecclesiastici pre-
« sentes, ponentes manum ad pectus, in verbo sacerdotis affir-
« ment se ratum et gratum habituros cuncta que lecta fuerunt. »
Idque tam libenter quam obedienter peregerunt. Iterum cum ad-
jecisset: « Demum rex imperat ut nobiles et ignobiles congregati
« ad celum levantes dexteras simile faciant juramentum. » Ad
hoc verbum armati viri gladios ad terram projecerunt universi,
quod imperatum fuerat peregerunt, pre magnitudine gaudii
lacrimabiliter orantes ut cum Juda proditore eternàm recipe-
rent porcionem , qui infringerent tractatum in aliqua sui parte.
Nil amplius actum est die illa, nisi quod in cunctis ecclesiis
urbis campanis pulsantibus, interim dum in cathedrali ecclesia
altissonis vocibus 7e Deum laudamus cantaretur, prefati
domini flexis genibus Deo gracias reddiderunt; indeque simul
cenaverunt cum tanta exuberanti leticia ac si post procellosos
fluctus minantes naufragium optatum portum salutis attigissent.
CAPITULUM XXII.
Quid egerunt principes, tractatu pacis corroborato juramentis.'
Inde diebus complusculis simul in leticia, observanciis ami-
cabilibus exactis, regem solita egritudine detentum navigio
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 7419
Lorsque le secrétaire eut achevé la lecture de ces articles, monsei-
gneur le duc de Guienne fit approcher lesdits seigneurs , leur ordonna
d'étendre la main sur les saints évangiles, sur un morceau de la vraie
croix de Notre Seigneur et sur les autres reliques de l'église cathé-
drale que l'on avait placées entre lui et le roi de Sicile, et leur fit
jurer successivement d'accomplir fidèlement tout ce que contenait
ladite cédule. Aprés quoi, lesdits seigneurs étant retournés à leur
place » le chancelier de Guienne se leva et dit à haute voix, de ma-
niére à étre entendu de tous: « Pour plus grande confirmation du
« traité de paix, le roi enjoint à tous les ecclésiastiques ici présents de
« déclarer, la main sur la conscience et sur leur parole de prétre, qu'ils
« ratifient et agréent tout ce qui a été lu. » Chacun s'étant empressé
de faire cette déclaration, le chancelier ajouta : « Le roi ordonne à
« tous les autres assistants, nobles ou non, de faire le méme serment
« en levant la main droite au ciel. » À l'instant, tous les hommes
d'armes jetérent leurs épées à terre et firent ce qui leur était prescrit,
en versant des larmes de joie et en priant Dieu de condamner aux
flammes éternelles avec le traitre Judas quiconque enfreindrait le
traité dans quelques- unes de ses clauses.
Il ne se fit rien autre chose ce jour-la; seulement on sonna les
cloches dans toutes les églises de la ville, et l'on chanta un 7'e Deum
solennel dans la cathédrale. Lesdits seigneurs y assistérent à genoux
pour rendre gráces à Dieu; puis ils soupérent ensemble avec autant de
gaité que s'ils venaient d'échapper à un naufrage et d'entrer dans le
port aprés avoir été battus par les flots et la tempéte.
CHAPITRE XXII.
Ce que firent les princes , lorsque le traité de paix eut été confirmé par serment.
Aprés avoir passé plusieurs jours en fétes et s'étre donné toutes sortes
de témoignages d'amitié réciproque, les princes firent transporter par
720 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
perduci statuerunt usque Meledunum , quem et terrestri itinere
postmodum sequti sunt, ut ibidem super arduis agendis mutuo
colloquerentur. Regnicolarum querimoniis jam pulsati merito
impacienter ferencium Anglicos, capitales hostes regni, Norma
niam et Andegaviam vastasse iterum, et nunc rapinis intollera-
bilibus Aurelianensem inquietare ducatum sub pretextu sti-
pendiorum nundum solutorum, consiliari ceperunt quomodo
expellerentur. Quamvis omnibus notum esset opum suarum
acervos eos usque fere ad ultimum occasione guerre consuinp-
sisse, cancellario tamen Francie vota singulorum super hoc
sciscitanti a civibus Parisiensibus libere responsum est jure
illos teneri ad stipendia solvenda, qui eos advocaverant adju-
tores ; et in eamdem sentenciam ceteri cives presentes transie-
runt. Tandem multis feriis exactis, cum in oculis assistencium
sermo justus visus esset, dux Aurelianis pactum peccuniale tre-
centorum milium scutorum aüri cum ipsis promisit, et pro secu-
ritate solucionis fratrem suum juniorem comitem Engolesime
obsidem tradere. Id tamen distulit usque ad mensis novembris
primam ebdomadam , multis aliis rebus interim occupatus.
Et ne amplius opus sit ad Anglicorum retrocedere regressum,
vera relacione virorum in summo ecclesiastico consistencium
ordine cognovi eos in Aquitaniam tendentes iter suum micius
quam Francigenas continuasse, asserentes tamen se in brevi
non ut stipendiarios , sed ut capitales adversarios , procul dubio
reversuros. |
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 721
eau à Melun le roi qui était toujours malade, et le suivirent peu de
temps aprés dans cette ville par la route de terre, afin d'y délibérer en
commun sur les affaires de l’État. Touchés des doléances des habi-
tants, qui s'étaient plaints de ce que les Anglais, ces mortels ennemis
du royaume, avaient ravagé la Normandie et l’Anjou, et de ce qu'ils
commettaient en ce moment méme d'intolérables dégâts dans le duché
d'Orléans, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été payés, ils résolurent
d'aviser aux moyens de les chasser. On savait que la guerre civile avait
à peu prés épuisé les finances du roi, et le chancelier de France ayant
sondé les dispositions de chacun à ce sujet, les bourgeois de Paris décla-
rérent hardiment que c'était à ceux qui avaient appelé à leur aide
les étrangers de les payer, et cet avis fut adopté par tous ceux qui
se trouvérent présents ce jour-là. La discussion continua les jours sui-
vants , et lorsque le duc d'Orléans vit que tout le monde se rangeait à
cette opinion, il s'engagea à payer aux Anglais une somme de trois
cent mille écus d'or, et à remettre comme ôtage entre leurs mains,
en garantie du paiement, son jeune frére le comte d'Angouléme.
Toutefois , le grand nombre des affaires dont il eut à s'occuper lui fit
différer l'exécution de cette clause jusqu'à la premiére semaine de
novembre.
Pour n'avoir plus à revenir sur le départ des Anglais, je dirai que
j'ai su de bonne source, par quelques personnes des plus éminentes du
clergé, que ces corps de troupes, ayant pris la route de l'Aquitaine,
se comportérent dans leur marche avec plus de modération que des
Francais , que cependant ils annoncérent qu'ils reviendraient bientót,
non plus comme auxiliaires, mais comme ennemis du royaume.
722 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
CAPITULUM XXIII.
Viris ecclesiasticis restituuntur dominia temporalia , jussu ducis Burgundie in manu
regis posita , qui favebant domino Aurelianensi et sibi confederatis dominis.
Congregatorum principum consensu unanimi, archiepiscopi
Senonensis, episcopi Parisiensis, ceterorum quoque virórum
ecclesiasticorum dominia temporalia, occasione dissencionis
eorum fisco regio applicata , eisdem restituuntur, ac universis
aliis, qui duci Aurelianensi et suis confederatis faverant, ad
lares proprios redeundi libera facultas est concessa. Exinde
spem ex eis aliqui conceperunt recuperandi ablata mobilia ac
officia regia, durante discordia, occupatores in causam repe-
tendarum rerum coram dominis Parlamenti trahentes et alibi.
Et hii, advocatis mediantibus , mutuis facultatibus continuando
processus se privassent, nisi dampnosam hanc licenciam auc-
toritas regia refrenasset. Nam judicum ordinariorum querimo-
niis rex pulsatus, ne inde inter regnicolas lites communes
diffiniendas impedirent, mense sequenti in pretoriis publicis
ubique publicatum est, ne ad id amplius laborarent. Nam quid-
quid de mobilibus aut officiis regiis concesserat, durante dis-
cordia , ratum et stabile volebat permanere.
CAPITULUM XXIV.
Rex , regina et regni principes , redeuntes Parisius, pacem factam publicare fecerunt.
Dignum duxerunt eciam prefati principes ut rex, quamvis
nundum sanus mente, navi impositus, remigum subsidio per
Secanam reduceretur Parisius et in domo regia Sancti Pauli -
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 723
CHAPITRE XXIII.
Les membres du clergé , partisans de monseigneur d'Orléans et de ses alliés , rentrent
en possession de leurs domaines temporels, qui , par ordre du duc de Bourgogne,
avaient été mis en la main du roi. -
Il fut résolu dans la méme assemblée, du consentement unanime
des princes, que les domaines temporels de l'archevéque de Sens, de
l’évêque de Paris et des autres personnages ecclésiastiques, qui avaient
été confisqués à l'occasion de la guerre civile, leur seraient restitués,
et l'on accorda à tous ceux qui avaient suivi le parti du duc d'Orléans
et de ses alliés la permission de retourner librement chez eux. Quel-
ques uns d'entre eux en concurent l'espérance de recouvrer leurs biens
meubles et les offices royaux dont ils avaient été privés durant la
guerre, et intentérent aux envahisseurs des actions en restitution devant
le Parlement ou d'autres juridictions. Ces procés, livrés aux mains des
avocats, auraient ruiné les parties, si le roi n'eüt mis ordre à ces
funestes débats. Averti par les plaintes des juges ordinaires, et crai-
gnant que de pareilles contestations ne leur permissent pas de vider
les affaires courantes, il fit publier le mois suivant dans tous les tribu-
naux qu'on eût à ne pas s'occuper davantage de telles affaires. Car
il voulait que toutes les concessions faites par lui de biens meubles ou
d'offices royaux, durant les troubles, fussent maintenues et respectées.
CHAPITRE XXIV.
Le roi , la reine et les princes, de retour à Paris, font publier le traité de paix.
Les princes décidérent aussi que le roi, quoique toujours malade,
serait ramené à Paris par la Seine et transporté en son hótel royal
de Saint-Paul, et que le 27 août le traité de paix conclu entre les
724 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
locaretur; auctoritate quoque ipsius, augusti mensis die vice-
sima septima, in Parlamento et Castelleto regiis tractatus pacis
compositus inter duces publice legeretur. Iterum duodecima
septembris, consensu omnium predictorum, per compita ville
Parisiensis voce preconia, lituis precinentibus, id publicari
jusserunt, prohibentes sub pena capitali ne quis, occasione trans-
acte discordie, alterum infamando Armeniacum vel Burgundio-
nem, quod summa injuria tunc reputabatur, nominaret, sed
prius omnes rancores conceptos sub tumulo perpetui silencii
sepelirent. |
Hiis peractis, mensis septembris ultima ebdomada, dominus
dux Guienne, quasi collateralem socium habens comitem Vir-
tutum, quem et duces Burgundie et de Borbonio sequebantur,
Parisius est ingressus cum tanta baronum et militum comitiva
quantam decuisset regiam majestatem, cum preposito eciam
mercatorum, scabinis et civibus summe auctoritatis, qui eos-
dem honorifice exceperant. Nundum exacto triduo, plebs uni-
versa reginam venerabilem iterum ingredientem suscepit et
cum tanta exuberanti leticia , ut laudes sibi regias acclamarent,
ac si suscepissent regem qui de adversariis regni triumphasset.
Qualiter noctem insompnem in coreis, cantilenarum quoque
melodiis cum continuato nocturno igne deduxerunt breviter
pertransiens, nec tamen silendum credo quod dominum Lour-
dinum, militem, qui omnes barones reginam conducentes equi-
tatura et superfluo ornatu excedebat, die sequenti, et, ut
publice dicebatur, consilio domini ducis Borboniensis, dux
Burgundie capi fecit et in Flandriam transferri. Causam tamen,
cum id scribebam , ignorabam.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXNII 725
ducs serait lu publiquement en son nom au Parlement et au Châtelet.
Puis, du consentement de tout le conseil, ils firent publier ledit traité
le 42 septembre, dans les carrefours de Paris, par la voix du héraut
et à son de trompe, défendant à tous, sous peine de mort, de garder
souvenir des dissensions passées et de se traiter d'Armagnac ou de
Bourguignon, ce qui était considéré comme la plus sanglante injure,
et ordonnant d'ensevelir tout ressentiment dans un éternel oubli.
Cela fait, monseigneur le duc de Guienne entra à Paris la derniére
semaine de septembre, ayant à ses côtés le comte de Vertus, derrière
lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon, et suivi d'un cortége vrai-
ment royal de barons et de chevaliers. Le prévót des marchands, les
échevins et les principaux bourgeois, qui étaient venus à sa rencontre
par déférence, étaient aussi en sa compagnie. La reine fit son entrée
trois jours aprés; la population entiére de Paris l'accueillit avec des
transports d'allégresse et des acclamations aussi bruyantes que celles
qui auraient pu accueillir le retour d'un roi victorieux et triomphant.
Je ne m'arréterai point.à parler des danses; des chansons et des feux
de joie qui durérent toute la nuit ; mais je ne crois pas devoir passer
sous silence ce qui arriva à messire Lourdin, chevalier, qui se distin-
guait parmi tous les barons de la suite de la reine par la richesse de
son équipage et son excessive magnificence. Le duc de Bourgogne ,
d'aprés le conseil, dit-on, de monseigneur le duc de Bourbon, le fit
arréter le lendemain et conduire en Flandre. Je n'ai pu connaitre le
motif de cette arrestation.
726 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
CAPITULUM XXV.
Restituitur auriflamma, et comes Marchie fratrem suum comitem Vindocini carceri
mancipavit.
Dum cives sic regios honores exhiberent, augusti videlicet
vicesima nona die, regis vexillifer principalis, dominus de
Osmonte, ad regale monasterium beati Dyonisii accedens, vexil-
lum gloriosi martiris, quod auriflamma dicitur, super ejus
altare devotissime obtulit. Quam hujus monasterii abbas vene-
rabilis, pontificalibus indutus et suis religiosis honorifice comi-
tatus, suscepit reverenter, et in thesauro cum indumentis coro-
nacioni regum deputatis more solito detulit conservanda.
CAPITULUM XXVI.
Dominus Johannes de Monte Acuto de patibulo communi Parisiensi deponitur.
Septembris die vicesima octava, auctoritate regis et-ducis
Guienne, de patibulo communi Parisiensi cum luminari ingenti
torchiarum depositus est truncus corporis domini Johannis de
Monte Acuto, quondam magistri regalis hospicii , cujus mortem
notavi superius, ut cum capite in domipolis suspenso in eccle-
sia Celestinorum apud Marcoussis, quam ipse fundaverat, sepe-
liendus portaretur. Ferunt quidam dominum ducem Guienne
super ejus ignominiosa morte pluries condoluisse. Idcirco ejus
filium, bone indolis juvenem, et in curialibus observanciis super
omnes coetaneos suos eruditum, in contemptum hujus oppro-
brii hucusque ab ejus curia elonguatum revocavit, precipiens ut
sibi collateralis existens familiariter serviret sicut prius.
798 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXIII.
CAPITULUM XXVII.
Dux Biturie ingressus est Parisius.
Rex, summo medico Jhesu Christo gracias redditurus pro
sana mente recepta, circà finem hujus mensis de domo regia
Sancti Pauli exiens, ecclesiam beate Marie Parisiensis peregre
visitavit. Quod audiens dux Biturie, ejus patruus, quod diu
recusaverat, Parisius ingredi statuit, non armatorum stipatus
cuneo, sed domestica familia comitatus. Ipsi autem omnes aurea
lilia deferentes, excepto duce Guienne , cum civibus Parisien-
sibus obviam occurrerunt, et ad domum suam de Nigella
honorifice conducentes, sequenti luce rex eum cum pacifico
osculo amicabiliter recepit, precipiens ut secum deinceps re-
maneret, quia in cunctis arduis uti ejus consilio deinceps in-
tendebat. Necdum ab ejus adventu tercia nocte transacta, ut
civibus veraci relacione innotuit quosdam ex suis servitoribus
uni ex concivibus suis mortales insidias preparasse, mox obti-
nuerunt a rege ut deinceps armati vigilias continuarent noc-
turnas per civitatis compita, ut securius manerent. Edictum
est iterum sequenti ebdomada, auctoritate regia et voce pre-
conia, ne quis, quacunque polleret preeminencia, armatus
iter faceret de nocte per urbem, nisi ex civibus esset; quibus
et auctoritatem dedit tales capiendi et in carcerem retrudendi.
Ipsam tamen licenciam quasi onines decuriones molestissime
tulerunt, | |
730 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
CAPITULUM XXVIII.
De nunciis Romam missis ad consilium generale.
À domesticis et Cisalpinis dominis ad Transalpinos stilum
racionabiliter vertens, Johannes summus pontifex , paternam
gerens sollicitudinem ut universalis status Ecclesie reformare-
tur in melius, usque ad annum presentem generale consilium
celebrare distulerat, Lendislai tamen tyranni, invasoris regni
Sicilie, viribus impeditus. Is namque impacienter perferens
quod crucesignatos in eum movere statuisset, in terra Ecclesie
laxando sue crudelitatis habenas et discursiones hostiles, Roma-
nos intollerabilibus dampnis et injuriis lacessivit, ipsumque
papam reiteratis vicibus obsidione cinxit; nec acquievit resipis-
cere ab inceptis, donec decretum revocans pacificum cum eo
composuisset tractatum.
At ubi divulgatum est ubique quod sic itinera usque Romam
solito securiora reddidisset, ex Italie, Hungarie, Boemie, An-
glie, Scocie et Alemanie partibus, que pape obediebant, epi-
scopi, archiepiscopi, primates ceterique viri ecclesiastici illuc
tendere hiis diebus obedienter decreverunt, ut huic consilio
interessent. Auctoritate eciam regis et regni Francie, ut ordina-
tum fuerat, ex quatuor facultatibus venerande Universitatis
Parisiensis electi videlicet viri, utique sciencia clari et exhorta-
tori sermonis habentes graciam, illuc iter flectere jussi sunt
cum honorabili comitiva, ut secundum instructiones sibi datas
onera gravissima Ecclesie gallicane a summis pontificibus nuper
imposita aut deponi penitus aut alleviari in parte maxima pro-
curarent. Et ut summo pontifici ipse rex filialem reverenciam
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 731
CHAPITRE XXVIII.
Des ambassadeurs sont envoyés à Rome pour le concile général.
732 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII,
exhiberet, cum domino.....* magistrum Johannem de Monste-
riolo secretarium suum misit, quibus in mandatis dedit ut ma-
gistris Petro de Alliaco et Symoni Cramaut, nuper consiliariis
ejus, et quos papa in ejus favorem recenter ab episcopatu Came-
racensi et archiepiscopatu Remensi ad cardinalatum assumpse-
rat, regni negocia in papali palacio ventilenda duleiter recom-
mendentes, quidquid in consilio tactum foret redeuntes sibi
serietenus referrent et in scriptis. |
CAPITULUM XXIX.
De provinciis regni cives ad consilium regale evocantur.
Die qua cedit autumpnus inclemencie hyemali, regi, secreta
decucienti cum suis illustribus et consiliariis, non. placencia
nunciantur, sed ut vallidiora solito Anglicorum agmina, sub
signis domini Thome ducis Clarencie militancia, ut superius
dictum est, in Guienne uberiori plaga regni hostiles discursio-
nes exercebant, nemine contradicente. « Et quia, inquit nun-
« cius, micius solito ad cautelam consuetas laxare statuerunt
« crudelitatis habenas , cedibus et incendiis penitus abstinentes,
« jam quosdam ex compatriotis allexerunt jurare quod fideli-
« tatem regi Anglie servabunt; sicque securius vivunt quam si
« Londoniarum urbe cum ceteris civibus residerent. » Addidit
in calce narracionis in mente gerere capitaneos universos quod,
transcursis ybernis mensibus, mox ut vernali tempore arri-
dente gratam exercitui offeret temperiem, ad occupacionem
urbium et oppidorum modis omnibus aspirabunt, nisi expel-
lentur viribus. «Quod utique eciam viris circumspectis difficil-
' Il y a ici une lacune dans le manuscrit.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL — 733
réts du royaume en cour de Rome à la prudence et à l'habileté de
maître Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, et de maître Simon Cra-
maut, archevêque de Reims, naguère ses conseillers, que le pape
avait, en sa considération, élevés tout récemment au cardinalat. Il
les chargea en même temps de lui rapporter tout au long et par écrit,
à leur retour, ce qui aurait été fait dans le concile.
CHAPITRE XXIX.
Le roi convoque une assemblée des principaux bourgeois des différentes provinces
du royaume.
A là fin de l'automne, de fächeuses nouvelles vinrent au roi, pendant
qu'il délibérait sur les affaires de l'État avec les seigneurs de sa cour
et ses conseillers. On lui annonca que les troupes de Thomas duc de
Clarence, dont nous avons déjà parlé, augmentées de nouveaux ren-
forts, couraient la riche contrée de Guienne sans rencontrer aucun
obstacle. « Et comme les ennemis, disait le courrier, se comportent
« avec plus de ménagement que de coutume dans une intention adroi-
« tement calculée, et qu'ils s'abstiennent de meurtres et d'incendies,
« ils ont déjà amené plusieurs habitants du pays à préter serment de
« fidélité au roi d'Angleterre; si bien qu'ils vivent aussi en süreté
« que s'ils étaient à Londres au milieu de leurs compatr iotes. » Il
termina en disant que tous leurs capitaines n'avaient qu'une méme
peusée, c'était, une fois l'hiver passé, et au retour de la saison favo-
rable aux opérations militaires, de tourner tous leurs efforts contre
les villes et les cháteaux de la province, et de s'en emparer, si on ne
les chassait les armes à la main. « Mais, ajouta-t-il, c'est, au dire
« des gens sages , une entreprise trés difficile. » Déjà précédemment on
avait envoyé en Guieune, pour arrêter leurs courses, le sire de Helly
à la téte d'un corps peu nombreux de braves gens de guerre. Mais
ce chevalier, voyant qu'il ne pouvait espérer ni profit ni gloire de
'terandi colloquia mutua feriis successivis , cum stipendia urgen-
134 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« limum videtur. » Jam antea, ne justo evagarentur liberius, illuc
missus fuerat dominus de Heliaco cum bellatorum modica,
vallida tamen, manu. Sed videns quod nil commodi vel honoris
poterat reportare, cum par viribus non esset ; rediens tunc in
presencia regis libere protestatus est, quod , nisi illuc vallidus
mitteretur exercitus, procul dubio in brevi non sine tollera-
bili dampno loca plurima occupabunt, que per- longum trac-
tum temporurn non sine cedibus et infinitis expensis poterunt
recuperari. |
In assistencium pectora hec verba alcius descenderunt, que,
quamvis verissima viderentur, tamen occasionem dederunt rei-
cia tunc solvere ex erario regali penitus exhausto peccuniis
impossibile reputarent. Tandem tamen attendentes quod ad re-
gnicolarum facultates, quamvis tenues occasione precedencium
guerrarum, erat necessario recurrendum, ideo unanimiter mit-
tere statuerunt, qui ex provinciis regni cives in certo numero
auctoritate regia Parisius preciperent convenire, ut sciscita-
retur ab eis quam viam tenere consulerent, tanta vicissitudine
rerum perdurante. Tunc et extitit ordinatum ut cives Parisien-
ses cum Universitate veneranda cum ceteris interessent. Et hii
tunc simul statuerunt sollempnes processiones celebrare, hiis
tamen unam partem strate regie tenentibus et illis aliam ; et
dum in ecclesiis staciones faciebant, inter missarum sollemp-
nia Dominum exorabant üt deliberare valerent quod verti pos-
set ad regni utilitatem et honorem.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 735
cette expédition à cause de l'infériorité de ses forces, revint en ce
moment méme auprés du roi et lui déclara franchement que, si on
n'envoyait une puissante armée de ce côté, les Anglais seraient certai-
*
736 CHRONICORUM KAROLI SEXTI .LIB. XXXIII.
CAPITULUM XXX.
De proposicionibus factis in consilio regali.
In domo regia Sancti Pauli, januarii penultima die, rege
regali solio residente, cui in absencia ducis Biturie, qui graviter
egrotabat, incliti Guienne et Burgundie duces, multi eciam
comites , barones, cum prelatorum caterva non modica, qui de
provinciis regni acciti fuerant, convenerunt, causam evocacio-
nis eorum atque burgensium regni audituri.
Que tunc animo rex gerebat cancellarius Guienne peroran-
dum suscipiens, prolixe retulit regnum retroactis annis occa-
sione dissidencium principum intollerabilia dampna pertulisse,
et inter procellosos anfractus guerrarum prope civilium peri-
culose fluctuasse; nec periculum evasisset nisi ipse rex vigilanti
sollicitudine consanguineos principes aurea lilia deferentes ad
concordiam et pacem revocasset. Inde vinculum mutue dilec- -
tionis compositum et corroboratum hinc inde sacramentis mul-
tipliciter commendans et perpetuo duraturum absque aliqua
hesitacione affirmans , omnes et singulos monuit assistentes ut
ad continuandum illud modis omnibus laborarent, et ne subiti
motus civiles dissolucionis ipsius causam essent. Addidit iterum
regem cordialiter se ét sua hucusque exposuisse pro defensione
regni, idque libere offerre, sed non equanimiter tollerare Angli-
cos, adversarios capitales, regnum suum inquietasse hostiliter,
et nunc in Guienna uberiori ejus parte desevire; ideo super
ejectione eorum quotquot convenerant evocasse, ut eorum con-
siliis uteretur. In calce autem verborum: « Unum, inquit,
« tamen sencio hic notandum, quod, sicut majori numero quam
« retroactis temporibus convenerunt, sic et majori exercitu
738 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« bellatorum et majoribus expensis opus erit. Et ideo usque ad
« sextam feriam rex spacium cunctis deliberandi concedit, ut
« redeuntes referant quale advisamentum, auxilium et solamen
« in hac parte sibi dabunt, ut res fine laudabili terminetur. »
Sic e colloquio publico discessum est. Quo die dicta iterum
celebrato, et provincie Remensi audiencia concessa, per diser-
tum oratorem pacem principum multipliciter commendans,
dampna quoque irreparabilia güerra durante serietenus enar-
rans, per viscera misericordie Christi supplicavit ut regnicolis
fere ad ultimam necessitatem redactis rex inolita benignitate
compateretur, ipsosque insufficientes reputaret ad quodcunque
jugum peccuniale ferendum. Hanc viam tenuit qui pro Rotho-
magensi provincia est loqutus, finaliter tamen tangens brevi-
ter et succinte quod aliunde quam a miserabili plebe poterat
peccunias extorquere. Quod. verbum die sequenti pro Lugdu-
nensi provincia venerabilis abbas monasterii sancti Johannis,
vir utique tulliana facundia pollens, cum grato omnium audien-
cium assensu, luculenter et diffusius declaravit, ad collectores et
dispensatores peccuniarum regni se divertens. Nam inexple-
biles eorum cupiditates multis modis redarguens et astucias
adinventas, per quas, rege penitus inscio, peccunias infinitas
jure suo erario inferendas propriis usibus applicabant, intulit
absque erubescencie velo quod, si justissime sua recuperare
placeret, satis habundeque sufficerent ad reparandum loca
regalia, in parte maxima ruinosa, et continuandum guerras
suas. |
Soluto colloquio , mensis februarii nona die rex ex deambu-
latorio ambiente cariam Sancti Pauli, in quo cum domesticis
confabulari solebat, cum aula regia tante capacitatis non esset
quod posset accedentibus locum dare, venerandam Universi-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 739
« dépenses plus considérables. Le roi vous accorde six jours pour en
« délibérer; vous reviendrez lui dire quels sont vos sentiments, quelle
« assistance et quel appui il peut espérer de vous en cette circonstance,
« pour mener l'affaire à bonne fin. » |
Après cela, l'assemblée se sépara. Elle se réunit de nouveau au jour
fixé, et la parole fut donnée aux députés de la province de Reims.
L'un d'eux, habile orateur, loua beaucoup la réconciliation des princes
et rappela tout au long les maux irréparables occasionnés par la guerre,
supplia le roi par les entrailles de la miséricorde de Notre-Seigneur
de compatir à la misère des habitants du royaume, qui se trouvaient
presque réduits à la derniére détresse, et d'étre bien persuadé qu'ils
étaient hors d'état de supporter la moindre taxe. L'orateur de la pro-
vince de Rouen parla dans le méme sens, et ajouta méme en finissant
qu'on pouvait trouver de l'argent ailleurs que chez le pauvre peuple.
Le lendemain, le vénérable abbé du monastére de Saint-Jean , person-
nage renommé pour son éloquence, qui prit la parole au nom de la
province de Lyon, développa dans un brillant discours, avec l'approba-
tion de tous les assistants , l'opinion émise par le précédent orateur; il
s'attaqua aux collecteurs et dispensateurs des deniers publics, dénonca
hautement leur insatiable. cupidité et les ruses coupables à l'aide des-
quelles ils détournaient à leur profit, sans que le roi le sût, des sommes
considérables qu'ils auraient dà verser dans le trésor, et ne craignit
pas de dire que, s'il plaisait à sa majesté de leur faire rendre ce qu'ils
s'étaient indüment approprié, elle aurait suffisamment de quoi subve-
nir aux réparations des maisons royales, qui pour la plupart tombaient
en ruines, et poursuivre la guerre. | |
Sur ce, l'on se sépara, et l'assemblée fut remise au 9 février. Ce
jour-là, le roi donna audience à la vénérable Université et aux bour-
geois de Paris dans la galerie qui entourait la cour de l'hótel Saint-
Paul, et oà il devisait ordinairement avec ses familiers; car la grande
salle du Palais n'était pas assez vaste pour contenir tous ceux qui
740 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
tatem et cives Parisienses audire statuit et quid in supradictis
sentirent. Id perorandum susceperat in saera pagina professor
eximius, magister Benedictus Genciam, Sancti Dyonisii in Fran-
cia religiosus. Cui facta loquendi gracia, et insufficienciam
suam pro excusacione premittens, protestatus est sue inten-
cionis non esse quod aliquem nominatim scandalisaret, sed ter-
minis generalibus intimaret quod Universitas mater alma sibi
injunxerat proponendum. Inde tractatum principum ante Bitu-
ricam urbem compositum et Autissiodoro juratum multipliciter
commendans, tanquam ab universis regnicolis inviolabiliter
servandum , addidit ad hoc regem principaliter obligatum et ad
puniendum transgressores, cujuseunque preeminencie essent,
sine favore quocunque. Ostendens quam sit salubre quamque
delectabile in unionis vinculo caritative manere, iterum eum
monuit ut consanguineos suos semper prope se haberet , quo-
rum dulci alloquio frueretur et consilio dirigeretur in agendis :
« Quoniam procul dubio, inquit , regnum vestrum tam insigne
« inde supra cetera occidentalia potentissimum facietis longe
« lateque per orbis climata gloriosum. »
Ad principale veniens dictus doctor et ipse regi illud evvan-
gelicum dirigens : Zmperavit ventis et mari, et facta est trans-
quilitas magna , dixit duos ventos sedicionis scilicet et ambi-
cionis regno multipliciter nocuisse, et hunc primum, qui ex
ore assentatorum et obloqutorum sepius aures principum pene-
trat et dominorum , multis racionibus reprobavit. Ejus quoque
activitatem nocivam dilatando, addidit nuper per illum unum
grande malum et maximum nuper reputatum in regno acci-
disse, unde guerre, cedes multorum nobilium et irreparabilia
dampna hucusque sequta fuerant. Quod verbum multorum
aures assistencium offendit suspectumque reddidit proponen-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 74
4
s'étaient rendus à son appel, afin de lui donner leur avis en cette
occurrence. Ce fut maître Benoît Gentien, religieux de Saint-Denys,
et savant professeur de théologie, qui porta la parole. Après s'être
excusé de son insuffisance, il protesta qu'il n'avait l'intention d'offen-
ser personne en particulier, mais qu'il exposerait en termes généraux
ce que sa vénérable mère l'Université l'avait chargé de dire. ll fit
ensuite un pompeux éloge du traité conclu devant Bourges et con-
firmé- par serment à Auxerre, et déclara que tous les habitants du
royaume devaient l'observer inviolablement, que le roi y était tenu
plus que tous les autres, et qu'aucune considération ne devait l'em-
pêcher de punir les infracteurs, de quelque rang qu'ils fussent. Il dé-
montra combien il était important et avantageux que chacun vécüt
en paix et en bonne amitié, et engagea le roi à retenir toujours ses
. parents auprès de lui, pour entretenir avec eux de douces relations et
s’éclairer de leurs conseils. « Par ce moyen, dit-il, vous ferez que
« votre royaume, déjà si illustre, deviendra le plus puissant des
« royaumes de l'Occident, et vous propagerez sa. gloire dans tous les
« pays de l'univers. »
Ledit docteur, passant alors au point principal, et adressant au
roi ces paroles de l'Évangile : 7] commanda aux vehts et à la: mer, et
il se fit un grand calme, dit que le vent de la sédition et celui de
l'ambition avaient soufflé sur le royaume et y avaient causé beaucoup
de maux. Il réprouva par plusieurs raisons le premier de ces deux
vents , qui sortant de la bouche des flatteurs et des calomnAteurs, pé-
nétre dans les oreilles des princes et des seigneurs. Il en exagéra les
funestes effets, et ajouta que c'était à cette seule cause qu'il fallait
attribuer le grand et terrible malheur récemment arrivé dans le
royaume et qui avait été suivi de la guerre civile, de la mort de tant
de seigneurs et de dommages irréparables. Ces paroles blessérent une
partie des assistants et leur firent suspecter la bonne foi de l'orateur;
742 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
tem, cum in vituperium ducis Burgundie evidentissime verte-
retur. À predicta iterum Universitate reverenda. quemdam
rotulum, excessivas pensiones omnium et singulorum famulan-
cium regi a cancellario usque ad minimum continentem, et
quomodo per nimium numerum thesaurariorum ac receptorum
prodigorum ordinarie et extraordinarie opes distrahebantur
regie in irreparabile dampnum regni publicandum susceperat.
De nominatis tamen, judicio multorum circumstancium, super-
ficialiter nimis loquens, solum dixit eos, vento ambicionis et
cupiditatis a multis annis hucusque continuato agitatos, ad
tantam inopiam erarium regale redegisse , quod non sufficiebat
ad legata priscorum regum et onera feodalia solvenda, nec inde
regie cotidiane expense, militaria continuanda stipendia solvi
poterant, nec domicilia regia ad ruinam tendencia reparari.
« Sic, inquit, reputant vos omnes regnicole a provida circum-
« spectione felicis recordacionis pii vestri genitoris deviare,
« idque mater mea Universitas, filia vestra, et obedientes cives
« vestri reprehensibile reputant, supplicantes ne deinceps rebus
« vestris familiaribus aut consiliis insistentes vel ad custodiam
« municipiorum regni deputatos excessivam manum prodigam
« laxetis, et regales peccunias a fraudulentis collectoribus ves-
« tris sublatas, ut justum est, recuperare velitis.» Verbis adden-
dum censuit : « Et si, occasione guerrarum, populares exàc-
« tiones retroductas, munificencia regali vestris consanguineis
« concessas , per triennium revocetis, sic sine regnicolarum gra-
« vamine vobis suppetent sufficientes divicie; longe lateque in
« regno vento cupiditatis vobis obsequencium diminuto, dici
« poterit quod per vos facta est transquilitas magna. »
Hanc sentenciam tenuerunt qui pro Senonensi et Bituricensi
provinciis loquti sunt successive, per viscera misericordie
CHRONIQUE DE CHARLES Vl. — LIV. XXXIIL 743
car elles contenaient évidemment une attaque contre le duc de Bour-
gogne. ll était encore chargé de produire de la part de la véné-
rable Université un certain róle indiquant les pensions excessives de
tous les serviteurs du roi, depuis le chancelier jusqu'au dernier offi-
cier de la cour, et de représenter comment les finances ordinaires et
extraordinaires de l'État étaient dilapidées et dissipées, au grand détri-
ment de tous, par le trop grand nombre des trésoriers et des receveurs.
Toutefois , au dire de plusieurs des assistants, il parla trop superficiel-
lement de ces dilapidateurs, et se contenta d'affirmer que, poussés
depuis longues années par le vent de l'ambition et de la cupidité , ils.
avaient tellement épuisé le trésor royal, que le roi n'avait pas de quoi
acquitter les legs de ses prédécesseurs et les charges féodales, et qu'il
ne lui restait rien pour les dépenses, journaliéres de sa maison ni pour
la solde des troupes, ni pour la réparation des résidences royales qui
tombaient en ruines. « Ainsi, ajouta-t-il, tous vos sujels pensent que
« vous vous écartez de la sage conduite du bon roi votre pére d'heu-
« reuse mémoire. Ma mére l'Université, votre fille chérie, et vos
« fidéles bourgeois de Paris regardent cela comme une chose blá-
« mable; ils vous supplient de ne plus prodiguer désormais vos lar-
« gesses aux gens de volre maison ou de votre conseil ni à ceux que
« vous préposez à la garde des places fortes du royaume, et de farre
« restituer, comme il est juste, aux collecteurs infidéles des deniers
« royaux les sommes qu'ils ont dérobées. » Il termina par ces mots:
« Si, à l'occasion des guerres présentes, vous vouliez seulement révo-
« quer pour trois ans les concessions que votre royale munificence a
« faites à vos parents des taxes publiques qui ont pesé sur le peuple,
« vous trouveriez par ce moyen autant d'argent qu'il vous en faut,
« sans surcharger vos sujets, vous ápaiseriez ce vent de cupidité qui
« régne dans tout le royaume ; et l'on pourrait dire que gráce à vous
« il. s'est fait un grand calme. »
Ceux qui parlérent ensuite pour les provinces de Sens et de Berri
furent du méme avis , et suppliérent le roi par les entrailles de la misé-
DR dE
TAA CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
Christi , ut, que prolata fuerant complens, regnicolis subsidiis
intollerabilibus vexatis condoleret, nec ipsis. adderet jugum
novum. Quod ipse rex benignissime annuit, et per cancella-
rium dici fecit quod super propositis per consilium regias ordi-
naciones fecerat in proximo publicandas. Et sic audiencia pu-
blica soluta est.
CAPITULUM XXXI.
«Que iterum Universitas proposuit coram rege contra exactores regios et collectores.
Quamvis in sacra pagina universis professoribus, dumtaxat
uno excepto, prolata placuerint, ceteris tamen doctoribus et
magistris inutilia visa sunt, cum singulorum officialium regio-
rum furtivas et absconditas rapinas in regis dampnum peractas
exactis temporibus minime detexisset. Quapropter easdem
Scriptis lacius redigentes, iterum audienciam obtinuerunt a
rege et a duce Guienne ad diem lune sequentem , et cuique
magistro ordinis Sancte Marie de Carmelo propositum commi-
serunt perorandum. Cui die dicta data dicendi gracia quod
placeret, in presencia ducum Guienne et Burgundie, Niver-
niensis, Virtutum et de Charoloys comitum, domini quoque
ducis de Bavaria, ducis Lotharingie et plurium aliorum, cum
verba precedentis magistri multipliciter calumpniando publice
anullasset , inani metu ascribens quod directe intencionem Uni-
versitatis, civium quoque Parisiensium minime explicuisset,
vallidis precibus impetravit ut ipsam rex ad longum audire
benignis auribus dignaretur. |
Quo concesso, jussu venerabilis rectoris, quidam magister in
artibus facundissimus surrexit , qui magnum inde rotulum con-
fectum , singulos regios officiales nominans qui receptas pecou-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 745
ricorde de Notre-Seigneur de daigner exécuter ce qui lui était proposé,
de compátir aux souffrances de ses sujets écrasés de subsides intolé-
746 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
niales regni sui suis usibus applicantes erarium regale penitus
exhaustum reddiderant, fere per horam et dimidiam seriose,
alte et intelligibiliter perlegit. Abreviando lecturam et sub com-
pendio scripta comprehendens, ne attediant lectores:
« Metuendissime, inquit, princeps, humilis filia vestra Pari-
« siensis Universitas, cum mercatorum preposito scabini et
« cives vestri fideles , cordialiter offerentes serenitati regie quod
« jussi fuerant deliberare ad utilitatem regni, cunctos cives ex
« provinciis regni missos asserunt unanimiter jurasse quod
« tractatum inter principes firmatum inviolabiliter servabunt.
« Opere precium addere dignum ducunt ut duces et comites
« mutuo pacificati, cum suis vassallis iterum evocati , in vestris
« manibus renovent juramentum, cum nonnulli, cum Arme-
« niaci comite in regni dampnum maximum guerras continuan-
« tes, pacis inite videantur publici transgressores, in quos certe
« animadvertere debet majestas regia; et videatis eum ipsis
« Anglicos in modum societatis in destructionem regni totis
« viribus aspirare.
« In quantum subditis vestris prefatis super auxilio et conso-
« lacione vobis exhibendis fecistis mencionem , quod res fami-
« liares decentes regiam majestatem vobis desunt, nec quod
« sufficienter valetis regnum cum prepotenti dextera agminum
« bellatorum conservare , ex culpa vobis serviencium in officiis
« publicis luce clarius ostendent procedere. Per thesaurarios
« quidem vestros, more progenitorum insignium, in oneribus
« feodalibus, elemosinis consuetis ab antiquo, expensisque
« communibus vestris, regine, domini ducis Guienne, ipsisque
« famulancium continue, nec non stipendiis pugilum, vel pon-
« cium , passagiorum , calceiarum , castrorum , regiorum edifi-
« ciorum, ordinarie peccuniales financie minime distribuuntur,
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 747
bout à l'autre, à haute et intelligible voix, un grand róle qui avait été
dressé à ce sujet, désignant par leurs noms tous les officiers du roi qui
avaient épuisé son trésor en détournant à leur profit les revenus du
royaume. La lecture de cet acte dura prés d'une heure et demie. Je ne
le reproduirai pas ici tout au long, de peur d'ennuyer les lecteurs;
je me contenterai d'en rapporter la substance :
« Trés redouté prince, votre humble fille l'Université, le prévót
« des marchands, les échevins et vos fidéles bourgeois de Paris pré-
« sentent affectueusement à votre royale majesté les avis que vous leur
« avez ordonné de lui faire connaître pour le bien du royaume. Ils vous
« assurent d’abord que tous les députés des diverses provinces de
« France ont juré d'un commun accord d'observer inviolablement le
« traité fait entre les princes. Il leur semble qu'il serait à désirer que
« les ducs et comtes qui se sont réconciliés fussent mandés par vous
« de nouveau avec leurs vassaux, pour renouveler leur serment entre
« vos mains; car plusieurs d'entre eux continuent la guerre sous les
« ordres du comte d'Ármagnac, au grand détriment du royaume,
« et violent ainsi publiquement la paix conclue. Votre royale majesté
« doit certainement sévir contre eux; d'autant plus que vous voyez
« les Anglais conspirer, comme de concert avec eux, la ruine de votre
« royaume.
« Quant aux secours et à l'assistance que vous avez demandés à vos-
« dits sujets, ils vous prouveront de la maniére la plus évidente que,
« si vous n'avez point des ressources suffisantes pour tenir un état
« royal, et pour entretenir une puissante armée de gens de guerre
« capable de défendre le royaume, c'est la faute des officiers revétus
« des charges publiques. Vos trésoriers n'emploient point les revenus
« ordinaires de vos finances, comme cela s'est toujours pratiqué sous
« le règne de vos illustres prédécesseurs, à l'acquittement des charges
« féodales, aux aumónes accoutumées, aux dépenses journalières de
« votre maison, de la reine, de monseigneur le duc de Guienne et de
« leurs serviteurs ordinaires, à la solde des troupes, à l'entretien
« des ponts, des routes, des chaussées, des forteresses et résidences
« royales; ils n'en versent pas l'excédant dans vos coffres. C'est un
748 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« nec aliquid inde residui gazis regiis infertur. Non sine multo-
« rum compassione pauperes religiosi abbaciarum et hospita-
« lium domorum, super gradus thesauri regii continue expec-
« tantes, tempus in vanum cernuntur consumere, nec inde
« aliquid emolumenti referunt; et sic eorum loca sacra, a ves-
« tris predecessoribus fundata, ad ruinam deveniunt, in preju-
« dicium animarum suarum et consciencie vestre.
« Ád priscorum regum, reginarum ac liberorum: suorum
« continuandum statum magnificum et cotidianas expensio-
« nes quatuor viginti et quatuordecim: milia francorum auri
« habunde sufficiebant, indeque creditores debite contentaban-
« tur; quod utique modo non fit, quamvis ad predictos usus
« pro vobis, regina atque domino Guienne dominus de Fonte-
« neio et alius dictus Piquet a magistris camere denariorum,
« videlicet Raymundo Raguier et Johanne Pidoe , quadringenta
«.et quinquaginta milia recipiant annuatim. Et cum inde pre-
« fati dispensatores regias provisiones non solvant, non carent
« nota. Quod si justa reformacione purgetur, sane majestas
« regia sic ingens commodum reportabit, et concludet quod,
« ex dictis peccuniis ultra mensuram ditati, in supellectili omnis
« generis superflua, in domiciliorum constructionibus sump-
« tuosis pompam regalem excedunt. A predictorum rapinis
« Baymundus Raguier, camere denariorum principalis presi-
« dens, argentarius quoque vester, dictus Poupaert, nec non et
« Guillelmus Bude, magister municionum vestrarum , minime
« excluduntur. Nam ipsis mediantibus annuatim levantur pec-
« cunie, non vestris sed predictis usibus applicande, et ut sibi
« terras et possessiones acquirant. In camera quidem denario-
« rum predicta debita vestra vobisque serviencium stipendia
« optime computantur, minime tamen solvuntur; nec inde pro-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 749
« triste spectacle que de voir les pauvres religieux des abbayes et des
« hospices perdre leur temps à attendre vainement sur les degrés du
« trésor royal, et s'en retourner sans avoir rien reçu. Aussi leurs saintes
« maisons , fondées par vos prédécesseurs , tombent en ruines, au pré-
« judice de leurs ámes et de votre conscience.
« Quatre-vingt-quatorze mille francs d'or suffisaient largemént aux
« rois vos prédécesseurs pour tenir un grand état, pour subvenir à
« leurs dépenses journaliéres , à celles des reines et de leurs enfants,
« et leurs créanciers étaient bien payés. Cela n'a plus lieu aujourd'hui,
« bien que le sire de Fontenay et un autre personnage appelé Piquet
« recoivent à cet effet de Raymond Raguier et de Jean Pidoe, maîtres
« de la chambre des deniers, une somme annuelle de quatre cent
«cinquante mille francs pour vous, pour la reine et pour monsei-
« gneur de Guienne. Or quand les dispensateurs susdits ne paient pas
« les provisions, ils méritent le bláme. Que votre royale majesté
« porte remède à un tel abus; elle tirera d'immenses avantages de
« cette juste réforme, et elle reconnaitra que c'est avec son argent
« qu'ils se sont enrichis outre mesure , qu'ils se sont acheté un mobi-
«lier somptueux et fait construire de magnifiques hôtels et qu'ils
« étalent un luxe royal. Raymond Raguier, premier président de votre
« chambre des deniers, votre argentier Poupart et Guillaume Budé,
« grand-maître de vos places fortes, ne sont pas étrangers aux dilapi-
« dations que nous signalons. C'est par leur entremise que sont levées
« chaque année ces sommes, qu'ils appliquent non pas à votre usage,
« mais à leur profit, et au moyen desquelles ils achétent des.terres et
« de grands biens. À ladite chambre des deniers on tient un compte
« trés exact des sommes qui vous sont dues à vous et à vos serviteurs,
« mais on ne les paie pas, en sorte qu'il n'y a pas de quoi pourvoir
« aux réparations des maisons royales, ou mettre en réserve dans le
« trésor : ce que votre père et votre aïeul d'heureuse mémoire avaient
« grand som de faire. U
750 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« venit unde possint regia domicilia reparari vel quod valeat
« reponi. in erario regali : quod felicis memorie genitor vester
« et avus sunrmo studio curabant.
«Ab octo et viginti annis et citra opes regie per dispensatores
« prodigos fuerunt magis consumpte quam in aliquo alio regno
« mundi. Et hoc, judicio Universitatis et burgensium Parisien-
« sium, provenit ob excessivum thesaurariorum numerum et
« frequentem eorum mutacionem. Sepe enim pro uno recedente
« ponuntur quatuor, nec cuilibet sufficit si ter mille francos
« auri percipiat annuatim ultra consuetam pensionem. Sic certe
« singulis annis viginti mille aureis vos dampnificant, nilque
« aliud intendunt nisi ut vestris valeant locupletari peccuniis et
« illas distribuere excessivis petitoribus, qui, attendentes ves-
« tram liberalem munificenciam, illas a vobis continue fraudu-
« enter et per modos adinventos exigunt sepius importune.
« Et si multi culpabiles tam male dispensacionis dicendi sint,
« Andreas tamen Giffardi, quem bonis propriis dissipatis ultra
« modum ditavistis, Burellus de Dompno Martino, Reynerius de
« Boleni, Johannes Guerini campsor, Nicolaus Bonnet, Guido
« Brochier precipue nominandi sunt et officio prefato indigni
« reputandi, cum quatuor consiliariis eorum, quos ultra mo-
« dum habere procuraverunt. | |
« Per generales iterum subsidia pro guerris continuandis col-
« lata, que summam ducentorum milium francorum excedunt,
« minuuntur. Nam muneribus regiis excessivis , unicuique col-
«latis reiteratis vicibus, non contenti nec. stipendiis annuis
« trium milium aureorum, si in administracióne hujusmodi
« unus eorum per biennium maneat, duodecim iterum milibus
« scutorum aureorum se gloriabitur ditatum.
« Iterum, serenissime princeps, de peccuniis vestris Anto-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 751
« Depuis plus de vingt-huit ans les finances royales ont été dissipées
« par des dispensateurs prodigues plus qu'en aucun royaume du
« monde. Et cela vient, suivant l'Université et les bourgeois de
« Paris, du nombre excessif des trésoriers et de leurs fréquentes
« mutations. Souvent pour un qui se retire on en nomme quatre
« nouveaux, et ce n'est pas assez pour chacun d'eux de recevoir,
« outre sa pension ordinaire, trois mille francs d'or par an. Ils vous
« font tort assurément chaque année de vingt mille francs , et ne son-
« geut qu'à s'enrichir à vos dépens et à distribuer vos trésors à cette
« foule avide de solliciteurs qui, connaissant votre généreuse muni-
« ficence, ne cessent d'employer toutes sortes d'artifices et de vous
« importuner de mille maniéres pour vous extorquer continuellement
« de l'argent. Grand est le nombre de ceux qui se sont rendus cou-
« pables de ces malversations ; mais nous citerons surtout André
« Giffart, qui avait dissipé son patrimoine et que vous avez enrichi
« outre mesure, Bureau de Dammartin, Regnier de Boulligny, Jean
« Guérin changeur, Nicolas Bonnet et Guiot Brochier, qui doivent
« étre considérés comme indignes de conserver leurs charges , ainsi
« que quatre de leurs conseillers, qu'ils ont aidés à faire une fortune
« excessive.
« Les généraux des finances prélévent de leur cóté une partie des
« subsides perçus pour faire la guerre et qui montent à plus de deux
« cent mille francs. Ils ne se contentent pas des largesses excessives
« dont la munificence royale a comblé chacun'd'eux à plusieurs re-
« prises, ni de leur salaire annuel de trois mille écus d'or; pour peu
« qu'ils restent deux ans en charge, ils se vanteront d'avoir gagné .
« douze mille écus d'or de plus.
« Ce n'est pas tout, prince sérénissime; le frére du prévót de Paris,
nat
T 7 — wa Re ES
752 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« nius de Essartis, Parisiensis prepositi frater, sex milia fran-
« corum auri recepit annuatim secretis repositoriis vestris infe-
« renda et voluntariis vestris usibus convertenda; que tamen
«sibi retinet, ut continuet pomposos habitus et apparatus
« pene regiis similes. Idemque jocalia vestra et libros custodit
« negligenter. | m
« Singulis diebus eciam cubiculario vestro Moriseto de Ruil-
« liaco traduntur aurea decem scuta, que, modum priscorum
« regum servando, vobiscum potestis ferre et distribuere ad
« nutum quibus vobis placuerit. Id tamen complere non vale-
« tis, quia ad utilitatem recipientis convertuntur, ut omnibus
« constat. |
' « Sepissime cum vos, domina regina et dominus primogeni-
« tus vester aliqua peccuniali summa indigetis , ministri vestri
« usurarios adiunt, qui vos evidentissime decipiunt. Nam pro
« peccuniis vasa et jocalia aurea et argentea porrigunt ad arbi-
« trium suum, et quandoque valoris equissimi terciam partem
« exeedencia; sicque pro decem aureis scutis quindecim quando-
« que fenerantur.
« In dampnum vestrum vertitur, si quis ex recepta sua quin-
« genta seu sexcenta vobis accommodaverit scuta. Nam cum
« sperat recuperare debitum , ad cautelam destituitur ab officio.
« Ád quod quandoque rediens, ut nil recipiendum reperit,
« nimia paupertate pressus, ab usurariis cogitur accommodare
« peccunias super recepta futura persolvendas; et sic opportet
« vineam vestram in succo viridi manducare.
« Ulterius procedendo, serenitati regie compotum et racio-
« nem reddere de infinitis peccuniis, a tribus annis exactis,
« occasione de Recuperetur vel Nimis habuit, nec non titulo
« accommodati collectis, prepositus Parisiensis dominus Petrus
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 753
« Antoine des Essarts, reçoit chaque année six mille francs d'or, qui
« doivent étre déposés dans votre cassette particuliére et employés par
« vous à votre gré; uiis il les garde pour lui, afin de tenir grand
« état et de déployer un luxe presque royal. Il veille fort négligem-
« ment à la conservation de vos joyaux et de vos livres.
« Votre chambellan Maurice de Reuilly recoit tous les jours dix
« écus d'or pour votre argent de poche, et qu'il vous est permis,
« suivant l'usage de vos prédécesseurs, de distribuer à qui bon vous
« semble. Mais vous ne pouvez le faire, parce que, comme chacun
« sait, il détourne cet argent à son profit particulier.
« Souvent lorsque vous, madame la reine ou monseigneur le dau-
« phin avez besoin de quelque somme d'argent, vos ministres s'adres-
« sent à des usuriers, qui vous volent évidemment; car au lieu d'écus
« ils leur remettent des vases et des joyaux d'or et d'argent, qui la
« plupart du temps ne valent que le tiers de ce qu'ils les estiment, en
« sorte que pour dix écus d'or et l'intérét ils en touchent quinze.
« Si quelque financier vous prête cinq ou six cents écus sur sa
« recette, c'est à vos dépens. En effet, lorsqu'il compte être rem-
« boursé de sa créance, on le destitue perfidement de sa charge, et
« quand il y est réintégré, ne trouvant rien à recevoir et pressé par
« le besoin, il est réduit à emprunter aux usuriers sur sa recette future.
« C'est ainsi qu'on vous fait boire votre vin en verjus.
« Passons à d'autres faits. Le prévót de Paris, messire Pierre des
« Essarts, doit étre contraint à rendre compte à votre royale majesté
« des sommes immenses qu'il a recues depuis trois ans, soit à l'occasion
« des déclarations de Recuperetur ou de Nimis habuit, soit à titre de
« prét; car c'est lui qui, en sa qualité de mattre et de directeur général
iv. 95
194 CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXIII.
« de Essartis cogi debet, cum distribute fuerint per eumdem,
« qui se'tunc magistrum et generalem rectorem financiarum
« nominabat, cum nonnullis officiariis vestris, qui sua vendide-
« runt officia, et inde multas receperunt peccunias, in eisdem
« inutiles et inhabiles collocantes. Idem prepositus est precipue
« nominandus. Nam ultimate, cum magisterium aquarum et
« forestarüm regni domino Divri relinquisset , in favorem hujus
« sumtnd sexcentorum francorum ex subsidiis levata est, que
« tum in utilitatem dicti prepositi est conversa. Item idem pre-
« positus cum prepositura pro custodia Cesaris Burgi sex milia
« francorum, ville et oppidi Montis Argi duo milia, Ebroycensis
« quoque ville et municipii duo milia percipit annuatim.
& Nec solum per istum modum opes regie dissipantur, sed
« per nimium numerum collectorum, custodum eciam salis, et
«qui compotis audiendis et corrigendis ex officio assistunt,
« nec non clericorum predictorum omnium et aliorum qui
« generales financiarum prosequntur continue pro peccuniis
« habendis. Clerici quoque rectorum financiarum a vobis an-
« nuatim obtinent munera excessiva, que per dictum preposi-
« tum immediate solvuntur, et revera in diminucionem rerum
« familiarium vestrarum, rei quoque publice dampnum ma-
« gnum. Nam sic milites et armigeri vobis fideliter servientes
« stipendiari non possunt. Quodque deterius est, mox ut unus
« jn servicio unius generalis vel receptoris. recipitur, locuple-
« tatus in brevi, se vult assimilari majoribus in expensis exces-
« sivis et possessionibus emendis.
« Thesaurariis iterum financiarum emeriti milites et fideles
« pro muneribus sibi regali munificencia collatis sigilla sua
«offerunt in pergameno non scripto, ibidemque summam scri-
« bunt; sed nil commodi reportant, vel modicum, et sic neces-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIM. 755
« des finances, comme il se faisait alors: appeler, en a réglé l'emploi
« de concert avec quelques-uns de vos officiers, qui ont vendu leurs
« charges, en ont retiré de grosses sommes et ont mis à leur place
« des gens inhabiles et incapables. Ledit prévót est le plus coupable
« d'entre eux. Tout récemment encore, il a abandonné à messire
« d'Ivry la maitrise des eaux et foréts du royaume, et l'on a prélevé
« sur les subsides en faveur de celui-ci une somme de six cents francs
« dont ledit prévót a profité. De plus , il perçoit chaque année, outre
« les émoluments de sa prévóté, six mille francs pour la garde de
« Cherbourp, deux mille pour la capitainerie de la ville et du chá-
« teau de Montargis, et autant pour celle de la ville et du château
«d Évreux.
« I] y aencore une autre cause de la dilapidation des finances royales:
« c'est le trop grand nombre des collecteurs, des gardes des gabelles,
« de ceux que leurs fonctions appellent à examiner et à vérifier les
« comptes, de leurs clercs, en un mot de tous ceux qui persécutent
« sans relâche les généraux des finances pour avoir de l'argent. Les
« clercs des directeurs des finances obtiennent aussi de vous chaque
« année des gratifications considérables, qui leur sont payéés immé-
« diatement par ledit prévót; et cela, au détrintent de vos ressources
« particulières et au grand préjudice de la chose publique. Aussi les
« chevaliers et les écuyers qui vous servent fidélement ne peuvent rien
« toucher de leur solde. Ce qui est pis encore, c'est qu'un homme qui
« entre au service d'un général des finances ou d'un receveur est
« bientôt enrichi, et qu'alors il veut rivaliser avec les grands par ses
« folles dépenses et ses acquisitions.
« Les fidèles chevaliers dont votre royale manificence a récom-
« pensé les services, donnent leur blanc-seing aux trésoriérs des
« finances, afin de toucher. les sommes que vous leur avez accordées.
« Mais ils n'en retirent rien ou obtiennent si peu de chose, que, lors-
« qu'ils se rendent à votre appel, ils sont nécessaírement réduits à
a —
756 CHRONICORUM KAROEI SEXTI LIB. XX XIII.
« sario opportet, cum ad mandatum vestrum veniunt, quod
« vivant super populum de rapinis. Et quociens nobiles super
« hoc conqueruntur, predicti thesaurarii libere se offerunt
« ostendere statum sui officii, et instanter ad cautelam commis-
« sarios requirunt. Non sic debetis contentari, excellentissime
« princeps; sed circumspectorum virorum judicio, attentis
« facultatibus eorum ante servicium vestrum et stipendiis ordi-
« nariis deductis, si thesauros ab eis nune accumulatos, acqui-
« sitas ingentes possessiones, sumptuosa ab eis edificia con-
«structa, excessiva connubia de filis, filiabus et neptibus
« celebrata, ad memoriam reducatis, quia de peccuniis vestris
« processerunt predicta, potestis repetere et de jure.
. « Prescriptis additur quod sub generalibus financiarum rec-
« toribus notariorum numerus habetur superfluus, qui ad
« officia assumpti pauperes, sed nunc nimium ditati, nobilium
« dominorum eciam hujus regni emerunt possessiones; inter
e:quos magistrum Johannem Castenier, Guillelmum Luce et
« Nicasium Bougis nominamus, et veraciter, qui condolere
« deberent quod sic peccunie vestre dispergantur, nec vobis
« compaciuntur nec rei publice.
« Metuendissime princeps, post excessus predictos reforma-
« cione dignos; filie vestre Universitatis, burgensium et alio-
«rum multorum judicio, prenominatorum ministrorum ves-
« trorum nec non et omnium regnicolarum in vestimentis,
« corrigiis et equitaturis superfluis statum in omnibus excessi-
« vum, ac temerarium ausum nimias possessiones emendi
deberetis rescindere et reducere in modum, ne propter semper
«. ascendentem superbiam malum eveniat regno.
« Nec retigendum creditur quod olim homines circumspecti,
« zelum habentes. ad Deum et utilitatem regni, in consiliis
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 757
« vivre de rapines sur le peuple. Et toutes les fois que les seigneurs
« s'en plaignent, lesdits trésoriers offrent avec empressement de mon-
« trer l'état de leur gestion et demandent instamment des commiis-
« saires; mais ce n'est qu'un artifice pour cacher leurs malversations.
« Vous ne devez pas vous contenter de cela, trés excellent prince;
« et si, suivant l'avis des gens sages, vous examinez les biens qu'ils
« avaient avant d'entrer en charge, et que, déduction faite de leurs
« gages ordinaires, vous considériez les trésors qu'ils ont amassés, les
« immenses propriétés qu'ils ont acquises , les somptueux palais qu'ils
« se sont construits, les brillantes alliances qu'ils ont obtenues pour
« leurs fils, leurs filles et leurs petites-filles, vous reconnaîtrez que
« toute cette fortune a été faite aux dépens de votre trésor, et que vous
« pouvez à bon droit les contraindre à restitution.
« Joignez à cela que les directeurs généraux des finances ont sous
« leurs ordres un nombre superflu de notaires, qui, de pauvres qu'ils
« étaient quand ils sont entrés en fonctions, sont devenus excessive-
« ment riches, et qui ont acheté les terres de plusieurs nobles sei-
« gneurs de ce royaume : nous vous citerons notamment maitre Jean
« Chastenier, Guillaume Luce et Nicaise Bougis, qui devraient étre
« désolés de voir dilapider ainsi votre trésor, et qui n'ont pitié ni de
« vous ni de l'État.
« Très redouté prince, ce que vous devriez réprimer, après tous
« ces excès qui demandent une prompte réforme, c'est, selon l'avis
« de votre fille l'Université, des bourgeois de Paris et de beaucoup
« d'autres personnes, le luxe scandaleux de vosdits ministres et de
« tous les habitants du royaume en vétements, en ameublements et
« équipages superílus; ce sont les abus qui se commettent dans les
« acquisitions de tant de grandes terres : car il est à craindre que l'or-
« gueil toujours croissant ne cause la ruine du royaume.
« Il est à propos aussi de vous rappeler que jadis on n'admettait
« dans les conseils du roi que des hommes sages et pleins de zéle pour
758 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« admittebantur regiis et certo numero; qui tunc numerus,
« per favorem aut preces vallidas augmentatus, impedit ne
« factum rei publice expediatur breviter. Eciam notorium est
« ubique, quod ob hoc et tarditatem custodum opum regia-
« rum cum incolis de Rupella et de Murat multi de remocio-
« ribus locis coguntur se reddere adversariis vestris.
« In sedibus judicialibus regni et precipue curie Parlamenti
« viri notabiles ponebantur, quorum prudencie extere naciones
« et quandoque increduli lites suas sopiendas committebant ;
« in quibus nunc ignorantes factum justicie importunitate pre-
« cum collocantur, et, quod deterius est, invicem consangui-
« nitate juncti, quasi decem ex ipsis ejusdem generis possent
« facere arrestum. Et si illuc cause ecclesiarum expediantur
« debite et causa divitis pauperi non preponatur, Deus novit.
« In camera compotorum, unde procedunt inconveniencia
« infinita, cum dominis de novo institutis additus est Alexander
« dictus Boursier, quondam regni financiarum receptor, qui
« nundum compotum suum reddidit; nec est adhuc reforma-
« tus, qui debet alios reformare; et iterum procuravit ut
« Johannes Gaucheri, quondam clericus suus, loco sui pone-
« retur, ut in brevi valeat de peccuniis vestris sicut et ipse
« ditari.
« Quamvis, secundum ordinaciones regias ab antiquo consti-
« tutas, ex gazis regiis onera feodalia et elemosine priscorum
«regum solvi teneantur, idque expedire juraverint domini
« compotorum, inde tamen supplicaciones factas, tanquam
« aspides surde, pertranseuntes dissimulant, et revera in detri-
« mentum consciencie vestre et fraudem animarum predeces-
« sorum vestrorum. |
« Quantum est de justicia, tangens statum generalium viro-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 759
« le Seigneur et pour le bien du royaume, et que le nombre en étaif
« limité. Mais il a été augmenté à tel point, grâce à la faveur ou à
« d'instantes recommandations, qu'il est devenu impossible d'expédier
« promptement les affaires publiques. Il est méme notoire que c'est
« pour celte raison et par suite de la lenteur des gardiens du trésor
« royal, que les habitants de la Rochelle, de Murat et de beaucoup
« d'autres places plus éloignées sont obligés de se rendre à vos ennemis.
« C'était aussi la coutume de nommer aux siéges de judicature et au
« Parlement des personnages notables, à la sagesse desquels les na-
« tions étrangères et quelquefois méme les infidèles soumettaient
« leurs différends. On y place aujourd'hui des gens complétement
« étrangers à l'administration de la justice , qui ne doivent cette faveur
« qu'à leurs importunités, et qui souvent, ce qui est pis encore, sont.
« unis entre eux par les liens du sang , comme si dix juges d'une méme
« famille pouvaient rendre un arrét juridique. Et Dieu sait si les affaires
« des églises sont düment expédiées, et si la cause du riche ne pré-
« vaut pas toujours sur celle du pauvre!
« À la chambre des comptes, on a adjoint aux membres nouvellement
« institués, ce qui a les plus graves inconvénients, un ancien receveur
« des finances du royaume, Alexandre Boursier, qui n'a pas encore
« rendu son compte; il doit contróler les autres et n'a pas encore
« été lui-méme contrólé; et il a fait nommer à sa place Jean Gaucher,
« naguére son clerc, afin qu'il puisse en peu de temps s'enrichir,
« comme lui, à vos dépens.
« Quoique, conformément aux ordonnances royales depuis long-
« temps en vigueur, on soit obligé d'acquitter sur votre trésor les
« charges féodales et les aumónes des rois vos prédécesseurs, et que
« messieurs de la chambre des comptes aient juré d'y satisfaire, cepen-
« dant ils font la sourde oreille et se montrent insensibles, comme
« l'aspic, à toutes les requétes qu'on leur adresse à ce sujet, et cela
« au détriment de votre conscience et du repos des ámes de vos pré-
« décesseurs.
« Quant à ce qui est de la justice, pour ne parler que des généraux,
760 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
« rum, sub eis clientes, clerici et subclerici stipendiarii mul-
« tiplicantur frustra. Tempore quoque Karoli, pii genitoris
« vestri, non erant nisi duo, et modo sunt septem, quorum
« quilibet percipit sexcentas libras. Tres quoque eorum consi-
« liarii trecentas libras capiunt annuatim. Ipsis quoque genera-
« libus prepositus Parisiensis unum addidit inutilem, vocatum
« Jacobus le Hongre, precibus importunis addens : Quamvis
« sit ultra jus, quia est cognatus meus. = |
« In officio requestarum regalis hospicii antiquitus poneban-
« tur viri prudentes, experti, sciencia atque facundia clari, et
« per electionem regalis consilii constituti, qui sciebant consu-
« lere in punctis arduis et responsa exteris supervenientibus
« dare; unde predecessores vestri longe lateque per orbem
« honorem maximum reportabant. Sed et nunc loco dictorum
« indocti juvenes per importunas preces, prach dolor, collo-
« cantur. |
« Contra cancellarium Francie sequuntur aliqua diminuenda
« auctoritate regia, quod ultra annuum salarium consuetum,
«scilicet duo milia librarum Parisiensium, iterum quatuor
« mille et quingentos francos auri pro qualibet remissione,
« contra consuetum morem, viginti sex super subsidiis collectis
« pro guerris continuandis, duo mille pro vestimentis annuis,
« duo mille libras super thesaurum regium, quingentas vel sex-
« centas libras parisienses extraordinarie percipit annuatim.
« În eo eciam reprehendendum est quod ex talliis super plebem
« nuper impositis habuit multa munera excessiva, que et aliis
« concessa nimis leviter sigillavit, que quinquies excedunt cen-
« tum milia francorum, sciens quod peccunia illa erat in guer-
« ris continuandis convertenda : et qui veritatem summe scire
« desiderabit dona collata videbit in compotis Michaelis Dusa-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 764
« nous dirons qu'on multiplie inutilement sous leurs ordres le nombre
162 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
«
«
a
bolon et Alexandri dicti Beursier. In cancellaria multe peccu-
nie proveniunt occasione sigilli, que non ad lucem veniunt
neque ad vestrum commodum, quarum custodes sunt magis-
ter Henricus Maulorie et magister Johannes Bude , qui dupli-
cia stipendia et dona multa a rege annuatim receperunt sine
causa, ipsique cancellario assistunt continue, et cum eis multi
notarii mercenarii, qui nec latino nec gallico regi scirent
servire. Nec idem cancellarius repugnat, si plures officiarii
regii teneant duas vel tres administraciones incompatibiles
contra statuta regalia, et dissimulanter pertransit, quod in
Alvernia et alibi remocioribus regni locis sint ministri regii ,
qui erga subditos regis negligenter se habent et judiciis
abutuntur. :
« Nec finaliter creditur reticendum quod monetam regni
vestri auream et argenteam prepositi Parisiensis et mercato-
rum, ut fertur, cum Michaele de Lalier antiqua multo pejo-
rem, et scutum quidem de duobus solidis, album vero uno
denario reddiderunt. Et hanc novam campsores atque Lom-
« bardi pro solucionibus servant faciendis, ut de centum scutis
^
AR
^
«
duodecim francos lucrari valeant, et revera in dampnum
maximum omnium regnicolarum et vestri. Et si inde aliquod
commodum reportetis, dampno tamen rei publice equivalere
non poterit. »
Addidit et qui legebat : « Metuendissime princeps, humilis
filia vestra predictorum culpas et effectus generaliter decla-
ravit. Nam ad narrandum specialia que agunt contra vos et
regnum vestrum, multe non sufficerent ferie. Ideo pertrans-
eundo ad avisamentum, consolamen et auxilium, que requi-
sistis prelatis, nobilibus et burgensibus evocatis , pro respon-
sione, optarent utique universi se tanta pollere prudencia
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 763
« les gardiens, ont fait doubler leurs gages et ont reçu annuellement
« du roi de nombreux présents sans aucun motif; ils assistent conti-
« nuellement ledit chancelier, avec une foule de secrétaires merce-
« maires, qui ne sauraient vous servir ni en latin, ni en francais.
« Ledit chancelier souffre que plusieurs officiers de la cour occupent,
« contrairement aux ordonnances royales, deux ou trois emplois in-
« compatibles ; il ferme les yeux sur les malversations des ministres,
« qui en Auvergne et dans d'autres provinces du royaume trés éloi-
« gnées négligent les intéréts de vos sujets et abusent de la justice.
.« Enfin, il est bon que vous sachiez qu'on accuse le prévót de
« Paris et le prévót des marchands d'avoir altéré, de concert avec
« Michel Lallier, la monnaie d'or et d'argent de votre royaume, en
« diminuant l'écu de déux sous et le blanc d'un denier. Les chan-
« geurs ét les Lombards se servent de cette nouvelle monnaie pour
« faire leurs paiements, en sorte qu'ils gagnent douze francs sur cent
« écus; ce qui est très préjudiciable à tous les habitants du royaume et
« à votre majesté. Et lors méme que vous en tireriez quelque profit,
« cet avantage ne pourrait jamais compenser le dommage causé à la
« chose publique. »
Aprés cela le lecteur ajouta : « Trés redouté prince, votre humble
« fille l'Université ne vous a exposé ici que d'une maniére générale les
« fautes commises par les personnages ci-dessus mentionnés ; car plu-
« sieurs jours ne suffiraient pas pour vous raconter en détail ce que
« chacun d'eux fait contre vous et contre votre royaume. Quant
« à ce qui concerne l'avis, l'assistance et le secours que vous avez
« demandés aux prélats, aux nobles et aux bourgeois assemblés,
« voici leur réponse. Tls désireraient tous avoir assez de sagesse pour
764 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
«
«
«
«
^
AR
^
quod sufficienter vobis possent communicare quod petitis, ut
tenentur. Ád obtinendum tamen promptum peccuniale subsi-
dium, videtur filie vestre, vestris civibus necesse et expediens
ut ex nunc claudatis manum universis rectoribus et collecto-
ribus financiarum prefatis, ab officiis priventur, mobilia et
immobilia eorum fisco regio subjaceant, eorum quoque cor-
pora sub tuta custodia conserventur, donec reddiderint racio-
nabiliter compotum de receptis; munera insuper excessiva,
assignaciones , pensiones extraordinarias penitus anulletis,
ordinariis et extraordinaris collectoribus mandantes, sub
pena confiscacionis corporum et bonorum , ut peccunias vobis
afferant quas habent, scriptisque redigant statum suum et
omnia que ad justificacionem suam valere poterunt; et, quia
cunctis notum est regnicolis quod jugum subsidiorum impo-
situm fuit ad continuandum guerras et regium statum ves-
trum, ideo, si ex eodem aliqua consanguineis vestris conces-
sistis, illa protinus revocetis, ad memoriam reducentes
qualiter providus genitor vester hiis usus est, nova edificia
« construendo et reparando antiqua, jocalia inestimabilis valoris
«
«
^
«
accumulando et thesauros, unde sibi laudem et memoriam
perpetuam acquisivit.
« Et si prompcius quam tactum sit optetis subsidia, nomi-
nabuntur mille et quingenti viri locupletes, qui, supportantes
indigenciam regnicolarum, centum et quinquaginta milia
«€ francorum auri libere accommodabunt. Et tunc statuentur
«
«
«
«
«
collectores dictarum peccuniarum notabiles, non suspecti
homines, minime stipendiendi, ex quibus peccuniis statum
regine, domini ducis Guienne continuabunt honeste; qui
solvent servitores regios et subsidiarios bellatores, edificia
quoque regia ubique tendencia ad ruinam reparabunt. Ipsis
«
«
«
«
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 765
vous bien conseiller, comme ils y sont tenus. Mais votre fille l'Uni-
versité et vos fidéles bourgeois pensent que, pour obtenir un prompt
subside, il est nécessaire et utile que vous fermiez dés à présent la
main auxdits collecteurs et directeurs des finances, qu'ils soient
privés de leurs offices, que leurs biens meubles et immeubles soient
confisqués , et leurs personnes placées sous bonne garde, jusqu'à ce
qu'ils aient rendu bon compte de leurs recettes; qu'en outre vous
annuliez entiérement les dons excessifs, les revenus et les pensions
extraordinaires que vous avez accordés, et que vous ordonniez à
vos collecteurs ordinaires et extraordinaires, sous peine de se voir
arrétés et dépouillés de'leurs biens, de vous apporter l'argent qu'ils
ont, et de vous remettre par écrit l'état de leurs comptes et tout ce
qu'ils pourront dire pour leur justification. Et comme c'est un fait
notoire dans tout le royaume que les subsides ont été votés pour
continuer la guerre et vous donner de quoi tenir votre état de roi,
il faut, si vous en avez accordé quelque portion à vos parents, que
vous révoquiez lesdites concessions, vous rappelant avec quelle
sagesse le roi votre père emploÿait son argent à construire de nou-
veaux édifices, à réparer les anciens, à amasser des joyaux d'une
valeur inestimable et d'immenses trésors, ce qui lui a acquis un
renom immortel. | |
« Que si vous désirez avoir ces subsides par un moyen plus prompt,
on nommera quinze cents riches bourgeois, qui suppléeront faci-
lement à l'indigence des autres habitants, en prétant cent cin-
quante mille francs. d'or. Puis on désignera pour lever lesdites
sommes des personnages notables et non suspects, qui ne recevront
aucun salaire. lls appliqueront cet argent aux besoins de là reine et
de monseigneur le duc de Guienne, paieront les serviteurs du roi et
les gens de guerre, et feront réparer les maisons royales qui tom-
bent partout en ruines. Les collecteurs déposés ou à déposer devront
rendre compte auxdits personnages et leur soumettre leur état ; et
766 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
^
À
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«
eciam electis viris fidelibus tenebuntur reddere compotum
collectores depositi ac eciam deponendi et ostendere statum
suum; nec timetur, si videantur registra cotidiane expense
regine, domini quoque Guienne, pro qua duo mille francos
auri levabantur annuatim, quin constet luce clarius quod mag-
nam peccuniarum summam in usus converterunt. Addendum
est ut in curia Parlamenti insufficientes expellantur, generales
financiarum et thesaurarii ad antiquum numerum reducan-
tur; idemque fiat in camera compotorum. Expediens quoque
esset ut regii judices, depositis collectoribus et receptoribus,
sine stipendiis onus eorum portarent, nec non consiliis cum
deferentibus lilia in certo numero electi prudentes viri et
fideles continue interessent. Dignum eciam censetur ut pre-
positi.firmarii, qui, ut firmas ultra modum augmentatas
solvant et cum hoc locupletari valeant, ubique regnicolas
multipliciter gravant, penitus deponerentur, et viri conscien-
cie cum salariis competentibus loco eorum ponerentur ; iterum
quod in Picardia et Guienna semper manerent subsidiarii ad
resistendum adversariis vestris , qui eciam de subsidiis dicta-
run) partium solverentur. »
Finem oblati rotuli lector tangens : « Regie, inquit, altitu-
dini humilis vestra Parisiensis filia Universitas et in cunctis
obedientes vestri cives, qui honorem vestrum super omnia
diligunt, predictos vobis. exposuerunt excessus, quos et alias
lacius declarabunt; et cum pluries, ut nostis, non causa alicu-
jus emolumenti, frustra id explicuerint in regali consilio,
ideo supplicant ut constituatis aliquos de genere vestro, qui
predictos habeant corrigere, precipientes prelatis et civibus
evocatis ut nominent qui provinciis suis similes consueverunt
perpetrare. A
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII 767
« l'on peut affirmer sans crainte que, si l'on examine les registres
« des dépenses journaliéres de la reine et de monseigneur le duc de
« Guienne, évaluées à deux mille francs d'or par an, il sera claire-
« ment démontré qu'ils ont détourné une grande partie de cette
768 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
Quidquid lectura rotuli continebat cum innumerabili plebe
cives provinciarum regni, qui tunc presentes aderant, gratum
habuerunt.
CAPITULUM XXXII.
Guienne cancellarius deponitur.
Inter deliberandum predicta, inicia mensis marcii, cum in
regali consistorio cancellarius Guienne prolixitatem Francie
cancellarii argueret, indeque iracundia motus et id temeritati
ascribens addidisset se fideliorem semper erga regem extitisse,
alteri contradicenti opposuit mendacii infamem titulum ; quem
cum sibi mutuo inferendo assistentes perturbarent, surgems
dominus dux Guienne officiarium suum per imposicionem ma-
nuum precepit foras ire. Omnes lilia deferentes antiquitatis jure
cancellarium regis venerabantur ut patrem. Quare in favorem
ejus dominus dux suum destituit, videlicet dominum Johannem
de Nielle, nacione Picardum, et officium contulit magistro
Johanni de Velliaco, non tamen per electionem prudentum, ut
decebat, sed preces eisdem assistencium quorumdam magna-
torum.
CAPITULUM XXXIII.
De consilio domini ducis Aurelianensis et eidem adherencium dominorum.
Eodem mense, in Andegavensi urbe cum rege Sicilie Ludo-
vico, dux Britanie, comes de Alenconio et dux Aurelianensis
mutuum colloquium habuerunt, et timebatur ne aliquid contra
tractatum pacificum molirentur, Sed, nundum mense exacto, rei
veritas patefacta est isto modo. Aurelianensis namque cancella-
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV: XXXIII. 769
Le contenu dudit rôle fut approuvé par tous les députés des pro-
vinces du royaume ainsi que par la foule qui se trouvait là.
CHAPITRE XXXII.
Destitution du chancelier de Guienne.
Au commencement du mois de mars, pendant les délibérations de
ladite assemblée, le chancelier de Guienne reprocha en plein conseil
au chancelier de France la longueur de son discours. Celui-ci, offensé
de cette témérité, répliqua qu'il avait toujours été plus fidéle servi-
teur du roi que lui. L'autre le nia, et le chancelier de France lui
ayant donné un démenti, ils en vinrent aux injures. Comme cela
troublait l'assemblée , monseigneur le duc de Guienne se leva et mit
lui-méme son officier hors de la salle. Tous les princes du sang véné-
raient le chancelier du roi comme un pére, à cause de son grand
âge. Par considération pour lui, le duc destitua le sien, qui se
nommait messire Jean de Nielle, originaire de Picardie, et donna
sa charge à maitre Jean de Vailly, sans prendre l'avis des gens sages,
comme c'eüt été convenable, et d'aprés les instances de quelques
seigneurs qui l'entouraient.
GHAPITRE XXXIII.
Conseil tenu par monseigneur le duc d'Orléans et les seigneurs de son parti.
Le méme mois, le duc de Bretagne, le comte d'Alencon et le duc
d'Orléans eurent une entrevue à Angers avec le roi de Sicile Louis.
On craignait qu'il ne se tramát quelque chose contre le traité dans
cette conférence. Mais avant la fin du mois on sut à quoi s'en tenir.
Messire Jean d'Avy, chancelier d'Orléans, vint trouver le roi et lui
dit que son maître était dans l'intention d'observer inviolablement le
Iv. 97
110 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
rius, dominus Johannes Davy, ad regem veniens, ducem affir-
mavit se velle modis omnibus tractatum inviolabiliter servare;
rogavit tamen ut subsidia patrie sibi subdite more solito caperet
ad usum proprium convertenda, cum Couciaco aliqua oppida
adhuc durante discordia* redderet, et ut promissum fuerat post
tractatum, juvaretur ad redimendum fratrem suum. Quod dux
Guienne differre dignum duxit, donec pater incolumitatem
recepisset. Couciaci mirabilis structure oppidum sibi reddere
comes Sancti Pauli, conestabularius Francie, denegabat, donec
ingentem summam peccunie sibi restitueret, quam dicebat in
stipendiis armatorum hominum expendisse, quando ceperat
oppidum. Quam quia solvere differebat, ut cetera dampna,
demoliciones castri in pluribus locis factas reticeam, fistulas
plumbeas et terraneos meatus fere inestimabilis valoris, qui
aquas extra mittebant pluviales, et officinis oppidi afferebant,
Parisius emendas obtulerat; et sic illius metalli precium evi-
dentissime minoravit.
CAPITULUM XXXIV.
De morte regis Anglie.
Sub incerto fama publica referebat Henricum, regem Anglie,
quem multo tempore elefantina horribilis lepra tam defor-
mem reddiderat, ut cum facie corrosis cunctis extremitatibus
corporis cunctis abhominabilis esset, obiisse ; donec circa finem
mensis hujus nuncius superveniens id domino duci Guienne
affirmavit, asserens se jam vidisse ejus primogenitum Henri-
cum, principem Wallie, in trono regio collocatum. Nuncium
' Wl faut supposer ici l'emission d'un mot tel que capta.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL 774
traité dans toutes ses clauses, mais qu'il demandait de percevoir selon
la coutume les subsides de son duché et de les employer à son propre
usage, et qu'il priait le roi de lui faire rendre Coucy et quelques
autres places qui lui avaient été prises durant la guerre, et de l'aider,
comme on le lui avait promis aprés le traité, à racheter son frére.
Le duc de Guienne crut devoir différer sa réponse jusqu'à ce que son
père eût recouvré la santé. Le comte de Saint-Pol, connétable de
France, refusait de rendre au duc d'Orléans l'importante forteresse de
Concy, à moins que ledit duc ne lui restituát une somme considérable,
qu'il prétendait avoir payée pour la solde des gens de guerre, lorsqu'il
s'était emparé de la place. Comme le paiement se faisait attendre, le
connétable commit toutes sortes de dégáts dans la forteresse; il fit
enlever et vendre à Paris, à trés vil prix, les tuyaux de plomb et les
canaux souterrains, d'une valeur presque inestimable, qui condui-
saient les eaux pluviales au dehors ou les distribuaient dans les offices
du cháteau.
CHAPITRE XXXIV.
Mort du roi d'Angleterre.
De vagues rumeurs circulaient dans le public sur la mort du roi
d'Angleterre Henri. On disait qu'une lépre horrible, qui lui avait
rongé le visage et les extrémités du corps, l'avait tellement défiguré,
qu'il faisait peur à voir. Un courrier vint enfin confirmer cette nou-
velle à monseigneur le duc de Guienne, vers la fin dudit mois de
mars, et lui annonca qu'il avait assisté au couronnement du prince de
Galles Henri , fils ainé du feu roi. Je me souviens d'avoir entendu dire
au méme courrier que tous les Anglais n'avaient pas donné leur assen-
timent à l'avénement de ce prince, et qu'un parti nombreux préten-
^— —hÓÀ
772 | .CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII.
tamen verbis addidisse memini quod tantam sublimitatem ex
' consensu omnium regnicolarum minime procedebat. Nam plu-
res ipsam dicebant deberi comiti Marchie, subdentes protinus
racionem quod genitor ipsius ex domino Leone, duce Clarencie,
secundogenito famosissimi quondam regis Eduardi, origina-
liter procedebat; alterius autem pater ex tercio filio Eduardi,
Johanne duce Lancastrie. Unde ex hac discordia pocius spera-
bat guerram mutuam quam pacem proximo affuturam.
FINIS VOLUMINIS QUARTI.
CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 773
dait que la couronne devait appartenir au comte de March, attendu
que le père de ce dernier descendait de Lionel duc de Clarence, :
second fils du fameux roi Édouard, tandis que le père de Henri était
issu de Jean duc de Lancaster, troisième fils d'Édouard. Il en augurait
que ces divisions pourraient faire éclater prochainement une guerre
civile en Angleterre.
FIN DU QUATRIÈME VOLUME.
4
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE QUATRIÈME VOLUME.
LIVRE VINGT-NEUVIEME.
CuarirRE I7. — Naissance d'un enfant moustrueux.................. Page 3
Cua». IT. — Publication des bulles envoyées par monseigoeur Benoît......... Ibid.
Cua». III. — De la fille du roi. .... ceeocsecaetesessssesosostaseceseee 9
Car. IV. — Les bulles de monseigneur Benolt sont condamnées et lacérées
publiquement................. TOPPED PRE EEE ET EE EESTI Ibid.
Car. V. — Incarcération de quelques personnes à l’occasion desdites bulles... 15
Cua». VI. — Publication de la neutralité,.......... sous. roses 19
Cua». VII. — Ce que firent à cette nouvelle les deux compétiteurs....,...... 29
Cas. VIII. — Délibérations des prélats pour aviser au gouvernement de
l'Église de France pendant la neutralité.........,,................ 31
Car. IX. — Règlements touchant le mode de gouvernement de l'Église de
France....... eese eese ee het TTPPPPPPPPPPD Ibid.
Cuar. X, — Du mode de provision et de la distribution des bénéfices.. ....... 43
Car. XI. — Comment la reine de France revint à Paris en pompeux appareil
de guerre..... T" dosnssose.e T T" 55
Cuar. XII. — De ceux qui étaient retenus en prison à l’occasion des bulles de
Pierre de Luna......................... ecechetor T" 99
Cna». XIII. — Des deux prétendants à la papauté et de leurs cardinaux. ..... 63
Caar. XIV. — Forme du rescrit par lequel les cardinaux des deux colléges
convoquent les prélats pour l'élection d'un seul pape.............. eO. 65
Cmar, XV. — Affreux orage..............,,.,... hehe hh rn 89
Cua». XVI. — Arrétg rendus vers ce temps par le Parlement............... Ibid.
Cup. XVII. — Discours prononcé contre le duc de Bourgogne pour justifier
le duc d'Orléans et établir son innocence...... TPPPEPPUPPPPPED se... 91
Cua». XVIII, — Conclusions prises contre le duc de Bourgogne en présence
de monseigneur le duc de Guienne, ...., TP T T" 131
Cua». XIX. — Ce qui fut fait contre le duc de Bourgogne , aprés la justification
du duc d'Orléans.. TT TOPPED T 137
776 TABLE DES MATIÈRES.
Cua». XX. — Comment le comte de Hainaut ravagea le pays de Liége.. Page 141
Cur. XXI. — Les Liégeois abandonnent le siége de Maëstricht et sont battus
par le duc de Bourgogne............... TP T" ... 151
Cur. XXII. — Mort de la duchesse d'Orléans................... erre. 179
Cur, XXIII, — Le roi est emmené hors de Paris et conduit à Tours par ordre
de la reine................ PEPEEEETEEE sus. onsnsssssesesese 181
Car. XXIV. — De ce qui fut fait avant la conclusion du traité entre les ducs
de Bourgogne et d'Orléans.......................... PP .». 185
Car. XXV. — Les Parisiens prient le roi de revenir à Paris............. .. 189
Cur. XXVI. — Traité de paix signé et juré entre les ducs de Bourgogne et
d'Orléans dans l'église de Chartres.......... TOPPED o. 191
LIVRE TRENTIÈME,
Cuarrrex I5. — La foudre consume en partie l'abbaye de Royaumont....... 205
Car. II. — Le concile de Pise s'assemble pour procéder à l'élection d'un seul
pape... nn nnn Br TP" T" msn. 297
Car. IIT. — Résolutions prises par le saint synode depuis le 15 avril jusqu'au
22 Malone TOPPED cure. TIPP eS. 217
Cuap. IV. — Élection du pape Alexandre.............................. 239
Cæar. V. — Expédition du duc de Bourbon..... TEE 941
Cuar. VI. — Mariage du duc de Brabant...................,....,...... 249
Ci». VII. — De la santé du roi.,.......... TP» TT 951
Cap. VIII. — Un sergent du roi est pendu à un orme.......... To" Ibid.
Cuar. IX. — On envoie des ambassadeurs pour traiter avec les Ánglais....... 253
Cuar. X. — Mort de la duchesse d'Orléans........ TT T" Ibid.
Car. XI. — Réception du cardinal de Ber..... ns. nssnsssessssrsee 255
Cur. XII. — Différend survenu entre le duc de Bretagne et le comte de Pen-
thièvre.....................,..: T TOPPED Ibid.
Car. XIII. — Défection de Génes........... T" C Ibid.
Cuar. XIV. — Mort de messire Jean de Montaigu, grand-maître de la maison
du roi....... eee eene eeesssssóosesowmeosossstososóo tos 267
Cua». XV. — Comment les ducs travaillérent à la réforme de l'État.......... 977
Cua». XVI. — De l'archevéque de Sens................... TEPRPPPPET ,. 981
Cuar. XVII. — Conseil tenu au sujet de l'état du roi et du gouvernement du
royaume... soc TTE 283
Cua». XVIII. — Visite de monseigneur le due de Guienne à l'abbaye de Saint- :
Denys.................. PPP T" 289
Cua». XIX. — Diférend survenu entre l'Université et les ordres mendiants.... Jbid.
TABLE DES MATIÈRES. 777
LIVRE TRENTE ET UNIEME.
CuaPrrax I**. — Victoire remportée par les gens de monseigneur le pape sur
Ladislas............. eeesossesosssoecssoduecseetooveesacoe Page 311
Cua». II. — Victoire des habitants d'Harfleur..........................,, 313
Cnap. III. — Trabison d'un bourgeois de Saint-Omer.. ................... Ibid.
Cua». IV. — Traité de mariage entre la fille du duc de Bourgogne et le fils du
roi de Sicile, ..,......,,..,........ TED 315
Cur. V. — De la guerre qui éclata entre le duc de Bretagne et le comte de
Penthièvre...................... TTC C C Ibid.
Cnar. VI. — Traité conclu entre les princes du sang...................... 317
Cua», VII. — Mort du pape Alexandre. — Élection de Jean XXIIL.......... 321
Cua». VIII. — Les ducs de Berri et d'Orléans , les comtes de Clermont, d’Alen-
con et d’Armagnac lèvent des troupes pour combattre le duc de Bourgogne.. 395
Car. IX. — Translation du corps de saint Clair.....................,... 331
Cua». X. — Combat extraordinaire entre des oiseaux carnassiers............ Ibid.
Cua», XI. — Défaite essuyée par les Français...................,..... ^... 333
Cuar. XII. — Message du régent d’Espagne.........,......,.......... Ibid.
Cua». XIII. — Défaite des chrétiens en Prusse......................... 335
Cuar. XIV. — Les hostilités continuent, malgré l'ordre donné par le roi aux
gens de guerre de mettre bas les armes......... TCR 337
Cuar. XV. — A la requête du duc de Bourgogne , le roi invite le duc de Berri
à la paix, et l'engage à mettre bas les armes et à venir le trouver... .. . .... 341
Crar. XVI. — Réponse du duc de Berri................................ 349
Cua». XVII. — Le duc de Bourgogne se dispose à déjouer les projets du duc
de Berri...... TEMCUE 351
Car. XVIH. — Le duc de Berri publie un manifeste pour faire connaître ses
intentions, .................o.s.e.ee RE EEE EEE EEE Less 395
Cur. XIX. — Le duc de Berri députe des ambassadeurs vers le roi.......... 357
Cap. XX. — Comment les conseillers du roi se conduisirent au milieu de ces
conjonctures critiques... ........ eee ee Snnssonss sors 361
Cua». XXI. — Le duc de Bourgogne fait entrer ses gens d'armes dans Paris. —
Les Brabancons pillent la ville de Saint-Denys................,......... 365
Cuir. XXII. — Intervention de la vénérable Université en faveur de la paix.
— Le roi de Navarre la propose aux princes sous de certaines conditions.... 371
Cuar. XXIII. — Traité conclu entre les ducs..,.....,.................. 379
Cup. XXIV, — De ceux qui furent choisis pour gouverner le royaume....... 385
IV. 98
718 TABLE DES MATIÈRES.
Cuar. XXV. —Ordonnances rendues par les nouveaux ministres, à l'instigation
du duc de Bourgogne.................. esent TTC Page 387
Cuar. XXVI. — Arrestation du sire de Croy.. eesesossosossostocotusotes 389
LIVRE TRENTE-DEUXIÈME.
CuapirRE 1%, — Victoire du roi Louis sur Ladislas. ..................... 391
Cua». II. — Mariage du roi de Chypre avec la fille du feu comte de la Marche. 397
Cua». TII. — Mésintelligence entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne....... 401
Cur, IV. — Défaite d'une bande de brigands........ TOP T 403
Car. V. — Le roi essaie de rétablir la paix entre les ducs................. 407
Cnar. VI. — Réponses des ducs........... esses hh meh ree 409
Cua». VII, — Résolutions prises par le roi..................,........... 413
Cuar. VIII. — Affreux orage...................... TP 415
Caar. IX. — On décide la levée d’un impôt; mais cette décision reste sans effet. Ibid.
Cnar. X. — Le duc d'Orléans écrit au roi et aux habitants du royaume; il se
plaint de ce que son pére a été cruellement assassiné et de ce qu'on refuse
de lui faire justice................ PRE EEE encontre 419
Cuar. XI. — Le duc d'Orléans défie le duc de Bourgogne TOTPPCPCEPEEDEED 435
Car. XII, — Défi du duc de Bourgogne............ TP 437
Cua». XIII. — Les négociations entamées avec la reine n'ont aucun résultat. —
Le comte de Saint-Pol est investi du gouvernement de la ville de Paris. Il
se crée un conseil composé de gens de la dernière classe, .......... .... 441
Cna». XIV. — Supplique adressée au roi au sujet de sa sûreté et de celle des
habitants...,......................... TOPPED sors 447
Cuar. XV. — Ravages commis en Picardie par les gens du duc d'Orléans... ... 451
Crar. XVI. — Soulévement des paysans sous le nom de Brigands........ 2... 455
Cnar. XVII. — Le roi mande au duc de Bourgogne de venir défendre son
royaume et ses sujets contre le duc d'Orléans....... emethetesioo toa 459
Cua». XVIII. — Nouvelles mesures prises dans le conseil du roi............ 403
Car. XIX. — Destruction de la ville de Ham en Vermandois,............ 467
Cuar. XX. — Prise de la ville de Rougemont par le comte de Nevers........ 473
Cnar. XXI. — Le duc de Bourgogne appelle les Anglais à son secours... ..... 475
Cuar, XXII. — Un corps de Parisiens est chargé de défendre la ville de Saint-
Denys. ........,......., 4... thm rh émossssess 479
Car. XXIIT. — Le due d'Orléans marche avec son armée contre le duc de
Bourgogne. — Prise du pont de Beaumont....,..,,...,,..........,... 481
Car, XXIV. — Retraite honteuse des deux ducs.................... S.S. 485
TABLE DES MATIÈRES. ^om
Cuar. XXV. — Messire Jean de Châlons est préposé à la gn de la ville et de
l'abbaye de Saint-Denys...... .. Page 491
Cup. XXVI. — Lettres adressées au roi et au duc de Guienne.. 493
Car. XXVII. — Tentative des troupes du duc d'Orléans contre la ville de
780 TABLE DES MATIÈRES.
LIVRE TRENTE-TROISIÈME.
Cuarrrne 1e, — Le roi » d’après les conseils du duc de Bourgogne , se décide à
attaquer monseigncur le duc de Berri, son oncle.................. Page 621
Cna». II. — Le roi marche contre son oncle, après avoir pris l'oriflamme dans
l'église de Saint-Denys..........................4...4.....ussse 631
Cua». III. — Division de l'armée royale. — Comment le roi, nonobstant une
blessure causée par accident , chevauche jusqu'à la Cbarité............... 635
Cua». IV. — Les gens du roi s'emparent de plusieurs châteaux dans le duché de
Berri......eeeeeeeeeeeeeeeeeeeee hh het htl fossssssesresee 639
Cia». V. — Prise de la ville et du château de Dun-le-Roi.................. 651
Cuar. VI. — Le roi d'Angleterre se décide à secourir les princes que le roi
poursuivait d’après les conseils du duc de Bourgogne..,................. 657
Cuar. VIT, — Les habitants du royaume adressent à Dieu de ferventes prières
pour le succès de l'armée royale.....................,,.....,....,... 659
Cuar. VIII. — Un orage éclate au moment où le roi se dispose à marcher
sur Bourges avec son armée.......... T 663
Cup. IX. — Sortie tentée par les habitants de Bourges contre l'avant-garde du
roi... ses aeecssososoocchosne T" 667
Cua». X. — Exécutious ordonnées par le due de Bourgogne................ 669
Car. XI. — Faits d'armes accomplis, durant le siége de Bourges, par les
troupes royales chargées de la défense du royaume..................... 673
Cuar. XII. — Le château de Sancerre se rend au roi........,............ 679
Cuar. XIII. — Le roi transporte son camp d'un autre côté de la ville de
Bourges , et envoie le prévót de Paris chercher de l'argent pour la solde des
troupes... PC"""———— reneee susssessssecees Ibid
Cuar. XIV. — Plusieurs seigneurs s'entremettent pour faire conclure un traité
de paix aux deux partis.......................,.......,,....,..... 683
Cuar. XV. — Ambassade de l'archevéque de Bourges................,.... 685 -
Cuar. XVI. — Plusieurs seigneurs essaient de rétablir la paix entre les dues... 687
Cua. XVII, — Grande mortalité daus le camp du roi................... 689
Cuar. XVIII. — Propositions de paix faites à monseigneur le duc de Berri.... 691
Cxar. XIX. — Des transports de joie éclatent dans le camp, à la nouvelle du
bon accueil fait par le roi à son oncle,........,...................... 699
Cnar. XX. — Diminution du nombre des brigands. — Incendie du château de
Toury............. TOP eset T" 703
TABLE DES MATIÈRES. 784
Cuur. XXI. — Messeigneurs les ducs et les princes confirment par leurs ser-
ments à Auxerre le traité de paix conclu entre eux.................. Page 705
Cuar. XXII. — Ce que firent les princes , lorsque le traité de paix eut été con-
firmé par serment............,...... eere hm iere 719
Cia». XXIII. — Les membres du clergé, partisans de monseigneur d'Orléans
et de ses alliés, rentrent en possession de leurs domaines temporels, qui , par
ordre du duc de Bourgogne, avaient été mis en la main du roi............ 793
Cuar. XXIV. — Le roi , la reine et les princes , de retour à Paris, font publier
le traité de paix..... TEMPE Ibid.
Cuar. XXV. — L'oriflamme est reportée à Saint-Denys. — Le comte de la
Marche fait mettre en prison le comte de Vendôme son frère.............. 797
Cua». XXVI. — Le corps de messire Jean de Montaigu est détaché du gibet de
Paris..........,.....00.. eee hh hn Ibid.
Car. XXVII. — Entrée du duc de Berri à Paris......................... 729
Cuar. XXVIII, — Des ambassadeurs sont envoyés à Rome pour le concile
général. PPP" m 731
Cua». XXIX. — Le roi convoque une assemblée des principaux bourgeois des
différentes provinces du royaume.................................... 733
Cuna». XXX. — Propositions faites dans le conseil du roi................... 737
Crar. XXXI. — Nouvelles remontrances faites au roi par l'Université contre
les exacteurs et les collecteurs royaux..................,............. 745
Cuar. XXXII. — Destitution du chancelier de Guienne.................... 769
Cu». XXXIII. — Conseil tenu par monseigneur le duc d'Orléans et les sei-
gneurs de son parti.............................................. Ibid.
Cuap. XXXIV. — Mort du roi d’Angleterre............................. 771
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE QUATRIÈME VOLUME.
—— —
ERRAT A.
Page 29, ligne 16, au lieu de patrmoinie lisez patrimoine.
Page 168 , dernière ligne, au lieu de pestifere sydero lisez pestifero sydere.
Page 292, ligne 3 , au lieu de vel ut lisez velut.
Page 421 , ligne 4, au lieu de tendresse paternelle lisez tendresse fraternelle.